Alexandre Lacassagne

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Alexandre Lacassagne
Alexandre Lacassagne 2.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 81 ans)
LyonVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Cimetière de Beynost (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Conjoint
Madeleine Rollet (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Antoine Lacassagne
Jean Lacassagne
Jeanne Lacassagne (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinction
Tombes Lacassagne (à gauche) et Rollet (à droite), à Beynost.JPG

Au premier plan, la tombe d'Alexandre et de Jean Lacassagne ; au second plan, la tombe de Joseph Rollet.

Alexandre Lacassagne, né à Cahors le et mort à Lyon le , est un médecin français (médecin légiste et médecin expert auprès des tribunaux). Professeur à la Faculté de médecine de Lyon, il contribua à préciser la déontologie médicale et est l'un des fondateurs de l'anthropologie criminelle, dans la lignée de l'école italienne de criminologie (en) de Cesare Lombroso, dont il tentera plus tard de se distinguer.

En hommage à son apport, le conseil municipal de Lyon, en 1925, rebaptise en son honneur le « Chemin des Pins » Avenue Lacassagne, dans le 3e arrondissement. La 28e promotion de commissaires de police issue de l'École nationale supérieure de la police, entrée en fonction en 1978, porte également son nom.

Biographie[modifier | modifier le code]

Alexandre Lacassagne naît dans le Quercy, d'un père directeur de l'hôtel Impérial à Cahors et d'une mère qu'il vénère et qui lui donne deux frères.

Il étudie la médecine en intégrant en 1864 la huitième promotion de l'école impériale du service de santé militaire de Strasbourg, où figure le futur prix Nobel Alphonse Laveran. Dès lors, sa carrière se partage entre la fonction de médecin militaire et de professeur à l'université. Il a notamment comme élève et assistant Edmond Locard.

Il devient répétiteur à l'hôpital d'instruction des armées du Val-de-Grâce en 1872, et y obtient la chaire d'hygiène et de médecine légale en 1874, puis occupe celle de la Faculté de Lyon en 1878, jusqu'à sa retraite en 1913.

Il fonde en 1914 le Musée d'Histoire de la médecine et de la pharmacie.

Il est le cofondateur avec Gabriel Tarde de la première revue française de criminologie en 1895 : Les Archives d'anthropologie criminelle, de criminologie, psychologie normale et pathologique[1].

Il épouse la fille du professeur Joseph Rollet en 1882, avec qui il aura trois enfants.

En 1924, il est renversé par une automobile sur la voie publique et meurt quelques mois plus tard des suites de cet accident. Son autopsie, qu'il avait souhaitée, révèle un hématome intracrânien post-traumatique. Alexandre Lacassagne est enterré à Beynost[2].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Les fulgurants progrès de la médecine et de la chirurgie dans la seconde moitié du XIXe siècle, auxquels avaient contribué des Lyonnais comme Claude Bernard, Ollier, Jaboulet et Antonin Poncet, rendent nécessaire une définition plus précise de la déontologie médicale. Ce à quoi s'employa Alexandre Lacassagne, professeur de médecine légale à la faculté de Lyon.

Mais il est surtout connu comme fondateur de l'anthropologie criminelle et d'une école de criminologie, dite « école lyonnaise », qui rejette les explications trop simplistes et exclusives, avancées par l'école italienne de criminologie en général et de Cesare Lombroso. Ces derniers mettent l'atavisme au premier rang des explications du phénomène criminel.
Lacassagne soutient qu'il y a « implication mutuelle entre l'individu qui commet l'acte délictuel et la société qui en pâtit. » Certes, disait Lacassagne, le criminel est un « microbe » qu'il faut éliminer, mais ce criminel « n'a d'importance que le jour où il trouve le bouillon qui le fait fermenter »[3].

Il est marqué par sa formation militaire et la guerre franco-prussienne, ainsi que par la chute de l'Empire et les débuts de la période coloniale et républicaine de la Belle Époque[4].

