Jean-François Varlet
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Jean-François Varlet, né à Paris le et mort à Corbeil le [1], est un révolutionnaire français, figure controversée du mouvement populaire. Dans divers écrits publiés en 1792 et 1793, il se fait le partisan du mandat impératif et, plus largement, de la démocratie directe, de la redistribution des propriétés ainsi que d'une défense incessante des intérêts des plus faibles et des plus insignifiants parmi les gouvernés. Une vision semi-mystique de la révolution démocratique et un comportement parfois erratique aux yeux de ses contemporains le conduisent à être incarcéré à cinq reprises entre 1791 et 1795. Aux côtés de Jacques Roux et de quelques autres, il se classe dans le parti des Enragés et, au-delà, incarne la permanence du mouvement sans-culotte de 1789 à 1795, dont il perpétue le souvenir jusqu'à sa mort.
Biographie
[modifier | modifier le code]Né dans une famille de la petite bourgeoisie, Jean-François Varlet fait ses études au collège d'Harcourt[2] Le collège de Laharpe et Talleyrand, où, selon ses dires, son précepteur lui avait prédit qu'il serait « tout bon ou tout diable », peut-être en référence à ses talents indéniables et à une instabilité mentale frôlant la folie, que même Varlet, devenu vieux, était prêt à admettre[3].
Après avoir obtenu son diplôme en 1789, il trouve un emploi à La Poste qu'il abandonne rapidement se trouvant sans difficulté financière. Il accueille avec enthousiasme la Révolution et rédige des chansons patriotiques et des libelles. Avant la fin de l'année 1791, Varlet entame une carrière d'agitateur de rue. Ses « tribunes » préférées étaient les jardins du Palais Royal, où il harangue le peuple et, après le 10 août 1792, la Terrasse des Feuillants, une partie des jardins des Tuileries. Des descriptions de l'époque le dépeignent en tenue de sans-culotte, coiffé d'un bonnet rouge et une pique à la main, précédé d'un « porte-étendard » crasseux. Quatre autres acolytes portaient une tribune mobile en bois de pin recouverte de draperies rouges et portant l'inscription « Apôtre de la liberté »[4].
Deux jours avant le « massacre du Champ-de-Mars », Varlet est l'un des six délégués du Club des Cordeliers à faire pression, sans succès, sur l'Assemblée législative pour demander un plébiscite sur la destitution de Louis XVI. Il signe toutes les pétitions, notamment celle du Champ-de-Mars, le . Après la fuite à Varennes, il devient républicain et porte des pétitions contre « le roi parjure »[5]. Cet activisme forcené lui vaut sa première incarcération. On ignore combien de temps il fut détenu et quand il fut libéré. Cependant sa notoriété s'étendit non seulement à sa section des Droits de l'Homme, mais aussi parmi les Jacobins, les Cordeliers, les représentants de la Commune et les citoyens ordinaires.
En avril 1792, il se retrouva de nouveau au milieu de la tourmente avec un pamphlet dans lequel il critiquait ouvertement les supposés ambitions dictatoriales du général Lafayette. Il dénonçait également son « armée privée », la Garde nationale, pour ses tendances antidémocratiques, et s'en prenait au maintien du droit de veto royal. Le 29 mai, il fut arrêté et brièvement détenu par la Garde nationale de Paris pour avoir affiché une pancarte qualifiant Lafayette de « scélérat et traître »[6]. Le 20 juin 1792, il porte à l’Assemblée la pétition qui demande la ratification des décrets sur l’exil des prêtres réfractaires et la constitution d’un camp armé pour protéger la capitale.
Sa témérité lui valut d'être réprimandé par les membres du club pour les avoir compromis de manière aussi irréfléchie ; beaucoup le considéraient comme un fou irresponsable. Au cours de l'été 1792, les membres semblent avoir perdu toute patience et il fut réduit au silence à plusieurs reprises lorsqu'il tenta d'intervenir. Varlet ne se laissa toutefois pas intimider et déclara qu'une caste supérieure avait pris le contrôle des Jacobins. Sous la houlette d'un groupe de députés puissants, elle avait réussi à transformer la société en un cercle de discussion, pervertissant ainsi sa véritable fonction de porte-parole de l'opinion démocratique[7].
Le , il est arrêté avec Jacques-René Hébert, mais libéré triomphalement trois jours plus tard et prépare alors l’insurrection du et du . C'est grâce à sa réputation qu'il fut élu au Comité des Neuf et qu'il signa, en l'absence temporaire de Dobsen, l'ordre de lancer l'insurrection du 31 mai[2].
