Sainte-Cène

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Culte de Sainte-Cène en l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg le vendredi-Saint.

Chez les protestants et les saints des derniers jours (mormons), la sainte Cène désigne le rite par lequel on prend le pain et le vin (remplacé par l'eau pour les mormons) en souvenir du dernier repas du Christ. Le pain représente sa chair ; le vin représente son sang. Lors de la fête de la Pâque juive, Jésus expliqua la signification de la Cène tandis qu'il partageait son dernier repas avec les douze apôtres (Mt 26:17–28 ; Lu 22:1–20).

La sainte Cène dans la liturgie protestante[modifier | modifier le code]

Introduction[modifier | modifier le code]

Nécessaire portatif pour célébrer la sainte Cène.
Musée historique de Strasbourg.

L’observation de la sainte Cène en tant qu’ordonnance de l’Église a été instituée par Christ lorsqu’il a pris le repas de la Pâque avec ses disciples la nuit précédant sa mort. Bien sûr, la Pâque était observée pour commémorer la délivrance des enfants d’Israël de l’esclavage en Égypte. La mort de Jésus n’avait pas pour seul but d’accomplir et de remplacer la pâque, elle allait aussi remplacer les rites de l’Ancien Testament. Écoutons l’apôtre Paul s’écrier en 1 Corinthiens 5:7 : « Faites disparaître le vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain, car Christ, notre Pâque, a été immolé ». Cependant au lieu de regarder en arrière aux types de l’Ancien Testament qui parlent de rédemption, les disciples allaient devoir se souvenir de Christ et de son sacrifice parfait pour eux. On trouve les récits de l’institution de la Cène dans les Évangiles synoptiques : Mathieu 26.26-29, Marc 14.22-26 et Luc 22.14-20. Ils sont complétés et même commentés par l’apôtre Paul en 1 Cor 11. 23-34. C’est dans le récit de Luc et celui de Paul qu’on trouve le commandement explicite de Jésus : « faites ceci en mémoire de moi ». Il semble que le texte des Actes des Apôtres 2. 42-47 montre que la Cène était déjà célébrée dans l’Église primitive.

Les composantes[modifier | modifier le code]

Tous les récits bibliques mettent l’emphase, tout d’abord, sur l’action de grâces, ensuite la fraction du pain qui représente le corps du Christ et enfin la coupe représentant son sang qui va être versé sur la croix. Ainsi le pain et le vin sont les éléments qui vont être pris dans une attitude de prière et d’actions de grâces. Il est important de préciser que cette ordonnance porte des appellations diverses dans l’Écriture. Elle est appelée notamment le repas du Seigneur, la communion, la fraction du pain, l’eucharistie qui vient du verbe grec eucharisteo qui veut dire rendre grâces, la coupe du Seigneur, la table du Seigneur, la coupe de bénédiction, la sainte Cène (voir Actes 20,7; 1 Co 10,16, 21 et 1 Co 11,20). Après avoir établi l’ancrage biblique de cet acte liturgique, il nous reste à passer en revue les grandes conceptions ou du moins les interprétations dont la sainte Cène a été l’objet à travers l’histoire, en particulier dans le protestantisme.

L’interprétation de la sainte Cène[modifier | modifier le code]

Parmi les sujets qui ont fait couler beaucoup d’encre, la sainte Cène n’est pas des moindres. Au cours de l’histoire de la chrétienté, cinq conceptions fondamentales sont apparues. La façon de concevoir de quelle manière le Christ est présent est la source de toutes ces divergences.

Commémoration[modifier | modifier le code]

