École du dimanche

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L’École du dimanche (Sunday school en anglais) est une institution typiquement protestante et anglo-saxonne, qui ne correspond pas à l’enseignement du catéchisme. Ce dernier était la responsabilité des pasteurs pour les adolescents. Les écoles du dimanche sont des associations distinctes de l'Église locale. Au XIXe siècle, le pasteur en est souvent le directeur, c'est en particulier en raison de ses diplômes universitaires. Ce sont les membres de l'Église qui instruisent les jeunes enfants en commençant par l'alphabétisation des jeunes non scolarisés[1].

Même si des Écoles du dimanche laïques ont été créées, avec comme porte-parole en France Nicolas de Condorcet (1792), ou pour les Écoles socialistes l'anglais Tom Anderson (1894), l'initiative du mouvement revient à des pédagogues protestants. Le terme « école du dimanche » tel qu'il est employé ici, désigne un dispositif initialement d'éducation populaire propre au protestantisme à l'époque des « Réveils » et des initiatives philanthropiques. Ne s'agissant pas d'un catéchisme d'Église, cela permit au mouvement de se développer largement dans l'ensemble du protestantisme et à l'international (Orchard, p. 6-8, 13-14). Le contenu des réunions se compose essentiellement d'étude de récits bibliques et de chants, la musique ayant toujours eu une place importante dans le culte protestant. L'École du dimanche ne prépare à aucun « sacrement » de l'Église. Cependant, sa fonction a été très tôt discutée : école ou culte, école et culte, fonction missionnaire… ?

Si au XXIe siècle, en France, il s'agit d'une réunion consacrée plus particulièrement aux enfants des paroissiens réunis pendant le culte, en Amérique du Nord, où le mouvement s'est beaucoup développé, les classes rassemblent aussi des adultes, en marge du culte et non simultanément. En France, aujourd'hui les enfants se répartissent en général en plusieurs groupes pour suivre un cours adapté à leur âge et un enseignement biblique leur est donné. Les moniteurs et les monitrices sont généralement des membres bénévoles des églises, souvent d'anciens élèves de l'école. Ce dispositif éducatif reste toujours très actif dans la plupart des Églises protestantes se réclamant de la tradition « Évangélique ».

Historique[modifier | modifier le code]

Les précurseurs du mouvement[modifier | modifier le code]

L'enseignement du catéchisme était déjà apparu au XVIe siècle avec Charles Borromée à Milan au sein de l'Église catholique, et quelques écoles du dimanche surgissent au XVIIe siècle avec Joseph Alleine et Hanna Ball (1733-1792), méthodiste du Haut-Wycomb, en Angleterre. D'autres précurseurs seraient à signaler aussi dans le judaïsme pour ce qui relève de la tradition judéochrétienne.

L'initiative de Robert Raikes[modifier | modifier le code]

Mais c'est au cours du XVIIIe siècle qu'aura lieu la véritable apparition des écoles du dimanche, et plus particulièrement avec Robert Raikes (www.youtube.com) (1736-1811). Il vit le développement industriel, avec tout ce que l'exode rural a pu engendrer aussi comme déstabilisation au sein des familles.

À ses débuts, le mouvement relève de l'éducation populaire. Voyant la misère des jeunes dans les rues de sa ville, (Gloucester) ce journaliste imprimeur met sur pieds des rencontres dont le but principal est de leur donner une instruction de base. Ces jeunes étaient des ouvriers de moins de 12 ans, qui six jours sur sept travaillent à l'usine. Le dimanche étant leur seul jour libre, l'école fut ouverte ce jour-là. Raikes finança et fit connaître ces écoles grâce à son journal le Gloucester Journal [3].

La structuration du mouvement anglais[modifier | modifier le code]

Le pasteur anglican Thomas Stock (1750-1803), également de Gloucester, travaillera avec lui et se chargera tout particulièrement de trouver des enseignants. William Fox (1736-1826), marchand de drap, membre d'une Église baptiste, est à l'initiative de la création de la première Société des Écoles du dimanche (London Sunday School Society). Des Sociétés dénominationnelles sont créées, l'Église Méthodiste étant particulièrement active dans ce domaine.

