Jean-Lambert Tallien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Jean-Lambert Tallien
Illustration.
Jean-Lambert Tallien.
Estampe, eau-forte au pointillé de François Bonneville, fin du XVIIIe siècle.
Fonctions
Député de Seine-et-Oise

(5 ans, 6 mois et 30 jours)
Gouvernement Convention nationale
Directoire
Président de la Convention nationale
Membre du Comité de Salut Public
Membre du Comité de Salut Public
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Paris
Date de décès (à 53 ans)
Lieu de décès Paris
Nationalité Française
Parti politique Montagne (Dantonistes)
Thermidoriens
Conjoint Thérésia Cabarrus
Profession Journaliste

Signature de Jean-Lambert Tallien

Jean-Lambert Tallien, né le à Paris où il est mort le , est un révolutionnaire et journaliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Fils d'un maître d'hôtel du marquis de Bercy, il obtient, grâce à la protection de ce dernier, une éducation complète[1].

Après ses études, il obtient de Bercy un poste de clerc de notaire, puis devient clerc chez un procureur, et enfin occupe un emploi subalterne dans l’administration des finances et du commerce[1].

Début de carrière révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Enthousiasmé par les débuts de la Révolution, il participe à l’agitation populaire des rues parisiennes. Abandonnant son emploi de clerc, il devient à 22 ans secrétaire du député Jean-Baptiste Brostaret[2].

Comme tant d’autres, c’est dans la presse que Tallien tente de se faire remarquer. Il obtient peu après un emploi de prote à l’imprimerie du Moniteur[2] et organise une société fraternelle au faubourg Saint-Antoine. C'est à cette époque qu'il commence à fréquenter le club des Jacobins[1]. Il devient proche des meneurs populaires, en particulier de Danton.

Début 1792, il lance sa propre feuille intitulée l'Ami des citoyens, journal fraternel[2], un journal-affiche, pâle copie du journal de Marat publiée aux frais des Jacobins[2].

Après l’échec de la tentative de fuite du roi à Varennes, Tallien demande sa destitution et devient l’un des animateurs les plus en vue de la section des Lombards. Le , il organise avec Collot d'Herbois la « Fête de la Liberté » en hommage aux Suisses de Châteauvieux libérés.

Le , il apparait à la barre de l'Assemblée au nom de la section de la Place royale pour demander la réintégration de Pétion et de Manuel dans leurs fonctions municipales.

Les massacres de Septembre[modifier | modifier le code]

Tallien participe ensuite à la journée du 10 août 1792 et siège à la Commune insurrectionnelle de Paris comme secrétaire-greffier. À ce poste, il montre une activité fébrile et apparaît souvent à la barre de l’Assemblée au nom de la Commune.

En septembre, il défend les tueries perpétrées dans les prisons de Paris[2] et fait l’éloge des massacreurs tout en sauvant du massacre Hue, valet de chambre de Louis XVI, Germaine de Staël et un avocat nommé Bonnières[2] ; le 3 septembre, il envoie une circulaire en province dans laquelle il recommande de faire de même. À la fin du mois, il démissionne de son poste et se présente à Paris pour les élections à la Convention, mais Marat s’oppose à lui en affirmant : « Tallien… un intrigant cupide qui cherche des places. » Résigné mais pas vaincu, il finit par se faire élire par le département de Seine-et-Oise, le neuvième sur onze, par 422 voix sur 681 votants. Détesté par Robespierre, il navigue dans l'entourage de Danton.

Débuts à la Convention[modifier | modifier le code]

À la Convention, Tallien siège sur les bancs de la Montagne, s’opposant à la Gironde, après les attaques qu’elle a menées contre la Commune de Paris. En octobre 1792, il est élu membre du Comité de sûreté générale. Il défend la Commune, réclame la mise en jugement de Louis XVI et l'interdiction pour celui-ci de voir sa famille, s'il le faut par la force, ce pourquoi il est censuré. Au procès du roi, il vote pour la mort sans appel et sans sursis[2].

En , il obtient un décret d'accusation contre ceux qui avaient protégé le roi, le 10 août, puis défend Marat contre les attaques dont il est victime.

