Madame du Barry

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Jeanne Bécu,
comtesse du Barry

Description de cette image, également commentée ci-après

La comtesse du Barry, 1770

Nom de naissance Jeanne Bécu
Naissance
Vaucouleurs (Lorraine),
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès , (à 50 ans)
Paris, Drapeau français République française
Conjoint

Jeanne Bécu, dite de Cantigny ou de Vaubernier, devenue par son mariage comtesse du Barry, née le à Vaucouleurs en Lorraine et guillotinée à Paris le , fut la dernière favorite du roi Louis XV.

Son origine roturière et sa jeunesse agitée suscitèrent des pamphlets injurieux et même orduriers.

Ses origines[modifier | modifier le code]

Un rôtisseur parisien nommé Jean Bécu[1], né sous Louis XIII, eut un fils prénommé Fabien, réputé comme l'un des plus beaux hommes de la capitale. Ce physique avantageux plut à une dame de la noblesse, Séverine de Cantigny, comtesse de Montdidier. Veuve, elle l'épousa en dépit des préjugés sociaux mais elle mourut peu après.

Fabien Bécu se fit dorénavant (et indûment) appeler Bécu-Cantigny. Après avoir été marchand de vin, il devint cuisinier d'Isabelle de Ludres, ex-maîtresse de Louis XIV qui s'était retirée sur ses terres de Lorraine, au château de Vaucouleurs. Le 22 décembre 1693, il épousa en secondes noces Jeanne Husson, femme de chambre de Madame de Ludres.

Sept enfants[2] furent issus de cette union, dont Anne Bécu[3], née le 16 avril 1713 à Vaucouleurs.

Très belle, Anne Bécu n'eut pas une jeunesse irréprochable… Les registres paroissiaux de Vaucouleurs indiquent : Le dix-neuvième d'août mil sept cent quarante-trois est née et a été baptisée le même jour, Jeanne, fille naturelle d'Anne Bécu, dite Cantigny, et a eu pour parrain Joseph Demange, et pour marraine Jeanne Birabin, qui ont signé avec nous.

Qui était le père de Jeanne Bécu - future Madame du Barry ? Parmi plusieurs hypothèses, la mieux fondée semble désigner Jean-Baptiste Gomard de Vaubernier, dit en religion Frère Ange. C'était un moine, plus ou moins défroqué, du couvent[4] de franciscains appelés Les Picpus où Anne Bécu, couturière, se rendait régulièrement pour son ouvrage. C'est ce prêtre qui, le 1er septembre 1768, bénira en l'église Saint-Laurent à Paris, le mariage de Jeanne avec Guillaume Dubarry. Toute sa vie, Madame du Barry se fera appeler (et signera) de Vaubernier. N'est-ce pas là, tout simplement, l'aveu de son origine paternelle[5] ?

Une seconde naissance illégitime (dont le père semble être un commis des finances) suivra le 14 février 1747, celle de Claude Bécu, qui mourra en bas âge. La réputation d'Anne était très compromise. C'est alors qu'elle rencontra - opportunément - Claude Roch Billard-Dumouceau, un riche financier que sa charge appelait fréquemment en Lorraine. Séduit par la beauté de la jeune femme, naturellement bienveillant, Billard-Dumouceau s'institua son protecteur. Il l'emmena avec lui à Paris et lui procura un emploi de cuisinière[6].

Le 18 juillet 1749, Anne Bécu épousa, en l'église Saint-Eustache à Paris, Nicolas Rançon[7], un domestique auquel Billard-Dumouceau fera obtenir une charge de garde-magasin en Corse.

Dès cette époque, Jeanne Bécu fut mise en pension chez les dames de Saint-Aure, dans le couvent parisien de la rue Neuve-Sainte-Geneviève[8]. Elle y resta 9 ans, y souffrit d'une règle sévère mais y apprit l'écriture et l'orthographe [9], la lecture[10], le calcul, la musique[11], le dessin[12], la danse, la broderie, l'histoire et - bien sûr - la religion[13].

