Think tank

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Un think tank ou laboratoire d'idées[1] est généralement une structure de droit privé, indépendante de l'État ou de toute autre puissance, en principe à but non lucratif, regroupant des experts et produisant des études et des propositions souvent dans le domaine des politiques publiques et de l'économie. Alors qu'un laboratoire d'idées réunit des professionnels au sein d'une structure formalisée et produit de façon systématique des études et des rapports, un club ou cercle de réflexion est beaucoup moins formel. Il réunit, souvent autour d'un homme ou d'un parti politique, des personnes de bonne volonté désirant réfléchir sur une base non professionnelle à des problèmes relevant des politiques publiques. Dans les pays du monde anglo-saxon, think tank est aussi nommé brain box ou think factory[2]. En 2012, il y avait 6 603 think tanks[3] contre 6 480 think tanks en 2010[4] dans le monde. La création de think tanks a été très forte de la fin des années 1960 au début des années 2000. Au plus fort de la croissance, vers l'année 1996, il se créait dans le monde près de 150 think tanks par an. Depuis, la progression de leur nombre a fortement ralenti aux États-Unis[4], mais elle s'est accélérée en France, de même que s'est accentué leur poids sur la décision politique[5]. Les États-Unis restent le pays qui compte le plus de think tanks, suivi depuis quelques années par la Chine[6].

Généralités[modifier | modifier le code]

Rôle[modifier | modifier le code]

Pour Peter Singer, les laboratoires d'idées font un lien — il utilise la métaphore de la chaîne de bicyclette — entre le monde de la recherche et le monde politique, et apportent une rigueur académique à l'étude des problèmes contemporains. Pour James McGann, directeur du Think Tanks and Civil Societies Program à l'université de Pennsylvanie et éditeur du classement mondial des laboratoires d'idées, ceux-ci « aident à mettre au point les agendas politiques et dressent des ponts entre le savoir et le pouvoir[6] ». Aussi, si certains think tanks sont uniquement centrés sur la recherche et la diffusion de documents de travail, d'autres ajoutent à cette fonction une activité de club, c'est-à-dire qu'ils ont des adhérents dans la société civile, pour lesquels sont organisés des colloques, des séminaires et des réunions. Cette activité est particulièrement développée au Council on Foreign Relations et à la Fabian Society.

Pour Richard N. Haass[7] les laboratoires d'idées contribuent de cinq façons à la politique publique :

  • ils « génèrent des idées originales et des options politiques[8] » ;
  • ils « fournissent un réservoir d'experts prêts à être employés par le gouvernement[9] ». Aux États-Unis, les think tanks contribuent à la circulation des élites, par exemple en servant de réservoirs de talents ou en permettant aux membres d'une administration d'intégrer une structure et de préparer leur retour lorsque leur parti n'est plus au pouvoir ;
  • ils constituent « un lieu où les décideurs peuvent débattre d'idées et tester de nouvelles approches[9] ». Par exemple, Chatham House organise de nombreux débats sous les règles dites de Chatham House, qui permettent la confidentialité des échanges[10]. Cette pratique a été reprise par de nombreux think tanks ;
  • ils ont un rôle pédagogique tant au niveau des élites que des citoyens, et contribuent à éclairer le débat public[11]. Certains think tanks ne sont guère intéressés par le grand public et préfèrent se centrer sur les décideurs, mais d'autres, au contraire, vont viser le grand public. Les think tanks « reaganiens » ou « thatcheriens », au départ considérés comme hors du « cercle de la raison », ont ciblé le grand public[12] et ont également servi de support à l'émergence d'un groupe de dirigeants conservateurs ;
  • les think tanks consacrés aux Relations internationales peuvent « compléter les efforts officiels pour résoudre les conflits ».

Les think tanks ne visent pas seulement à réaliser des études originales. Un de leurs principaux objectifs est d'adapter les idées existantes aux « besoins et contraintes du monde politique »[13].

