Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Malesherbes.

Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes

Description de l'image  Chretien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes.jpg.
Naissance
Paris
Décès (à 72 ans)
Paris
Nationalité Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Profession Juriste et homme d’État
Ascendants
fils de Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil, Premier président de la Cour des aides

Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, né le 6 décembre 1721 à Paris, où il a été guillotiné le 22 avril 1794, est un magistrat, botaniste et homme d’État français, particulièrement connu pour le soutien qu'il apporta, en tant que chef de la censure royale, à la publication de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Il fut un des défenseurs de Louis XVI à son procès.

Le magistrat[modifier | modifier le code]

Issu d’une importante famille de la noblesse de robe parisienne, apparentée à la maison de Nicolaï par sa tante paternelle, fils de Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil, il est nommé substitut du procureur général du parlement de Paris en 1741. Il est successivement conseiller en 1744, premier président de la cour des aides de Paris et directeur de la Librairie en 1750, c’est-à-dire responsable de la censure royale sur les imprimés, poste dont il se sert pour soutenir l'Encyclopédie. Ainsi, lorsque le privilège des éditeurs de l'Encyclopédie est révoqué et que le parlement ordonne la saisie des papiers de Diderot, Lamoignon de Malesherbes le fait avertir secrètement. Diderot, consterné, courut chez lui. « Que devenir ? s’écriait-il ; comment, en vingt-quatre heures, déménager tous mes manuscrits ? Je n’ai pas le temps d’en faire le triage. Et surtout où trouver des gens qui veuillent s’en charger et qui le puissent avec sûreté ? — Envoyez-les tous chez moi, répondit M. de Malesherbes, on ne viendra pas les y chercher[1]. ».

En 1771, le triumvirat de Maupeou prend le pouvoir et supprime les parlements. Par solidarité avec ses collègues, Malesherbes rédige ses fameuses Remontrances qu’il diffuse clandestinement. Il reçoit alors, avec Jacques Charpentier de Boisgibault, une lettre de cachet qui l’exile dans son château, à soixante-dix kilomètres au sud de Paris. En matière économique, il partage les vues de Vincent de Gournay et de Turgot.

Après la mort de Louis XV, il est secrétaire d’État à la Maison du roi. Son entrée au ministère, avec celle de Turgot, suscite l’enthousiasme dans l’opinion libérale. Julie de Lespinasse écrit à un ami : « Oh, pour le coup, soyez assuré que le bien se fera et qu’il “se fera bien”, parce que ce sont les lumières qui dirigeront la vertu et l’amour du bien public. Jamais, non jamais, deux hommes plus vertueux, plus désintéressés, plus actifs, n’ont été réunis et animés plus fortement d’un intérêt plus grand et plus élevé. Vous le verrez, leur ministère laissera une profonde trace dans l’esprit des hommes. […] Oh ! Le mauvais temps pour les fripons et les courtisans[2] ! ». Et son ami Gabriel-Henri Gaillard dira de lui : « Il était l’amour et les délices de la nation[3]. »

Mais les désillusions sont rapides. Aussi Malesherbes tente-t-il en vain d’abolir le système des lettres de cachet. Il démissionne l’année suivante, lors du renvoi de son ami Turgot.

De 1787 à 1788, il est membre du Conseil d’En-haut. Il propose des réformes mais il n’est pas écouté. À l'instigation de Louis XVI, il publie cependant en 1785 un Mémoire sur le mariage des protestants, puis fait adopter en 1787 l'édit de Versailles (ou édit de tolérance)[4] qui organise l’état civil des non-catholiques, initiant ainsi un début de reconnaissance de la pluralité des confessions.

Il avait épousé Mlle Grimod de la Reynière qui lui donna deux filles, Pauline et Antoinette-Thérèse-Marguerite ; cette dernière épousera Louis Le Peletier de Rosanbo. Une de leurs filles épousera le frère de François-René de Chateaubriand, une autre sera la mère de Tocqueville.

Château de Malesherbes

Le botaniste[modifier | modifier le code]

Malesherbes était passionné de botanique. À l’âge de 24 ans, il suit les cours de botanique de Jussieu. C’est dans son château de Malesherbes, dans le département du Loiret, qu’il organise ses plantations. Il entretient à leur sujet une correspondance avec Jean-Jacques Rousseau et Thomas Jefferson, échange des plantes et prend conseil auprès de son voisin de campagne, le grand agronome Duhamel du Monceau. Il profite de la position de son neveu César Henri de La Luzerne, gouverneur des Îles Sous-le-Vent, pour se faire envoyer des graines.

Sous le pseudonyme de « Monsieur Guillaume », il se plaît à parcourir la France incognito, ainsi que la Hollande et la Suisse. Il en rapporte une moisson d’observations, aussi bien sur l’agriculture que sur l’industrie des régions traversées et, naturellement, des plantes pour ses collections.

Il est très critique envers le comte de Buffon et s'oppose ouvertement à sa Théorie de la Terre.

Il est élu membre de l’Académie des sciences en 1750, de l’Académie des inscriptions en 1759, et de l’Académie française en 1775.

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

Monument de Rheinsberg.
Article détaillé : Procès de Louis XVI.

En 1792, il rend visite à sa fille émigrée à Lausanne, mais revient vite en France, pourtant sans illusion sur la Révolution. Par fidélité au roi qui pourtant ne l’aimait guère, il se porte volontaire pour prendre sa défense à son procès et écrit au président de la Convention : « J’ignore si la Convention nationale donnera à Louis XVI un conseil pour le défendre, et si elle lui en laissera le choix. Dans ce cas-là je désire que Louis XVI sache que, s’il me choisit pour cette fonction, je suis prêt à m’y dévouer »[5].

