Grande Peur

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La Grande Peur est un mouvement de peur collective qui eut lieu en France du au

Origine[modifier | modifier le code]

Elle trouve son origine à Paris et se fonde sur les rumeurs de complot aristocratique et l'émotion provoquée chez les paysans par les nouvelles en provenance de Paris. La panique se répandait en effet que des brigands étaient recrutés par l'aristocratie pour parcourir les campagnes afin de couper les blés verts et anéantir ainsi la récolte. C'est l'idée du complot aristocratique. On croyait de plus que les propriétaires nobles « accaparaient » les grains pour les vendre au plus haut prix au moment de la soudure. La peur des brigands se répandit rapidement et les révoltes éclatèrent quasi simultanément : six paniques éclatèrent en Franche-Comté à l'explosion d'une réserve de poudre au château de Quincey, près de Vesoul ; en Champagne, la poussière soulevée par un troupeau de moutons fut prise pour celle d'une troupe de soldats en marche ; dans le Beauvaisis, dans le Maine ; dans la région de Nantes et dans celle de Ruffec, les moines mendiants furent pris pour des brigands.

Troubles[modifier | modifier le code]

Partout pillages, émeutes, attentats, incendies éclataient : à Marseille, à Lyon, à Grenoble, à Strasbourg, à Rennes, à Saint-Malo, au Havre, à Dijon, mais aussi dans les bourgades et les villages campagnards, comme dans le Mâconnais, dont les propriétés seigneuriales furent dévastées par les « brigands », nom qu'on donna aux paysans révoltés. Les paysans s'armèrent et formèrent des milices pour se défendre contre les brigands. Mais, comme ceux-ci n'étaient que le fruit de l'imagination et de la peur, les paysans ne les trouvèrent pas. Rassemblés et agités par la peur ambiante, ils s'en prirent alors aux châteaux et aux abbayes, emportant les grains et brûlant les archives et les terriers (recueil des droits seigneuriaux et féodaux où est consigné ce que chacun doit au seigneur). La « peur » de Ruffec, par exemple, se répandit très vite : commencée le 28 juillet 1789, elle gagna vers le Nord Civray et Châtellerault, vers l'Ouest Saintes, vers l'Est Confolens et Montluçon, et vers le Sud Angoulême, Limoges, Cahors, Brive le 30 juillet, Montauban le 31 juillet, Toulouse et Rodez le 1er août, Lombez le 2 août, Pamiers, Saint-Girons, Saint-Gaudens le 3 août, Foix et Tarbes le 5 août. Des régions entières restèrent cependant à l'abri de cette grande peur : la Bretagne hormis Vitré, l'Alsace, le Languedoc. En Aquitaine, la peur prit le nom de Peur des Anglais.

Voici le récit du curé de Prayssas en Agenais, Barsalou, plus tard curé constitutionnel :

« TERREUR PANIQUE : Le dernier du mois de juillet 1789 jour de vendredi à dix heures du soir, il y eut dans la paroisse grande alerte occasionnée par la peur des Anglois avec lesquels nous étions en paix, et qu’on disoit être au nombre de dix mille hommes, tantôt au bois du Feuga, tantôt à St-Pastou, à Clairac, à Lacépède et ailleurs. On sonnoit le tocsin de toutes parts depuis huit heures du soir. Les gens sages n’en crurent rien, et on ne sonna icy qu’au jour l’alarme fut grande jusqu’à onze heures avant midi. Sur l’envoy consécutif de trois émissaires de Lacépède qui demandoient du secours pour Clairac menacé - disoient-ils - par dix mille brigands, les nôtres y furent, armés de fusils, des faux et des broches. Arrivés à Lacépède ils apprirent que tous les bruits étaient sans fondement. L’alarme s’étoit répandue progressivement. à Bordeaux pendant la nuit de mercredi à jeudi, à Condom le vendredi à midi. À Agen le jeudi soir à 9 heures on sonna le tocsin dans toute la ville où s’étaient rendus de toutes parts quinze mille hommes en armes. Tout fut calme à Agen vers une heure après minuit. En 1690, même alarme dans l’Agenois le 20 aout jour de dimanche sous la dénomination de peur des Huguenots. »

Les paysans, une fois armés, ne rencontrèrent pas de « brigands ». Ils s'en prirent aux châteaux et réclamèrent, pour les brûler, les vieilles chartes sur lesquelles étaient inscrits les droits féodaux dont ils avaient demandé la suppression dans les cahiers de doléances : les « terriers » (pour « livre terrier »). Ils allèrent parfois jusqu'à incendier les vieilles demeures seigneuriales. « La flamme était si grande entre une et deux heures de la nuit que j’aurais pu lire à ma fenêtre à la lueur du feu. Dans vingt-quatre heures ce château bien meublé fut tout pillé et brûlé ; on ne vit plus que des cheminées en l’air et des murs calcinés par le feu ou noircis par la fumée ; il n’y resta rien, pas même des gonds. » a consigné dans ses registres le curé de la paroisse de Bissy-la-Mâconnaise, témoin de l'incendie du château de Lugny en Mâconnais.

