Bicentenaire de la Révolution

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Bicentenaire de la Révolution
Falaise du Bicentenaire, Le Tréport, en Normandie (Bernard Romain)
Falaise du Bicentenaire, Le Tréport, en Normandie (Bernard Romain)
Généralités
Type Célébration
Pays Drapeau de la France France
Date 1989

Le bicentenaire de la Révolution est un évènement festif organisé en 1989 en France pour la célébration du 200e anniversaire de la Révolution, plus particulièrement de la prise de la Bastille le , et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen le .

Préparation[modifier | modifier le code]

En , le gouvernement crée une Mission de commémoration du bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen[1]. Elle est présidée par Michel Baroin[2] jusqu'à sa mort en 1987, puis par Edgar Faure[3] jusqu'à sa mort en 1988, puis par Jean-Noël Jeanneney[4].

Puis entre et , sous le deuxième gouvernement Rocard, le ministère de la Culture et de la Communication est rebaptisé ministère de la Culture, de la Communication, des Grands travaux et du Bicentenaire[5]. C'est en effet à lui que revient la charge d'« assurer la cohérence de l'action gouvernementale pour l'organisation du bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen »[6], avec l'aide de la mission gouvernementale.

Dès l'arrivée des socialistes au pouvoir, la politique des grands travaux de François Mitterrand ambitionne d'ériger les nouveaux monuments français du XXe siècle. Plusieurs constructions seront édifiées jusqu'en 1989, dont le parc de la Villette ou le musée d'Orsay. Sont inaugurés l'année du bicentenaire l'Opéra Bastille, la Pyramide du Louvre et la Grande Arche de la Défense.

Dès le 13 juillet, pour anticiper l'afflux de spectateurs venant assister aux célébrations, d'importantes sections de la capitale sont fermées aux véhicules, et réservées aux piétons[7].

Défilé militaire[modifier | modifier le code]

La célébration républicaine des défilés militaires a lieu dans la plupart des grandes villes de France, à l'instar de Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Nice, Bayonne et Rennes.

À Paris, comme chaque année depuis 1880, une parade militaire défile le 14 juillet sur les Champs-Élysées ; 300 blindées, ainsi que 5 000 hommes à pieds sont mobilisés. Les Alpha Jet de la patrouille de France lâchent leurs fumigènes tricolores dès leur survol de l'Arche de la Défense, jusqu'à la place de la Concorde. Pour la première fois, des hélicoptères de la force d'action rapide, au nombre de 120, survolent le ciel parisien.

Plus importante qu'à l'ordinaire, cette célébration populaire connait un regain d'intérêt pour le bicentenaire de la Révolution, puisque près de 800 000 spectateurs assistent au défilé parisien, franchissant un record d'affluence historique. Le public vient du monde entier ; un journaliste d'Antenne 2 constate la présence d'Argentins, de Japonais, ou encore de Danois. Malgré l'afflux de visiteur supérieur à la normale, aucun incident majeur n'est à déclarer - si ce n'est quelques débordements de foules au-delà des espaces qui lui sont réservés.

Des dissidents chinois exfiltrés après les manifestations de la place Tian'anmen, dans le cadre de l'opération Yellow Bird, dont Cai Chongguo, Wuer Kaixi, Yan Jiaqi et Wan Runnan, sont accueillis, à l'initiative de Jack Lang, dans une tribune autour de la place de la Concorde pour le défilé. On leur cède les sièges prévus pour les officiels chinois, mais ni François Mitterrand, ni aucun ministre ne s'affiche à leur côté[8]. Ainsi Wuer Kaixi, un des leaders étudiants des manifestations de la place Tian'anmen, explique : « Le jour du défilé, le 14 juillet, j’étais place de la Concorde, dans la loge officielle réservée à la Chine. Le gouvernement chinois n’avait pas envoyé de délégation, et ce sont donc quelques-uns des rescapés du massacre de TianAnMen qui ont donc, ce jour-là, représenté la Chine. ». Par ailleurs des étudiants chinois en France étaient en début de cortège, le front ceint d’un tissu blanc en signe de deuil[9],[10].

33 chefs d’État et de gouvernement étrangers, invités par François Mitterrand, alors président de la République française, assistent au défilé. La tribune officielle entière s'est levée au passage de la Légion étrangère pour la saluer.

Parade de « La Marseillaise »[modifier | modifier le code]

Sur les Champs-Élysées une immense parade sobrement intitulée La Marseillaise, d'une durée de trois heures, a été organisée, supervisée par Jean-Paul Goude. Ce défilé, d'envergure internationale, est suivi par un million de spectateurs massés le long de l'avenue, et 800 millions de téléspectateurs à travers le monde.

