Institut d'histoire de la Révolution française

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Institut d'histoire de la Révolution française
Création
Siège 17 rue de la Sorbonne, escalier C, Paris (5e arrondissement)
Pays Drapeau de la France France
Rattachement Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Président Pierre Serna
Disciplines Histoire de la Révolution française

L'Institut d'histoire de la Révolution française, ou IHRF, était un centre de recherches et d'enseignements universitaires rattaché à l'université Paris I - Panthéon-Sorbonne, au sein de l'UFR 09 d'histoire. Il a existé de 1937 à 2015 avant d'être intégré dans l'Institut d’histoire moderne et contemporaine (UMR 8066).

À sa disparition en 2015, il appartenait à l'Ea 127, intégré au sein d'une unité mixte de service (UMS 622, CNRS). L'IHRF était l'un des plus anciens instituts d'histoire, issus de l'ancienne Sorbonne, et à ce titre la seule structure universitaire et scientifique en France à se consacrer entièrement à l'étude de la Révolution française.

Ses locaux, ainsi que sa très riche bibliothèque, avec ses collections de mémoires et thèses universitaires portant sur la Révolution française, étaient situés au 17 rue de la Sorbonne, escalier C, dans le 5e arrondissement à Paris.

L'institut a lancé depuis novembre 2009 sa revue électronique, consultable sur le portail Revues.org, intitulée La Révolution française.

Origines : le temps de la fondation (1937-1945)[modifier | modifier le code]

L'IHRF est fondé en 1937 par Georges Lefebvre, son premier directeur, qui vient d'être nommé professeur d'histoire de la Révolution française à la Sorbonne[1]. Cette création, décidée par le conseil de la Faculté de Lettres de l'université de Paris, est entérinée par un décret ministériel, le 27 octobre de la même année. Ce nouvel institut doit marquer, avec la nomination d'un nouveau titulaire à la chaire d'histoire de la Révolution française après la retraite de Philippe Sagnac, un élan pour les études révolutionnaires, et la fin des divisions nées de l'opposition entre Alphonse Aulard et Albert Mathiez.

La mission de l'IHRF est alors de participer par ses travaux et ses publications, aux célébrations républicaines prévues pour le 150e anniversaire de la Révolution, avec l'appui en province de nombreux comités départementaux et de la commission d'Histoire économique de la Révolution française, dite « commission Jaurès », créée en 1903. L'élan suscité par la victoire Front populaire favorise les appuis et la visibilité universitaire de l'institut[2].

Mais les moments de crise de la fin des années 1930, notamment les tensions grandissantes après les accords de Munich puis le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale le , font passer à l'arrière plan les différentes commémorations et expositions organisées pour commémorer 1789. Qui plus est, les contraintes budgétaires liées à la guerre diminuent les moyens d'action de l'institut.

L'IHRF se trouve alors en proie à de nombreuses difficultés, notamment pendant l'occupation, conduisant Georges Lefebvre, également président de la Société des études robespierristes, à « mettre en sommeil » les réseaux scientifiques mis en place depuis 1937. Les Annales historiques de la Révolution française ne peuvent plus paraître à partir de 1940, suite aux restrictions et autres conditions matérielles imposées par l'occupant[3].

Georges Lefebvre, qui a fait valoir ses droits à la retraite en 1941, continue d'être chargé de cours par le conseil de la Faculté de Lettres et reste à son poste de directeur jusqu'en 1945, pour éviter tout accaparement de l'institut par des séides du régime de Vichy. Cette résistance et cette opposition sont conçues, par Lefebvre et son entourage proche à la Société des études robespierristes, en conformité avec l'esprit républicain et démocratique ayant présidé à la création de l'institut.

Héritages : le temps des combats (1945-1982)[modifier | modifier le code]

Après la retraite symbolique de Lefebvre, qui garde cependant un rôle important au sein l'institut jusqu'à sa mort en 1959, du fait de son prestige moral et universitaire, Marcel Dunan prend officiellement sa succession. Cette période reste un moment de déclin relatif pour l'IHRF, et il faut attendre la nomination de Marcel Reinhard en 1956 pour que l'institut retrouve sa dynamique et son influence quelque peu perdues dans les études révolutionnaires. Spécialiste d'histoire religieuse, catholique et républicain, auteur d'une monumentale biographie de Lazare Carnot, Marcel Reinhard, dont le rôle reste largement méconnu dans la mémoire universitaire française, a largement contribué à élargir les domaines d'études de la Révolution, notamment sur le Paris révolutionnaire et la démographie de la période 1789-1799.