Il semble que dans l’esprit de l’Écriture, Jésus ait voulu en tout premier lieu que la sainte Cène soit une commémoration. Ainsi dit-il : « Faites ceci en mémoire… ». Les deux idées cardinales sont : d’une part en mémoire de Christ et d’autre part la communion entre les membres de son corps et avec Christ. Qu’est-ce que cela veut dire en mémoire de Christ ? Nous pourrions voir dans cette idée une triple signification. 1. Le souvenir du sacrifice pour tous les hommes. 2. La présence salvatrice de Christ 3. Le retour futur de Christ. Qu’en est-il de la communion elle-même ? La sainte Cène doit nous rappeler notre unité avec Christ et avec les autres croyants autour de la table. Lors de la Cène, le croyant se trouve en communion intime avec Christ et expérimente l’unité avec les autres croyants. Cette approche met en évidence la dimension communautaire de la Cène. D’une façon réelle mais spirituelle, Christ est présent lors de l’observation de la sainte Cène, bien qu’il ne soit pas dans les éléments qui demeurent inchangés. Dans cette optique, la Cène n’est pas un moyen de transmettre la grâce mais une commémoration qui nous invite à nous tourner vers le passé pour nous souvenir de la mort de Christ et à nous tourner également vers l’avenir dans l’attente patiente de son retour.[interprétation personnelle]

Conception sacramentaliste[modifier | modifier le code]

Interprétant littéralement les paroles de Christ « ceci est mon corps, ceci est mon sang », les catholiques romains enseignent que le pain et le vin sont transformés, bien que leur apparence ne change pas, et qu’ils deviennent véritablement le corps et le sang de Christ lorsque « le prêtre prononce la formule de consécration des éléments ». C’est ce qu’on appelle la transsubstantiation. Ce point de vue n’est, selon les protestants, pas conforme aux Écritures parce qu’il véhicule l’idée que le sacrifice est offert à nouveau chaque fois que la communion est célébrée. Ce qui serait réfuté clairement par Hébreux 9,28, texte dans lequel il est dit: « … de même Christ, qui s'est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l'attendent pour leur salut.». Hébreux 10,10-12 soutient la même idée. De plus, le contexte montrerait que Christ emploie un langage symbolique comme il le fait dans son discours sur le pain de vie en Jean 6,47-69 où la vérité de l’enseignement est littérale mais où le langage est figuratif. Ainsi, selon cette conception sacramentaliste, Christ est véritablement présent dans les éléments qui se transforment pour devenir son corps et son sang. Les éléments sont alors un moyen pour transmettre la grâce.

Conception luthérienne[modifier | modifier le code]

Selon cette conception, Christ est réellement présent pendant la Cène mais les éléments ne sont pas transformés littéralement en son corps et son sang. On dit que Christ est « dans, avec et sous les éléments ». C’est ce qu’on appelle la consubstantiation. Ainsi les participants prennent part en quelque sorte au vrai corps et au vrai sang de Christ.

Conception de Zwingli[modifier | modifier le code]

On associe Zwingli, le Réformateur protestant, à la conception de la Cène en que commémoration. Zwingli rejetait toute idée de présence corporelle réelle de Christ et affirmait que la Cène était d’abord un acte commémoratif. Christ était, cependant, présent spirituellement auprès de ceux qui prenaient part à la Cène et en quelque sorte il « reconnaissait une œuvre de Dieu dans la Cène ». Bien que Zwingli soit à l’origine de la conception en tant que commémoration, il a peut-être sous estimé l’idée de la communion avec Christ lors de la Cène.

Conception réformée[modifier | modifier le code]

La conception calviniste rejette la présence corporelle de Christ dans la Cène mais affirme que la présence spirituelle de Christ est tellement réelle que « sa personne entière, corps et sang, est sensible dans la Cène ». Il y a ici un aspect d’efficacité en ce sens que la mort sacrificielle de Christ est rendue d’une certaine manière « effective dans le croyant lorsqu’il prend part aux éléments dans la foi »

. Ainsi, selon la conception réformée, les éléments sont plus que symboliques et en prenant part à la Cène, un croyant expérimente la présence libératrice de Christ.

