Homo heidelbergensis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Homo heidelbergensis (prononciation /omo ajdəlbɛʁɡɛnsis/) est une espèce éteinte du genre Homo, qui a vécu au Pléistocène moyen, entre environ 700 000 et 300 000 ans avant le présent (AP).

L'holotype d'Homo heidelbergensis est la mandibule de Mauer, découverte en 1907 dans une sablière près de Heidelberg, dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne. Elle fut décrite en 1908 par Otto Schoetensack[1]. Plusieurs fossiles ou ensembles de fossiles attribués à Homo heidelbergensis ont été découverts depuis 1907 dans différents pays.

Définition[modifier | modifier le code]

L'espèce Homo heidelbergensis n'a actuellement pas de définition consensuelle dans la communauté scientifique. Pour une partie des chercheurs, ce taxon rassemble la plupart des fossiles européens et africains du Pléistocène moyen, jusqu'à environ 300 000 ans AP, en raison des ressemblances morphologiques entre les spécimens fossiles trouvés sur les deux continents[2],[3]. Pour d'autres chercheurs, les fossiles européens et africains du Pléistocène moyen doivent être classés dans des groupes différents, soit parce qu'on trouve plus d'affinités avec Homo sapiens chez les spécimens africains[4], soit parce qu'une divergence phylogénétique présumée devrait être sanctionnée par des appellations distinctes, même si elle n'apparait pas clairement dans la morphologie.

Le présent article ne traite que des fossiles européens du Pléistocène moyen, les fossiles africains de cette période étant traités dans l'article Homo rhodesiensis.

Morphologie[modifier | modifier le code]

Homo heidelbergensis présente une capacité crânienne allant de 1 000 à 1 300 cm3.
La taille des individus était d'environ 1,65 m pour les hommes et 1,55 m pour les femmes.

Position phylogénétique[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Homo heidelbergensis, attesté en Europe à partir d'environ 700 000 ans AP, pourrait descendre d'une forme africaine encore non identifiée, qui serait passée en Europe au début du Pléistocène moyen et aurait remplacé les formes locales.

Descendance[modifier | modifier le code]

Eu égard aux ressemblances morphologiques entre Homo heidelbergensis et les Néandertaliens, Jean-Jacques Hublin et de nombreux chercheurs estiment que le premier a probablement évolué au cours du Pléistocène moyen pour donner progressivement naissance aux Néandertaliens[5].

Les analyses génétiques menées depuis 2010 par les équipes de Svante Pääbo, à l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig (Allemagne), sur des spécimens de la Sima de los Huesos, à Atapuerca, ainsi que sur des Néandertaliens classiques et des Dénisoviens, ont montré l'étroite parenté entre l'Homme de Néandertal et l'Homme de Denisova, et ont évalué l'âge de leur dernier ancêtre commun à environ 450 000 ans[6]. Homo heidelbergensis pourrait alors être l'ancêtre commun de ces deux groupes humains.

Arbre phylogénétique[modifier | modifier le code]

Phylogénie des espèces récentes du genre Homo, d'après Strait, Grine & Fleagle (2015)[7], et Meyer, Pääbo & al. (2016)[8] :

 Homo  

 Homo antecessor †  Antecessor Skull.png






 Homo heidelbergensis




 Homo denisovensis



 Homo neanderthalensis †  Neanderthalensis Skull.png






 Homo rhodesiensis



 Homo sapiens   Sapiens Skull.png






Culture et mode de vie[modifier | modifier le code]

L'industrie lithique acheuléenne apparait pour la première fois en Europe vers 760 000 ans avant le présent, sur le site du Bois-de-Riquet, dans l'Hérault (France). Jean-Jacques Hublin rapproche cette apparition de l'âge des premiers Homo heidelbergensis identifiés en Europe. Il en tire l'idée que ce dernier aurait pu introduire en Europe la culture acheuléenne, alors répandue seulement en Afrique et en Asie.

Homo heidelbergensis se nourrissait notamment de viande acquise par la chasse. Il était apparemment capable de venir à bout du gros gibier, par exemple les chevaux (à Schöningen) et le rhinocéros (à Boxgrove). Il fabriquait avec soin des épieux qui atteignaient jusqu'à 2,50 m de long, ainsi que des outils en silex et des bâtons de jet. En outre, il aurait su utiliser des lances à pointe en pierre taillée[9]. Certains fragments osseux étaient aussi utilisés comme outils de percussion (retouchoirs) pour la fabrication des outils en silex[10].

Les marques de découpe visibles sur les ossements d'animaux découverts dans les sites qu'il a occupés indiquent qu'il les raclait pour en retirer la viande. Les archéologues ont aussi découvert des traces de mutilation et de calcination sur des os d'Homo heidelbergensis, ce qui pourrait indiquer la pratique du cannibalisme.

Le développement de ses capacités techniques a fait supposer à certains chercheurs qu'Homo heidelbergensis possédait déjà une forme de langage intermédiaire, sur la voie menant au langage pleinement développé d'Homo sapiens.