L'arrivée d'une nouvelle génération, pour la plus grande part d'anciens élèves de Lefebvre, a également contribué au renouveau qu'a connu l'IHRF durant ses années. Parmi ces fidèles disciples, les "trois mousquetaires" tels qu'ils étaient surnommés à l'époque, Albert Soboul, Jean-René Suratteau et Richard Cobb, ainsi que George Rudé ont impulsé en France et à l'étranger d'importantes mises en chantier sur des terrains encore peu explorés, en histoire économique et sociale notamment, avec de grandes synthèses embrassant toute la période révolutionnaire, de la convocation des états généraux au Directoire, et au-delà[4].

La nomination d'Albert Soboul à la chaire d'histoire de la Révolution française en 1967 se fait dans un contexte universitaire et scientifique extrêmement tendu, avec les débuts de l'école révisionniste et l'offensive idéologique animée par François Furet et Denis Richet, après la publication de leur ouvrage polémique La Révolution française en 1965, dans la droite ligne des travaux de l'historien Alfred Cobban. Héritier fidèle et intransigeant de Lefebvre, Albert Soboul entreprend alors une lutte sans répit contre le courant révisionniste principalement dirigé par François Furet, qui à partir de 1975 transforme l'EHESS en école critique fondée sur la lecture des textes et des traditions du XIXe siècle, délaissant les sources contemporaines de la décennie révolutionnaire. L'IHRF et son directeur sont alors décriés et dépeints comme l'épicentre d'une école marxiste et jacobine. Si Soboul se réclamait certes du marxisme, il n'en reste pas moins que la grande tradition pédagogique de l'institut doit beaucoup à son directeur qui, jusqu'à sa mort brutale en 1982, a toujours entretenu une émulation féconde pour l'histoire de la Révolution française, qu'il avait à cœur d'expliquer et de faire comprendre au plus grand nombre[5].

Fidélités et nouvelles perspectives (depuis 1982)[modifier | modifier le code]

Michel Vovelle reprend alors le flambeau, malgré l'âpreté et les propos de plus en plus haineux de l'école révisionniste contre l'IHRF et ses chercheurs. En tant que directeur de l'institut, il est appelé à diriger d'importants travaux autour du bicentenaire de la Révolution[6]. En parallèle à cette intense médiatisation de la Révolution française dans l'opinion publique autour de 1989, les travaux de Michel Vovelle en histoire des mentalités ont conduit à d'importantes mutations, et un renouveau de l'histoire sociale et l'histoire des images de cette période, en lien avec de nombreuses réflexions sur les dynamiques politiques à l'œuvre de 1789 à 1799[7]. Ces nouveaux éléments portés à la connaissance du public ont également permis de "redécouvrir" la place de certains acteurs et l'histoire politique de la Révolution, tournant qu'Albert Soboul avait déjà initié en réinterrogeant les catégories politiques de la période révolutionnaire, notamment avec l'important colloque Girondins et Montagnards, organisé à la Sorbonne en 1975[8].

L'élection de Catherine Duprat, en 1993, auteur d'une thèse remarquée sur la philanthropie, sous la direction de Maurice Agulhon, prolonge l'infléchissement amorcé par son prédécesseur autour des études portant tout à la fois sur l'avant Révolution et l'après Révolution, ainsi que sur le climat idéologique et social lié à la période révolutionnaire.

Ce qui est confirmé en 2000 par l'élection de Jean-Clément Martin, connu pour ses travaux sur la guerre de Vendée et la mémoire, élève d'Emmanuel Le Roy Ladurie, ce dernier ouvre de grands chantiers sur la Contre-Révolution, la violence et le genre en révolution. Il mène une réflexion importante, via le prisme de l'anthropologie historique et de la socio-histoire, pour une compréhension globale de la Révolution française. Il dirige d'importants colloques, ouverts aux chercheurs étrangers et à la production historiographique hors de France[9].

Si aujourd'hui, les querelles semblent être apaisées et le climat universitaire beaucoup moins passionné, notamment depuis la mort de François Furet en 1997, l'IHRF reste toujours en pointe dans la défense de la Révolution française. Certaines controverses, notamment autour des publications de Patrice Gueniffey, principal héritier et ancien élève de Furet, perpétuent de manière différente les clivages historiographiques nés dans les années 1970. Qui plus est, les contestations de plus en plus nombreuses dans la société française autour de l'héritage et des idées nées en 1789 obligent les enseignants-chercheurs de l'IHRF à demeurer vigilants, face à des exposés tendancieux et des contre-vérités toujours nombreuses sur la Révolution française[10].

L'ouverture de nouveaux champs de recherche, renforcée depuis 2008, apparaît comme l'élément novateur de ce début de XXIe siècle. Des études soutenues autour des mouvements démocratiques sous le Directoire, l'ordre public en révolution, l'histoire coloniale de la fin du XVIIIe siècle, les lieux de savoir et de sociabilité scientifique pendant la Révolution donnent lieu à des séminaires de recherche réguliers, ouverts à de nombreux chercheurs étrangers et personnalités associées à l'IHRF, mais aussi aux étudiants et doctorants de l'institut afin de parfaire leur formation, permettant la rencontre d'un large public.