Typologie[modifier | modifier le code]

Carol Weiss[14] distingue quatre variétés de think tank :

  • des « universités sans étudiants », comme la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale ou l'IFRI en France. Ils emploient des chercheurs en général titulaires de doctorats et ont à cœur de réaliser des études dotées d'une rigueur académique ;
  • des think tanks travaillant principalement grâce à des études commandées par les institutions publiques telle la RAND Corporation ;
  • des advocacy think tanks (en français, on pourrait parler de « think tanks dévoués à une cause »). Ils produisent des études et promeuvent des idées en lien avec les valeurs qu'ils veulent défendre ;
  • les think tanks liés aux partis politiques. En général, malgré tout, ils essaient de garder une certaine autonomie de façon à préserver la qualité des recherches.

Historique[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la crise de 1973[modifier | modifier le code]

La Fabian Society, créée à Londres en 1884 pour promouvoir des réformes sociales, est considérée comme le plus ancien think tank[15]. Viennent ensuite la Carnegie Endowment for International Peace (1910), créée par l'Institut économique de Kiel (Allemagne, 1914), et enfin l’Institute for Government Research qui deviendra la Brookings Institution (1916). La fin de la Première Guerre mondiale voit l'émergence de deux think tanks consacrés aux relations internationales : Chatham House (1920) et le Council of Foreign Relations (1921)[16].

La Seconde Guerre mondiale et l'immédiat après-guerre vont voir l'émergence de nombreux think tanks : American Enterprise Institute (1943), Rand Corporation (1946), Société du Mont-Pèlerin (1947), Institute of Economic Affairs (1955), Hudson Institute (1961)[16]. Et c'est en Allemagne qu'entre 1945 et 1975 apparaissent 40 % des think tanks[17].

De 1973 à nos jours[modifier | modifier le code]

Depuis 1973, on assiste dans les pays anglo-saxons à une montée en puissance de think tanks proches de Reagan et de Thatcher : Heritage Foundation, Cato Institute, Adam Smith Institute (qui aurait été destiné « à contrer les idéaux keynésiens »[18]). Les think tanks vont d'une certaine façon suivre et amplifier les divergences idéologiques qui commencent à se creuser dans ces pays. En réaction, des think tanks plus progressistes vont être créés, tel l'Institute for Public Policy Research. Néanmoins, durant cette période, ce sont plutôt les think tanks conservateurs qui vont être les plus influents et donner le ton. Au niveau de la politique internationale, le Project for the New American Century, créé en 1977, aura une forte influence sur le président George W. Bush, notamment dans sa politique irakienne[19].

En France, le monopole de l'appareil d'État sur l'expertise et la pensée a longtemps gêné le développement d'une pensée indépendante de l'État[20]. La création de l'IFRI en 1979 va marquer un tournant, alors que, parallèlement, la nécessité d'une réflexion et d'une pensée issues de la société civile se fait jour, et que l'idée que « la France perd la bataille de la diplomatie intellectuelle en Europe[21] » devient plus prégnante. Aussi, les années 1990-2000 voient-elles la création de nombreux think tanks[22] comme l'Institut Montaigne (2000), La République des idées (2002), Fondapol (2004) ; précédés par la Fondation pour la Recherche Stratégique, (1992), l'Institut de relations internationales et stratégiques, Notre Europe (1996) et EuropaNova (2002).

Cette montée en puissance des think tanks en France n'est pas isolée. En règle générale, la chute du mur de Berlin voit l'éclosion de nombreux think tanks, notamment dans les anciens pays communistes. Aux États-Unis, les démocrates et les libéraux, qui ont l'impression d'avoir en partie perdu la bataille des idées, vont étudier les moyens de renforcer les think tanks proches d'eux-mêmes et de mieux les financer, de façon à refaire leur retard[23]. En fait, aux États-Unis, les liberals classés à gauche sont alors puissants dans les universités, mais leurs think tanks ont pris du retard.

Géographie et classement des think tanks[modifier | modifier le code]

Les think tanks par grande région du monde[modifier | modifier le code]

Si l'on prend le détail par région, l'Afrique compte 8 % du total des think tanks, l'Asie 18 %, l'Europe 27 %, l'Amérique latine et les Caraïbes 11 %, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient 5 %, l'Amérique du Nord 30 % et l'Océanie 1 %[4]. Le classement de l'université de Pennsylvanie permet de voir quels sont les think tanks importants dans chaque région.

