Jérôme Pétion de Villeneuve

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Jérôme Pétion de Villeneuve
Image illustrative de l'article Jérôme Pétion de Villeneuve
Fonctions
Parlementaire français
Député (1789-1791 et 1792-1794)
Gouvernement Ire République
Groupe politique Démocrate (1789-1791)
Gironde (1792-1794)
Biographie
Date de naissance
Chartres
Date de décès (à 38 ans)
Saint-Magne-de-Castillon
Résidence Eure-et-Loir

Jérôme Pétion de Villeneuve, né à Chartres le , mort dans la commune de Saint-Magne-de-Castillon, près de Saint-Émilion le , est un avocat et un révolutionnaire français, maire de Paris de 1791 à 1792.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Fils de Jérôme Pétion, avocat au bailliage de Chartres, subdélégué de l'intendant pour le bailliage[1] et juge présidial à Chartres, et de Marie-Élisabeth Le Tellier, il fait ses études chez les Oratoriens de Vendôme puis à 18 ans chez un procureur à Paris avant de s'inscrire au barreau de Chartres en 1778. Il essaie de se faire un nom en littérature, concourant à divers prix et publiant plusieurs mémoires : Moyens proposés pour prévenir l'infanticide (1781), Les Lois civiles et l'administration de la justice ramenées à un ordre simple et uniforme, ou Réflexions morales, politiques, etc., etc., sur la manière de rendre la justice en France avec le plus de célérité et le moins de frais possible (1782) — interdit par la justice[1] —, Essai sur le mariage considéré sous des rapports naturels, moraux et politiques, ou Moyens de faciliter et d'encourager les mariages en France (1785), ses autres écrits étant consacrés à la réunion de l'Assemblée des notables et des États généraux. Il est également membre actif de la Société de Amis des Noirs.

Les États généraux et l'Assemblée constituante[modifier | modifier le code]

Avis aux François (exemplaire de la bibliothèque patrimoniale de Gray).

Élu le premier député du tiers état du bailliage de Chartres aux États généraux[1] avec 164 voix sur 190 votants, il siège parmi le petit groupe des patriotes avancés de l’Assemblée constituante avec François Buzot et Maximilien de Robespierre, dont il est l'ami et partage les combats démocratiques : lutte contre le veto royal, les deux chambres proposées par les Monarchiens, le suffrage censitaire (s'il ne défend pas le suffrage universel, il exige l'eligibilité de tous les citoyens actifs[1]). Il devient l'un des chefs de file des Jacobins. Membre du comité de révision, il est adjoint en au comité de constitution, avant d'être élu secrétaire puis président de l'Assemblée.

Lors de la fuite de la famille royale et son arrestation à Varennes en juin 1791, alors qu'il vient d'être nommé président du tribunal criminel de Paris (fonction qu'il n'exercera pas), il est chargé, avec Barnave et le comte de Latour-Maubourg, de la ramener à Paris[1]. Il a laissé un témoignage de cet épisode, dans lequel il prétend que « si nous eussions été seuls, elle (Madame Élisabeth) se serait abandonnée dans mes bras aux mouvements de la nature ». Par la suite, il se prononce en faveur de la suspension, voire de la déchéance, de Louis XVI.

Le , lors de la clôture des séances de l'Assemblée, il bénéficie avec Robespierre d'une ovation du peuple.

Intimement lié à Madame de Genlis, il l'accompagne jusqu'à Londres quand celle-ci y conduit trois élèves, parmi lesquelles Adélaïde d'Orléans, en octobre-novembre 1791.

La Mairie de Paris[modifier | modifier le code]

Jérôme Pétion de Villeneuve.

Le , il est élu maire de Paris face à La Fayette avec 6 708 voix sur 10 632 votants, avec l'appui de la Cour, opposée à La Fayette, selon certains avis. Le 20 juin 1792, il tente d'empêcher les manifestants d’envahir le palais des Tuileries et des appartements royaux, mais il est accusé par le roi et le directoire du département d'avoir favorisé l'émeute et facilité, par son absence de réaction, l'invasion des Tuileries. Le 6 juillet, il est suspendu de ses fonctions par le département et remplacé par Philibert Borie, mais cette mesure accroît sa popularité ; les sections s'arment pour réclamer son retour, et il est le héros des célébrations du . L'Assemblée législative décide alors de le rétablir dans ses fonctions. Le , il est chargé de porter l'adresse des commissaires des 48 sections exigeant la déchéance du roi. En revanche, il ne participe pas à la journée du 10 août 1792.