En 2020, des archéologues estiment avoir identifié les premiers outils en os connus dans les archives archéologiques européennes. Les outils proviennent du site de Boxgrove dans le Sussex de l'Ouest. Ils sont issus d'un cheval que les humains avaient abattu pour sa viande et sont attribués à l'Homo heidelbergensis, les chercheurs ayant découvert un tibia appartenant à cette espèce sur le même site. Le cheval fournissait davantage que de la nourriture. L'analyse des os par Simon Parfitt de l'Institut d'archéologie de l'University College de Londres (UCL) et par le Dr Silvia Bello du musée d'histoire naturelle de Londres, a révélé que plusieurs os avaient été utilisés comme outils appelés retouchoirs. Ces premiers outils non en pierre auraient été essentiels, selon Simon Parfitt, pour produire des couteaux en silex finement fabriqués[11].

Principaux fossiles[modifier | modifier le code]

  • Homme de Boxgrove, en Angleterre :
    • Découverte : 1994
    • Description : par Mark Roberts
    • Fossiles : un tibia et deux dents
    • Datation : environ 500 000 ans

Néandertaliens anciens[modifier | modifier le code]

Quatre sites ou fossiles européens ont été attribués ou réattribués aux Néandertaliens, alors que leur ancienneté les avaient initialement fait rapprocher d'Homo heidelbergensis :

  • Homme de Swanscombe, en Angleterre :
    • Découverte : 1935 par Alvan T. Marston
    • Fossiles : 2 crânes partiels
    • Capacité crânienne estimée :
    • Datation : environ 400 000 ans
  • Sima de los Huesos, dans la Sierra d'Atapuerca, près de Burgos (Espagne) :
    • Découverte : 1976 par Trinidad de Torres
    • Fossiles : Miguelon (crâne 5), et plusieurs crânes et de nombreux ossements représentant une trentaine d'individus
    • Capacité crânienne estimée : de 1 100 à 1 350 cm3
    • Datation : 430 000 ans

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Günther A. Wagner, Matthias Krbetschek, Detlev Degering, Jean-Jacques Bahain et al., « Radiometric dating of the type-site for Homo heidelbergensis at Mauer, Germany », PNAS, vol. 107, no 46,‎ , p. 19726–19730 (PMID 21041630, PMCID 2993404, DOI 10.1073/pnas.1012722107)
  2. Aurélien Mounier, « Le massif facial supérieur d’Homo heidelbergensis, Schoetensack, 1908 : l’apport de la morphométrie géométrique », Bulletins et mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, no 24,‎ , p. 51–68 (lire en ligne)
  3. Aurélien Mounier, « Définition du taxon Homo heidelbergensis, Schoetensack, 1908 : analyse phénétique du massif facial supérieur des fossiles du genre Homo du Pléistocène moyen », Bulletins et mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, no 23,‎ , p. 115–151 (lire en ligne)
  4. (en) Berhane Asfaw, « Assessing Claims for the "Earliest" Homo sapiens », sur CARTA - The Perspective from Africa,
  5. Hublin, J.-J. (2007) - « Origine et évolution des Néandertaliens », in : Les Néandertaliens, biologie et cultures, Bernard Vandermeersch et Bruno Maureille (dir.), Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Documents préhistoriques 23, pp. 95-107
  6. (en) Matthias Meyer, Svante Pääbo et al., « Nuclear DNA sequences from the Middle Pleistocene Sima de los Huesos hominins », Nature, 7595e série, vol. 531,‎ , p. 504-507 (DOI 10.1038/nature17405, lire en ligne)
  7. (en) David Strait, Frederick Grine et John Fleagle, Analyzing Hominin Phylogeny : Cladistic Approach, in Winfried Henke & Ian Tattersall, Handbook of Paleoanthropology, p. 1989-2014, (ISBN 9783642399787, lire en ligne)
  8. (en) Matthias Meyer, Svante Pääbo et al., « Nuclear DNA sequences from the Middle Pleistocene Sima de los Huesos hominins », Nature, 7595e série, vol. 531,‎ , p. 504-507 (DOI 10.1038/nature17405, lire en ligne)
  9. Wilkins, J., Schoville, B.J., Brown, K.S. et Chazan, M. (2012) - « Evidence for early hafted hunting technology », Science, vol. 338, pp. 942-946. résumé
  10. Langlois, A. (2004) - Au sujet du Cheval de La Micoque (Dordogne) et des comportements humains de subsistance au Pléistocène moyen dans le Nord-Est de l’Aquitaine, Université de Bordeaux 1, Thèse de doctorat, 383 p.
  11. (en) Paul Rincon, Europe's earliest bone tools found in Britain, bbc.com, 12 août 2020
  12. C. Farizy, Bernard Vandermeersch, « Vértesszőlős, Hongrie », in Dictionnaire de la Préhistoire, Paris, Presses Universitaires de France, 1988

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]