Églises évangéliques

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L'histoire des Églises évangéliques s'inscrit dans le grand mouvement de la Réforme protestante du XVIe siècle en Europe avec Martin Luther et Jean Calvin qui demeurent les deux figures emblématiques de cette période.

Par la suite, d'autres réformateurs se sont levés pour contester ce qu'ils considéraient alors comme une dérive libérale du protestantisme de leur temps. Dans cette « Réforme radicale », ces chrétiens sont en accord avec Martin Luther et Jean Calvin sur certains points essentiels de la doctrine évangélique, mais ne se considèrent pas pour autant leurs successeurs et encore moins leurs disciples.

Au fil des siècles, ces « dissidents » de la mouvance protestante se sont assemblés dans différentes communautés dites évangéliques, plus autonomes, plus conservatrices et plus piétistes que les églises réformées traditionnelles.

Diversité des Églises évangéliques[modifier | modifier le code]

Le terme d'Église évangélique est appliqué à toute une variété de communautés, mais il est extrêmement difficile d'en donner une définition, tant sont grands leur nombre et leur diversité. Ce phénomène est dû au fait qu'elles sont souvent congrégationnalistes, ce qui signifie qu'elles ne dépendent d'aucune autorité supra-locale. Pour mieux comprendre, il faut se référer à leur histoire.

Les Églises évangéliques se situent généralement dans la ligne de la Réforme protestante du XVIe siècle en acceptant l’autorité de l’Écriture sainte, le salut par la grâce, et l'accès libre et sans intermédiaire à Dieu. Elles se basent sur le modèle d’Église trouvé dans le Nouveau Testament. Mais, pour les évangéliques, l’Église n’est pas une organisation religieuse hiérarchisée, mais une réalité spirituelle qui se concrétise en communautés fraternelles, non cléricales, où chacun participe avec les dons qu'il a reçus du Saint-Esprit. Chacun devient membre d’une Église locale par une adhésion personnelle, par un libre choix.

La Réforme[modifier | modifier le code]

À l'origine, la Réforme n'est pas une question d'ecclésiologie ou de politique, mais une expérience spirituelle. La justification par la Foi est l'expérience spirituelle de Luther (1483-1546) qui s'enracine dans un « terreau » déjà préparé par Pierre Valdo (fin XIIe siècle) en France, Italie et Suisse, John Wyclif (1320-1384) en Angleterre et Jean Huss (vers 1369-1415) à Prague et en Bohême. Excommunié par le pape, Luther constitue avec ses disciples ce qui devient l'« Église évangélique luthérienne ».

L'expérience de Luther se répand en Europe et en particulier en Suisse, où Zwingli (1484-1531), le réformateur de Zurich, suit la même ligne que Luther mais de façon plus radicale. Il fonde la tradition « réformée » qui s'épanouit avec Calvin. Il épure le culte, réforme le fonctionnement de l'Église catholique et la conception qu'il en a, en se fondant sur la Parole de Dieu (c'est le Sola Scriptura de Luther).

Zwingli est plus radical dans ses idées mais il relie la Réforme au politique : pour qu'elle puisse s'installer à Zurich, il convient de ne pas contrarier les autorités. Il faut l'accord et le soutien de ses édiles. Il tempère donc sa volonté de Réforme pour ne pas choquer.

Les premières églises de « professants », anabaptistes et mennonites[modifier | modifier le code]

Certains disciples de Zwingli, dont Conrad Grebel, contestent cette attitude : ils n'ont pas extirpé l'autorité du Pape pour placer l'Église sous l'autorité d'un conseil municipal sans compétence doctrinale. Ils veulent aller plus loin dans la Réforme. Avant même que les mouvements de Luther et Zwingli se soient formellement séparés de l'Église catholique, les "radicaux" de Conrad Grebel fondent l'Église anabaptistes (qui plus tard sera appelée "Mennonite" quand Menno Simmons en aura pris la direction.)

Lorsque Catholiques et luthériens s'accordent pour dire que l'Église est l'expression religieuse d'un espace politique, et que la religion du prince doit obligatoirement être celle de ses sujets (Cujus regio Ejus Religio), les disciples dissidents de Zwingli affirment que l'Église n'est pas conditionnée par la politique mais est communauté des disciples de Jésus de Nazareth. On n'entre pas dans l'Église au hasard de sa naissance. On entre dans l'Église parce qu'on confesse sa foi en Jésus-Christ.

