Émile Cartailhac

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Émile Cartailhac
Émile Cartailhac Muséum de Toulouse.jpg

Émile Cartailhac en mai 1921.

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Émile Cartailhac, né le 15 février 1845 à Marseille et mort le 26 novembre 1921 à Genève, est un préhistorien français qui a contribué à faire admettre l'existence d'un art pariétal paléolithique après l'avoir mise en doute.

Il fut le premier à enseigner l'archéologie préhistorique dès 1882.

Biographie[1][modifier | modifier le code]

La galerie des cavernes Eugène Trutat MHNT

Émile Cartailhac est né à Marseille le . Il est mort à Genève le .

Son père inspecteur des douanes, est muté à Lyon où la famille s'installe pendant quelques années. Les études du jeune Cartailhac se déroulent dans cette ville. En 1860, à la retraite de son père, la famille s'installe à Toulouse ; il intègre le lycée Pierre-de-Fermat. Bien qu’il étudie le droit, il est attiré très jeune par la préhistoire, qui est alors une discipline naissante. Il y est sensibilisé par son parent Armand de Quatrefages, naturaliste, professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris. Il emploie ses loisirs à la fouille de dolmens en Aveyron, la famille ayant une propriété à Saint-Affrique. Il intègre dès l'âge de 20 ans plusieurs sociétés savantes toulousaines, dont la Société de sciences naturelles et d’archéologie.

En 1865, Édouard Filhol ouvre au public les collections du Muséum de Toulouse. Émile Cartailhac travaille avec Eugène Trutat (futur conservateur en chef) et Jean-Baptiste Noulet pour fonder « la galerie des cavernes » qui est la première au monde à exposer du mobilier préhistorique. En 1867, il est l'adjoint d'Édouard Lartet (paléontologue) et de Gabriel de Mortillet(préhistorien) chargés d’aménager la section de préhistoire à l’exposition universelle de Paris.

En 1868, il accède au barreau mais y renonce aussitôt pour s’adonner à ses recherches sur la préhistoire, ses rentes étant suffisantes pour subvenir à ses besoins.

En 1869, après l'avoir rachetée pour 2 000 francs, il prend la direction de la revue Matériaux pour l'histoire positive et philosophique de l'homme, créée par Gabriel de Mortillet. Associé à Eugène Trutat, il modifie l'orientation et le titre de la revue qui devient Matériaux pour l'histoire naturelle et primitive de l'homme.

En 1879, avec l'ensemble de la communauté scientifique française, Cartailhac réfute l'authenticité des peintures de la grotte d'Altamira.

En 1882, il est le premier à enseigner l’archéologie préhistorique, d’abord à la faculté des sciences de Toulouse puis à la faculté des lettres en 1890. Ses cours ne s’arrêtent qu'à sa mort en 1921. Il eut comme assistant durant cette période Marcellin Boule.

En 1897, il est élu mainteneur de l'Académie des Jeux floraux. Après avoir aménagé le Musée Saint-Raymond à Toulouse, il en devient directeur en 1912.

En 1902, il reconnaît par écrit son erreur dans l'interprétation des peintures d'Altamira, aidé en cela par les découvertes française d'Henri Breuil, et publie La grotte d’Altamira, Espagne. Mea culpa d’un sceptique[2]. Il contribue par la suite à la reconnaissance de l’importance de l’art paléolithique, notamment en étudiant de nombreuses grottes ornées dont Marsoulas, Niaux ou Gargas. Pour l’étude de Marsoulas, il fait appel à Henri Breuil et joue un rôle important dans le parcours de ce dernier.

En 1920, Émile Cartailhac contribue également à la création de l’Institut de paléontologie humaine à Paris.

Le dernier volume du Dictionnaire archéologique de la Gaule, dont il avait repris le projet en 1894, ne sera publié qu'après sa mort, en 1923.

Cartailhac et Altamira[modifier | modifier le code]

Le scepticisme vis-à-vis de l'authenticité d'Altamira chez un savant de la compétence et de l'honnêteté de Cartailhac s'explique par le fait qu'à l'époque les faux pullulaient et que seule la critique interne permettait de les déceler : les techniques scientifiques ne permettaient pas encore autre chose. Quand, en 1857, le naïf Michel Chasles présenta à l'Académie des sciences des lettres de Pascal pour montrer que ce dernier avait formulé avant Newton le principe de l'attraction universelle, un savant anglais n'alla pas pour le réfuter faire analyser l'encre et le papier : il montra que ces lettres faisaient état de mesures astronomiques effectuées bien après la mort de Pascal. Cartailhac montra, de la même façon, que les découvertes d'Altamira allaient contre tout ce qui était établi à l'époque, et ce n'était pas déraisonnable. Comment ne pas trouver convaincantes les explications d'Édouard Harlé, publiées en 1881 ?