Il est confirmé dans ses fonctions de maire par la commune insurrectionnelle, mais perd tout pouvoir face aux sections révolutionnaires. Il ne s'oppose pas aux visites domiciliaires et reste totalement passif lors des massacres de Septembre. Le 6 septembre, il vient rendre compte devant l'Assemblée des événements.

La Convention[modifier | modifier le code]

Jérôme Petion de Villeneuve, Président de la Convention, maire de Paris en 1791.

Élu le 5 septembre député d'Eure-et-Loir à la Convention, le 3e sur 9 avec 274 voix sur 354 votants, il démissionne de ses fonctions de maire et devient le premier président de l'assemblée lors de l'ouverture de la session, le .

À cette époque, il se heurte à Robespierre, avec lequel il rompt au début de novembre, et s’allie aux Girondins. Lors du procès de Louis XVI, il vote l'appel au peuple et la mort avec sursis. Au printemps 1793, il entre en conflit avec la Commune de Paris, qui échappe aux Girondins après la démission de Chambon, accélérant la rupture entre Girondins et Montagnards. Toutefois, il vote contre la mise en accusation de Marat.

La fin[modifier | modifier le code]

Après l'insurrection du 2 juin 1793, il est décrété d'arrestation, mais réussit à s'évader le 24 juin et rejoint Caen avec Guadet, où il tente de soulever la Normandie contre la Convention. Après la bataille de Brécourt en , il passe dans le Finistère, d'où il s'embarque pour la Gironde (Bordeaux était entré en insurrection contre la Convention) avec Buzot et Barbaroux, avec lesquels il vit caché à Saint-Émilion, près de Bordeaux, pendant dix mois. Quand Salle et Guadet sont arrêtés dans la maison du père de Guadet[2], se croyant menacé, il quitte son asile, chez le perruquier Troquart (chez qui il s'était réfugié depuis le 20 janvier), en pleine nuit avec Buzot et Barbaroux. Toutefois, un berger les aperçoit dans un bois de pins. Barbaroux se tire un coup de pistolet, mais il se manque et se fait prendre (il finira guillotiné le 25 juin). De leur côté, Pétion et Buzot s'enfoncent dans un champ de blés et se tuent chacun d'un coup de pistolet dans la commune de Saint-Magne, dans le canton de Castillon[3]. On retrouve leurs cadavres, à moitié dévorés par les loups, quelques jours plus tard[4],[5],[6].

Avant cette ultime fuite, Pétion avait laissé à Madame Bouquey le manuscrit de ses mémoires[7] et son testament politique.

Son nom a été donné à la rue Pétion, à Paris.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Marcel Dorigny (2005), p. 838-840.
  2. Joseph Guadet, Les Girondins, leur vie privée, leur vie publique, leur proscription et leur mort, Paris, Librairie académique Didier et Cie, 1861, tome II, p. 489.
  3. Charles Vatel, Charlotte de Corday et les girondins, Paris, Henri Plon, 1864-1872, tome III, p. 755.
  4. Le procès-verbal de reconnaissance du corps de Pétion date du 7-8 messidor an II (25-), l'acte de décès et le procès-verbal d'inhumation du 8 messidor. Voir Les manuscrits relatifs à l'histoire de la Révolution et de l'Empire: dans les bibliothèques publiques des départements, Société de l'histoire de la Révolution française, Paris, F. Rieder, 1913, 452 pages, p. 148.
  5. Selon Aurélien Vivie, Histoire de la Terreur à Bordeaux, Feret et fils, 1877, tome II, p. 286, « dans les premiers jours de juillet, des sans-culottes de Castillon, faisant une battue générale du côté de Saint-Magne, trouvèrent dans un champ les cadavres de Pétion et de Buzot ».
  6. Un récit assez développé des événements est donné par Charles-Aimé Dauban dans son Étude sur Madame Roland et son temps suivie des lettres de Madame Roland à Buzot et d'autres documents inédits, chapitre XXXII: « Les derniers jours de Buzot », pp. 251-261.
  7. Ce document a fait l'objet d'une édition dans les Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot et de Barbaroux : accompagnés de notes inédites de Buzot et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc. (précédés d'une introduction par C.-A. Dauban), Paris, Plon, 1866, LXXVI-548 pages.

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