L'avènement de la République ne le satisfait toutefois pas et, après la trahison de Dumouriez, il tente, avec quelques militants, d'organiser un coup d'État contre la Convention dirigée par les Girondins. Cette tentative du 10 mars 1793 fut toutefois avortée. Ne parvenant pas à convaincre la Commune de le suivre, Varlet l'accusa d'être « infectée par l'aristocratie ». Chaumette et Hébert accusèrent alors Varlet et ses acolytes d'être liés à la Prusse et à la Grande-Bretagne[5].
Le Conseil général le condamne pour « intrigue » et en , le Comité de sûreté générale ordonne son arrestation et la mise sous scellés de ses papiers. On y trouva des écrits émanant de lui et respirant le patriotisme le plus pur, entre autres un Recueil de réflexions patriotiquesdes Mesures suprêmes de salut public proposées aux citoyens du Département de Paris le 31 mai. Le 13 novembre 1793, le conseil général de la commune délégua Hébert et Bernard pour demander sa libération. Après enquête, le Comité révolutionnaire reconnut Varlet comme un « véritable républicain » et insista pour sa remise en liberté, accordée le par le Comité de sûreté générale[8].
En 1794, il écrit dans la brochure Gare l'explosion :
« [...] périsse le gouvernement révolutionnaire plutôt qu’un principe ! Et j’avance ferme, frappant à bras raccourci sur les dominateurs. Quelle monstruosité sociale, quel chef-d’œuvre de machiavélisme, que ce gouvernement révolutionnaire ! Pour tout être qui raisonne, gouvernement et révolution sont incompatibles, à moins que le peuple ne veuille constituer ses fondés de pouvoirs en permanence d’insurrection contre lui-même, ce qu’il est absurde de croire[9],[10]. »
Cependant, le 30 août 1794, Varlet fut dénoncé pour avoir exprimé des critiques contre le gouvernement révolutionnaire, notamment en qualifiant de coupables tous les conventionnels dénoncés par Lecointre. Par arrêté du 5 septembre 1794, il fut incarcéré au Plessis. Le 10 mars 1795, Varlet adressa une pétition aux représentants du peuple, demandant à être jugé et prêt à accepter la mort, déclarant qu’il ne la craignait ni ne la défiait. En avril 1795, il fut transféré à la prison de la Force, puis, en juin 1795, le Comité de sûreté générale décida de l’envoyer, avec d’autres agitateurs, aux cabanons de Bicêtre, en attendant de trouver des lieux de détention sûrs. Varlet fut libéré avec d'autres prisonniers politiques en novembre 1795[8]lors de l'amnistie générale déclarée par la Convention en octobre.
À partir de novembre 1795, les informations sur Varlet se font de plus en plus rares. Son nom figure sur une liste de partisans présumés lors de la « conspiration des Égaux » de Babeuf, en mai 1796. Parmi les chefs de la conspiration figuraient les anciens associés de Varlet au Club électoral : Bodson, Philippe et, bien sûr, Babeuf lui-même, ainsi que d'autres « babouvistes » que Varlet avait rencontrés en prison, notamment Germain et Brutus Magnier[11]. En 1797, il se retire à Pailly (Yonne), mais il est présent la même année à Paris lors des obsèques de son ami François Vincent Legray[12]. Le dernier regroupement des Jacobins, en été 1799, ramena brièvement Varlet sous les lumières lors des réunions de la Société du Manège, éphémère club néo-jacobin de l'an VII[13].
En 1813, alors qu'il était, selon le préfet de police de Paris, sans le sou, misérable et « nullement dangereux », il vivait à Meaux[11]. Peu après, peut-être pendant les Cent-Jours de 1815, Varlet, comme tant d'autres anciens révolutionnaires, se rallia à Napoléon, mariant les idéaux de 1789 au souvenir patriotique de l'Empire. Ses sympathies bonapartistes furent réaffirmées plus tard dans un tract publié en 1831. Sous la monarchie de Juillet, après avoir salué la chute de Charles X, Varlet est le seul des Enragés à avoir survécu à la Restauration. On le retrouve à Nantes, où il cherche sans succès à obtenir des soutiens pour un journal qu'il propose de diriger, et où il publie une dernière série d'articles sans lendemain où il fait revivre son passé d'agitateur de 1789. Il apparaît comme un personnage excentrique qui passe ses journées dans les cafés de Nantes à écrire ou à lire. Il participe à la fondation d'une Société des droits de l’homme, après un séjour parisien. A partir de 1834, il est désigné par les autorités comme le chef de la section nantaise de cette société politique[14]. Il rédige des pamphlets destinés aux prolétaires acquis aux idées révolutionnaires. La section nantaise, composée principalement d’ouvriers, s’était particulièrement développée parmi les tailleurs mais dès 1834, elle est presque réduite au silence par la répression. En juin 1836, Varlet quitte Nantes pour s’installer à Corbeil, en Seine-et-Oise. Déjà connu de réputation, il est placé sous une étroite mais brève surveillance policière car il meurt par submersion accidentelle le [1].