En 1759, après avoir passé 5 mois chez un coiffeur nommé Lametz (qu'elle faillit épouser mais dont elle épuisa la fortune), elle entra au service de la veuve d'un fermier général, Élisabeth de Delay de Lagarde (née Roussel), retirée dans son château de La Courneuve. Au contact d'une société choisie, elle acquit alors peu à peu l'aisance et la distinction de manières qui ne la quitteraient plus.

Ses débuts - Madame du Barry[modifier | modifier le code]

Vers 1761, elle devint vendeuse dans une boutique de mode située rue Neuve-des-Petits-Champs, À la toilette. Ce commerce appartenait à Claude Edmé Labille, père de la future portraitiste Adélaïde Labille-Guiard. Jeanne se mit alors à fréquenter le demi-monde. L'éblouissante beauté[14] de la jeune fille la fit vite remarquer. Il semble avéré que, comme sa mère, Jeanne ait connu une jeunesse des plus légères.

Elle fut reçue dans plusieurs salons parisiens, où Jean-Baptiste, comte du Barry-Cérès, dit Le Roué, un gentilhomme toulousain quadragénaire renommé, dans les milieux de la galanterie, pour sa dépravation et son absence totale de scrupules, dut faire sa connaissance. Jeanne devint sa maîtresse alors qu'elle n'avait que 19 ans.

Quelques années plus tard, Jean-Baptiste aurait fait l’éloge de sa conquête au maréchal de Richelieu, vieux libertin très bien en cour, qui imagina de la présenter au roi Louis XV.

La présentation au roi et à la cour[modifier | modifier le code]

La rencontre se fit discrètement, au printemps 1768, par l'intermédiaire de Dominique Lebel, premier valet de chambre du roi. Cette opération n'était pas dénuée d'arrière-pensée politique pour Richelieu, qui voulait contrer le Premier ministre Étienne François de Choiseul. Ce dernier, élevé au ministère par la défunte marquise de Pompadour, espérait placer auprès du roi sa sœur, la duchesse de Grammont, ou toute autre femme à sa dévotion.

Jeanne du Barry en 1769

Or en peu de temps, Louis XV s'éprit vivement de Jeanne, dotée d'un charme infini, et dont les talents aux jeux de l'amour lui donnaient une nouvelle jeunesse. La déconvenue de Choiseul fut très vive, et immense son ressentiment à l'égard de Madame du Barry, qui lui avait fait perdre en peu de temps son influence prépondérante auprès du roi (pour lequel il nourrissait un secret mépris).

L'année 1768 avait clos, pour Louis XV, une décennie ponctuée de deuils familiaux : celui de sa fille Élisabeth de France (1727-1759), duchesse de Parme, morte en décembre 1759 ; de son petit-fils aîné Louis de France (1751-1761), mort en mars 1761 ; de sa petite-fille Isabelle de Bourbon-Parme, morte en novembre 1763 ; de sa favorite en titre sincèrement regrettée, Madame de Pompadour, morte en avril 1764 ; de son gendre Philippe Ier de Parme, mort en juillet 1765 ; de son fils et héritier Louis de France (1729-1765), mort en décembre 1765 ; de sa belle-fille Marie-Josèphe de Saxe, morte en mars 1767 ; enfin de sa femme, la discrète Marie Leszczyńska, morte en juin 1768.

De plus, un projet de remariage avec l'archiduchesse Marie-Élisabeth de Habsbourg-Lorraine, (sœur aînée de Marie-Antoinette), avait échoué, la beauté de cette princesse de 25 ans ayant été ravagée par la variole, maladie courante à l'époque - et dont le roi mourra.

Louis XV en 1773

Le roi, toujours très beau mais vieillissant (il avait alors 58 ans) et neurasthénique, était donc libre. Il désira faire de Mademoiselle de Vaubernier sa nouvelle favorite. Mais cela ne pouvait s'accomplir sans une présentation officielle à la cour par une personne y ayant ses entrées, et sans que la personne présentée fût mariée.

Le chevalier Jean-Baptiste Dubarry ayant déjà pris femme en la personne de dame Ursule Dalmas de Vernongrèse (qui terminera ses jours dans un couvent), il contourna la difficulté en faisant épouser à Jeanne son frère cadet, le comte Guillaume Dubarry. Jeanne devint donc la belle-soeur de son amant tandis que son mari fut immédiatement renvoyé dans son Languedoc natal avec cinq mille livres en récompense de sa complaisance.

