Terroir

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Un terroir désigne une région naturelle considérée comme homogène à travers les ressources et productions qu'il est susceptible d’apporter, notamment - mais pas uniquement - par sa spécialisation agricole (culture, élevage[1]..).

Le mot terroir semble ne pas avoir d’équivalent dans les autres langues européenne, anglo-saxonnes notamment, et se confond alors souvent avec la notion de territoire[2],[3],[4].

Ce concept semble être plus ou moins prisé selon les époques[5],[6].

Éléments de définition[modifier | modifier le code]

Une terre et des hommes : Les terroirs résultent de l'exploitation sur une période longue, par une société humaine, d'une partie des potentialités d’un espace naturel ou d'agroécosystèmes.

Leur définition dépend étroitement des caractères de la civilisation qui occupe les terres. Ainsi, dans un même espace, avec des potentialités et des contraintes physiques identiques, des sociétés humaines différentes sont susceptibles de développer des terroirs distincts.

Le terroir serait donc un espace concret, tangible et cartographiable à travers de multiples facteurs (géographiques : pédologie, géologie, géomorphologie, hydrologie, climatologie, microclimat, exposition, etc.). Mais il possède également une dimension culturelle qui reflète directement la société humaine qui l’exploite et son histoire. Ces trois aspects sont fréquemment retrouvés dans les usages littéraires et identitaires du terroir. Une autre de ses dimensions relève de la typicité du milieu et de ses productions[7].

En Europe, et du point de vue historiogéographique, les terroirs semblent souvent issus d'anciennes civitas gauloises et gallo-romaines alors que les pays auraient plutôt les pagus romains comme origine ; eux-mêmes étant déterminé par l'aire d'influence des cités de peuples celtiques et gaulois partagées en clans.

Les limites de ces territoires correspondent souvent à des frontières naturelles (exemple : cours d'eau, littoraux, changement de socle géologique).

Ces entités ont spontanément été reprises par les établissements religieux lors de la période de christianisation, puis par les administrations qui se sont succédé.

Une nouvelle notion administrative : les pays[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pays (aménagement du territoire).

En France, une notion nouvelle usant du terme « pays » a été fortement mise en valeur par la Loi Voynet comme échelle de cohérence territoriale (et écopaysagère dans le cadre de la trame verte, reprise par le Grenelle de l'environnement). La loi Voynet du 25 juin 1999 sur l'aménagement du territoire réactualise la loi Pasqua l'identification de pays comme territoire de projet.

Certains ont également décliné les pays (420 à 450 pays en France selon les auteurs) ; ainsi le géographe Frédéric Zégierman a-t-il décliné environ 430 pays majeurs en une mosaïque de plus de 1800 micropays[8]

Terroir et territoire[modifier | modifier le code]

Bien que de même origine étymologique, un territoire n’équivaut pas à un terroir. Le territoire regroupe généralement des terroirs différents, ce qui permet de varier ses ressources. Ainsi, les communautés villageoises cherchent à exploiter à l’intérieur du même finage des champs, des bois, des pâturages...

Un terroir est[9] :

« un espace géographique délimité défini à partir d’une communauté humaine qui construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs, de savoirs, et de pratiques fondés sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains. Les savoir-faire mis en jeu révèlent une originalité, confèrent une typicité[10] et permettent une reconnaissance pour les produits ou services originaires de cet espace et donc pour les hommes qui y vivent. Les terroirs sont des espaces vivants et innovants qui ne peuvent être assimilés à la seule tradition »

L'association Terroirs & Cultures a travaillé en lien avec l'UNESCO à une « charte des terroirs »[11]

Les « produits du terroir »[modifier | modifier le code]

La notion de terroir semble être redevenu à la mode comme objet économique[12] (facteur d'attractivité en milieu rural dans certains cas et/ou facteur stratégique et parfois très concurrentiel pour la vente de produits agricoles ou typiques de ces territoires (qui sont à ce titre parfois "protégés" par des appellations contrôlées)[13],[14], y compris pour de petites entreprises qui peuvent ainsi se démarquer et donner une valeur ajoutée à leurs produits[15]

Un produit du terroir est une spécialité culinaire caractéristique faisant partie du patrimoine gastronomique d'un pays, d'une région ou d'une ville, soit parce qu'on ne le trouve qu'à cet endroit pour des raisons climatiques et agricoles (la truffe du Périgord, un vin de Bourgongne, le sel de Guérande), soit pour des raisons traditionnelles et culturelles (le pain d'épice d'Alsace,le caramel au beurre salé de Bretagne).
La plupart de ces produits sont en tant qu'objets commerciaux contrôlés et répondent à des appellations du type AOC. Ces produits doivent répondre à des critères d'authenticité et de tradition, et ils sont souvent aussi distribués en circuits courts.