Publications
[modifier | modifier le code]De 1789 à 1795, il rédige quatorze ou quinze pamphlets, allant de prospectus éphémères à un ouvrage de cinquante-huit pages, ainsi que de nombreuses autres pétitions et allocutions publiques. Pas moins de cinq de ces pamphlets ont été publiés depuis la prison. L'auteur a diffusé ces ouvrages à 5 000 exemplaires aux frais de l'auteur, ce qui a contribué sans aucun doute à l'appauvrissement progressif dont il souffrit pendant la Révolution.
- Projet d’une caisse patriotique et parisienne, 1789
- Pot pourri national, 1791.
- Déclaration solennelle des droits de l’homme dans l’état social, 1793
- Aux Mânes de Marat, 1794
- Gare l’explosion, 1794
- Le panthéon français, 1795
- Vœux formés par des Français libres, 1785 - 1795
- Vœux formés par des Français libres, ou Pétition manifeste d’une partie du souverain à ses délégués pour être signée sur l’autel de la patrie et présenté [sic le jour où le peuple se lèvera en masse pour résister à l’oppression avec les seules armes de la raison]
- L'Etoile polaire de la Marine française, Paris, 1830.
- Le Phenix, le hibou, et les oiseaux de proie, fable nouvelle et inédite dédiée à messieurs les membres de la Légion d’honneur, Nantes, 1831.
- Magnanimité de l’Empereur des Français envers ses ennemis, à l’occasion de la nouvelle déclaration des Puissances, 1831.
- Nantes, l'an deux de l'héroïsme parisien, imprimerie de Mellinet, 1831.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Blavier 1991, p. 231.
- Slavin 1986, p. 131.
- ↑ Rose 1965, p. 10.
- ↑ Rose 1965, p. 12.
- Slavin 1986, p. 132.
- ↑ Rose 1965, p. 13.
- ↑ Rose 1965, p. 14.
- Tuetey 1910, p. lxi.
- ↑ Mercure de France, 1794, page 124.
- ↑ Claude Guillon, L’Explosion, par Jean-François Varlet : « Gouvernement et révolution sont incompatibles » (1794), La Révolution et nous, 11 février 2013, texte intégral.
- Zacker 1961, p. 33.
- ↑ Jean-Jacques Tomasso, « Legray, Bodson, Varlet. Amitié politique et relations privées. Deux documents inédits », Annales historiques de la Révolution française, 376(2), 2014.
- ↑ Rose 1965, p. 34.
- ↑ Blavier 1991, p. 230.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Yves Blavier, « Jean-François Varlet après la Révolution », Annales historiques de la Révolution française, no 284, , p. 227-231 (lire en ligne).
- David Gilles, « Représentation et souveraineté chez les Enragés (1792-1794) », dans Le concept de Représentation dans la pensée politique : actes du colloque d'Aix-en-Provence (mai 2002), Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, coll. « Histoire des idées politiques » (no XV), , 493 p. (ISBN 978-2-7314-0367-1, lire en ligne), p. 253-286.
- Paul d’Estrée, « Scènes révolutionnaires du Centre de Paris (1792-1794) : Varlet, le tribun volant », Le Centre de Paris. Bulletin trimestriel de la Société Historique et Archéologique des 1er & 2e arrondissements de Paris, n° 3 et 4, 1er et 2e trim. 1914, p. 97-108 ; n° 5, 6 et 7, 1er, 2e et 3e trim. 1920, p. 169-172 ; n° 8, 9, 10, 11, 12, 4e trim. 1920 et année 1921, p. 202-210 ; n° 14, année 1923, p. 277-284.
- (en) Reginald B. Rose, The Enragés : socialists of the French Revolution?, Melbourne, Cambridge University Press,
- (en) Morris Slavin, « Jean Varlet as Defender of Direct Democracy », The Journal of Modern History, vol. 39, no 4, , p. 387-404 (lire en ligne).
- (en) Morris Slavin, The making of an insurrection: Parisian sections and the Gironde, Harvard University Press,
- Albert Soboul, Les sans-culottes parisiens en l'an II : histoire politique et sociale des sections de Paris, 2 juin 1793-9 thermidor an II, Paris, Clavreuil, , 1168 p. (présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne].
- Alexandre Tuetey, Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, vol. IX, Paris, Imprimerie nouvelle,
- Jakov Zacker, « Jean Varlet pendant la réaction thermidorienne », Annales historiques de la Révolution française, no 163, , p. 19-34 (lire en ligne).
Liens externes
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- Ressource relative à la vie publique :