Comme le concept de séparation de l'Église et de l'État, fondamental dans cette vision, est parfaitement utopique pour l'époque, il s'ensuit des persécutions, plus pour des raisons politiques que théologiques, parce que pour la première fois on dissocie l'État et l'Église. Selon l'interprétation du Nouveau Testament que professent les radicaux anabaptistes ou Ménnonites, le baptême ne saurait être donné à un enfant ; il doit l'être à celui qui est capable de profession de foi et d'engagement à suivre Jésus de Nazareth en le reconnaissant comme le Christ. L'Église est donc la communauté des croyants et on y entre en confessant sa foi. Le 21 janvier 1525, une nouvelle communauté nâit dans laquelle les membres se baptisent entre eux en confessant leur foi : c'est la première « Église libre », la première église de « professants » dont on devient membre, non par la naissance mais par la profession de foi.

La répression est brutale. Les membres de cette église se cachent en Suisse, dans la vallée du Rhin et l'Europe de l'Est. La persécution n'empêche pas le développement en nombre de croyants fugitifs non violents. Ils doivent en effet être distingués des anabaptistes conduits par Thomas Müntzer qui annonçait la proximité d'un millénaire qui s'établirait par une révolte des pauvres.

Michel Sattler se joint au cercle de Grebel et propose une confession de foi, la première de la Réforme, appelée entente de Scleitheim : « seuls seront baptisés les croyants qui marchent dans la résurrection ». Ils lisent le « Sermon sur la Montagne » de manière totale. Ils sont la première communauté radicalement non violente. Les membres ne prêtent jamais serment, n'utilisent jamais la force, ni la violence et ne font jamais la guerre.

C'est une communauté radicalement évangélique qui fait penser aux frères de Saint-François. La particularité de l'Église est, pour eux, d'être, sur cette Terre, le signe d'une réalité nouvelle, le signe du Royaume. Un ancien prêtre catholique hollandais originaire de Frise, Menno Simons (1496-1561), va prendre le relais de David Joris et rassembler, apaiser, organiser, structurer ces communautés qu'on va appeler « mennonites ». Les mennonites, issus du mouvement anabaptiste non violent antérieur au protestantisme, vont être universellement persécutés. Les joristes (ou davidistes) quant à eux vont entièrement être rayés de la carte du monde.

Puritains, baptistes et quakers[modifier | modifier le code]

En Angleterre, l’Église est devenue anglicane mais les « puritains » veulent une Église plus pure encore, comme celle de Calvin. Un autre mouvement pense que les églises locales doivent être des églises de « professants » (voir protestantisme et profession de foi) : ce sont les « congrégationalistes ». Ces Anglais n’adhéreront pas à la non-violence radicale, ce sont les « Baptistes ». Chassés puis revenus en Angleterre, ils se développeront. Persécutés à nouveau, ils partiront en Amérique.

Toujours en Angleterre, George Fox se retire à la campagne et développe une spiritualité très mystique : relation avec Dieu, accent très léger sur les institutions, enracinement biblique extrêmement fort, annonce de l'Évangile : ce sont les « Quakers », communautés dirigées directement par l'action du Saint Esprit. Le groupe se distingue par la tolérance, marquée par la non-violence et donc l’objection de conscience, assistance aux blessés et reconstruction après les guerres.

Piétisme, libéralisme et Moraves[modifier | modifier le code]

En Allemagne, au XVIIe siècle, la réforme devient plus orthodoxe. Dans l'Église luthérienne, deux courants apparaissent : le « libéralisme » (revendication de la liberté de l'intelligence par rapport à l'orthodoxie) et le « piétisme », source du mouvement évangélique. Le pasteur luthérien Spener (1635-1705) revient à l'expérience du salut par la Foi, à une expérience proche de Dieu et à une relation communautaire. C'est le retour à la prière, à la vie spirituelle. Ce réveil spirituel allie enseignement et œuvres missionnaires.

Une nouvelle impulsion est donnée au XVIIIe par l'arrivée de descendants des disciples de Jean Huss chassés par la persécution de leur pays, la Moravie. La piété des « Frères Moraves » a un caractère joyeux, romantique et sentimental, la « religion du cœur » étant centrée sur le sacrifice expiatoire du Christ, avec un culte pour son sang et ses blessures, que certains jugeaient morbide. Après quelques années hasardeuses, les Moraves établiront leur théologie, qui sera orthodoxe et acceptable par toutes les confessions protestantes. De nouvelles communautés essaiment en Europe et en Amérique, et l'activité missionnaire fut importante.