De la littérature est produite, des bibliothèques créées et même une « école biblique » pour former les moniteurs et les monitrices. Le mouvement se développe à la même époque où les sociétés des traités, de colportage, des missions mobilisent de nombreux acteurs.

Premiers bilans[modifier | modifier le code]

La première école du dimanche débute aux alentours de 1780 à Gloucester en Angleterre. Très vite des effets positifs sont constatés et le taux de criminalité diminue. Auguste Schaffner parle ainsi en 1893 de ses échanges avec M. Edwards, secrétaire général de la Sunday School Union :

« Actuellement, grâce à l'influence moralisatrice de cette œuvre, la statistique criminelle compte 28 % de prisonniers et 45 % de prisonnières de moins qu'il y a 10 ans : et si je relevais les chiffres concernant les jeunes détenus au-dessous de 16 ans et plus, la proportion serait plus forte encore. C'est ainsi que sur les 113 prisons principales de l'Angleterre, 57 sont fermées pour manque de prisonniers. »[2].

Les années suivantes le nombre d’écoles du dimanche augmente considérablement en Angleterre et dans beaucoup d'autres pays. En 1788, à peine cinq ans après les débuts de l’expansion du mouvement, le revivaliste méthodiste John Wesley (1703-1791) tient les propos suivants :

« Nurseries de chrétiens !... la plus haute forme de charité depuis Guillaume le Conquérant. »[3]

Cette école rassemblait les enfants ne fréquentant pas le culte, pour leur donner le matin une instruction générale : lecture, écriture, calcul, et histoire sainte. La lecture se faisait dans la Bible. Les premières Écoles se tenaient dans la cuisine de la "femme de bonne mœurs" qui accueillait les enfants chez elle. L'implication des laïques et des femmes marque fortement le mouvement anglophone. Robert Raikes conduisait la classe l'après-midi au temple, où le catéchisme était dispensé.

Le mouvement des écoles déguenillées[modifier | modifier le code]

Les Ragged schools, accueillent de leur côté les enfants les plus « désocialisés » (Grigg, p. 229). Initiées par le cordonnier John Pounds (1766-1839), le mouvement se développe grâce à l’action du pasteur Anglican Thomas Guthrie (1803-1873), Lord Shaftesbury (1801-1885) fondant de l’Union des Écoles déguenillées.

Le mouvement en France[modifier | modifier le code]

En France, les écoles du dimanche prennent plus de temps pour se développer et se structurer et sont plus « ecclesiocentrées » qu'en Angleterre. Ruben Saillens (1855-1942) dit à propos de celles de Lyon où les moniteurs sont recrutés auprès de l'Union Chrétienne de Jeunes Gens et de l'Union Chrétienne de Jeunes Filles :

« Aussi, nos écoles du dimanche étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. Les deux sexes avaient des locaux à part : nous, jeunes gens, donnions à nos garçons des leçons de lecture, d’écriture, de calcul, pendant une heure. Nous consacrions les heures suivantes à une instruction religieuse basée sur le Nouveau Testament […] les jeunes filles chrétiennes, stimulées par l’exemple de leurs frères fondèrent à leur tour des écoles semblables pour les filles. »(Wargenau-Saillens, p. 25).

Après une initiative sans suite au moment de la Révolution française, les premières écoles du dimanche sont créées presque simultanément en Normandie et dans la région de Bordeaux au sein des Églises Réformées. Une lettre [4] de Laurent Cadoret (1770-1861), citée dans le Journal des Écoles du Dimanche, témoigne de l'antériorité de son initiative en 1814 à Luneray en Seine-Maritime. Formé à la théologie à l'Institut de David Bogue à Gosport, c'est stimulé par ce dernier et soutenu par la London Missionary Society, qu'il initia, non sans rencontrer de résistance, la première école du dimanche à Luneray. La première école à Paris s'ouvre en 1822 à l'Oratoire du Louvre[4].

Un « Comité pour l'encouragement des écoles du dimanche » est créé par le Baron Auguste de Stael en 1826[5].

La « Société des Écoles du Dimanche » est créée en mars 1852 sous l’initiative de Jean-Paul Cook (1828-1886). Les statuts de la SED mettent l'accent sur sa fonction « missionnaire » [6]. La SED fera œuvre de maison d'édition : revues de formation des moniteurs, listes de textes bibliques à étudier, feuilles pour élèves, bon-points, registres de présence… et ouvrages estimés utiles à l'éducation de la jeunesse. Les pasteurs, fers de lance de la SED, insistaient en outre beaucoup sur l'importance des visites des enfants par leur moniteur ou monitrice.