Pour la marraine, on eut recours à la comtesse de Béarn ; issue d'une très ancienne famille, mais aussi très âgée et surtout très endettée, elle accepta cet emploi contre paiement de ses dettes, à la réprobation des courtisans bien-pensants.

Mariée et munie d'un nom mieux sonnant que Bécu, Madame la comtesse du Barry, fut présentée à la Cour le 22 avril 1769.

Son ascension - Favorite royale[modifier | modifier le code]

Madame du Barry. Buste en biscuit de Sèvres d'après Pajou. (Versailles, musée Lambinet)
Fête donnée à Louveciennes, le 2 septembre 1771, par Jean-Michel Moreau, Paris, musée du Louvre.

À la différence de Madame de Pompadour, Jeanne du Barry s'adapta parfaitement aux usages de la cour mais ne s'intéressait guère aux affaires et ne chercha pas à jouer de rôle politique - ce dont Louis XV lui sut gré[15]. Intermédiaire de la coterie du maréchal de Richelieu, elle ne fut pas sans influencer discrètement telle ou telle décision, obtenant ainsi la grâce de plusieurs condamnés à mort. Mais malgré les intrigues de la duchesse de Grammont et d'autres femmes envieuses de sa position, elle s’efforça d’être agréable à tous (contrairement à Madame de Pompadour, qui ne pardonnait pas les offenses et s'en vengeait même âprement). Voltaire, à qui elle avait envoyé deux baisers par la poste, lui adressa par retour de courrier ce célèbre quatrain :

Quoi, deux baisers sur la fin de la vie !
Quel passeport vous daignez m’envoyer !
Deux, c’est trop d’un, adorable Égérie,
Je serai mort de plaisir au premier.

Cependant, le clan Choiseul ne désarmait pas. L'une de ses créatures, Pidansat de Mairobert, publia des Mémoires secrets à l'origine des attaques dont Madame du Barry fut dès lors constamment l'objet. Il diffusa ou suscita des chansons grivoises, des pamphlets injurieux et même des libelles pornographiques (tels L’Apprentissage d’une fille de modes ou L’Apothéose du roi Pétaud). Par la force des choses, Madame du Barry se trouva soutenue par le parti dévot, hostile à Choiseul. Pour avoir conclu le mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette, le Premier ministre se croyait intouchable.

Prévenue contre Madame du Barry dès son arrivée en France en 1770, la très jeune Dauphine, au caractère entier, lui voua d'emblée une vive antipathie[16]. Encouragée par le clan Choiseul et Mesdames, filles de Louis XV, elle la traita avec un mépris affiché, en refusant de lui adresser la parole, ce qui constituait une grave offense, indisposait le roi et jusqu'aux chancelleries, puisqu'il fallut que l'impératrice elle-même, mère de la Dauphine, imposât de Vienne à sa fille un comportement plus ... diplomatique. Sous l'influence de sa mère et de ses tuteurs, elle finit par lui adresser une phrase de neuf mots : « Il y a bien du monde aujourd'hui à Versailles. » à l'occasion du premier de l'an[17].

En 1771, à la suite d'humiliations répétées contre Madame du Barry — entre autres au théâtre du château de Fontainebleau — Louis XV décida le renvoi de Choiseul et le fit remplacer par le duc d’Aiguillon, ce qui accrut encore la rancœur de Marie-Antoinette.

Désormais consacrée compagne royale officielle, Madame du Barry organisa le mariage du comte de Provence (frère cadet du futur Louis XVI) avec Marie-Joséphine de Savoie.

Toutefois, pour racheter les péchés de son père (le dernier étant sa liaison déclarée avec Madame du Barry), la plus jeune fille de Louis XV, Madame Louise - mystique depuis l'enfance - entra au carmel de Saint-Denis le 10 octobre 1770 et y prononcera ses vœux le 12 septembre 1771.