C'est encore en Allemagne qu'est né en 1708 le groupe des Frères de Schwarzenau, inspiré de l'anabaptisme et du piétisme, et qui va se développer notamment en Amérique du Nord, sous le nom de Brethren, après l'émigration des Frères persécutés en Europe.

Les Méthodistes[modifier | modifier le code]

En Angleterre, c'est le début de l'ère industrielle. L'Église anglicane établie est riche tandis qu'augmente la pauvreté. L'Église est absente des villes anglaises. John Wesley (1703-1791) fils d'un pasteur anglican et d'une mère très pieuse, nourri par la lecture de « L'Imitation de Jésus-Christ », devient prêtre anglican, part en Amérique, fait la rencontre de frères moraves, revient en Angleterre, vit une expérience spirituelle forte en écoutant le « Commentaire de l'Épître aux Romains » de Luther et s'en va prêcher dans les rues des cités industrielles déchristianisées. Les nombreux nouveaux convertis ne sont pas admis par l'Église Anglicane, c'est donc Wesley qui va les instruire et les former à la lecture et l'étude de la Bible mais aussi des Pères de l'Église, des écrits de Luther et de St François de Sales. Ce mouvement va grandir en Angleterre et se développer aussi en Amérique. Ce sont les « Églises Méthodistes ». Avec Wesley l'accent est mis sur la sanctification, c'est-à-dire sur la transformation de la personne par l'œuvre de l'Esprit Saint, à l'image du Christ. Wesley est à l'origine d'un grand mouvement de réveil qui va toucher l'Amérique et l'Europe.

Naissance et développement du pentecôtisme[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, des Églises revivaient l'expérience de la Pentecôte en Arménie, aux Indes, en Chine, au Chili, bien que sans personnalités marquantes comme Luther ou Wesley l'avaient été en leur temps.

Il est impossible de fixer une origine unique au "pentecôtisme" moderne. Ni le grand Réveil du Pays de Galles, en 1904, qui sortit la chrétienté évangélique de sa torpeur ; ni le Réveil de Asuza Street à Los Angelès, en 1906, qui attira des observateurs du monde entier, ne peuvent être considérés comme les seules sources historiques contemporaines du mouvement de Pentecôte.

Ce mouvement se caractérise par la redécouverte de la dimension charismatique, c'est-à-dire du baptême dans le Saint-Esprit et des dons spirituels (1 Corinthiens 12 v 9 à 11) , comme au jour de la Pentecôte, selon le récit du Nouveau Testament (Actes 2). De fait, en plus des textes des Actes des apôtres, de l'épitre aux Corinthiens... ce phénomène n'était pas nouveau puisque plusieurs pères de l'église parlaient eux aussi de dons spirituels et de glossolalie dans leurs écrits ou lettres (Irénée de Lyon, Clément de Rome, Tertullien...).

  • Tertullien, Contre Marcion, III, 239.
  • Irénée de Lyon, Contre les Hérétiques, I, 409.
  • Chrysostome, Homélie sur l’Épître de Paul aux Corinthiens.

Parmi tous les différents réveils cités ci-dessus, le réveil du pays de Galles, les réveils de Topeka, Azusa Street ont contribué au véritable développement du mouvement de pentecôte. La spiritualité vient de Wesley, l'ecclésiologie est baptiste (confession de la foi, baptême par immersion, congrégationalisme) mais il y a un accent nouveau : le baptême dans l'Esprit-Saint qui est conçu non pas comme la conversion mais est donné au croyant pour le témoignage. Ces églises vont se développer énormément, souvent en réaction négative contre les églises instituées.

Le réveil du pays de Galles (Grande-Bretagne en 1904 est un évènement marquant qui a contribué au développement du pentecôtisme. Par ailleurs en 1901 aux EU, un pasteur méthodiste (le méthodisme a été développé en Grande-Bretagne par Wesley), Charles Parham, créa une école biblique à Topeka en Kansas. C'est là qu'en recherchant la communion avec l'Esprit sain, les membres de l'Église virent des manifestations de langues de feu et s'exprimèrent en "langues".