Louis XVI répondit : « Votre sacrifice est d’autant plus généreux que vous exposez votre vie et que vous ne sauverez pas la mienne »[6]. Malesherbes fit partie de la délégation chargée de notifier le verdict au condamné, le 20 janvier 1793, en compagnie de Dominique Joseph Garat, ministre de la justice, et de Jacques-René Hébert, substitut du procureur de la Commune,

Plus tard dans la même année, le prince Henri de Prusse fait élever un monument à Malesherbes à Rheinsberg, avec cette inscription rédigée par Stanislas de Boufflers :

« Il vieillissoit tranquille au milieu de l'orage,
Distrait de ses malheurs par ceux de son pays,
Tout-à-coup il s'élève, & son pieux courage
Ose offrir une égide aux vertus de Louis.
Ce n'est plus pour son Roi qu'il ſignale ſon zèle;
Mais il connoît le cœur de ce Roi malheureux ;
C'est l'homme qu'il défend, & de sujet fidèle
Il en devient ami généreux[7]. »

On se souvient de lui en pleine Terreur et, au mois de décembre 1793, il est arrêté avec toute sa famille, à Malesherbes.

Il est ramené à Paris et incarcéré avec sa famille pour « conspiration avec les émigrés ».

Son gendre Louis Le Peletier de Rosanbo est guillotiné le 21 avril 1794. Le lendemain, sa fille Antoinette, sa petite-fille Aline et son mari Jean-Baptiste de Chateaubriand, et deux de ses secrétaires sont exécutés avec lui. Le 10 mai, sa sœur aînée Anne-Nicole, comtesse de Sénozan, 76 ans, est exécutée dans la même "fournée" que Madame Elisabeth, la sœur du roi.

En sortant de prison pour monter dans la sinistre charrette, son pied heurte une pierre et lui fait faire un faux pas. « Voilà, dit-il en souriant tristement, un mauvais présage ; à ma place, un Romain serait rentré »[8].

Écrits de Malesherbes[modifier | modifier le code]

Même si la distinction est ténue et parfois discutable, on distingue ci-après les textes écrits par Malesherbes dans le cadre d'une fonction officielle – ministérielle, par exemple – des écrits personnels.

Textes officiels[modifier | modifier le code]

Il s'agit des textes rédigés par Malesherbes dans l'exercice de ses fonctions.

  • Malesherbes à Louis XVI ou Les Avertissements de Cassandre : mémoires inédits (1787-1788) édités par Valérie André, Tallandier, 2011, (ISBN 978-2847347081).
  • Les Remontrances de Malesherbes (1771-1775), éd. par Élisabeth Badinter, Tallandier, 2008.
  • Anonyme [i.e. M. Auger], Mémoires pour servir à l'histoire du droit public de la France en matière d'impôts ou Recueil sur ce qui s'est passé de plus intéressant à la Cour des aides depuis 1756 jusqu'au mois de juin 1775, Bruxelles [i.e. Paris], [S.n.], 1779, avec un supplément de 10 pages. Cet ouvrage, imprimé avec permission tacite, est resté hors commerce. Certains textes ne sont pas de Malesherbes[9].

Autres textes[modifier | modifier le code]

  • Sur la nécessité de diminuer les dépenses
  • Introduction à la botanique[10], 1783, inédit, manuscrits de la Bibliothèque de l'Institut de France, coll. Benjamin Delessert, Ms 997.
  • Mémoire sur les moyens d’accélérer les progrès de l’économie rurale en France, [lu à la Société royale d’agriculture], Paris, Impr. de Ph.-D. Pierres, 1790, 88 p. Disponible dans Gallica.
  • Idées d’un agriculteur patriote sur le défrichement des terres incultes, sèches et maigres, connues sous le nom de landes, garrigues, gâtines, friches…, Paris, Impr. de Vve Hérissant, 1791, 18 p.
  • Mémoire sur la Librairie.
  • Mémoire sur la liberté de la presse.
  • Voyage en Angleterre, édition présentée, établie et annotée par Michèle Crogiez Labarthe, Paris, Desjonquères, Paris, 2009, ISBN 978-2-84321-114-0, 222 p.

Correspondance[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Les papiers personnels de Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes et de son père Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil sont conservés aux Archives nationales sous la cote 263AP[11]. ils sont consultables sous forme de microfilms.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Guizot, L’Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789, 1876, t. V, chap. LV, p. 269.
  2. Lettre à Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert, 6 juillet 1775, in Lettres de Melle de Lespinasse, édition Charpentier, 1876, p. 214.
  3. Cité par Tyrtée Tastet, Histoire des quarante fauteuils de l’Académie française depuis la fondation jusqu’à nos jours, 1635-1855, vol. III, 1855, p. 483.
  4. Édit de Versailles (7 novembre 1787).
  5. Lettre du 11 décembre 1792. Cité par Tyrtée Tastet, op. cit., p. 487.
  6. Ordre des avocats à la cour d’appel de Rennes.
  7. Journal littéraire de Lausanne, janvier 1794, no 1, [lire en ligne], p. 279.
  8. Lettre du 11 décembre 1792. Cité par Tyrtée Tastet, op. cit., p. 488.
  9. A. A. Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, Barrois l'ainé, 1823, vol. 2, p. 397, no 11759.
  10. Titre complet dans la base Calames : Introduction à la botanique, composée par M. de Malesherbes pour Madame de Senozan, sa sœur, et que cette dame a donné (sic) à Hell, grand bailli de Landzer en Haute-Alsace, le 10 8bre 1783.
  11. Archives nationales

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :


Précédé par Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes Suivi par
Nicolas-François Dupré de Saint-Maur
Fauteuil 38 de l’Académie française
1775-1794
François Andrieux