Son mécénat[modifier | modifier le code]

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On a souvent affirmé que le rôle de Madame du Barry en matière artistique fut inférieur à celui de Madame de Pompadour. Pourtant Madame du Barry s'est intéressée aux arts[18]. Mais la brièveté de son "règne" (5 ans) ne lui a pas permis d'imprimer une marque comparable à celle de la précédente favorite.

Elle pratiquait le dessin avec talent. Elle a joué un rôle de mécène en encourageant l'artisanat d'art français. Elle inspira les plus grands artistes de son époque, dont le sculpteur Louis Boizot, directeur de la manufacture de Sèvres. Elle contribua aussi à l'essor du néo-classicisme en révélant l'architecte Claude Nicolas Ledoux, qui bâtit son pavillon de musique de Louveciennes, ou en passant des commandes aux peintres Joseph-Marie Vien, François-Hubert Drouais, Jean-Baptiste Greuze ou Jean-Honoré Fragonard[19], aux sculpteurs Félix Lecomte, Augustin Pajou ou Christophe-Gabriel Allegrain, et à d'autres encore. Ses collections de meubles et objets d'art furent somptueuses et donnèrent naissance aux plus belles créations du menuisier en sièges Louis Delanois, de l'ébéniste Martin Carlin ou du bronzier Pierre Gouthière. D'un goût très sûr, comme en témoignent ses collections décrites par Charles Vatel, Madame du Barry a, d'une certaine manière, inventé le style Louis XVI[20] : « Madame du Barry fut une courtisane, mais une courtisane amie des lettres, des artistes, et qui passa sur la terre en répandant libéralement autour d'elle l'or et les consolations ».

Par ailleurs, élégante et de goûts affirmés, Madame du Barry exerça une influence prépondérante sur la mode vestimentaire de son époque. Elle lança notamment la vogue des étoffes à rayures, qui durera dans toute l'Europe jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

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La mort de Louis XV - Son exil - Sa vie à Louveciennes[modifier | modifier le code]

Louveciennes, pavillon des Eaux devenu le château de Louveciennes où habitait Mme Du Barry et où une nuit de 1791 furent volés ses bijoux dans la commode de sa chambre.

Dès la mort de Louis XV (10 mai 1774), son petit-fils et successeur Louis XVI, probablement inspiré par Marie-Antoinette, fit délivrer une lettre de cachet contre Madame du Barry.

Le duc de La Vrillière, Louis Phélypeaux de Saint-Florentin, fut chargé de la faire conduire de nuit au couvent du Pont-aux-Dames, dans le diocèse de Meaux. Puis il fit saisir ses papiers, qui parvinrent en partie entre les mains du clan Choiseul. Certains furent utilisés pour publier une correspondance apocryphe mêlant le vrai et le faux, qui parut quelques années plus tard. Ainsi naquit la légende selon laquelle Madame du Barry serait sortie du lupanar de Marguerite Gourdan.

Madame du Barry en 1781, la beauté toujours reine par Elisabeth Vigée-Lebrun

Au bout d'un an, en avril 1775, la comtesse du Barry fut libérée.

Elle acquit une propriété à Saint-Vrain, où elle se sentit trop isolée. En octobre 1776, le comte de Maurepas obtint du roi qu'elle retournât au château de Louveciennes, dont Louis XV lui avait cédé l'usufruit en 1769 et où elle se plaisait beaucoup.

Elle y mena une vie paisible et heureuse, marquée par sa longue liaison avec Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac, comte puis duc de Cossé-Brissac, et agrémentée des visites de Madame Élisabeth Vigée Le Brun, qui devint son amie et laissa d'elle trois superbes portraits.

En 1777, Joseph II, empereur romain germanique, frère de la reine, de passage en France incognito sous le nom de comte de Falkenstein pour tenter entre autres de résoudre les problèmes conjugaux du jeune couple royal, n'avait pas hésité à venir saluer la comtesse, au grand dam de sa soeur. Une telle facétie ne lui déplaisait pas. On raconte que, l'ancienne favorite voulant lui céder le pas, la majesté Impériale l'aurait invitée à le devancer en lui disant  :

"Passez, madame, la beauté est toujours reine"...