En France, l'église évangélique de Pentecôte la plus présente est appelée "Assemblée de Dieu".

Par ailleurs, il convient de souligner que les assemblées de Dieu de France n'ont pas été fondées par des Américains (contrairement à ce que certains aiment à penser) mais se sont développées à partir d'une église baptiste indépendante (créée en 1890) et d'un restaurant de tempérance le Ruban bleu ( dirigée par Mlle Biolley et de M. Gallice ). C'est avec l'arrivée d'un missionnaire anglais d'origine anglicane (Douglas Scott arrivé en 1930), d'un prédicateur baptiste français (Felix Gallice), d'un Danois d'origine luthérienne (Ove Falg) et d'un prédicateur roumain d'origine orthodoxe (Cristo Doumoutchiev) que le mouvement va prendre de l'ampleur ! Notons aussi que le premier président des assemblées de Dieu de France sera aussi un pasteur français d'origine baptiste (Pierre Nicolle).

Tous ces hommes ont donc été convaincu et ont expérimentés le message évangélique et pentecôtiste et sont devenus de véritables prédicateurs du Christ. (cf http://www.add-lehavre.fr/historique-le-havre.php?lehavre)

En 2008, le mouvement regroupait quelque 61 millions de membres répartis dans plus de 300 000 points de prédication dans plus de 210 pays au sein de l’Association mondiale des Assemblées de Dieu (World Assemblies of God Fellowship)1,2,3. Alors qu'en 2000, le Congrès Mondial des Assemblées de Dieu a rapporté 10 000 conversions par jour dans le monde (soit annuellement près de 3,6 millions de nouveaux fidèles), en 2008, ce nombre avait baissé de moitié. Le mouvement se trouve particulièrement implanté en Amérique latine, notamment au Brésil où les crentes (croyants) seraient selon les sources de 3 à 8 millions. Les Assemblées de Dieu sont l'une des plus anciennes et des plus importantes familles du mouvement de Pentecôte.

Toujours en France, ce renouveau pentecôtiste se développe dans des églises purement pentecôtistes (Assemblées de Dieu, Église apostolique) charismatiques (FEPEF, CEEF...) mais touche aussi d'autres églises, comme les églises baptistes dont certaines deviendront « charismatiques » tout en restant baptistes.

Vers 1960, ce courant charismatique va avoir, d'abord aux États-Unis puis en Europe et un peu partout dans le monde, une influence sur les autres églises non pentecôtistes, les églises protestantes, mais aussi l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe, avec la naissance du « Renouveau charismatique ». À la différence de ce qui s'était passé précédemment, ce renouveau va se développer à l'intérieur des églises d'origine, où il sera accueilli de façon diverse.

Le « fondamentalisme »[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, dans le monde américain[1], il y a un grand courant de sécularisation, de déchristianisation générale de la société, d'industrialisation, d'urbanisation. Face à cela, les églises traditionnelles ont une attitude très libérale. Les églises évangéliques vont avoir une réaction forte et opérer un retour à une orthodoxie stricte. Un certain nombre d'écrits vont confesser l'orthodoxie protestante : ces écrits sont les « fondamentaux ». Ils vont devenir les symboles d'une réaction plutôt conservatrice : on revient à une orthodoxie et à une lecture plus littérale de l'Écriture, avec un certain retour au créationnisme.

Églises évangéliques et dialogue œcuménique[modifier | modifier le code]

Le dialogue évangélique-catholique[modifier | modifier le code]

Pour l'Église catholique, la conception du dialogue est assez large depuis Vatican II ; Jean-Paul II a réaffirmé dans Ut unum sint sa dimension personnaliste : il ne s'agit pas seulement d'un échange d'idées, mais aussi d'un échange de don, fondé sur la conviction que l'Église de Jésus-Christ est présente avec des degrés dans toute église ou communauté ecclésiale, il s’agit de se laisser interpeller par le Christ lui-même en voyant d'autres fidèles s’engager pleinement à sa suite.