Le philanthrope américain Albert Woodruff (1807-1891) contribue au développement du mouvement en France et en Europe. Mais après s’être transformée en 2000 en Service d’Édition et de Diffusion, elle s’est dissoute en 2002.

En France la direction des écoles du dimanche est assez généralement confiée au pasteur de l'Église, et constitue selon Encrevé[7] plutôt un pré-catéchisme qu'un catéchisme. Au synode de Normandie, Wilfred Monod[8] plaide en 1904 pour faire passer un examen d'entrée aux jeunes qui souhaitent commencer le catéchisme sans avoir fréquenté l'école du dimanche, pour s'assurer du niveau de connaissance biblique acquis au sein de la famille.

La situation rurale de la France, le contexte de développement de l'école primaire obligatoire, de la séparation de l'instruction générale et religieuse influent sur le développement de ces Écoles, et provoque la création des écoles du jeudi dès 1881. En ville à Paris les écoles accueillent des enfants de parents catholiques[9] et à Lyon de libres penseurs[10]. Les tensions théologiques entre théologiens orthodoxes et libéraux affectent le développement de l'institution.

Bien qu’au début cette initiative fût fort appréciée, elle fut rapidement confrontée à plusieurs obstacles. On leur reprochait, d’une part, l'importante place du rôle des femmes dans ces écoles et, d’autre part, de ne pas respecter le jour de repos en faisant travailler des moniteurs ce jour-là.

le pasteur Henry Paumier (1820-1899), alors secrétaire du Comité de la Société des Écoles du Dimanche, rapportait les propos du pasteur James Inglis mentionnant trois griefs qui furent reprochés au Mouvement naissant en Écosse : la violation du shabbat et la place prise par les laïques ainsi que les femmes dans cette œuvre : "Quelques-uns [des pasteurs] allèrent même jusqu’à déclarer du haut de la chaire que l’instruction des enfants par les laïques était une violation du quatrième commandement [relatif à l’interdiction pour les laïques de travailler le shabbat] ; ils menacèrent même d’interdire la communion à quiconque oserait se joindre à cette œuvre […] M. Inglis termina en signalant un autre préjugé, dont le temps et l’expérience avaient également fait justice, celui de l’instruction par les femmes. En 1820, l’on ne comptait en Écosse, sur 1 700 instructeurs, que 140 femmes, tant on se défiait de leur travail et de leur influence ; aujourd’hui la proportion était bien changée ; les femmes comptaient pour moitié dans les rangs de cette noble phalange dévouée à l’instruction religieuse des enfants"[11] Henry PAUMIER, « Grande conférence des Écoles du Dimanche », in Mag EdD, Vol XII, no 10, oct 1862, p. 294, p. 322-323.


Mais, au fil des années, cette forme d'école a disparu.