« Le sol au-dessous des peintures a été bouleversé par les fouilles, aussi son examen n'a fourni aucun argument. […] L'ocre rouge est commune dans le pays. On l'emploie à badigeonner les maisons. […] Les incrustations qui recouvrent certains dessins sont beaucoup trop minces pour conclure à une grande antiquité. La paroi très rugueuse sur laquelle sont tracés les quadrillages est en roche vive ; cette paroi s'est donc dégradée par effritement, et comme les quadrillages sont intacts, c'est une preuve qu'ils ne remontent pas à une très grande antiquité[3]. »

Dans son « Mea culpa d'un sceptique »[2], Cartailhac explique sa méfiance en disant : « C'était absolument nouveau et étrange », mais il se rangeait à ce grand principe scientifique : « Il faut s'incliner devant la réalité d'un fait », et après avoir convenu que « ces formes étranges qui étonnaient à juste titre M. Harlé […] continuent de nous étonner », il ajoutait « mais qu'importe ! ». C'était prendre congé de l'esprit de Marcellin Berthelot, savant considérable mais parfois naïf et qui n'avait pas craint d'écrire : « Le monde est désormais sans mystère ». Cartailhac adoptait le point de vue moderne en disant : « notre science, comme les autres, écrit une histoire qui ne sera jamais terminée, mais dont l'intérêt augmente sans cesse. » Sur cet article, les opinions varient aujourd'hui. Kleibl le loue comme « un des plus beaux moments de la préhistoire » et un « article courageux, [où l'auteur] ne montre aucune peur de porter atteinte à son "crédit professionnel" »[4], (en) Lewis-Williams au contraire écrit à ce sujet qu'il s'agit d'une attitude opportuniste et calculée, utilisée par Cartailhac au moment où sa position antérieure n'était plus tenable[5].

Une fois publié son mea culpa, Cartailhac tint à étudier lui-même la grotte et réussit, par l'intermédiaire d'amis, à intéresser le prince Albert Ier de Monaco pour qu'il finançât les impressions nécessaires.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Émile Cartailhac et Marcellin Boule, La Grotte de Reilhac (Causses du Lot) : étude ethnographique, étude géologique et paléontologique, Lyon, Pitra Ainé, , 69 p. (lire en ligne)
  • Émile Cartailhac, Henri Breuil, « Les peintures de la grotte d'Altamira à Santillana (Espagne) ». Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, p. 256-264, et Compte rendu de l'Académie des Sciences, p. 534. (1903)
  • Émile Cartailhac, Les peintures préhistoriques de la caverne d'Altamira. Conférence faite au Musée Guimet. In-18 de 25 p. Paris, Leroux. (1904)
  • Émile Cartailhac, Henri Breuil, « Les peintures et gravures murales des cavernes pyrénéennes. Altamira et Marsoulas ». L'Anthropologie, t. XV, p. 625. Fig. (1905)
  • Émile Cartailhac, Henri Breuil, La caverne d'Altamira à Santillana, près de Santander (Espagne). - 1er volume de la série des Peintures et gravures murales des cavernes paléolithiques, publiées sous les auspices du Prince de Monaco. Grand In-4°, 287 pages, 37 planches et figures dans le texte. Monaco, 1906 (paru en 1908).
  • Cartailhac, Émile, Notes sur Toulouse : guide du touriste et de l'archéologue, Toulouse, E. Privat, , 207 p. (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Muséum de Toulouse et l'invention de la préhistoire, 2010 (ISBN 978-2-906702-18-9)
  2. a et b Émile Cartailhac, « La grotte d’Altamira, Espagne. Mea culpa d’un sceptique », L'Anthropologie, tome 13, 1902, p. 348-354.
  3. Édouard Harlé, « La grotte d'Altamira (Espagne) », Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme, tome 16. Par la suite Harlé, ayant revisité la grotte vingt ans après, finit par admettre son ancienneté (v. Émile Cartailhac et Henri Breuil, « Les peintures préhistoriques de la grotte d'Altamira », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, 1903, vol. 46, p. 256-265).
  4. Josef Kleibl : Cesta za Adamem, Prague, 1978
  5. David Lewis-Williams : The Mind in the Cave, Londres 2002

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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