Le dialogue entre l'Église catholique romaine et les églises évangéliques a commencé il y a longtemps : David du Plessis, membre des Assemblées de Dieu, était présent comme observateur au Concile ; la première phase du dialogue avec des pentecôtistes s'est achevée en 1976 ; il en est aujourd'hui à sa 6e phase. Avec le monde évangélique plus « classique », le dialogue a commencé un peu plus tard, avec l'Alliance évangélique mondiale (donnant lieu à la publication d’un rapport en 2003) : avec les baptistes, (avec lesquels le dialogue a été un temps interrompu) ; avec les mennonites, particulièrement persécutés (par les luthériens, les réformés et les catholiques) au XVIe siècle. En France, le dialogue entre l’Église catholique et la Fédération des Églises Baptistes (FEEB) a donné lieu à la publication du rapport international Rendre témoignage au Christ, puis du baptême à l'église (baptême, cène/eucharistie, église) ; le thème du travail est aujourd’hui le rôle et la place de la Vierge Marie. Il existe par ailleurs un groupe de conversations né d'une rencontre en 1996 entre Mgr Daucourt, alors Président de la Commission épiscopale pour l'Unité des Chrétiens, et du Pasteur Daniel Rivaud lors d'un rassemblement organisé par Jean Vanier en Alsace. La première rencontre de ce groupe eut lieu le 16 juin 1998 au Mont Roland près de Dole (Jura). Côté évangélique, au départ des personnalités furent désignées par cooptation : côté catholique, il s’agit d'un groupe présidé par un évêque. Les travaux ont d’abord porté sur les questions éthiques, puis sur la recherche d’une parole juste des églises « historiques » (le terme est usuel, mais pas vraiment approprié, vu l'ancienneté de certaines églises évangéliques) par rapport aux églises protestantes évangéliques. Des premiers travaux sortiront un Documents Episcopa "Regards sur le protestantisme évangélique" publié en 2005 (suivi d'une 2ème éditions en 2006). En 2007, l'Alliance Évangélique Française (AEF) institutionnalisait ce dialogue qui fut repris ensuite par le CNEF - Conseil National des Évangéliques de France - dès sa création en 2010.

D'autres dialogues existent au niveau local, départemental et régional. Des rencontres pastorales, expositions bibliques et autres manifestations sont l'occasion d'un dialogue souvent fécond. Deux mariages ont même été célébrés entre des catholiques et des membres des Assemblées de Dieu, mais cela reste marginal.

On peut souligner la proximité entre Église catholique et Églises évangéliques sur certaines affirmations doctrinales fortes ainsi que sur les questions éthiques, autour de la défense de la vie. D’autre part, l’engagement catholique en faveur de la nouvelle évangélisation et la prise de conscience de la nécessité de réaffirmer fortement les convictions chrétiennes rejoignent la position évangélique. En revanche, se pose le problème de l’image mutuelle, en particulier dans des pays qui ont été massivement catholiques. Par ailleurs, l'Église catholique a une conception très structurée du dialogue, alors que le monde évangélique est très largement constitué d'églises congrégationalistes, où les communautés locales sont indépendantes. Or un tiers à peu près de ces églises ne sont pas dans des fédérations. Cela conduit à des conceptions différentes du dialogue œcuménique : l’Église catholique recherche l’unité des chrétiens par l’unité des églises, ce qui n’est pas le cas des évangéliques. Enfin, un certain nombre de pratiques évangéliques (3e vague, autour de la guérison) pose questions aux catholiques qui s'intéressent à la question.

Le dialogue évangélique-réformé (à partir de la situation française)[modifier | modifier le code]

Les évangéliques ont depuis toujours participé à la FPF, et c'est l'Église évangélique libre, issue des mouvements de réveil du XIXe siècle, qui a pris l'initiative de la création de la FPF en 1905. Par intégration successive, la FPF s'est retrouvée rapidement avec les baptistes, l'Église apostolique, la mission tsigane (pentecôtistes), jusqu'aux dernières entrées, adventistes et pentecôtistes. On a davantage parlé ces dernières années de cette intégration ; sans doute à cause de la croissance démographique rapide de ces Églises, soulignée par les médias surtout dans ses excès ; peut-être aussi à cause de la croissance des églises issues de l'immigration, qui pose des questions nouvelles notamment sociales et inter-culturelles. Le regard que la société porte sur le religieux a changé, en particulier depuis la chute du mur de Berlin, avec le thème du choc des civilisations. Les questions que l'on se pose par rapport au monde musulman se sont posées aussi face au protestantisme, tandis qu'aux États-Unis on assistait à une montée en puissance politique des néo-fondamentalistes. La croissance du pentecôtisme, elle, n'est pas nouvelle (dès le début XXe siècle). La sociologie elle aussi a changé : le mouvement évangélique du XIXe siècle était porté par des aristocrates, tandis que le pentecôtisme est d'origine nettement plus populaire ; il ne comprenait en général guère de théologiens formés comme dans les Églises traditionnelles, la prédication se fait plutôt sur le mode du témoignage. Le dialogue est donc complexifié par la diversité des cultures d'églises, d'expressions de foi.