  • En Europe, le rapport distingue, comme durant la guerre froide, l'Europe de l'Ouest et celle de l'Est.
  • Afrique. Les trois premiers think tanks sont localisés en Afrique du Sud : South African Institute of International Affairs (SAIIA), Institute for Security Studies (ISS) et Free Market Foundation. Notons le 15e rang du Centre d'études, de documentation et de recherches économique et sociale (CEDRES) du Burkina Faso et le 9e du Council For the Development of Social Science Research in Africa (CODESRIA), au Sénégal.
  • Afrique du Nord et Moyen-Orient. Le premier est le Carnegie Middle East Center (Liban) suivi du Gulf Research Center (GRC) de Dubaï (Émirats arabes unis) et de l'Al-Abraham Center for Political and Strategic Studies (Égypte). Notons que le Centre d'études et de recherches en sciences sociales du Maroc est au 22e rang.
  • Amérique latine. Le premier est la Fundação Getúlio Vargas (Brésil) ; le deuxième le Centro de Estudios Públicos (CEP) (Chili) ; le troisième le Centro Brasileiro de Relações Internacionais (CEBRI) (Brésil)[25].
  • Asie. Le premier think tank est le Chinese Academy of Social Sciences (Chine), suivi du Japan Institute for International Affairs (JIIA) (Japon) et de l'Institute for Defence Studies and Analyses (IDSA) (Inde). Dans le top 25 des pays asiatiques, cinq think tanks sont chinois et six indiens[26].

Les tops 25 des think tanks dans le monde[modifier | modifier le code]

Selon le rapport de l'Université de Pennsylvanie de 2010 — qui peut être sujet à certaines critiques méthodologiques[27] —, le top 25 s'établit ainsi :

Les think tanks dans quelques pays[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Les États-Unis sont le pays qui compte le plus de think tanks ; c'est même de ce pays qu'est venue l'expression de lobby pour les désigner. La capitale, Washington, compte 393 think tanks (un cinquième du total). Pour Peter Singer[N 1], cette ville est d'une certaine façon celle de « l'industrie des idées ». Les think tanks sont particulièrement nombreux sur Massachusetts Avenue, avec notamment la Brookings Institution (au sommet du classement depuis plusieurs années) et le Carnegie Endowment for International Peace.

Les think tanks ont une influence assez forte. L'idée du plan Marshall vient de travaux de la Brookings Institution[6]. L'Heritage Foundation, à travers notamment son Mandate for Leadership, a dressé les contours des politiques mises en œuvre par le président Reagan[6]. Plus récemment, certains think tanks ont soutenu la guerre en Irak, tandis que d'autres, quand la situation s'est dégradée, ont conçu entre 2004 et 2006 la politique alternative qui a été adoptée dans un second temps[6].

Si ce pays compte des think tanks conservateurs tel l’Heritage Foundation, il compte aussi des think tanks progressistes comme le Center for American Progress (créé en 2003) pour jouer, côté démocrate, un rôle similaire à celui de l'Heritage Foundation. À côté de ces think tanks engagés, le Council on Foreign Relations, la Brookings Institution et la Rand Corporation se veulent non-partisans. Parmi les autres think tanks influents, on peut citer également le Project for the New American Century[32], le Cato Institute (libertarien), la Hoover Institution, la Brookings Institution, la RAND Corporation, le German Marshall Fund of the United States ou encore l'American Enterprise Institute[33].

Il est à noter que souvent les think tanks servent de vivier pour les administrations américaines et, parfois, de base de repli en cas de changement politique ; les critiques concernant cette pratique parlent de revolving doors. Plus de 60 % des secrétaires d'État assistants du ministère américain des Affaires étrangères (State Departement) sont issus des think tanks[6].

Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

La Grande-Bretagne compte en 2010 environ 278 think tanks. Le pays compte cinq think tanks classés dans le top 25 mondial[34] : Chatham House (quatrième), Amnesty International (cinquième), International Institute for Strategic Studies (quatorzième), Human Rights Watch (seizième), Adam Smith Institute (dix-neuvième). Le Royaume-Uni est particulièrement bien placé dans le domaine des think tanks concernant la « bonne gouvernance » et la « transparence » avec Transparency International (premier dans le domaine), Amnesty International (second), Human Rights Watch (troisième), Oxford Council on Good Governance (huitième), le Mo Ibrahim Foundation (onzième), Taxpayers Alliance (douzième)[35]. Le pays compte également trois think tanks de rang mondial au niveau environnemental[36] avec Chatham House, l’International Institute for Environment and Development et E3G, Third Generation Environmentalisme. Le Royaume-Uni compte aussi un think tank de niveau mondial dans le secteur des sciences et technologies[37] avec le Science and Technology Policy Research. Le pays a également trois think tanks affiliés à un parti politique de niveau mondial avec le Centre for Policy Studies, Demos et la Fabian Society[38]. Dans le domaine de la sécurité et des relations internationales, la Grande-Bretagne compte quatre des 25 meilleurs think tanks : International Institute for Strategic Studies (sixième), Chatham House (huitième), Human Rights Watch (douzième), ainsi que European Council on Foreign Relations (dix-septième)[39].

Belgique et Union européenne[modifier | modifier le code]

Bruxelles, siège de la Commission européenne, compte trois institutions à vocation mondiale ou européenne figurant dans le top 25 des meilleurs think tanks mondiaux : International Crisis Group (11e rang), Centre for European Policy Studies (15e rang), et Bruegel (think tank) (18e rang)[40].

Le fait que les institutions européennes aient souvent leur siège à Bruxelles explique aussi que la Belgique compte quatre think tanks affiliés à un parti politique figurant au top 25 mondial : le Centre for European Policy Studies, déjà nommé (8e rang mondial), la Green European Foundation (12e), la Foundation for European Progressive Studies (FEPS) (14e) et l'European Ideas Network (20e)[31]. La Belgique a aussi deux institutions dans le top 25 des think tanks en science et technologie : le Lisbon Council for Economic Competitiveness (18e) et l'Institute for the Encouragement of Scientific Research and Innovation of Brussels (ISRIB) (23e)[41].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Trois faits méritent d'être soulignés. L'Allemagne (où l'on utilise de préférence l'équivalent allemand Denkfabrik) est bien placée au top 25 des think tanks portant sur la science et la technologie : le Max-Planck-Institut (1er), la Bertelsmann Stiftung (« fondation ») (2e), le Zentrum für Entwicklungsforschung (ZEF)[41]. Par ailleurs, elle est en tête également du top 25 des meilleurs think tanks affiliés à un parti politique, avec quatre think tanks — Friedrich Ebert Stiftung (FES), Konrad Adenauer Stiftung (KAS), Heinrich Böll Stiftung, Friedrich Nauman Stiftung (FNS) — dans les cinq premiers mondiaux[31]. Enfin, de façon générale, ce pays est bien placé dans les classements : sept think tanks dans le top 25 d'Europe de l'Ouest[42], trois dans le top 25 des think tanks de développement international[43], quatre dans le top 25 des think tanks de l'environnement[44], trois dans le top 25 des think tanks sur la sécurité et les affaires internationales (la France en a quatre), deux dans le top 25 des think tanks sur l'économie politique domestique (intérieure), un dans le top 25 des think tanks en politique sociale[45].

France[modifier | modifier le code]

Forum des think tanks en 2012

Si la France a une longue tradition[46] de clubs et cercles politiques tels que le Club Jean Moulin durant les années 1960, le recours à une expertise professionnelle indépendante des structures de l'État est beaucoup plus récente, puisqu'un des premiers laboratoires d'idées, l'IFRI, a été fondé en 1979[46]. Actuellement, la France en compterait 160, contre 190 en Allemagne, 300 au Royaume-Uni et 1 500 aux États-Unis[46]. Progressivement, les think tanks français se structurent et, depuis 2010, un forum des think tanks est organisé à l'automne sous l'impulsion de la Fondapol et du Club Jade[47]. Il rassemble une quinzaine des principaux think tanks du pays : EuropaNova, la Fondation Copernic, la Fondation Jean-Jaurès, la Fondation Res Publica, l'Institut Montaigne, Terra Nova

Fin 2011, alors que le débat sur la place de l'industrie commence à émerger en France, un laboratoire d'idées consacré à l'industrie est créé : La Fabrique de l'Industrie, dont le conseil d'orientation comprend à la fois des représentants patronaux et des syndicalistes[48].