Les terroirs viticoles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Terroir viticole.

La précision de la définition d’un terroir dépend de l’acuité avec laquelle les hommes perçoivent et maîtrisent les facteurs qui affectent la ressource exploitée. Des cas extrêmes sont atteints sur les terres viticoles où la notion est parfois appliquée à l'échelle de la parcelle là où la qualité du vin est réputée affectée par des conditions micro-locales (sol, microclimat).

Gestion de terroir[modifier | modifier le code]

le terroir résultant pour partie d'actions humaines, il peut être nécessaire de le gérer pou en conserver les caractéristiques non-naturelles qui en font sa typicité[16]. L'agronome est l'un des acteurs clé de la définition ou de l'évaluation d'un terroir agricole[17]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brunschwig, G., C. Sibra, B. Chevillot, Y. Michelin,B. Delbruel, G. Valadier et R. Puthot, 2000, Terroirs d'élevage laitier du Massif central : identification et caractérisation. Collection Etudes N° 6, Edition ENITA, Clermont-Ferrand, 224p.
  2. Bertrand, G. 1975, Pour une histoire écologique de la France rurale, in G. Duby et A. Wallon (sous la direction de), Histoire de la France rurale, Le Seuil, Paris, 1975
  3. Cartier, S., 2004, « Terroirs en nuances », Strates [11 | 2004, mis en ligne le 14 janvier 2005, Consulté le 29 septembre 2012. En ligne] URL : http://strates.revues.org/396
  4. Bérard, L., 2011, Du terroir au sens des lieux. La mode du terroir et les produits alimentaires. Éditions Les Indes savantes, Paris. Pp. 41-58.
  5. Casabianca F., B. Sylvander, Y. Noël, C. Béranger., J.B. Coulon, F. Roncin, G. Flutet et G. Giraud, (2011) Terroir et typicité : Un enjeu de terminologie pour les indications géographiques. La mode du terroir et les produits alimentaires. Cl. Defosse (Dir.) Les Indes Savantes. Pp. 101 – 117.
  6. Delfosse, C., I. Lefort, 2011, Le terroir, un bel objet géographique. La mode du terroir et les produits alimentaires. Éditions Les Indes savantes, Paris.
  7. Selon (Casabianca et al., 2006)« La typicité d’un produit issu de l’agriculture est la propriété d’appartenance à un type distingué et identifié par un groupe humain de référence possédant des savoirs distribués entre les différents acteurs de la filière, un savoir-établir, un savoir produire, un savoir évaluer, un savoir apprécier. La typicité liée au terroir est une construction particulière qui concrétise l’effet du terroir pour un produit donné »
  8. Zégierman, F., Mai 1999. Le guide des pays de France. 2 tomes : 751 p. + 639 p. Fayard. Paris.
  9. Définition proposée par un groupe de travail INRA/INAO et validée lors des Rencontres internationales de l'UNESCO, voir Planète Terroirs, UNESCO – 10 novembre 2005
  10. Casabianca F, B. Sylvander, Y. Noël, C. Beranger, J.B. Coulon et G. Giraud, (2006), Terroir et typicité : propositions de définitions pour deux notions essentielles à l’appréhension des indications et du développement durable. In : terroirs viticoles, VIe Congrès international des Terroirs Viticoles; 2. Pp. 548-550.
  11. TerroirsetCultures : chaRte
  12. Pecqueur B (2011) Les terroirs constituent-ils un objet économique ? In Delfosse C. (dir) La mode du terroir et les produits alimentaires, Éditions Les Indes Savantes, Paris, pp. 59-73
  13. Fort F. et J.P. Couderc (2001) Le terroir dans l'avantage concurrentiel à l'export, Économie Rurale août — septembre 2001, pp 46-59
  14. Fort F. et J.L. Rastoin (2009), Stratégies collectives et marquage « terroir », in Entrepreneur et dynamiques territoriales, éditions EMS, 324 p.
  15. Polge M (2003) Petite entreprise et stratégie de terroir, Revue Française de Gestion, 144, juin, 181-194. DOI : 10.3166/rfg.144.181-193
  16. FAO (2003) The « gestion de terroirs » approach. In People centred approachs ; a brief literature review and comparison of types. [En ligne] URL : http://www.fao.org/docrep/006/ad682e/ad682e00.htm#Contents, consulté le 29 mars 2014.
  17. Prévost Ph (2011) Enjeux didactiques dans la formation des agronomes : cas de la notion de terroir. Nature-Science-Sociétés, N° 1-2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]