En même temps, le monde évangélique et pentecôtiste se transforme rapidement ; Ces églises attachent aujourd'hui beaucoup plus d'importance à la formation théologique, et ont adopté un certain nombre d’outils intellectuels et théologiques des églises classiques : il y a donc désormais des personnes « ponts », susceptibles de faire de la « traduction » ; On peut aussi penser aux groupes charismatiques informels des années 1970, qui se sont structurés en églises, avec des ministères. C'est en fait une évolution très rapide. Il y a donc dans la FPF un mouvement d'intégration en spirale, qui est sans doute sa vocation particulière : lieu rassembleur d'une diversité d'églises à sa naissance, qui aboutit en 1938 à la constitution de l'Église réformée de France ; les baptistes rentrent alors dans la FPF et le dialogue s’approfondit. La FPF est donc un lieu creuset, où le dialogue se fait de plus en plus étroit, vers davantage de communion. L'entrée récente de nouvelles églises évangéliques dans la FPF s'inscrit tout à fait dans cette ligne. La circulation des personnes également fait que 30 % des ministres qui entrent dans l'Église réformée de France, en moyenne, n'en sont pas issus. Différents facteurs contribuent à ce dialogue : souci du témoignage, contexte socio-politique (la chasse aux sectes a conduit certaines églises évangéliques à venir frapper à la porte de la FPF, et finalement permis l'entrée dans un dialogue et dans une certaine communion, même si cela n’aboutit pas à une intégration) ; Le protestantisme de la FPF se caractérise par le fait d'accueillir comme une richesse la diversité d'expressions de foi. Certaines églises évangéliques adhèrent à cette conception et trouvent leur place dans la FPF. D’autres non, et se retrouveront mieux dans la FEP (Fédération Évangélique de France) qui exige une unité doctrinale autour d’une confession de foi élaborée. Le dialogue qui existe en France existe aussi au niveau international : une plate-forme du Forum chrétien global essaie de mettre ensemble les églises membres du CEC, l'église catholique, et les églises évangéliques et pentecôtistes, qui représentent le ¼ du christianisme mondial ; à Nairobi en novembre 2007 a eu lieu la première rencontre entre des représentants de toutes les familles ecclésiales.

Synthèse[modifier | modifier le code]

Il y en a aussi dans l'organisation : épiscopaliennes (sous l'autorité d'un seul, l'évêque), presbytériennes (autorité du conseil des anciens) ou congrégationaliste (autorité de l'ensemble des membres de l'assemblée). Il y a une grande diversité d'Églises, mais cette diversité n'a rien à voir avec la diversité qui peut exister entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe. Ces Églises ont des traditions différentes, mais la plupart se sentent en communion les unes avec les autres : leurs pasteurs sont formés dans les mêmes institutions, leurs enfants vont dans les mêmes camps de jeunes, sur le terrain, elles travaillent ensemble. Il y a circulation des personnes, des théologiens et des idées entre ces églises. Le Conseil national des évangéliques de France, créé en 2010, affirme rassembler environ 80 % des évangéliques.

Évolutions[modifier | modifier le code]

Le mouvement évangélique est aujourd'hui en pleine croissance, tout particulièrement en Afrique, en Amérique latine et en Asie.

En Belgique, il est majoritaire au sein du protestantisme et se présente en deux grandes « familles », l'une se rattachant à la lignée née du mouvement évangélique et des « réveils » du XIXe siècle, c'est-à-dire des courants orthodoxes, l'autre, plus jeune (colloque de Chicago, 1873), se rattachant à ceux qui mettent l'accent sur la manifestation et la pratique des dons de l'Esprit, qu'on appelle « mouvement de Pentecôte ou charismatique ».