Une révolte sociale ?[modifier | modifier le code]

Les insurgés se firent peur mutuellement et firent peur aux « aristocrates ». Georges Lefebvre en décrit cinq courants dans son livre « La Grande peur de 1789 ». Il semble n'y avoir eu aucune concertation entre ces divers courants qui furent pourtant animés par des causes et des buts communs. La Grande Peur engendra une révolte armée anti-féodale. En brûlant les châteaux et en détruisant les terriers, les paysans envoyèrent à l'assemblée le symbole de leur souhait : la suppression de la féodalité. C'est pour mettre fin à cette révolte que l'assemblée nationale décréta l'abolition des privilèges le .
Georges Lefebvre est loin de réduire le phénomène de la Grande peur à un complot "aristocratique", voire à une émotion collective de "peur des brigands". Il titre un de ses développements : La révolte paysanne[1]. Il relie les troubles de l'été 1789 aux révoltes antérieures, comme en Franche-Comté (1788). Il note aussi la présence parmi les insurgés du Mâconnais, de nombreux paysans, mais encore de nombreux artisans locaux qui donnent à la révolte une connotation sociale qui dépasse les troubles frumentaires, anti seigneuriaux, voire les troubles hallucinatoires de la farine française[2] Pour le seul exemple Mâconnais (on arrêta[3] :

  • Des domestiques, des vignerons à gages, des grangers ou métayers, des artisans et des boutiquiers; les laboureurs, fermiers, meuniers, brandeviniers. Plusieurs sont propriétaires. Parmi les gens compromis on trouve un maître d'école, des huissiers, des gardes seigneuriaux, etc...).

Plus loin [4] il note l'avis du Lieutenant criminel du bailliage de Chalon, où la révolte s'était étendue :

  • Tous (24 pour Chalon) s'étaient attroupés comme d'un commun accord dans l'intention de dévaster les châteaux et maisons, et de s'affranchir des redevances en brûlant les Terriers; lon pourrait même ajouter qu'ils étaient encore excités par la haine qu'ont toujours eue les pauvres contre les riches. (...) Mais aucun ne nous a paru avoir été dirigé par cette impulsion secrète qui est en ce moment l'objet des recherches de la Respectable Assemblée


Selon Mary Matossian, l'ergot de seigle - présent en grande quantité dans la farine de l'époque et présentant des caractéristiques hallucinatoires - aurait fait partie des causes de la Grande Peur[5].

Mémoire de la "Peur" en Mâconnais[modifier | modifier le code]

Lors de la célébration du Bicentenaire de la Révolution française, une région au moins entreprend un travail d'exhumation des archives. Ce fut en Mâconnais. Par dérision le livre reprend le terme de "brigands" dans son titre. Mais selon le préfacier (Pierre Goujon) des auteurs, ce n'est que '"pour rétablir la vérité historique occultée depuis l'événement même par une historiographie partisane ou conformiste". Ces "brigands mâconnais" ce sont les paysans en révolte dans une terre "d'inégalités et de tensions sociales avivées par la crise économique"[6]. L'ouvrage n'oublie pas la répression "sauvage" par les milices bourgeoises apeurées : 20 paysans tués dans les affrontements, sans compter d'autres devant le château de Cormatin, 250 prisonniers, 32 pendaisons sur le terroir restreint de Tournus, Mâcon, Cluny. La justice "légale" continue le travail en août : 2 autres pendaisons, une condamnation aux galères. L'amnistie des faits relatifs à juillet 1789, suite à une démarche de 25 communes du Mâconnais fut votée le 22 mars 1791 par l'Assemblée constituante. [7]

La Grande peur en Vivarais[modifier | modifier le code]

A partir de la mi -juillet 1789, les rumeurs se mêlent aux réalités: 10000 piémontais auraient envahi le Dauphiné, la France serait envahie par des brigands, des libelles courent " le roi fait brûler tous les châteaux, il n'en veut pas d'autres que le sien". A partir du 9 août des désordres se produisent à Rochemaure puis à Meysse. Le 19 août, les magistrats de la sénéchaussée de Villeneuve-de-Berg en appellent au roi pour faire cesser les événements et énumèrent les châteaux brulés, des monastères pillés les nobles molestés ou assassinés . Une figure émerge parmi ces brigands , celle de Degout-Lachamp, déjà condamné par coutumace en 1783 à la suite de la révolte des Masques armés.

Ces événements se poursuivirent jusqu'en 1792 et il est difficile de faire la part entre ce qui était action révolutionnaire et brigandage pur et simple.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cf bibliographie p. 118,
  2. .Voir référence plus loin
  3. Ibid. p. 140
  4. (p. 141)
  5. Matossian, Mary Kilbourne, Poisons of thMolds, Epidemics, and History. New Haven: Yale, 1989 Réédition août 1991, ISBN 0300051212
  6. Introduction du livre, page 3. Cf référenses bibliographiques
  7. Ibid. p. 89.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Lefebve) La grande peur de 1789, réédition telle que le livre est paru en 1932, Armand Colin, Paris, 1970.
  • Biard, Michel et Dupuy, Pascal, La Révolution française : dynamiques, influences, débats, 1787-1804, Armand Colin, collection U, Paris, 2004, 347 p., (ISBN 2-200-26385-6). – 2e édition, sous le titre : La Révolution française : dynamique et ruptures, 1787-1804 : mêmes éditeur et collection, 2008, 352 p., (ISBN 978-2-200-35454-1)
  • Simon Brugal, La Jacquerie dans le Vivarais de 1789 à 1793, Nantes, Revue de la Révolution,‎ 1883
  • Timothy Tackett, La Grande Peur et le complot aristocratique sous la Révolution française. Annales historiques de la Révolution française, 335. Janvier-mars 2004. L’article discute la thèse célèbre de Georges Lefebvre sur le rôle d’un "complot aristocratique" dans les origines de la Grande Peur.
  • Jean Pautet (Texte) Michet Bouillot (Illustration), Chemins des brigands, Juillet 1789 en Mâconnais, Publication de la Fédération des Œuvres Laïques de Saône-et-Loire,Mâcon juillet 1990.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • La Grande peur liée à l'an mil.