Si la France a longtemps peu misé sur la production d'idées à travers les think tanks, les choses semblent changer. Le journal Le Monde, en janvier 2011, titre un article « Faut-il son think tank pour gagner la présidentielle[49] ? » Du côté de l'UMP, selon les auteurs de l'article[49], Jean-François Copé aurait demandé aux think tanks classés à droite[N 2] de travailler sur trois thèmes structurants : la compétitivité et les trente-cinq heures, la laïcité, la justice sociale. À gauche, les think tanks[N 3] devraient être auditionnés avant la convention du projet. Toutefois, cet intérêt nouveau des politiques doit être tempéré. Certes, face à la création par le Parti socialiste début 2009 d'un « hub » — c'est-à-dire d'un centre de mutualisation (le Laboratoire des idées)—, l'UMP a créé un Conseil des think tanks et des clubs… Mais il faut noter qu'au moins deux think tanks, l'Institut Montaigne et le think tank européen EuropaNova, ont préféré affirmer leur indépendance et se tenir éloignés de ces structures[49]. Les 17 et 18 juin 2013, l' International Network of Business Think Tanks organise sa rencontre annuelle à Paris sur le thème « l'entreprise qui change le monde-Relever les défis du XXIe siècle »[50]. L'International Network of Businees Think Tanks se compose notamment de : l'Institut de l'entreprise (France), le Committee For Economic Developpement of Australia (CEDA), le China Institute for Reform and Development (CIRD), le Center for Finnish Business and Policy Studies (Eva), le CES-Ifo (Allemagne), la Japan Association of Corporate Executives (Keizai Doyukai), le Business Council of Latin America (CEAL), le Circulo de Emprasarios (Espagne) et le Committee for Economic Development (États-Unis)[N 4]

Maroc[modifier | modifier le code]

Au Maroc, de nombreux think tanks ont émergé ces dernières années. Le Temps[51] et Jeune Afrique[52] citent ainsi le Centre d’études et de recherches en sciences sociales (Cerss), créé en 1993 et ancré dans le milieu universitaire ; le Cercle d'Analyse Politique (CAP), que Jeune Afrique lie à l’Union socialiste des forces populaires ; l’Institut royal des études stratégiques, proche du pouvoir royal ; et l'Institut Amadeus, lui aussi lié au gouvernement, selon Le Temps[51]. Ce journal note également la relative faiblesse des think tanks universitaires, liée à la faible densité de l'enseignement supérieur au Maroc. Plus récemment, en 2011, la Fondation Diplomatique[53] — organisme sans appartenance politique, et lié au magazine marocain des relations internationales Diplomatica — s'est spécialisée dans les relations sud-sud ayant pour cadre le Maroc.

Divers[modifier | modifier le code]

Critiques[modifier | modifier le code]

L'influence de certains intérêts privés sur les médias, via notamment les think tanks[54], a été étudiée par Noam Chomsky et Edward Herman dans leur livre La Fabrication du consentement, et théorisée en partie via leur modèle de propagande. L'histoire des think tanks néolibéraux, leur finalité et leurs liens avec les lobbies financiers ont fait l'objet d'une enquête approfondie de Roger Lenglet et Olivier Vilain dans Un pouvoir sous influence : quand les think tanks confisquent la démocratie (Armand Colin, 2011). Pour certains, les laboratoires d'idées sont particulièrement influents dans le réseau des médias pour diffuser le schéma « Peur, incertitude et doute » ; tels The Heartland Institute, le DCI Group et le Hudson Institute, opérant sur la contestation du consensus scientifique produit pour décrire le réchauffement climatique ; les intérêts stratégiques pour l'industrie pétrolière et l'industrie lourde sont en effets considérables concernant la contention de toute législation dans ce domaine.[réf. nécessaire]

