Terroir

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Fromages et confitures du terroir nantais, présentés sur un char lors du carnaval de 1914.

Un terroir désigne une région naturelle, considérée comme homogène, à travers les ressources et productions qu'il est susceptible d’apporter, notamment — mais pas uniquement —, par sa spécialisation agricole (culture, élevage[1].).

Le mot « terroir » semble ne pas avoir d’équivalent dans les autres langues européennes, anglo-saxonnes notamment, et se confond alors souvent avec la notion de territoire[2],[3],[4].

Cette notion de terroir semble être plus ou moins prisée selon les époques[5],[6].

Éléments de définition[modifier | modifier le code]

La propriété du Château La Dauphine s'étend sur 53 hectares. Des terroirs divers et variés le constituent.

Une terre et des hommes : les terroirs résultent de l'exploitation sur une période longue, par une société humaine, d'une partie des potentialités d’un espace naturel ou d'agroécosystèmes.

Leur définition dépend étroitement des caractères de la civilisation qui occupe les terres. Ainsi, dans un même espace, avec des potentialités et des contraintes physiques identiques, des sociétés humaines différentes sont susceptibles de développer des terroirs distincts.

Le terroir serait donc un espace concret, tangible et cartographiable, à travers de multiples facteurs (géographiques : pédologie, géologie, géomorphologie, hydrologie, climatologie, microclimat, exposition, etc.). Mais il possède également une dimension culturelle qui reflète directement la société humaine qui l’exploite et son histoire. Ces trois aspects sont fréquemment retrouvés dans les usages littéraires et identitaires du terroir. Une autre de ses dimensions relève de la typicité du milieu et de ses productions agricoles[7].

En Europe, et du point de vue historico-géographique, les terroirs semblent souvent issus d'anciennes civitas gauloises et gallo-romaines, alors que les pays auraient plutôt les pagus romains comme origine ; eux-mêmes étant déterminés par l'aire d'influence des cités de peuples celtiques et gaulois partagées en clans.

Les limites de ces territoires correspondent souvent à des frontières naturelles (exemple : cours d'eau, littoraux, changement de socle géologique).

Ces entités ont spontanément été reprises par les établissements religieux lors de la période de christianisation, puis par les administrations qui se sont succédé.

Terroir et territoire[modifier | modifier le code]

1. Climat des papes ; 2. Climat des rois ; 3. Climat des moines, les trois terroirs du clos-vougeot. 1. Climat des papes ; 2. Climat des rois ; 3. Climat des moines, les trois terroirs du clos-vougeot. 1. Climat des papes ; 2. Climat des rois ; 3. Climat des moines, les trois terroirs du clos-vougeot.
1. Climat des papes ; 2. Climat des rois ; 3. Climat des moines,
les trois terroirs du clos-vougeot.

Bien que de même origine étymologique, un territoire n’équivaut pas à un terroir. Le territoire regroupe généralement des terroirs différents, ce qui permet de varier ses ressources. Ainsi, les communautés villageoises cherchent à exploiter, à l’intérieur du même finage, des champs, des bois, des pâturages…

Un terroir est[8] : « Un espace géographique délimité défini à partir d’une communauté humaine qui construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs, de savoirs, et de pratiques fondés sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains. Les savoir-faire mis en jeu révèlent une originalité, confèrent une typicité[9] et permettent une reconnaissance pour les produits ou services originaires de cet espace, et donc pour les hommes qui y vivent. Les terroirs sont des espaces vivants et innovants qui ne peuvent être assimilés à la seule tradition. »

L'association Terroirs & Cultures a travaillé en lien avec l'UNESCO à une « charte des terroirs[10] ».

Les « produits du terroir »[modifier | modifier le code]

Produits de terroir sur la route des vins de la Montérégie.
Produits du terroir des Alpes-de-Haute-Provence.

Un produit du terroir est une production agricole, transformée ou pas, liée agronomiquement et climatiquement à un pays et au savoir-faire et usages de sa population pour le cultiver ou l'élever (truffe du Périgord, sel de Guérande, etc.) et, éventuellement, pour le transformer (fromage fermier salers, vin de Bourgogne). S'il y a transformation par un agriculteur, cela reste un produit agricole (produit fermier) mais aussi classé plus largement dans les spécialités culinaires de ce terroir.

Dans un cadre commercial, quelques appellations d'origines de produits agricoles vivriers transformés ou non sont préservées via une AOP. Les agriculteurs producteurs fermiers originels mais aussi, aujourd'hui, les coopératives agricoles, les artisans transformateurs et les industriels transformateurs doivent suivre pour cela un cahier des charges lié à ce label administratif. Ce document est rédigé par ceux-ci en prenant en compte des critères historiques d'obtention. Il devra être validé par l'organisme certificateur (l'INAO en France par exemple) pour bénéficier des diverses mesures de protection de l'appellation.

Le concept de terroir au sens large est utilisé dans de nombreux pays tels que les États-Unis et les produits du terroir eux mêmes sont mis de l'avant par un nombre grandissant de pays allant du Maroc à la Tunisie au Cameroun, au Québec, en passant par plusieurs pays d'Europe. Ce ne sont pas tous les produits du terroir qui bénéficient d'une appellation d'origine. Cependant dans la plupart des cas, une distinction semble être faite entre produits régionaux, qui eux sont faits en une région donnée sans être nécessairement uniques, et produits du terroir véritables, qui eux reflètent une ou des caractéristiques uniques d'un terroir donné[11].

