Jean-Sifrein Maury

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Jean-Sifrein Maury
image illustrative de l’article Jean-Sifrein Maury
Biographie
Naissance
Valréas (États pontificaux)
Ordination sacerdotale par le
card. Paul d’Albert de Luynes
Décès
Rome (Italie)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
par le
pape Pie VI
Titre cardinalice Cardinal-prêtre
de la Trinité-des-Monts
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale par le
card. Francesco de Zelada
Fonctions épiscopales Archevêque de Montefiascone (Italie)
Archevêque de Paris (France)

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Jean-Sifrein (ou Siffrein) Maury, né à Valréas (États pontificaux) le et mort à Rome (Italie) le , est un écrivain et ecclésiastique français, cardinal et archevêque de Paris (non reconnu par Rome).

Biographie[modifier | modifier le code]

Des débuts remarqués[modifier | modifier le code]

Fils d'un cordonnier pauvre, Jean-Siffrein Maury montre très jeune de grandes dispositions intellectuelles et est admis au séminaire Saint-Charles à Avignon. Âgé de vingt ans, il vient chercher fortune à Paris et publie un Éloge funèbre de Monseigneur le Dauphin (), (en hommage au dauphin Louis mort prématurément le ) et un Éloge du roi Stanislas le Bienfaisant (), en hommage au beau-père de Louis XV, Stanislas Leszczyński, qui vient de mourir. L'année suivante, il est nommé sous-diacre à Meaux et concourt aux prix de l'Académie française avec un Éloge de Charles V, roi de France () et un Discours sur les avantages de la paix, mais il n'obtient que les félicitations. En , son Éloge de Fénelon est récompensé d’un accessit.

Carrière ecclésiastique[modifier | modifier le code]

Il est ordonné prêtre en et nommé, en , chanoine et official de l'évêque de Lombez. La même année, il prononce devant l'Académie un Panégyrique de Saint Louis et en , un Panégyrique de Saint Augustin devant l'assemblée du clergé de France. Ces discours établissent sa réputation et il est appelé à prêcher à Versailles devant le roi. En , il publie son Essai sur l'éloquence de la chaire[1], ouvrage devenu un classique sur le sujet.

En , il est nommé prieur de Lihons au diocèse de Noyon. Il entre à l'Académie française le . La même année, il prononce son discours religieux le plus remarqué, le Panégyrique de Saint Vincent de Paul.

Adversaire déclaré de la Révolution[modifier | modifier le code]

« Danse aristocrate. Il ne sait sur quel pied danser. »
Caricature anonyme de 1790 montrant le cardinal Maury sur une corde raide tenue par le diable habillé en bouffon, encouragé à gauche par deux aristocrates et harcelé à droite par deux membres du tiers état.

Il est élu député du clergé aux États généraux de 1789 pour le bailliage de Péronne, dans le ressort duquel se situe son prieuré. Il défend les intérêts du clergé et de la noblesse et s'oppose à Mirabeau, élu du tiers état. Il lutte contre l'émancipation des Juifs en 1789 et 1790. Il proteste notamment contre la Constitution civile du clergé et défend l'autorité pontificale.

Quand l'Assemblée constituante est dissoute, il émigre à Coblence, puis à Rome. Le , il y est sacré archevêque in partibus de Nicée et nommé ambassadeur de la Cour de Rome à Francfort-sur-le-Main pendant l'élection impériale. En , il reçoit le chapeau de cardinal et est nommé évêque titulaire des diocèses réunis de Montefiascone et de Corneto. Il joue un rôle important pendant le conclave de 1799-1800 en proposant l'élection du futur Pie VII.

Le ralliement à l'Empire[modifier | modifier le code]

Il se rallie à l'Empire, est nommé sénateur (), aumônier du roi de Westphalie, membre de l'Académie française (1806), comte de l'Empire () avant d'accepter en l'archevêché de Paris, malgré l'opposition de Pie VII, alors prisonnier à Savone (Italie), qui lui écrit pour lui défendre formellement d'accepter ce siège et lui intimer l'ordre de le quitter immédiatement, sous peine des plus graves sanctions canoniques :

« Vous ne rougissez pas de prendre parti contre Nous, dans une lutte que Nous ne soutenons que pour défendre la dignité de l'Église. Est-ce ainsi que vous faites assez peu de cas de Notre autorité pour oser, en quelque sorte, par cet acte public, prononcer contre Nous, à qui vous deviez obéissance et fidélité ? (...) Quittez donc sur-le-champ cette administration. Nous vous l'ordonnons, afin que Nous ne soyons pas forcé de procéder, malgré Nous, et avec le plus grand regret, conformément aux saints canons »[2].