Envoyé, en mars, en mission en Loir-et-Cher et en Indre-et-Loire, il se contente de relâcher un nombre important de prisonniers. Un mois plus tard, on le retrouve en Vendée où il préconise l'envoi, en renfort contre les rebelles, de la garnison de Mayence, inutilisable contre l'ennemi extérieur.

Après son retour à Paris, il participe à la chute des Girondins, lors des journées du 31 mai et du 2 juin 1793. Durant l'été, il se fait remarquer en dénonçant une conspiration visant à sauver Custine[3] et en défendant Rossignol.

La mission à Bordeaux[modifier | modifier le code]

Thérésa Tallien.

Le , il est envoyé en mission à Bordeaux avec Ysabeau, pour réprimer les mouvements fédéralistes. Il crée une commission militaire qui ordonne l'arrestation de près de cinq mille personnes et prononce environ trois cents condamnations à mort. Parmi les victimes on compte l'ancien maire François-Armand de Saige et le député girondin en fuite Jean Birotteau. Tallien taxe également les fortunes des riches et distribue des terres aux sans-culottes. Enfin il débaptise le département de la Gironde pour lui donner le nom de Bec-d'Ambes. Il favorise la déchristianisation et organise une Fête de la Raison le 20 frimaire an II.

Tallien rencontre à Bordeaux Thérésa Cabarrus, ex-épouse d’un ci-devant emprisonnée comme suspecte, qui le séduit. Tallien la fait libérer et l’installe chez lui, où ils vivent dans un luxe insolent et « protègent » des suspects.

Au fil du temps, sa situation se fragilise après qu'il est entré en conflit avec le général Brune et le ministre de la guerre Bouchotte. Dès brumaire, il est dénoncé par les autorités révolutionnaires locales au Comité de sûreté générale pour modérantisme. Il demande son rappel à Paris, mais est maintenu en place par le Comité de salut public.

Tallien aggrave son cas en n'appliquant pas la loi du 14 frimaire an II. Puis il destitue le comité révolutionnaire de Bordeaux qu'il considère comme ultra-révolutionnaire. Toutefois, Jullien de Paris, l’agent du Comité de salut public, en mission dans les départements de l’Ouest, le dénonce à Paris. Son arrêté concernant le comité bordelais est cassé et le Comité de salut public lui demande des comptes.

La lutte contre Robespierre[modifier | modifier le code]

Tallien à la séance du 9 thermidor : « Je demandais tout à l’heure qu’on déchirât le voile. Il l’est entièrement ; les conspirateurs sont démasqués, ils seront bientôt anéantis, et la liberté triomphera. (Vifs applaudissements.) Tout annonce que l’ennemi de la représentation nationale va tomber sous ses coups. Nous donnons à notre république naissante une preuve de notre loyauté républicaine. Je me suis imposé jusqu’ici le silence, parce que je savais que le tyran de la France avait formé une liste de proscription. J’ai vu hier la séance des Jacobins ; j’ai frémi pour la patrie ; j’ai vu se former l’armée du nouveau Cromwell, et je me suis armé d’un poignard pour lui percer le sein si la Convention nationale n’avait pas le courage de le décréter d’accusation. (Tallien agite son poignard. Vifs applaudissements.) » Le Moniteur[4].

Se sentant menacé, Tallien retourne vers la capitale pour se justifier. Il réussit à convaincre les députés de son ardeur révolutionnaire et est même élu président de la Convention, le 1er germinal an II, avec le soutien des Indulgents. Au matin du 11 germinal, ses amis dantonistes sont arrêtés. Lors de la séance du matin, il laisse Legendre occuper la tribune pour défendre les inculpés, mais ne peut empêcher le triomphe final de Robespierre. À la présidence, Tallien prône la modération, et lorsqu'une délégation des jacobins de Sète demande que « la mort soit mise à l'ordre du jour », il répond au nom de ses collègues : « Malgré ceux qui voudraient anéantir toutes les vertus politiques et privées, jamais nous ne deviendrons des anthropophages[5]. »

Thérésa le rejoint bientôt à Paris, mais elle est arrêtée sur ordre du Comité de salut public, ce qui fragilise considérablement sa position. Du reste, ses amis dantonistes ont été exécutés ou sont contraints au silence, et il n'a plus de soutiens à la Commune de Paris depuis la destitution du maire Pache.

