Affaire Réveillon

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Le saccage de la Folie Titon (28 avril 1789).
Lieu des affrontements tels qu'ils sont en décembre 2005, en face de l’hôpital Saint-Antoine, au centre la fontaine de Montreuil de (1719), on voit une colonne de la place de la Nation et à gauche, la rue de Montreuil.

L'affaire Réveillon est une révolte populaire, qui eut lieu du 26 avril au au faubourg Saint-Antoine, à Paris, en France. C'est un signe avant-coureur de la prise de la Bastille, le .

Le déclenchement de la révolte[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Réveillon est un riche fabricant de papier employant 300 travailleurs à la Folie-Titon, où s'élève la première montgolfière, le , et qui se situe sur l'actuelle rue de Montreuil, près de la station de métro Faidherbe Chaligny, à Paris.

Après un hiver particulièrement rigoureux, le prix du pain augmente fortement dans les premiers mois de 1789. La tension est augmentée par l'ouverture prochaine des états généraux, finalement reportée au 5 mai. Les élections des députés du tiers état ne sont pas encore terminées à Paris et les ouvriers et les apprentis compagnons n'ont pas le droit de vote, plus restrictif qu'ailleurs dans le royaume[1],[2]. La menace de la disette et du chômage, l'exclusion des assemblées électorales du tiers état mécontentent les habitants des populaires faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel.

Le 23 avril, au cours d'une assemblée d'électeurs du tiers état, Réveillon aurait tenu des propos inquiétants sur les salaires des ouvriers[3]. Il aurait regretté le bon vieux temps où les ouvriers étaient payés 15 sous par jour[4] au lieu de 25 à ce moment. Selon une deuxième interprétation, ce patron nourri d'idées libérales aurait suggéré de supprimer l'octroi afin de diminuer le prix d'importation de la farine et donc le prix du pain, l'autorisant ainsi à baisser les salaires[5]. Un autre patron, Henriot (ou Hanriot), fabricant de salpêtre, partage son opinion[6]. Quoi qu'il en soit, parmi le peuple, le bruit se répand que Réveillon veut baisser les salaires[7]. Dès le soir, son nom est conspué. La rumeur répétée et commentée dans les cabarets et les ateliers, le mécontentement finit par exploser.

Le déroulement[modifier | modifier le code]

Le lundi 27 avril, des milliers de chômeurs, d'ouvriers, d'artisans, de petits patrons, de débardeurs s'ameutent près de la Bastille, se dirige vers l'hôtel de ville, aux cris de « Mort aux riches ! Mort aux aristocrates ! Mort aux accapareurs ! Le pain à deux sous ! A bas la calotte ! A l'eau les foutus prêtres ! »[8] Place de Grève, sont brûlées les effigies de Réveillon et d'Henriot. Devant l'hôtel de ville, une délégation de bourgeois envoyée par l'assemblée électorale convainquent les manifestants de se disperser. Mais la colonne se dirige vers la manufacture et l'hôtel de Réveillon. Un détachement d'une cinquantaine de gardes-françaises leur interdit l'accès[7]. Les manifestants se rabattent sur la maison non protégée d'Henriot. Le salpêtrier et sa famille ont juste le temps de s'enfuir au donjon de Vincennes avant que leur maison soit saccagée et pillée.

Le lendemain, 28 avril, nouveau rassemblement devant l'hôtel et la manufacture de Réveillon mais les forces de l'ordre, renforcées depuis la veille et retranchées derrière des barricades, tiennent à distance la foule houleuse mais désarmée. Dans l'après-midi, le duc d'Orléans traverse en carrosse la foule et appelle au calme, avant de distribuer le contenu de sa bourse à la volée. Il est ovationné. Dans la soirée, le passage du carrosse de sa femme ouvre une brèche temporaire dans les barricades. Les émeutiers en profitent pour forcer l'entrée de l'hôtel et tout saccager. Des fenêtres et du haut des toits, ils lancent des tuiles et des meubles sur la troupe. Exaspérés, les gardes tirent. Cette riposte tue un nombre indéterminé d'émeutiers, 25 selon le commissaire du Châtelet, 900 selon le marquis de Sillery[9]. Du côté des soldats, le bilan s'établit plus sûrement à 12 tués et 80 blessés. Jusqu'à 22h, le lieutenant de police Thiroux de Crosne quadrille le faubourg Saint-Antoine et fait pourchasser les séditieux jusqu'au faubourg Saint-Michel. Le 29 avril, il en fait pendre deux.

Analyses[modifier | modifier le code]

Plaques commémoratives de la Folie Titon, 31 bis rue de Montreuil, à Paris.

Selon l'historienne Raymonde Monnier, cette affaire Réveillon n'est pas un « affrontement entre patrons et ouvriers », notant l'absence des salariés de Réveillon dans l'émeute du 28 avril[3]. Motivée par l'augmentation du prix du pain et donc par la faim et la misère, elle se rattache aux émeutes de subsistance, typiques de l'Ancien Régime. En même temps, se dessinent les caractères d'une journée révolutionnaire : le peuple se réclame du tiers état et lance des slogans nouveaux tels que « Liberté ». Alors que les états généraux vont s'ouvrir dans dix jours, les Parisiens les plus pauvres, exclus du scrutin, s'impatientent et entendent exprimer, par la force, leurs revendications[10]. De ce point de vue, ces journées peuvent être vues comme le premier soulèvement populaire de la Révolution. Un soulèvement particulièrement meurtrier en considérant la fourchette haute.

Ces événements du faubourg Saint-Antoine sont certainement spontanés, mais des contemporains pensèrent à une action commanditée, alimentant la thèse du complot. Certains y verront la main de l'Angleterre ou des aristocrates. Précisément, la rumeur pointa du doigt le duc d'Orléans. Le baron de Besenval et Jean-François Marmontel le rapportent dans leurs mémoires respectifs[11]. L'historienne Évelyne Lever estime qu'aucun preuve ne désigne Louis-Philippe d'Orléans[12]. De même, Jean-Christian Petitfils disculpe le prince , « agitateur inconséquent » mais trop dilettante pour mener une conspiration »[13]. Par contre, la faction Orléans qu'animait notamment Choderlos de Laclos a pu agir pour lui[13]. On comprendrait alors mieux pourquoi, pris dans l'émeute, ni le carrosse du duc, ni celui de la duchesse ne furent pris à parti par la foule excitée[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lever 1996, p. 298
  2. Monnier 1981, p. 113-114
  3. a et b Monnier 1989, p. 904
  4. Tulard 1987, p. 1066 ; Petitfils 2016
  5. Petitfils 2005, p. 642
  6. Lever 1996, p. 299
  7. a et b Dupuy 2010
  8. Petitfils 2005, p. 643
  9. Petitfils 2005, p. 644
  10. Monnier 1989, p. 904-905
  11. Lever 1996, p. 301-304. Marmontel rapporte une discussion avec l'académicien Chamfort dans laquelle ce dernier explique l'achat d'hommes du peuple par le duc d'Orléans pour faire saccager la manufacture de Réveillon. Mémoires cités dans Paul Copin-Albancelli, Le Drame maçonnique. Le Pouvoir occulte contre la France, éd. Lyon et Paris, Emmanuel Vitte et La Renaissance française, 1908, chap. X, p. 332
  12. Lever 1996, p. 304-305
  13. a et b Petitfils 2005, p. 645
  14. Tulard 1987, p. 1067

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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