L'année suivante, elle se rendit auprès de Voltaire âgé et malade, en hommage à un homme qu'elle admirait mais aussi à la philosophie des Lumières.

La Révolution - Sa fin tragique[modifier | modifier le code]

Portrait par Élisabeth Vigée-Lebrun, 1782, Washington, the Corcoran Gallery of Art.

En 1789, la comtesse du Barry offrit ses services à la cour. À l'heure du danger, quand beaucoup de courtisans s'enfuyaient à l'étranger, elle ne cessa de soutenir de l'intérieur la contre-révolution naissante. Cependant, son passé la rendait suspecte. C'est moins ce qui lui restait de fortune que son ancienne condition de maîtresse royale qui en firent une cible parfaite pour les révolutionnaires.

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1791, grâce à une échelle trouvée à proximité, des cambrioleurs venus de Paris s'introduisirent en son absence dans sa chambre du château de Louveciennes, fracturèrent sa commode et emportèrent diamants et bijoux précieux, dont la valeur actuelle est estimée à soixante millions d'euros. Ils furent retrouvés un mois plus tard à Londres, où elle fit quatre séjours successifs pour tenter - en vain - de les récupérer. En fait, ils se trouvaient entre les mains de l'espion Nathaniel Parker-Forth. Ce dernier les conserva jusqu'à leur vente chez Christie à son profit, quelques années après la mort de la comtesse.

Entre-temps, le duc de Cossé-Brissac est devenu commandant en chef de la garde constitutionnelle du roi mais ce corps, soupçonné de trop de fidélité à l'égard du monarque, est dissous le 29 mai 1792 par l'Assemblée législative et son commandant en chef emprisonné à Orléans avant d'être jugé à Paris par la Haute cour.

Le 10 août le Palais des Tuileries est pris d'assaut par des émeutiers et la famille royale incarcérée à la Tour du Temple. Les Massacres de septembre ensanglantent Paris et émeuvent la province.

Le 9 septembre, le convoi qui ramène à la capitale le duc et ses compagnons d'infortune passe par Versailles où les prisonniers, abandonnés à leur sort par leurs gardiens, sont massacrés par une bande d'égorgeurs. Les corps des suppliciés sont dépecés. La tête du duc est projetée par une fenêtre dans le salon de la comtesse du Barry.

Après l'exécution de Louis XVI (21 janvier 1793), à la veille de la déclaration de guerre avec la Grande-Bretagne, Madame du Barry revint précipitamment en France pour éviter l'apposition des scellés sur sa propriété de Louveciennes. Mais à cette époque, un séjour en Angleterre était assimilé à une aide aux émigrés et impliquait arrestation puis condamnation.

Madame du Barry fut dénoncée par George Greive, identifié plus tard comme un agent anglais en France. Cet individu, acharné à sa perte, semble avoir convoité ses papiers, et notamment sa correspondance avec Brissac, qui donnait de précieuses indications sur les efforts des royalistes de l'intérieur pour sauver la royauté. Il est possible que Greive ait vendu cette correspondance à son gouvernement.

Départ pour l'échafaud

Malgré une pétition signée en sa faveur par 59 habitants de Louveciennes, elle devint suspecte dès le vote de la loi de ce nom (17 septembre 1793). Déclarée ennemie de la Révolution, elle fut emprisonnée à Sainte-Pélagie le 22 septembre 1793. Son procès s'ouvrit le 6 décembre devant le Tribunal révolutionnaire. Dès le lendemain, après un jugement expéditif présidé par le redoutable Fouquier-Tinville, elle fut condamnée à la guillotine.

L'exécution eut lieu sur l'actuelle place de la Concorde le (18 frimaire An II du calendrier républicain).

Au dernier moment, Madame du Barry fit fiévreusement l'énumération de tous ses biens en espérant ainsi sauver sa vie, comme les autorités le lui auraient fait croire. On a affirmé que le courage l'abandonna[21]. Pourtant, elle avait montré, à plusieurs reprises, une indéniable fermeté face à la mort [22].

