Patois de Canaan

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Le Patois de Canaan est une expression utilisée dans le milieu des églises évangéliques protestantes pour désigner le jargon employé communément dans ces mêmes églises. L'allusion à Canaan est une référence au territoire promis au père des croyants, Abraham, par Dieu, dans la Genèse, premier livre de la Bible. Il se caractérise par une série d'expressions ou de termes déphasés par rapport à leur champ sémantique contemporain ou habituel, figés par les traductions du canon de la Bible. L'identification de ce jargon comme « patois » est due au fait que les lexèmes et expressions employés dans ce langage, bien que relevant la plupart du temps de langues bien parlées, ont une signification théologique particulière que recouvrent une série de concepts, d'images ou d'idées que l'on retrouve dans le texte de la Bible. Comme pour l'apparition des jargons en général, les termes sont conservés tels quels non particulièrement par conservatisme, mais parce qu'ils sont très pratiques a priori : ils font sens dans le discours religieux et les changer pourrait affecter la compréhension qu'on en a.

Le Patois de Canaan se distingue le plus souvent comme tel dans des contextes culturels étrangers à un langage inspiré directement par la Bible. C'est l'ancrage des milieux évangéliques (et des protestants, plus largement) dans la lecture assidue, la méditation et l'étude de la Bible qui rend un vocabulaire – au fond marqué par une certaine théologie – source de conceptions, engendrant des expressions langagières.

Dans le cadre de la langue française, étant donné que la plupart des protestants francophones d'Europe et d'Amérique, et aussi dans beaucoup de pays africains, évoluent dans une culture religieuse qui n'est pas dominée par le protestantisme, mais p. ex. par le catholicisme, il en ressort cette différence de vocabulaire.

De nos jours, le Patois de Canaan devient un concept à cerner ou duquel on s'occupe ou se préoccupe dans deux domaines, celui de la communication religieuse (prédication et évangélisation), et celui de la sociologie de la religion, où le chercheur doit pouvoir comprendre les symboles et les valeurs attachés à tant de lexèmes ou d'expressions, renvoyant très souvent à une Weltanschauung évangélique particulière. Dans le cas de la communication religieuse en particulier, l'ouverture des religieux aux moyens amplifiés de communication attire l'attention sur la dimension de langage de la communication religieuse. Des efforts dans ce sens provoquent un phénomène intéressant, à savoir, l'apparition d'un langage religieux avec des référents calqués sur le langage séculier contemporain, mais dont les référés restent théologiquement liés ou marqués. En d'autres mots, on assiste à l'apparition d'un langage « normal » en apparence mais qui renvoie à une symbolique religieuse très semblable à celle du Patois de Canaan. Le souci de l'évangélisation des jeunes, par exemple, donne lieu à de beaux spécimens. Même si le phénomène est plus largement observable dans le monde anglo-saxon (principalement Amérique du Nord, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande, et Afrique du Sud dans une moindre mesure) où, pourrait-on dire, le Patois de Canaan est bien plus proche que chez les francophones du langage « normal », les francophones développent aussi cette sorte de « jargon bis », rajeuni et sans doute mieux communicable. Un exemple intéressant peut être donné : citons le fait que le verbe « être connecté », par exemple, remplace dans ce jargon la vieille expression "être en communion", la rejoignant dans son sens d’être connecté à / en communion avec Dieu, ainsi que d’être connecté les uns aux autres « en Christ », ou en communion d'Église.

Quelques exemples d'expressions du Patois de Canaan :

  • « Traverser un désert » : passer par une longue période de souffrance, de problèmes, ou de temps sans penser trouver de réponse aux prières.
  • « Mourir à » (langage paulinienÉpître aux Romains) : abandonner définitivement par vœu, en signe de repentance, une condition de sa nature humaine, en vertu de la puissance de Christ et de ses réalisations par sa mort sur la croix (ex. : mourir à son péché, mourir à soi-même, mourir à une vie ancienne). Ce point relève du crucicentrisme (centralité de la Croix), typique du christianisme évangélique.
  • « Accepter Jésus dans sa vie » : se convertir.
  • « Sauvé(e) » : entre autres, converti(e) par acceptation de l'œuvre du Christ, par la foi. Le terme reste cependant relativement disputé.
  • « En Christ » : en vertu de ce qu'a accompli Jésus-Christ ou de ses promesses (« se réjouir en Christ », « persévérer en Christ »). Dans la vie chrétienne, dans le cadre du christianisme (« grandir en Christ » → croissance spirituelle). Avec l'aide ou l'assistance de Jésus-Christ.
  • « Couvrir un péché » (langage religieux hébraïque) : action par laquelle Dieu « recouvre » comme d'un linge de pureté le péché de la personne qui lui demande pardon, et/ou fait œuvre de repentance. La théologie sacrificielle que partagent tous les évangéliques considère que cette action est également accomplie littéralement et « une fois pour toutes » à la Crucifixion, par le sang de Jésus versé pour le péché de l'humanité.
  • « L'Agneau » : Jésus-Christ dans sa posture de sacrifié pour le salut de l'humanité (symbolique johanniqueApocalypse).
  • « Ancien(ne) » : membre élu(e) d'une communauté ecclésiale (église) pour l'administrer (en conseil avec d'autres anciens) ou gérer son fonctionnement. Ils forment ensemble le « Conseil des anciens », ou dans certains types de congrégations (en Suisse et en Belgique, p. ex.), le Consistoire.
  • « Diacre », n.m. : dans certaines congrégations, nom donné à un homme ou une femme se sentant appelé(e) à effectuer un service ou « ministère » particulier (ministère diaconal) d'assistance ou de service aux membres de l'Église ou aux personnes en général. Certains les appellent plus simplement « serviteurs », d'autres encore, « ministres ». Le terme est parfois féminisé en diaconesse, mais étant donné que le terme grec d'origine est déjà féminin, cela n'est souvent pas recommandé.
  • « Parler en langues » : se voir doué de glossolalie
  • « Monde » : « état d'esprit, façon de vivre et d'agir propre à ceux qui sont loin de Dieu »¹.
  • « Voie » : œuvre, fait, acte, réalisation de Dieu ou de l'être humain.
  • « Semer » / « Semence » : se réfère à l'action humaine (ou à une action en particulier) dans une dimension qui comprend ses conséquences à court, moyen et long terme, ici-bas et au-delà.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]