Par ailleurs, notamment aux États-Unis, la multiplication des think tanks induit une tendance parmi les think tanks les moins établis, ou parmi les plus abondamment pourvus par les groupes financiers : ils sont rendus plus sensibles aux exigences des entreprises et des groupes de pression[6]. On observe par ailleurs une rivalité mondiale entre les divers think tanks en vue d'imposer leur position sur un ensemble de problématiques stratégiques (défense, économie, monnaie, etc.)[55].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Peter Singer est directeur de la 21st Century Defense Initiative à la Brookings Institution.
  2. Pour lesquels les auteurs citent Fondapol, la Fondation Concorde, l'IFRAP, l'Institut économique Molinari, l'Institut Turgot et l'Institut Robert-Schuman (différent de la Fondation Robert-Schuman). En fait ces think tanks n'ont pas une approche homogène, et, à travers eux, Jean-François Copé semble aussi vouloir faire remonter les idées des différents courants de l'UMP (voir article cité de Pierre Jaxel-Truer et de Sophie Landrin, Le Monde du 20 janvier 2011).
  3. Sont notamment classés par les auteurs de l'article comme étant dans la mouvance social démocrate ou social libérale et proeuropéenne : Terra Nova, la Fondation Jean-Jaurès, Notre Europe, EuropaNova, Confrontations Europe, l'IRIS, En temps réel.
  4. Fiche de présentation des thèmes abordés [1]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire Hachette illustré, éd. 2003 (1858 p.)
  2. (en) Think tank sur Merriam-Webster
  3. (en) James G. McGann, 2012 Global Go To Think Tanks Report and Policy Advice,‎ 24 janvier 2013, 128 p. (lire en ligne), p. 32
  4. a, b et c University Pennsylvania, 2011, p. 20.
  5. Un pouvoir sous influence - Quand les think tanks confisquent la démocratie, éd. Armand Colin 2011
  6. a, b, c, d, e, f et g Peter W. Singer, Factories to Call Our Own, Washingtonian.com, août 2010.
  7. Haas, 2002 ; Boucher et Royo, p. 36-38.
  8. Boucher et Royo, p. 36.
  9. a et b Boucher et Royo, p. 37.
  10. Boucher et Royo, p. 43.
  11. Boucher et Royo, p. 38.
  12. Boucher et Royo, p. 45.
  13. Boucher et Royo, 2006, p. 42.
  14. Weiss, 1992 ; Boucher et Royo, 2006, p. 35.
  15. Boucher et Royo, 2006, p. 46. Voir aussi James A. Smith, The Idea Brokers: Think Tanks and the Rise of the New Policy Elite, New York, The Free Press, 1991.
  16. a et b Boucher et Royo, 2006, p. 59.
  17. Boucher et Royo, 2006, p. 48 et 49.
  18. Boucher et Royo, 2006, p. 51.
  19. Boucher et Royo, 2006, p. 14.
  20. Boucher et Royo, 2006, p. 78.
  21. Boucher et Royo, 2006, p. 79.
  22. Boucher et Royo, 2006, p. 84-86.
  23. Boucher et Royo, 2006, p. 22.
  24. [2]
  25. University Pennsylvania, 2011, p. 34.
  26. University of Pennsylvania, 2011, p. 31 et 32.
  27. (en) Xavier Carpentier-Tanguy, « Europe at the Forefront of French Thinking? » sur etudes-europeennes.eu.
  28. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées University_Pensylvania.2C_2011.2C_pp.31-32.
  29. University Pensylvania, 2011, p. 51 et 52.
  30. University Pennsylvania, 2011, p. 52 et 53.
  31. a, b et c University Pennsylvania, 2011, p. 52.
  32. Project for the New American Century : lobby contributeur de la (en) réflexion aux États-Unis sur la refondation des forces armées, particulièrement influent sous l'administration George W. Bush.
  33. (en) 200 Major Think Tanks & Policy Groups - Liste
  34. The 2010 Global Go To Think Tank, p. 32.
  35. The 2010 Global Go To Think Tank, p. 45.
  36. The 2010 Global Go To Think Tank, p. 40.
  37. The 2010 Global Go To Think Tank, p. 44.
  38. The 2010 Global Go To Think Tank, p. 52.
  39. The 2010 Global Go To Think Tank, p. 36.
  40. University Pennsylvania, 2011, p. 31.
  41. a et b University Pennsylvania, 2011, p. 44.
  42. University Pennsylvania, 2011, p. 36 et 37.
  43. University Pennsylvania, 2011, p. 39.
  44. University Pennsylvania, 2011, p. 40.
  45. University Pennsylvania, 2011, p. 43.
  46. a, b et c Thomas Wieder, « En France, une histoire politique riche de clubs et de cercles éphémères », Le Monde, 20 janvier 2011.
  47. « 2e forum des think tanks », sur forumdesthinktanks.fr.
  48. Louis Gallois, interrogé par Laurent Guez, « L'industrie doit avoir toute sa place dans la campagne », sur usinenouvelle.com, 10 octobre 2011. Consulté le 28 novembre 2012.
  49. a, b et c Pierre Jaxel-Truer, Sophie Landrin, « Faut-il avoir son think tank pour gagner la présidentielle ? » Le Monde, 20 janvier 2011.
  50. Julien Darmon, L'actualité des Think Tanks, Les Echos des 14 et 15 juin 2013
  51. a et b « À quoi servent les think tanks ? », sur letemps.ma.
  52. « Le dynamisme des think tanks marocains », sur jeuneafrique.com.
  53. Fondation Diplomatique.
  54. Chomsky, 2009, p. 62-67.
  55. Romain Zerbib, « La guerre des think tanks », Lecercle.lesechos.fr, 23 janvier 2014 http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/recherche-innovation/intelligence-economique/221189361/guerre-think-tanks.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Classement des Think tanks