6 000 artistes et figurants mettent en scène 12 tableaux vivants qui présentent chaque « tribu planétaire » « non par un symbole de ses conquêtes politiques, de sa quête d'émancipation ou de la domination qu'il subit, mais par son signe « culturel » le plus anecdotique et le plus stéréotypique : les Africains nus avec des tam-tams, les Anglais sous la pluie, etc. Fin de la Révolution. Fin de la Politique. Fin de l'Histoire. Vive la Culture. »[11] Un autre tableau représente des étudiants chinois, vélos à la main, entourant un tambour géant, en hommage aux manifestations de la place Tian'anmen, qui ont eu lieu au début de la même année, se soldant par une répression sanglante de la part des autorités. D'autres tableaux, moins politiques, mettent en scène des valseuses géantes drapées de robes noires portant dans leurs bras des enfants du monde entier, un autre honorant les régions au travers de leurs chants et leurs orchestres. Un régiment de 150 Écossais et Irlandais, suivis de celui soviétique enneigé par des camions citernes, descend l'avenue. Enfin, dans un registre fantastique, une gigantesque locomotive défile sur les pavés parisiens, en hommage au film La Bête humaine (1938) de Jean Renoir[12].

Sur la place de la Concorde, la cantatrice américaine Jessye Norman, vêtue d'une robe aux couleurs du drapeau français, entonne l'hymne national La Marseillaise devant dix mille spectateurs[13].

À cette célébration sont conviés plusieurs chefs d'État et de gouvernement à l'occasion du sommet de l'arche, une réunion du G7 organisé à Paris du 14 au 16 juillet 1989[14], notamment Margaret Thatcher, George Bush, Helmut Kohl.

Cérémonie à l'occasion de transfert de cendres au Panthéon[modifier | modifier le code]

La décision du transfert de cendres au Panthéon est prise par décret du président de la République décidant une cérémonie de reconnaissance nationale à l'égard de l'abbé Grégoire, de Monge et de Condorcet[15].

La cérémonie de transfert de cendres de ces trois personnalités a lieu en présence de François Mitterrand, président de la République française, le mardi .

Autres célébrations[modifier | modifier le code]

Le 13 juillet au soir, en présence du président de la République François Mitterrand, l'Opéra Bastille est inauguré avec la représentation de La Nuit avant le jour de Bob Wilson. En amont de la pièce est chanté La Marseillaise[16].

Cette même veille de 14 juillet, près de 36 000 bals populaires sont organisés à travers la France[17].

De très nombreuses communes, écoles et organismes publics ou privés divers ont organisé des manifestations culturelles à l'occasion de cette commémoration hors normes, qui fut souvent à l'origine de témoignages permanents et originaux : illuminations, créations artistiques, spectacles, constructions...

Au Tréport, en Normandie, Bernard Romain recouvre la plus haute falaise calcaire d’Europe d'un immense filet tricolore en utilisant comme support le blanc naturel de la falaise[18].

Sur la place de la Bastille, le chanteur Renaud organise un concert pour les « délaissés du Bicentenaire », tandis qu'à Rouen, dès le 14 juillet, vingt des plus grand voiliers du monde issus de 17 marines étrangères, sont exposés au grand public[7].

Le 16 septembre 1989 le ministère de la Culture, la Mission du bicentenaire, et le ministère de la Défense organisent le spectacle « Naissance d'une Nation » sur le site de la bataille de Valmy. L'évènement a lieu en la présence du président de la République et de nombreux ministres, il est uniquement accessible sur invitation mais la visite guidée des installations artistiques sur le site seront visibles par le public jusqu'au 24 septembre. Les visiteurs sont guidés tantôt sur des charrettes à bœufs, tantôt à pied au travers d'évocations de la bataille par des artistes. Le moulin étant immobile, une grande roue « qui tourne comme une Révolution » a été édifiée par Jean-Luc Vilmouth, la promenade passe aussi dans des casemates disposées par Sarkis, monte le long de la statue de Kellermann et traverse un labyrinthe imaginé par Daniel Buren[19],[20].

Réactions[modifier | modifier le code]

Les organisateurs du défilé supervisé par Jean-Paul Goude sont félicités par le gouvernement. En revanche, le Front national (FN) estime que « la Marseillaise telle [que] présentée [...] était le reflet de la société cosmopolite voulue par les socialistes et qui ne correspond pas forcément à l'état d'esprit des Français »[21], rapporte Antenne 2.

Margaret Thatcher, invitée des festivités, déclare que les droits de l'homme ne sont pas une invention française, pas plus que la démocratie parlementaire[13],[7]: elle rappela à Mitterrand "N’oublions pas que la première révolution était celle de 1688 et qu’elle a eu lieu en Angleterre". Ensuite, lors d'une interview à la presse française, elle précisa: "Les droits de l’homme n’ont pas commencé avec la Révolution française. [...] Nous avons eu [...] la Grande Charte en 1215, et la Déclaration des droits au dix-septième siècle, et notre Révolution tranquille, lorsque le Parlement a imposé sa volonté à la Monarchie"[22].