Pourtant, le 23 prairial an II, il tente, avec Bourdon de l'Oise de faire ajourner la loi de Prairial instaurant la Grande Terreur. Le lendemain, il revient à la charge mais est violemment tancé par Robespierre : « Tallien est un de ceux qui parlent sans cesse avec effroi et publiquement de guillotine, comme d'une chose qui les regarde, pour avilir et pour troubler la Convention nationale. » Billaud-Varenne le dénonce également en le qualifiant de conspirateur[6]. Dès lors, sa tête est gravement menacée.

Sur le point de passer en jugement, Thérésa Cabarrus lui envoie ce mot : « Je meurs d’appartenir à un lâche. » Cette insulte détermine Tallien à entrer dans la conjuration contre Robespierre dont il est la cheville ouvrière avec Fouché. Il s’illustre le 9 Thermidor à la Convention où, après avoir brandi un poignard en un geste théâtral, il interrompt le discours de Saint-Just et empêche l’Incorruptible de prendre la parole. Il donne ainsi le signal de l'attaque contre les robespierristes, secondé par son ancien ennemi Billaud-Varenne.

Chef de la réaction thermidorienne[modifier | modifier le code]

Dès le lendemain de la mort de Robespierre, Tallien s'affirme comme un des arbitres de la nouvelle donne politique en obtenant que le Comité de salut public soit désormais renouvelé par quart tous les mois. Deux jours plus tard il est élu à ce même comité, où il côtoie certains de ses adversaires comme Billaud-Varenne, Collot d'Herbois ou Barère.

Tallien devient l’une des principales figures de la réaction thermidorienne[2], avec l’aide de Thérésa, qu’il fait libérer le 26 thermidor () et épouse le 6 nivôse an III. Ils auront une fille, Rose-Thermidor Tallien, qui se fera appeler Joséphine.

Le 11 fructidor, peut-être à son instigation, son collègue Lecointre dénonce comme terroristes certains des anciens membres des comités de gouvernement. Mais cette attaque échoue et Tallien se heurte ici à son ancien camarade dantoniste Thuriot, ainsi qu'aux députés montagnards. Trois jours plus tard, il démissionne du Comité de salut public mais y laisse entrer certains de ses amis thermidoriens alors que les montagnards Collot et Billaud en sortent avec lui. Le 17 fructidor, après une séance houleuse, il est exclu du club des Jacobins, en compagnie de Lecointre et de Fréron, ce qui marque sa rupture définitive avec la Montagne. Le 23 fructidor, il est victime d'un attentat au pistolet dont on ne retrouvera jamais l'auteur. Si certains ont soupçonné une manipulation de sa part, cet assassinat manqué renforce sa popularité.

Dénoncé comme ancien terroriste, Tallien réussit à s’en sortir en demandant les têtes de Billaud-Varenne et de Collot d’Herbois. Relançant l'Ami des citoyens, il attaque les Jacobins, les anciens représentants en mission Carrier et Le Bon, fait fermer le club des Jacobins le et supprimer le Tribunal révolutionnaire le . Avec Fréron, il organise des bandes de Muscadins, qui se heurtent aux Jacobins, notamment le , au Palais-Égalité.

Entre avril et , il est de retour au Comité de salut public où il est chargé du commerce et de l'approvisionnement. C'est alors qu'il prend ses distances avec la droite pour se rallier définitivement au camp républicain.

En , il se distingue, lors de l’écrasement des forces royalistes débarquées à Quiberon par l’armée républicaine, commandée par Hoche, en ordonnant l’exécution de 757 émigrés faits prisonniers.

Lors des derniers jours de la Convention, Tallien s'inquiète de la victoire des royalistes aux élections et réclame l'annulation de celles-ci, ainsi que l'élection du Directoire par la Convention elle-même. Très vivement combattue par les modérés, comme Thibaudeau, sa proposition est rejetée. Nommé, le 30 vendémiaire an IV, membre d'une commission de cinq membres chargés de proposer des mesures de salut public, il présente, le 3 brumaire, un long rapport dans lequel il dénonce les nouveaux députés royalistes de Paris mais, de nouveau, ne parvient pas à faire admettre l'idée d'un coup d’État républicain.