Ses écrits, comme sa bibliothèque, révèlent un intérêt très marqué pour l'altérité[4], celle des assassins et criminels, des fous, des femmes et des « invertis », ou encore des peuples dits « primitifs », dans un monde axé sur le progrès, la conquête et la classification, au service de laquelle il met l'anthropométrie, qui fondera de nombreux discours sociopolitiques ou racistes d'exclusion de certaines catégories de populations (l'autre).

Spécialiste de la toxicologie, de la putréfaction morbide, de l'étude des tatouages, des masques mortuaires, de l'argot, il est un obsessionnel de la classification par le pourquoi et le comment. « Qu'est-ce qu'un criminel ? », autrement dit : peut-on le caractériser scientifiquement, le distinguer dans la population, et l'identifier, pour mieux prévenir ou réprimer ?

En effet, Lacassagne n'est pas confiné dans son laboratoire : il investit l'espace de la ville, fréquente la morgue, la prison, la faculté ou le palais de justice, intervient dans la vie-même de la cité : il prend la parole en tant qu'expert, témoin, enseignant, conférencier ou organisateur d'expositions.

Médecin judiciaire, il introduit les prémices de la police scientifique dans différentes affaires : la malle sanglante de Millery, l'identification de Mathieu Jaboulay, ou encore l'autopsie du président Sadi Carnot.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Les sociétés ont les criminels qu'elles méritent[5]. »

Œuvres d'Alexandre Lacassagne[modifier | modifier le code]

Ouvrages classés par ordre chronologique de publication.