Malgré cette menace canonique, il continua de soutenir activement Napoléon Ier dans ses mandements et ses sermons tant que dura le régime.

Le jugement canonique, l'incarcération et l'amnistie[modifier | modifier le code]

À la Restauration, on lui fait payer durement son ralliement à l'empire napoléonien.

À la chute de l'empire, repoussé par le roi, la noblesse et le clergé, Maury est déposé par le chapitre de Paris comme "archevêque intrus", exclu de l'Académie française et exilé. Il retourne en 1814 à Rome, où le pape Pie VII refuse de le recevoir en audience, lui interdit de porter la pourpre cardinalice et le fait incarcérer six mois durant à la prison du château Saint-Ange. Son procès est ensuite instruit par une commission canonique de dix cardinaux, au terme duquel il est condamné à la réclusion dans le couvent des lazaristes de San Silvestro del Quirinale, à Rome, en châtiment de sa longue désobéissance. Mais en 1815, le cardinal Consalvi, secrétaire d'État, fait cesser (sans doute sur instruction secrète du Pape) toutes les procédures canoniques et judiciaires contre Maury. Bientôt le Pape, toujours magnanime et animé d'un profond esprit de paix, tourne la page, lui accorde l'amnistie, lui rend sa grâce et l'autorise à reporter la pourpre cardinalice. Mais à Paris, le roi Louis XVIII ne lui pardonne pas et lui interdit de jamais revenir à France. Le cardinal, menant une vie très solitaire, décède en . Louis XVIII interdit qu'il soit inhumé dans l'église de l'église de la Trinité-des-Monts, l'église nationale de la France à Rome. Le pape Pie VII ordonne alors qu'il soit inhumé devant le maître-autel de la Chiesa Nuova, où il repose toujours.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b icône Commons Pierre Larousse, « Éloquence de la chaire (essai sur l’) », Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, vol. 7e, (lire en ligne), p. 387
  2. « Au vénérable Frère le cardinal Jean Maury, évêque de Montefiascone et Corneto, à Paris.

    Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.
    Il y a cinq jours que Nous avons reçu la lettre par laquelle vous Nous apprenez votre nomination à l'archevêché de Paris, et votre installation dans le gouvernement de ce diocèse. Cette nouvelle a mis le comble à Nos afflictions et Nous pénètre d'un sentiment de douleur que Nous avons peine à contenir, et qu'il est impossible de vous exprimer. Vous étiez parfaitement instruit de Notre lettre au cardinal Caprara, pour lors archevêque à Milan, dans laquelle Nous avons exposé les motifs puissants qui Nous faisaient un devoir, dans l'état présent des choses, de refuser l'institution canonique aux évêques nommés par l'empereur.
    Vous ne rougissez pas de prendre parti contre Nous dans une lutte que Nous ne soutenons que pour défendre la dignité de l'Église. Est-ce ainsi que vous faites assez peu de cas de Notre autorité pour oser, en quelque sorte, par cet acte public, prononcer contre Nous, à qui vous deviez obéissance et fidélité ? Mais ce qui Nous afflige encore davantage, c'est de voir qu'après avoir mendié près d'un chapitre l'administration d'un archevêché, vous vous soyez, de votre propre autorité, et sans Nous consulter, chargé du gouvernement d'une autre Église, bien loin d'imiter le bel exemple du cardinal Joseph Fesch, archevêque de Lyon, lequel, ayant été nommé avant vous au même archevêché de Paris, a cru si sagement devoir absolument s'interdire toute l'administration spirituelle de cette Église, malgré l'invitation du chapitre.
    Où veut-on en venir ? On veut introduire dans l'Église un usage aussi nouveau que dangereux, au moyen duquel la puissance civile puisse insensiblement parvenir à n'établir, pour l'administration des sièges vacants, que les sujets qu'il lui plaira. Et qui ne voit évidemment que c'est non seulement nuire à la liberté de l'Église, mais encore ouvrir la porte au schisme et aux élections invalides ?
    Quittez donc sur-le-champ cette administration ; non seulement Nous vous l'ordonnons, mais Nous vous en prions, Nous vous en conjurons, pressé par la charité paternelle que Nous avons pour vous, afin que Nous ne soyons pas forcé de procéder, malgré Nous, et avec le plus grand regret, conformément aux saints canons. »

    — Donné à Savone, le . (in Félix Dupanloup, Réponse de Mgr l'évêque d'Orléans à M. le baron Molroguier, Ch. Douniol, , 16 p. (lire en ligne)).)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]