En Belgique francophone, elles rassemblent plus de 512 communautés, indépendantes, ou organisées en associations. Depuis quelques années, avec la naissance de la fédération évangélique francophone de Belgique (FEFB), une centaine d'églises se sont organisées pour prendre une part plus active à la vie publique du pays. Ce synode fédéral est représenté par les groupements suivant : Assemblées de Dieu (ADD) (23 voix), Antioche (12 voix), Association des Églises protestantes évangéliques (21 voix), Assemblée protestante évangélique (APEB) (9 voix), Apostolique (4 voix), Églises de Dieu (EDD) (15 voix), Églises indépendantes (29 voix), Églises de Réveil (7 voix), Mission évangélique belge (MEB) (8 voix), Mennonites (1 voix).

Le Brésil est le deuxième pays pentecôtiste du monde avec 40 millions de fidèles représentant 20 % de la population[2]. Les mouvements évangéliques se développent rapidement dans les quartiers défavorisés des grandes agglomérations. Au Parlement brésilien en 2010, le groupe évangélique est composé de 63 députés (sur 513) et 3 sénateurs (sur 81) [2]. Parmi les principales Églises évangéliques brésiliennes figurent l’Église évangélique congrégationnelle du Brésil, l’Église internationale de la Grâce de Dieu, ou encore l’Église universelle du royaume de Dieu.

En France, on dénombre une cinquantaine de dénominations évangéliques, et environ 2 200 Églises locales (fin 2010) dont plus de 300 Églises indépendantes. Cela représente aujourd'hui une population estimée à environ 450 000 personnes. Les treize plus grands groupes d'Églises évangéliques sont en 2006 :

dénomination nombre d'Églises
ADD (Assemblées de Dieu) 550
FEEB (Fédération des Églises évangéliques baptistes) 128
CAEF (Les Communautés et Assemblées Evangéliques de France) 109
Assemblées de frères Darbystes 105
CEBI (Communion évangélique de baptistes indépendants) 85
FEPEF (Fédération des Églises du Plein Évangile de France) 61
UNEPREF (Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France) 60
UEEL (Union des Églises évangéliques libres) 54
FM (France-Mission) 51
METZ (Mission évangélique des Tsiganes de France ou vie et lumière) 232
AEEBLF (Association évangélique d'Églises Baptistes de langue française) 54
CEAF (Communauté des Églises d’Expressions Africaines de France) 38
UDEM (Union des Églises missionnaires) 15

En France, 25 % des Églises évangéliques sont membres de la FPF (Fédération protestante de France), et presque autant sont membres de la FEF (Fédération évangélique de France). 56 % ne sont membres d'aucune instance représentative (CEBI). Il faut aussi parler du http://lecnef.org/ (Conseil National des Évangéliques de France). Il affirme regrouper aujourd'hui 80 % des Églises évangéliques en France. L'embryon du CNEF démarre en 2001, mais l'assemblée constitutive est toute récente (2011) : http://www.lecnef.org/en/quest-ce-que-le-cnef-/histoire

En Suisse Romande, des Églises évangéliques sont implantées dans la plupart des villes et de nombreux villages de moyenne importance. Parmi les principales dénominations présentes, on citera la Fédération Romande d'Églises Évangéliques, les églises de réveil, les Églises apostoliques, l'armée du salut, les darbystes et l'Action Biblique. La plupart de ces dénominations d'Eglises sont regroupées au sein du Réseau évangélique suisse[3] qui est l'association faîtière des oeuvres et Eglises évangéliques en Suisse romande.

Les protestants évangéliques dans le monde: plus de 420 millions d’évangéliques dont 210 millions de pentecôtistes sur 1,9 milliard de chrétiens:

  • Asie : 133 millions dont 89 millions en Chine. On parle de 10 000 nouveaux convertis par jour dans ce pays.
  • Afrique : 116 millions
  • Amérique du Nord : 94 millions
  • Amérique latine : 55 millions
  • Europe : 17,3 millions

Source : World Christian Encyclopedia et Portes Ouvertes[réf. nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. en fait dans les années 1873-1895
  2. a et b (fr) Jean-Pierre Langellier, « Brésil : quand la religion s'immisce dans l'élection présidentielle », Le Monde,‎ 26-10-2010 (consulté le 01-11-2010)
  3. « Réseau évangélique suisse », sur www.evangelique.ch (consulté en 12.08.2014)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sébastien Fath, Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005, Genève, Labor et Fides, 2005, 425 pp.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [1] Liste des églises évangéliques et leurs principales dénominations avec des statistiques