Façons de procéder et fréquence[modifier | modifier le code]

Bien que la prière, l'action de grâces, la fraction du pain et le partage de la coupe apparaissent comme des éléments constitutifs de la célébration de la Cène, en revanche, la façon exacte de procéder et la fréquence observée ne sont pas explicitée dans les Écritures. Il est clair que la célébration régulière de la Cène dans une attitude d’adoration faisait partie des habitudes de l’Église du Nouveau Testament.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Les textes bibliques montrent que ce sont les aspects de la commémoration et de communion qui sont à retenir sans chercher quelque chose de magique ou de mystique qui aurait lieu lorsque l’on prend le pain et le vin.[interprétation personnelle] Les éléments symbolisent le corps brisé de Christ et son sang versé. La présence spirituelle de Christ est aussi réelle dans la Sainte Cène qu’elle l’est dans la Parole et dans la vie du croyant lorsqu’il est en communion avec Christ. La sainte Cène occupait une place importante et pleine de signification dans le culte régulier de l’Église du Nouveau Testament. [non neutre] Bref, nous pouvons dire que la Sainte Cène est :

  • Une commémoration de Christ, 1 Co 11,24-25
  • Une marque de la Nouvelle Alliance, Luc 22,20
  • Une proclamation de la mort de Christ, 1 Co 11,26
  • Une anticipation du retour de Christ, 1 Co 11,26
  • Une occasion de communion avec Christ et avec les autres croyants, 1 Co 10,21

[interprétation personnelle][réf. souhaitée]

La sainte Cène dans le mormonisme[modifier | modifier le code]

Lorsqu'ils prennent la sainte Cène, les membres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours qui sont dignes promettent de prendre sur eux le nom du Christ, de toujours se souvenir de lui, de garder ses commandements et de perséverer jusqu'à la fin. Grâce à ce sacrement, ils renouvellent les alliances du baptême selon cette Eglise. Le vin a été remplacé par l'eau, mais la signification reste la même (D&A 27:2).

Sous la direction de l'autorité présidente, la sainte Cène est bénie et distribuée par des détenteurs de la prêtrise d'Aaron ou de la prêtrise de Melchisédek qui en sont dignes. Celui qui bénit le pain s'agenouille et prononce la prière de Sainte-Cène concernant le pain [1]. Le pain est alors distribué à l'assemblée. Celui qui bénit l'eau s'agenouille et prononce la prière de Sainte-Cène concernant l'eau [2]. L'eau est alors distribuée à l'assemblée. Les prières de Sainte-Cène sont prononcées mot pour mot.

La réunion de sainte Cène, hormis les jours de conférence de Pieu et de conférence générale, a lieu chaque dimanche.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Protestantisme
    • Calvin, J.,Institution de la Religion Chrétienne, 1995, vol. IV.
    • Bauberot, J.,Le Protestantisme, 1987
    • Le Grand Dictionnaire de la Bible, Excelsis, 2004.
    • Kuen Alfred, Le Repas du Seigneur, 1999
    • R.P Martin, Worship in The Early church, 1974
    • Bruno Bürki, Cène du Seigneur. Eucharistie de l’Église. Le cheminement des Eglises réformées romandes et françaises depuis le XVIIIe siècle, d’après leurs textes liturgiques. Fribourg 1985 (Cahiers œcuméniques 17A-17B).
    • Max Thurian, Le mystère de l’eucharistie. Une approche œcuménique. Paris 1981 (Foi chrétienne).
    • Jean-Jacques von Allmen, Essai sur le repas du Seigneur. Neuchâtel 1966 (Cahiers théologiques 55).
  • Mormonisme
    • Les principes de l’Évangile, La Sainte-Cène p. 143

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D&A 20:77 - Ô Dieu, Père éternel, nous te demandons, au nom de ton Fils, Jésus-Christ, de bénir et de sanctifier ce pain pour l'âme de tous ceux qui en prennent, afin qu'ils le mangent en souvenir du corps de ton Fils, et te témoignent, ô Dieu, Père éternel, qu'ils veulent prendre sur eux le nom de ton Fils, se souvenir toujours de lui et garder les commandements qu'il leur a donnés, afin qu'ils aient toujours son Esprit avec eux. Amen
  2. D&A 20:79 - Ô Dieu, Père éternel, nous te demandons, au nom de ton Fils, Jésus-Christ, de bénir et de sanctifier (ce vin) cette eau, pour l'âme de tous ceux qui en boivent, afin qu'ils le fassent en souvenir du sang de ton Fils, qui a été versé pour eux, afin qu'ils te témoignent, ô Dieu, Père éternel, qu'ils se souviennent toujours de lui et qu'ils aient son Esprit avec eux. Amen.