Disgrâce et fin de carrière[modifier | modifier le code]

Avec l’instauration du Directoire, l’influence politique de Tallien décline, bien qu’il siège au Conseil des Cinq-Cents. Discrédité aux yeux des Montagnards, qui le considèrent comme un renégat, comme de la droite, qui lui reproche son passé terroriste[2], il est également abandonné par Thérésa Tallien, qui devient la maîtresse du financier Ouvrard. En l’an IV, il tente de sauver quelques amis compromis dans la conjuration des égaux ou l'affaire du camp de Grenelle, sans grand succès.

Cependant, Tallien est présenté par Paul Barras au général Bonaparte, qui l’emmène avec lui dans son expédition vers l’Égypte en juin 1798[2]:184. Après la prise du Caire, il édite le journal officiel, la Décade égyptienne.

Renvoyé en France par le général Menou, successeur de Kléber à la tête de l’armée d’Égypte en 1800, son bateau est capturé par un croiseur britannique pendant la traversée[2]:184. Conduit à Londres, il est reçu avec faveur parmi les Whigs[2]:184 et rencontre Charles James Fox.

De retour en France en 1802, son épouse obtient le divorce. Sans emploi, il obtient finalement, grâce aux interventions de Fouché et de Talleyrand, d’être nommé consul à Alicante, le [7], mais il n’y reste que quatre mois. Atteint de la fièvre jaune, Tallien perd l’usage d’un œil[8].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Rentré à Paris, Tallien réussit à obtenir une pension d'ancien consul, qu’il conserve après le retour des Bourbons.

En 1815, durant les Cent-Jours, Tallien signe l'Acte additionnel[9]:240 et se rallie donc à l'empereur. L'année suivante, bien que régicide, il est exempté d’exil à cause de sa mauvaise santé et grâce à la protection du ministre de la Police Élie Decazes, mais son traitement est supprimé[9]:243. À la même époque, sa fille épouse le vicomte de Narbonne-Pelet, un aristocrate sans fortune[9]:240.

Tallien passe ses dernières années dans une gêne financière constante. Il vend notamment ses archives de la période révolutionnaire à l'historien Charles de Lacretelle[9]:245. Peu avant sa mort, le baron Pasquier lui obtient de Louis XVIII une modeste pension de deux mille francs[9]:245.

Il meurt, dans le mépris général, de la lèpre contractée à Alicante, âgé seulement de 53 ans, dans sa petite maison aux Champs-Élysées, allée des Veuves, non loin du palais des Tuileries[9]:245. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise[10].

Au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

Tallien a été interprété par :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Louis Blanc, Histoire de la Révolution française, Paris, Librairie internationale, , 461 p. (lire en ligne), p. 135.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Albert Maurin, Galerie historique de la Révolution française, t. 3, Paris, Bureau de la Société des Travailleurs Réunis, , 469 p. (lire en ligne), p. 182.
  3. Révolution française ou analyse complette et impartiale du Moniteur : suivie d’une table alphabétique des personnes et des choses, t. 1er, Paris, Girardin, , 2e éd., 694 p. (lire en ligne), p. 199.
  4. Arsène Houssaye, Notre-Dame de Thermidor : histoire de Madame Tallien, Paris, Henri Plon, , 2e éd., 496 p. (lire en ligne), p. 349.
  5. Archives parlementaires, t. lxxxviii, p. 145, séance du 15 germinal an II.
  6. Journal des débats, séance du 12 juin 1794. Choix de rapports, opinions et discours prononcés à la Tribune Nationale depuis 1789 jusqu’à ce jour : recueillis dans un ordre chronologique et historique (année 1794. 5e vol. de la Convention), t. 1, Paris, , 431 p. (lire en ligne), p. 258.
  7. Christian Gilles, Madame Tallien : la reine du Directoire, Biarritz, Atlantica, , 344 p. (ISBN 978-2-84394-121-4, lire en ligne), p. 305.
  8. William Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture : inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous, Paris, Firmin Didot, , 2e éd., 805 p. (lire en ligne), p. 328.
  9. a, b, c, d, e et f Thérèse Charles-Vallin, Tallien : le mal-aimé de la Révolution, Paris, Jean Picollec, , 269 p. (ISBN 978-2-86477-152-4, OCLC 607269065, LCCN 97226452, lire en ligne)
  10. Division 14 puis division 10. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Versailles, Mémoire et Documents, , 867 p., 26 cm (ISBN 978-2-91461-148-0, OCLC 84152187).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]