La certitude d'une erreur ou d'une trahison peuvent expliquer ses sentiments de panique et de désespoir. On dut la traîner jusqu'à l'échafaud. Elle se débattait, pleurait, implorait… Ses derniers mots - sans doute apocryphes - auraient été : Encore un instant, Monsieur le bourreau.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

La plupart des anecdotes sur Madame du Barry proviennent de l'esprit malveillant de ceux qu'elle avait gênés dans leurs ambitions, notamment Mathieu-François Pidansat de Mairobert, pamphlétaire virulent[23]. Elles émaillent les Mémoires secrets et semblent avoir été destinées à amuser ou indigner, mais n'ont aucune valeur historique.

Ainsi celle-ci, rapportée par Mathieu-François Pidansat de Mairobert : le surnom que Madame du Barry donnait à son royal amant était La France. Un beau matin de 1773, le roi, qui ne dédaignait pas de préparer lui-même son café, le laissa s'échapper, s’attirant alors cette apostrophe de la favorite : Hé, La France ! Ton café fout le camp !... ce qui était de très mauvais goût (voire une insolence envers la majesté royale) après la perte des colonies, en 1763, au terme de la guerre de Sept Ans. En fait, Madame du Barry s'adressait à son valet de pied, nommé La France à cause de sa région d'origine, l’Île-de-France[24].

En revanche, la correspondance de la dauphine Marie-Antoinette avec sa mère, ou celle de l'ambassadeur d'Autriche Mercy-Argenteau avec Marie-Thérèse d'Autriche, ne laisse aucun doute sur l'animosité[16] de Marie-Antoinette vis-à-vis de Madame du Barry, qui par contre manifesta toujours un grand respect à son égard : « C'est la plus sotte et impertinente créature qui soit imaginable », aurait ainsi écrit Marie-Antoinette à l'impératrice. Plus tard, ayant reçu le conseil de sa mère d'être un peu plus souple avec Madame du Barry, la croisant, elle avait bien voulu lui dire : Il y a bien du monde, aujourd'hui, à Versailles ![25]

Louis XV, tout de même inquiet du passé agité de sa nouvelle favorite, aurait demandé un jour au duc d'Ayen : Est-ce que je ne succède pas à Sainte-Foix ? Le duc lui aurait répondu : Oui Sire, comme votre Majesté succède à Pharamond[26]...

Vers 1892, le Musée de Cluny s'enrichissait d'un objet artistique sans pareil légué par un collectionneur, le docteur Molloy.

Ce bibelot est le tombeau d'un serin - Fifi - qu'aimait beaucoup Madame du Barry. Il se compose d'un socle droit supportant une pyramide. Il serait l'œuvre du sculpteur Clodion. Contre cette pyramide s'appuie une allégorie qui rappelle les circonstances dans lesquelles mourut l'oiseau : la cage ayant été ouverte, le serin s'envola et alla se briser le bec contre la fenêtre. Une inscription en vers, qu'on attribue à Dorat, rappelle cette fin tragique.

Fifi était né le 3 mai 1767. Il mourut le 7 avril 1772.