Pour l'essayiste Eric Zemmour, l'événement est représentatif de l'idéologie de l'époque. Le publicitaire Jean-Paul Goude a vidé la Révolution de tout son aspect patriotique, rejetant la réalité de l'histoire de la Révolution avec ses massacres et ses guerres pour la réécrire sous les oripeaux du cosmopolitisme et des droits de l'homme[23].

Annonces et événements connexes[modifier | modifier le code]

La 39e promotion de commissaires de police issue de l'École nationale supérieure de la police, entrée en fonction en 1989, porte le nom Bicentenaire de la Révolution.

François Mitterrand, dans son interview du 14 juillet, annonce la révision prochaine de la Constitution française pour permettre aux citoyens français de saisir le Conseil constitutionnel s'ils estiment leur droits fondamentaux transgressés. Il qualifie ce projet de grande « avancée démocratique[7] ».

Le quinzième sommet des pays les plus riches du monde, le G7, s'ouvre dans l'après-midi du 14 juillet au Palais du Louvre, où est inauguré sa pyramide de verre. Le sommet est transposé le 15 juillet à l'Arche de la Défense.

Productions artistiques[modifier | modifier le code]

Le Bicentenaire fut l'occasion de l'émission d'un nouveau timbre-poste, la « Marianne du Bicentenaire ».

La Révolution française est un film historique français de Robert Enrico et Richard T. Heffron sorti en 1989 pour accompagner les célébration du bicentenaire de la Révolution. Réalisé avec un budget de 300 millions de francs le film se divise en deux parties :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Décret no 86-1034 du 15 septembre 1986 portant création d'une mission de commémoration du bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, JORF no 216 du 17 septembre 1986, p. 11195, sur Légifrance.
  2. Décret du 15 septembre 1986 portant nomination du président de la mission de commémoration du bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, JORF no 216 du 17 septembre 1986, p. 11202, sur Légifrance.
  3. Décret du 5 mars 1987 portant nomination du président de la mission de commémoration du bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, JORF no 56 du 7 mars 1987, p. 2583, sur Légifrance.
  4. Décret du 26 mai 1988 portant nomination du président de la Mission du bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, JORF no 124 du 28 mai 1988, p. 7418, NOR PRMX8810430D, sur Légifrance.
  5. Décret du 28 juin 1988 portant nomination des membres du gouvernement, JORF no 151 du 29 juin 1988, p. 8528–8529, NOR HRUX8810529D, sur Légifrance.
  6. Article 3 du décret no 88-823 du 18 juillet 1988 relatif aux attributions du ministre de la culture, de la communication, des grands travaux et du Bicentenaire, JORF no 168 du 20 juillet 1988, p. 9392–9393, NOR MCCX8800098D, sur Légifrance.
  7. a, b, c et d JA2 20H : EMISSION DU 14 JUILLET 1989, INA.
  8. Florence de Changy et Brice Pedroletti, « Après Tiananmen, l'opération « Yellowbird » pour faire évader les dissidents », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  9. .En Chine, la corruption, c’est le pouvoir Causeur, Entretien avec le dissident chinois WuErKaiXi.
  10. Marie Holzman La commémoration du massacre de Tian’anmen reste interdite en Chine Le Monde, 4 juin 2015.
  11. Franck Lepage, « De l'éducation populaire à la domestication par la « culture » », Le Monde diplomatique,‎ , p. 4–5 (lire en ligne).
  12. Le défilé "La Marseillaise" de Jean Paul Goude, INA.
  13. a et b Michel Campana, « Bicentenaire de la Révolution Française : le monde entier à l'unisson », sur live2times.com,‎ .
  14. « Déclaration économique finale du Sommet de l'Arche », Centre de documentation Sommets G7-G8, Institut d'études politiques de Lyon.
  15. Décret du 16 octobre 1989 décidant une cérémonie de reconnaissance nationale à l'égard de Condorcet, de Monge et de l'abbé Grégoire, JORF no 243 du 18 octobre 1989, p. 12992, NOR PRMX8910237D, sur Légifrance.
  16. Opéra Bastille, Opéra national de Paris, spectacles, Site officiel de l'Office du Tourisme et des Congrès PARISINFO.
  17. 13/07/1989 - Bicentenaire de la Révolution Française, TF1.
  18. Bertrand Dicale, Les Années 80 Pour les Nuls, 2013.
  19. Elise Meyer, Christian Sorrel (dir.), Apogée et naufrage d’un mythe républicain : les représentations de la bataille de Valmy (1892 -1992), Université Lumière Lyon-II et ENSSIB, juin 2013.
  20. Francois Reynaert, « Valmy célèbre la naissance de la nation », Libération, no 937,‎ .
  21. JA2 20H : EMISSION DU 15 JUILLET 1989, INA.
  22. https://jcdurbant.wordpress.com/2010/04/04/histoire-n%E2%80%99oublions-pas-que-la-premiere-revolution-a-eu-lieu-en-angleterre-human-rights-did-not-begin-with-the-french-revolution.
  23. Eric Zemmour, Le suicide français, Albin Michel 2014, p. 314-320.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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