Le , l'IHRF a consacré une journée d'études à son fondateur, Georges Lefebvre, cinquante ans après sa disparition, avec la participation de nombreux spécialistes de la Révolution française[11]. La revue électronique La Révolution française, dirigée par Pierre Serna, a publié les interventions prononcées lors de cette journée d'études[12].

Au 1er janvier 2016, l'IHRF est intégré dans l'Institut d’histoire moderne et contemporaine (UMR 8066 - CNRS, ENS, Paris 1).

Liste des titulaires de la chaire d'histoire de la Révolution française et les directeurs de l'IHRF[modifier | modifier le code]

  1. Alphonse Aulard (1849-1928) : Premier titulaire de la chaire d’histoire de la Révolution à la Sorbonne, créée par la mairie de Paris en 1885, établie définitivement en 1891.
  2. Philippe Sagnac (1868-1954) : Titulaire de la chaire de 1923 à 1937. Fondateur du Centre d'études sur la Révolution française de l'Université de Paris en 1932.
  3. Albert Mathiez (1874-1932) : Suppléant de la chaire de 1926 à 1929, lors du détachement de Philippe Sagnac à l'Université du Caire, chargé de cours de 1929 à 1932.
  4. Georges Lefebvre (1874-1959) : Titulaire de la chaire de 1937 à 1941, demeuré en poste jusqu’en 1945. Fondateur de l'IHRF.
  5. Marcel Dunan (1885-1978) : Titulaire de la chaire de 1946 à 1955, et directeur de l’IHRF.
  6. Marcel Reinhard (1899-1973) : Titulaire de la chaire de 1955 à 1967, et directeur de l'IHRF.
  7. Albert Soboul (1914-1982) : Titulaire de la chaire de 1967 à 1981, et directeur de l'IHRF.
  8. Michel Vovelle (né en 1933) : Titulaire de la chaire de 1981 à 1993, et directeur de l'IHRF, président de la commission nationale de recherche historique pour le bicentenaire de la Révolution.
  9. Catherine Duprat (née en 1936) : Titulaire de la chaire de 1993 à 2000, et directrice de l'IHRF de 1993 à 2000,
  10. Jean-Clément Martin (né en 1948) : Titulaire de la chaire de 2000 à 2008, directeur de l’IHRF.
  11. Pierre Serna (né en 1963) : Titulaire de la chaire depuis 2008, et directeur de l’IHRF.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Présentation sur le site de l'IHRF, consulté le 17 octobre 2010.
  2. Pierre Serna, « Lefebvre au travail, le travail de Georges Lefebvre : un océan d’érudition sans continent Liberté ? », paragraphe 9 à 11, revue électronique La Révolution française, Cahiers de l'Institut d'Histoire de la Révolution Française, numéro 2, mai 2010, consulté le 17 octobre 2010.
  3. Claude Mazauric, « Les chaussées sont désertes, plus de passants sur les chemins (Esaïe 33.8). La SER dans la tourment : 1940-1945 », Annales historiques de la Révolution française, numéro 353, juillet-septembre 2008, page 169-207.
  4. Michel Vovelle, « La galerie des ancêtres », article reproduit dans Combats pour la Révolution française, La Découverte, Société des études robespierristes, Paris, 2001, page 14 à 23.
  5. Albert Soboul, Comprendre la Révolution, Maspéro, Paris, 1981, 381 pages.
  6. Michel Vovelle, "L'historiographie de la Révolution française à la veille du Bicentenaire ", article en deux parties, reproduit dans Combats pour la Révolution française, La Découverte, Société des études robespierristes, Paris, 2001, page 62 à 94.
  7. Michel Vovelle (dir.), La Révolution française : images et récit, 1789-1799, Messidor, Paris, 1986, 5 volumes.
  8. Albert Soboul (dir.), Girondins et Montagnards. Actes du colloque du 14 décembre 1975. Société des études robespierristes, Paris, 1980, 364 pages.
  9. Jean Clément Martin (dir.), La Révolution à l'œuvre. Perspectives actuelles dans l'histoire de la Révolution française. Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2005, 375 p.
  10. Résumés des différentes polémiques et réponses des enseignants-chercheurs sur le site de l'IHRF, consulté le 17 octobre 2010.
  11. Programme de la journée d'études du 11 septembre 2009, « Georges Lefebvre au travail. Le travail de Georges Lefebvre », sous la présidence de Pierre Serna, sur le site de l'IHRF, consulté le 17 octobre 2010.
  12. La Révolution française, cahiers de l'Institut d'Histoire de la Révolution française, numéro 2, mai 2010.