Dans son Dictionnaire des idées reçues (œuvre posthume publiée en 1913), Gustave Flaubert définit le mot gras en ces termes : Les personnes grasses n'ont pas besoin d'apprendre à nager. Font le désespoir des bourreaux parce qu'elles offrent des difficultés d'exécution. Ex : la Du Barry.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lettres originales de la comtesse Du Barry, Mathieu-François Pidansat de Mairobert, Londres, 1779[27].
  • Vie privée de Louis XIV, Barthélemy-François-Joseph Moufle d'Angerville, Londres, 1781.
  • Histoire de France : pendant le dix-huitième siècle, Charles Lacretelle, éd. Delaunay, 1819.
  • Madame du Barry, comédie en trois actes mêlée de couplets, Étienne Arago, Jacques-François Ancelot, 1831.
  • Histoire de la mort de madame Du Barry, extrait du journal La Nouvelle Minerve, éd. Société des sciences morales, des lettres et des arts de Seine-et-Oise, Versailles, 1859.[1].
  • Madame du Barry 1768-1793, M. Le Roi, éd. Société des sciences morales, des lettres et des arts de Seine-et-Oise, Versailles, 1859[28].
  • Nouvelles à la main sur la comtesse Du Barry trouvées dans les papiers du comte de ***, Émile Cantrel, Arsène Houssaye, éd. H. Plon, 1861.
  • La Femme au collier de velours, Alexandre Dumas, éd. Boucher, 1861.
  • "Mémoire des Sanson, mis en ordre, rédigés et publiés par Henry Sanson",tome3, Dupray de la Mahérie Editeur,Paris 1863.
  • La démagogie en 1793 à Paris, ou Histoire, jour par jour, de l'année 1793, Charles-Aimé Dauban, Edmond Eugène Valton, p.561, éd. Plon, 1868.
  • Histoire de madame du Barry, Charles Vatel, éd. L. Bernard, 1883.
  • La Du Barry : de lettres et documents inédits tirés de la Bibliothèque nationale, de la Bibliothèque de Versailles, des archives nationales, et de collections particulières, Edmond de Goncourt, Jules de Goncourt, éd. Bibliothèque Charpentier, 1903.
  • Madame Du Barry, Claude de Saint-André, préface de Pierre de Nolhac, éd. Tallandier, 1909.
  • Madame du Barry ou la fin d'une courtisane, Jacques Levron, éd. Berger-Levrault, 1961.
  • Madame du Barry, René de La Croix de Castries, éd. Hachette, 1967.
  • Madame du Barry, André Castelot, éd. Perrin, 1989.
  • Madame du Barry : De Versailles à Louveciennes (Collectif d'auteurs), catalogue de l'exposition présentée au Musée-promenade de Marly-le-Roi du 21 mars au 29 juin 1992, Paris, Flammarion, 1992.
  • Mademoiselle Chon du Barry, ou Les surprises du destin, Frédéric Lenormand, éd. Robert-Laffont, 1996.
  • La Bourbonnaise, Catherine Hermary-Vieille, éd. Albin Michel, 2001.
  • Madame du Barry, un nom de scandale, Jacques de Saint Victor, éd. Perrin, 2002.
  • Le Rêve de Zamor, Ève Ruggiéri, éd. Ferryane, 2004.
  • Zamor, le nègre de La du Barry, Gérard Saint-Loup, éd. L'Harmattan, 2006.
  • Madame du Barry, Jeanine Huas, éd. Tallandier, 2011.

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Blanc, Portraits de femmes, artistes et modèles à l'époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier Éditions, 2006 (tous les portraits connus de la comtesse du Barry dont 17 reproduits en noir ou en couleur).

Un portrait dit "Portrait de Marie-Jeanne Bécu Comtesse du Barry", peint par Jean-Baptiste Greuze vers 1771, se trouve à New-York (cf J.- B. Greuze, Catalogue d'exposition, musée de Dijon, 1977).

Musique classique[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Gastronomie[modifier | modifier le code]