La notion de terroir semble être redevenue à la mode comme objet économique[12], facteur d'attractivité en milieu rural dans certains cas et/ou facteur stratégique, et parfois très concurrentiel pour la vente de produits agricoles ou typiques de ces territoires, (qui sont à ce titre parfois protégés par des appellations contrôlées)[13],[14], y compris pour de petites entreprises qui peuvent ainsi se démarquer et donner une valeur ajoutée à leurs produits[15].

Un exemple parmi d'autres : les terroirs viticoles[modifier | modifier le code]

Vignes à Tain-l'Hermitage surplombant le Rhône.
Vignoble de Stuben, dans un méandre de la Moselle.

La précision de la définition d’un terroir dépend de l’acuité avec laquelle les hommes perçoivent et maîtrisent les facteurs qui affectent la ressource exploitée.

Des cas extrêmes sont atteints sur les terres viticoles, où la notion est parfois appliquée à l'échelle de la parcelle, là où la qualité du vin est réputée affectée par des conditions micro-locales (sol, microclimat).

Article détaillé : Terroir viticole.

Gestion de terroir[modifier | modifier le code]

Le terroir résultant pour partie d'actions humaines, il peut être nécessaire de le gérer pour en conserver les caractéristiques non-naturelles qui en font sa typicité[16]. L'agronome est l'un des acteurs clés de la définition ou de l'évaluation d'un terroir agricole[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G. Brunschwig, C. Sibra, B. Chevillot, Y. Michelin, B. Delbruel, G. Valadier et R. Puthot, Terroirs d'élevage laitier du Massif central. Identification et caractérisation, Clermont-Ferrand, Édition ENITA, coll. « Études », no 6, 2000, 224 p.
  2. G. Bertrand, « Pour une histoire écologique de la France rurale », in G. Duby et A. Wallon (dir.), Histoire de la France rurale, Le Seuil, Paris, 1975.
  3. S. Cartier, « Terroirs en nuances », Strates [11 | 2004, mis en ligne le 14 janvier 2005, Consulté le 29 septembre 2012. En ligne] URL : http://strates.revues.org/396
  4. L. Bérard, Du terroir au sens des lieux. La mode du terroir et les produits alimentaires, Éditions Les Indes savantes, Paris, 2011, p. 41-58.
  5. F. Casabianca, B. Sylvander, Y. Noël, C. Béranger, J.-B. Coulon, F. Roncin, G. Flutet et G. Giraud, Terroir et typicité. Un enjeu de terminologie pour les indications géographiques. La mode du terroir et les produits alimentaires, Claire Delfosse (dir.), Les Indes Savantes, 2011, p. 101-117.
  6. Claire Delfosse et I. Lefort, « Le terroir, un bel objet géographique », in La Mode du terroir et les produits alimentaires, Paris, Éditions Les Indes savantes, coll. « Mondes ruraux contemporains », 2011, 357 p. (ISBN 978-2846542784).
  7. Selon Casabianca et al. (2006), « la typicité d’un produit issu de l’agriculture est la propriété d’appartenance à un type distingué et identifié par un groupe humain de référence possédant des savoirs distribués entre les différents acteurs de la filière, un savoir-établir, un savoir produire, un savoir évaluer, un savoir apprécier. La typicité liée au terroir est une construction particulière qui concrétise l’effet du terroir pour un produit donné ».
  8. Définition proposée par un groupe de travail INRA/INAO et validée lors des Rencontres internationales de l'UNESCO, voir Planète Terroirs, UNESCO, 10 novembre 2005.
  9. F. Casabianca, B. Sylvander, Y. Noël, C. Beranger, J.-B. Coulon et G. Giraud, « Terroir et typicité. Propositions de définitions pour deux notions essentielles à l’appréhension des indications et du développement durable », in Terroirs viticoles, VIe Congrès international des terroirs viticoles, no 2, 2006, p. 548-550.
  10. TerroirsetCultures : chaRte
  11. « Qu'est-ce qu'un produit du terroir? », sur etatsdesplendeur.com (consulté le 14 novembre 2017)
  12. B. Pecqueur, « Les terroirs constituent-ils un objet économique ? », in Claire Delfosse (dir.), La Mode du terroir et les produits alimentaires, Éditions Les Indes Savantes, Paris, 2011, p. 59-73.
  13. F. Fort et J.-P. Couderc, « Le terroir dans l'avantage concurrentiel à l'export », Économie rurale, août-septembre 2001, p. 46-59.
  14. F. Fort et J.-L. Rastoin, « Stratégies collectives et marquage “terroir” », in Entrepreneur et dynamiques territoriales, éditions EMS, 2009, 324 p.
  15. M. Polge, « Petite entreprise et stratégie de terroir », Revue française de gestion, no 144, juin 2003, p. 181-194. DOI : 10.3166/rfg.144.181-193.
  16. FAO, The “gestion de terroirs” approach, in People Centred Approachs: a brief literature review and comparison of types, 2003. [En ligne] URL : http://www.fao.org/docrep/006/ad682e/ad682e00.htm#Contents, consulté le 29 mars 2014.
  17. Ph. Prévost, « Enjeux didactiques dans la formation des agronomes : cas de la notion de terroir », Nature-Science-Sociétés, no 1, 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]