Au XXie siècle, dans les églises luthéro-réformées, on parle plutôt d'école biblique. Dans les églises de la mouvance Évangélique[12], l'École du dimanche garde généralement ce nom et rassemble des enfants des membres ou amis de l’église pendant ou avant le culte[13]. Des moniteurs et monitrices apportent aux enfants (souvent jusqu'à 14-15 ans, voire plus) un enseignement biblique en complément, ou parfois en remplacement de ce que la tradition protestante estimait devoir être transmis dans les familles, ou la lecture de la Bible était habituelle.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ruolt, thèse de doctorat, université de Rouen, 2010 : « La petite école des deux cités, histoire et contribution des écoles du dimanche à l'éducation populaire en France de 1814 à 1902, une éducation pan-anthropique ».
  2. Auguste Schaffner, « Mon petit journal, l'Angleterre et les Écoles du Dimanche », in Journal des Écoles du Dimanche, 1893, p. 102
  3. D'après A.L., Montandon, « Les Écoles du Dimanche de l'Église Réformée de Paris », in Magasin de l'École du Dimanche, 1851, p. 97-105
  4. Agnès de la Gorce, Wesley, Maître d’un peuple (1703-1791), Paris, Albin Michel, 194 p. 337
  5. Lettre de souscription
  6. [1]
  7. André Encrevé, L'expérience et la foi, pensée et vie religieuse des huguenots au XIXe siècle, Genève, Labor et Fides, 2001, p. 342-343
  8. Wilfred Monod, Les Écoles du Dimanche en Normandie, Vals-les-Bains, Abeblen, 1904, p. 32
  9. Matthieu Lelièvre, « un coup d'œil sur l’histoire des Écoles du Dimanche », in Journal des Écoles du Dimanche, Paris SED, 1890, p. 408
  10. Wargenau-Saillens M, R & J Saillens évangélistes, Paris, Les Bons Semeurs, 1957, p. 25.
  11. référence, citation ou lien
  12. Sur la mouvance évangélique, voir Fath Sébastien, Du ghetto au réseau : le protestantisme évangélique en France 1800-2005, Genève, Labor et Fides, 2005,426pp
  13. Relevez la mention de l'école du dimanche en consultant les semainiers en ligne de ces églises sur [2]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frank Booth, Robert Raikes of Gloucester, Nutfield, Redhill, Surrey, National Christian Education Concil, Robert Denholm, 1980, 188 pp.
  • Ferdinand Buisson, « Dimanche (écoles du) », Dictionnaire de Pédagogie, Lyon, INRP, 1911. [5]
  • Ferdinand Buisson, « Raikes », Dictionnaire de Pédagogie, Lyon, INRP, 1911. [6]
  • Philip B. Cliff, , The rise and development of the Sunday School Movement in England, 1780-1980, Nutfield, Redhill, Surrey : National Christian Education Council, 1986.
  • Gérard Delteil, « déplacement de la catéchèse », ETR, 54, 1979/1, p. 34ss
  • Joseph-Marie Baron De Gerando, De la Bienfaisance Publique : des institutions à prévenir l’Indigence, 1839, T2, p. 508ss à télécharger sur [7]
  • Russel Grigg, « The Origins and growth of ragged schools in Wales 1847-c. 1900 », in History of Education, 2002, Vol 31, note no 6, p. 229. p. 227-243
  • J. Henry Harris, Robert Raikes, the man and his work : Biographical Notes collected by Josiah Harris, Unpublished Letters by Robert Raikes, Letters from the Raikes Family, Opinions on influence of Sunday schools, New York, E.P. Dutton, 1899, 335 pp. [8]t
  • Henri Laune, Robert Raikes et ses écoliers, Paris, SED, 1881 ; 140pp. Traduit librement de l’anglais, original : The Sunday School Union, Robert Raikes ans his scholars, Londres, 26 juin- 3 juillet 1880 [9].(Seule biographie de Raikes trouvée jusque-là éditée en langue française)
  • Stephen Orchard, H.Y. Briggs, The Sunday School Movement : studies in the Growth and décline of the Sunday Schools, Londres, Paternoster, juillet 2007, 300 pp.
  • John Carroll Power, The Rise and Progress of Sunday Schools; a Biography of Robert Raikes and William Fox, New York, Sheldon & Company, 1863, 294 pp. [10],
  • Anne Ruolt, «Les écoles du dimanche», Le Bon Combat, Paris, juillet – août 2007, p. 10 – 17;
  • Anne Ruolt, «Les écoles du dimanche», Le Bon Combat, Paris, septembre – octobre 2007, p. 9 – 19;
  • Anne Ruolt, «Les écoles du dimanche», Le Bon Combat, Paris, novembre – décembre 2007, p. 10 – 15;
  • Albert Woodruff, L'École du dimanche, institution fondée sur la Sainte Écriture, Paris, Librairie évangélique, 1857, 24 pp.
  • Albert Woodruff, De la meilleure organisation des Écoles du dimanche, comme auxiliaire du ministère évangélique, Paris, SED, 1864, 32 pp.
  • Jean-François Zorn, « Un mouvement catéchètique contemporain : les Écoles du Dimanche », ETR, 71e année, 1996/3, p. 379-400
  • Jean-François Zorn, « École du Dimanche », Encyclopédie du protestantisme, Paris/Genève ; Cerf/Labor et Fides, 1995, p. 444.

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Musée virtuel du protestantisme : [11] et [12]