Madame du Barry était gourmande (elle prendra rapidement de l'embonpoint), trait probablement hérité de ses aïeux maternels, qui exerçèrent des métiers de bouche. Son cuisinier, Louis Signot, créa pour elle une recette exquise de soupe veloutée au chou-fleur qui porte son nom, le potage Dubarry.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ce patronyme du nord de la France proviendrait soit de becuwe (surnom flamand de la bécasse), soit de bec, dont les métaphores sont nombreuses (individu bavard, glouton, buveur, querelleur, ou au profil aquilin).
  2. parmi lesquels Charles (1er mai 1698 à Vaucouleurs - 8 janvier 1773 à Lunéville), Nicolas (5 octobre 1705 à Vaucouleurs - 14 mai 1766 à Versailles), Hélène (née le 15 avril 1708 à Vaucouleurs, d'une grande beauté) et Jean ; tous furent domestiques dans des familles éminentes de la noblesse ou de la haute finance.
  3. Anne Bécu mourra à Villiers-sur-Orge le 20 octobre 1788, sincèrement pleurée par sa fille.
  4. l'hôtel de ville de Vaucouleurs occupe actuellement son emplacement.
  5. le prénom de Jeanne serait alors à mettre en rapport avec Jean-Baptiste ; il prendrait un tout autre sens que l'hommage (non prouvé) à " La pucelle" Jeanne d'Arc avancé par certains historiens.
  6. par la suite, la profession de sa mère vaudra à Madame du Barry un flot de plaisanteries malveillantes.
  7. il se fera appeler par la suite Rançon de Montrabé.
  8. Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments de Félix et Louis Lazare, éditions Maisonneuve & Larose, 1855, p.246.
  9. la graphie de Madame du Barry était fine et élégante ; par contre son orthographe était assez fantaisiste - comme, du reste, celle de bien de ses contemporains.
  10. elle gardera le goût de lire, ce qui suscitera l'admiration de Louis XV, qui la déclarera digne d'être bibliothécaire de Versailles.
  11. il semble qu'elle savait jouer du clavecin.
  12. elle avait un don particulier pour cet art, qu'elle pratiquera assidûment.
  13. toute sa vie, Madame du Barry mettra activement en pratique les préceptes de la religion en se montrant d'une constante charité. Elle entendait la messe presque chaque matin, pardonnera les offenses de ses ennemis et ne cessera de secourir les nécessiteux.
  14. elle était grande, blonde, aux yeux bleus. Son visage, aux traits parfaits, avait une expression à la fois mutine et angélique. Les comtemporains ont comparé son teint à un pétale de rose tombé dans du lait.
  15. il convient de souligner que Louis XV et Madame du Barry se furent mutuellement fidèles durant toute leur liaison. L'attachement de Louis XV fut indubitable. On connaît son agacement face aux querelles d'étiquette des arrogantes marquises et duchesses de sa cour... La fraîcheur d'esprit de Madame du Barry, sa gaieté, sa simplicité, sa gentillesse foncière et ses talents dans les jeux de l'amour surent séduire le roi vieillissant et le réconforter.
  16. a et b cette haine presque viscérale pourrait s'expliquer par le ressentiment d'une princesse, dont le mariage ne fut consommé qu'au bout de 7 ans, à l'encontre d'une courtisane qui, depuis longtemps, n'ignorait aucun des plaisirs de la chair.
  17. Marie-Antoinette, Stefan Zweig, p.72, éd. Grasset, 1932.
  18. une exposition, organisée à Marly en 1992, lui a rendu hommage.
  19. en 1774, ne les jugeant pas à son goût, Madame du Barry refusa quatre panneaux peints qu'elle avait commandés à Fragonard pour son salon de Louveciennes. Pourtant, ces créations comptent parmi les plus audacieuses de l'artiste.
  20. Mémoires du duc de Lauzun (1747-1783), Armand-Louis de Gontaut Biron, Louis Lacour, Louis de La Cour de La Pijardière, éd. Poulet-Malassis et de Broise, 1858.
  21. Histoire de la révolution et de l'empire, Amédée Gabourd, p.40, éd. Lecoffre, 1859.
  22. par exemple en soignant, au péril de sa vie et avec dévouement, Louis XV atteint de la variole, maladie très contagieuse qui l'emportera après une épouvantable agonie.
  23. il publie anonymement à Londres en 1776 ses Anecdotes sur la comtesse du Barry.
  24. Jean-Claude Bologne, Qui m’aime me suive, dictionnaire commenté des allusions historiques, éditions Larousse, 2007.
  25. Madame du Barry fut ravie de ces paroles, souvent considérées comme banales mais dont il faut toutefois souligner l'ambivalance : bien du monde pouvait faire allusion, de façon ironique, au passé trouble de la favorite.
  26. anecdote rapportée par Jacques Levron, dans Louis XV - L'homme et le roi (Librairie académique Perrin, 1965 ; page 393). Souverain mérovingien mythique, Pharamond était considéré, sous l' Ancien Régime, comme l'ancêtre de tous les rois de France.
  27. les Lettres originales de la comtesse Du Barry, de Mathieu-François Pidansat de Mairobert (Londres - 1779), comme les Mémoires de Madame du Barry, par Élisabeth Brossin de Méré, sont sujettes à caution.
  28. d'après deux cartons d'archives de la préfecture de Seine-et-Oise.

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