  • University Pensylvania, 2011, Global "Go-to Think Tank", Report 2010 Lire en ligne
  • University Pennsylvania, 2010, Global "Go-To Think tank" Report 2009 Lire en ligne

Français

  • François-Bernard Huyghe, Think tanks, Quand les idées changent vraiment le monde, Vuibert, Décembre 201
  • Roger Lenglet et Olivier Vilain, Un pouvoir sous influence - Quand les think tanks confisquent la démocratie, Armand Colin 2011
  • Stephen Boucher et Martine Royo (préf. Pascal Lamy), Les Thinks Tanks, cerveaux de la guerre des idées, 3e éd., Paris, Ed. du Félin,‎ 2012, 176 p. (ISBN 2866457714)
  • L'Europe et ses think tanks, un potentiel inaccompli, Notre Europe,‎ décembre 2004 (lire en ligne)
  • Pierre-Emmanuel Moog, Les Clubs de réflexion et d'influence 2006-2007, Groupe Express Édition, 366 p. (ISBN 2-84343-364-9)

Anglais

  • « Europe at the forefront of french thinking? intellectual, cultural and entrepreneurial Diplomacy, , Working with Think Tanks on Smart Power», de Xavier Carpentier-Tanguy, "Revue de l'Ecole Nationale d'Administration", Etudes Européennes, Mai 2012, http://www.etudes-europeennes.eu/images/stories/Variations_europennes/Article_XCT_-_Smart_power_EN_REV_1.pdf
  • Peter Singer, "Washington's think tank factories to Call our Own", The Washingtonian août 2010 lire en ligne
  • Andrew Williams,« Why don't the French do Think Tanks ? France faces up the Anglo-Saxon superpowers, 1918-1921 » Review of International Studies, 2008 n°34
  • Inderjeet Parmar,2004, Think Tanks and Power on Foreign Policy, Palgrave
  • Diane Stone et Andrew Denham (eds), 2004, Think Tank Traditions, Policy research end the politics of ideas, Manchester University Press
  • Richrd N. Haass, "the role of think tank in US foreign policy" U.S. Foreign Policy Agenda, vol.7, n°3, novembre 2002.