  • Effets physiologiques du chloroforme, 1867 — Thèse de doctorat
  • De la putridité morbide et de la septicémie : histoire des théories anciennes et modernes, Paris, A. Delahaye, , 139 p. (lire en ligne) — Thèse d'agrégation
  • Précis d'hygiène privée et sociale, Paris, G. Masson, , 560 p. (lire en ligne)
  • Précis de médecine judiciaire, Paris, G. Masson, , 576 p. (lire en ligne)
  • Les Tatouages : étude anthropologique et médico-légale, Paris, J.-B. Baillière et fils, , 115 p. (lire en ligne)
  • Rapport de la taille et de la grande envergure : étude anthropologique sur 800 hommes criminels[6], 1882
  • Les Archives de l'anthropologie criminelle, 1886-1914 (Collection complète en ligne)
  • Les Actes de l'état civil : étude médico-légale de la naissance, du mariage, de la mort, Lyon, A. Storck, coll. « Bibliothèque scientifique de l'avocat et du magistrat », , 223 p. (lire en ligne)
  • Les Habitués des prisons de Paris : étude d'anthropologie et de psychologie criminelles, Lyon, A. Storck, coll. « Bibliothèque de criminologie », , 616 p. (lire en ligne)
  • Les Établissements insalubres de l'arrondissement de Lyon : comptes-rendus des travaux du conseil d'hygiène publique et de salubrité du département du Rhône, Lyon, Paris, A. Storck, G. Masson, , 639 p. (lire en ligne)
  • Le Vade-mecum du médecin-expert : guide médical ou aide-mémoire de l'expert, du juge d'instruction, des officiers de police judiciaire, de l'avocat, Lyon, A. Storck, , 271 p. (lire en ligne)
  • L'Assassinat du président Carnot, Lyon, A. Storck, , 111 p. (lire en ligne)
  • De la responsabilité médicale, Lyon, A.-H. Storck, , 23 p. (lire en ligne)
  • Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, Lyon, Paris, A. Storck, Masson, , 314 p. (lire en ligne)
  • Précis de médecine légale, Paris, Masson, coll. « Collection de précis médicaux », , 891 p. (lire en ligne)
  • Peine de mort et criminalité : l'accroissement de la criminalité et l'application de la peine capitale, Paris, A. Maloine, coll. « Bibliothèque de criminologie », , 184 p. (lire en ligne)
  • La Mort de Jean-Jacques Rousseau, Lyon, Impr. de A. Rey, , 57 p. — Communication faite à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, dans les séances des 2 juillet et 12 novembre 1912
  • La Verte Vieillesse, Lyon, Impr. de A. Rey, , 387 p. (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1].
  2. Ouvrage collectif, Richesses touristiques et archéologiques du canton de Miribel : Miribel, Beynost, Neyron, Saint-Maurice-de-Beynost, Thil, , 207 p. (ISBN 2-907656-27-9), p. 122. Consulté le 4 janvier 2013.
  3. Alexandre Lacassagne et l'école de Lyon, revue de science criminelle et de droit comparé, 1974, no 3 p. 533-559.
  4. a et b Muriel Salle (2009), L’avers d’une Belle Époque. — Genre et altérité dans les pratiques et les discours d’Alexandre Lacassagne (1843-1924), médecin lyonnais ; thèse en sciences sociales de l'université Lumière Lyon 2 (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes de l'U.F.R. géographie histoire, histoire de l’art et tourisme, ou GHHAT), soutenue le 18 septembre 2009 (résumé).
  5. Alexandre Lacassagne, Archives d’anthropologie criminelle de médecine légale et de psychologie normale et pathologique, Lyon, 1913, p. 364. « Disponible en ligne sur Criminocorpus » (consulté le 27 février 2009).
  6. Il s'agit des soldats ayant fait l’objet d’une condamnation et appartenant au « bataillon des Joyeux » à Sétif en Algérie lorsqu'il officie comme médecin-major des armées.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1927 : « Inauguration du buste du professeur Lacassagne », La Presse médicale, N°59, p.933-34, 1927, Texte intégral.
  • 1974 : H Souchon, Alexandre Lacassagne et l'école de Lyon, Rev de science criminelle et de droit comparé, 1974, p. 533-559
  • 1984 : Patrick Cardon, Discours littéraire et scientifiques fin de siècle : Les Archives d'Anthropologie criminelle du Dr Lacassagne de Lyon, 1886-1914, thèse, université de Provence.
  • 1994 : Laurent Mucchieli, Histoire de la criminalité en France. L'Harmattan 1994.
  • 1995 : Marc Renneville, Alexandre Lacasagne : un médecin-anthropologue face à la criminalité (1843-1924), Gradhiva. Revue d'histoire et d'archives de l'anthropologie, 1995, no 17, p. 127-140.
  • 2004 : Philippe Artières, Gérard Corneloup, Philippe Rassaert, Le Médecin et le criminel : Alexandre Lacassagne, 1843-1924, catal. Expo. Bibliothèque municipale de Lyon, 27 janvier-15 mai 2004, Lyon, Bibliothèque municipale, 2004, 240 p.
  • 2005 : Philippe Artières, "A. Lacassagne : de l’archive mineure aux Archives d’anthropologie criminelle", Criminocorpus, dossier thématique no 1 : Autour des Archives de l'anthropologie criminelle, 2005 texte en ligne
  • 2005 : Marc Renneville, "La criminologie perdue d'Alexandre lacassagne. 1843-1924)" Criminocorpus, Dossier thématique no 1 : Autour des Archives de l'anthropologie criminelle, 2005, texte en ligne
  • 2009 : Muriel Salle, L’avers d’une Belle Époque. — Genre et altérité dans les pratiques et les discours d’Alexandre Lacassagne (1843-1924), médecin lyonnais ; thèse en sciences sociales de l'université Lumière Lyon 2 (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes de l'UFR Géographie Histoire Histoire de l’Art et Tourisme ou GHHAT), soutenue le 18 septembre 2009 (résumé)
  • Muriel Salle, « Corps rebelles. Les tatouages des soldats des bataillons d'Afrique dans la collection Lacassagne (1874-1924) », in Clio. Histoire, Femmes et Sociétés, no 26 : "Clôtures", p. 145-154

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