Homo heidelbergensis

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Homo heidelbergensis
Description de cette image, également commentée ci-après

Crâne d'Homo heidelbergensis
découvert à Atapuerca (Espagne)

Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Ordre Primates
Famille Hominidae
Sous-famille Homininae
Genre Homo

Nom binominal

 Homo heidelbergensis
Schoetensack, 1908

Statut de conservation UICN

( EX )
EX  : Éteint

Homo heidelbergensis (prononciation /omo ajdəlbɛʁɡɛnsis/) est une espèce éteinte appartenant au genre Homo. Elle aurait vécu en Europe au Pléistocène moyen, entre environ 650 000 et 300 000 ans avant notre ère.

L'exemplaire type d'Homo heidelbergensis est la mandibule de Mauer, découverte en 1907 dans une sablière près de Heidelberg en Allemagne. Elle fut décrite en 1908 par Otto Schoetensack[1].

Position phylogénétique[modifier | modifier le code]

Crâne d'Homo heidelbergensis

Ascendance[modifier | modifier le code]

Homo heidelbergensis, attesté en Europe à partir d'environ 650 000 ans avant notre ère, pourrait descendre soit d'Homo antecessor, dont les fossiles trouvés en Espagne ont été datés sur une période de 1 200 000 à 700 000 ans, soit d'une forme africaine encore non identifiée, qui serait passée en Europe au début du pléistocène moyen et aurait remplacé les formes locales.

Descendance[modifier | modifier le code]

Eu égard aux ressemblances morphologiques entre les Homo heidelbergensis, en particulier les 28 individus retrouvés dans la grotte de Sima de los Huesos à Atapuerca (Espagne), et les Néandertaliens, Jean-Jacques Hublin considère que le premier a probablement évolué il y a environ 400 000 ans pour donner progressivement naissance aux Néandertaliens[2].

Les analyses génétiques menées de 2013 à 2016 par l'équipe de Svante Pääbo, à l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig (Allemagne), sur des spécimens d'Atapuerca, d'abord sur le génome mitochondrial puis sur le génome nucléaire[3], ont confirmé l'étroite parenté entre Homo heidelbergensis et l'Homme de Néandertal.
De plus, l'Homme de Denisova, identifié en 2010 par Svante Pääbo comme une espèce distincte mais cousine de l'Homme de Néandertal, et qui était probablement présent à partir de -300 000 ans en Asie orientale, est également jugé génétiquement apparenté aux spécimens d'Atapuerca. Svante Pääbo pense donc « que les Homo de la grotte de Sima de los Huesos seraient [...] les ancêtres communs de l’Homme de Néandertal et de l’Homme de Denisova », ou à tout le moins seraient proches de l'ancêtre commun.

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

Mandibule de Mauer, holotype de Homo heidelbergensis (original)

Si on le compare à Homo antecessor qui l'a précédé, Homo heidelbergensis présente les caractéristiques suivantes :

  • un cerveau plus volumineux (environ 1 200 cm3), et plus large vers les tempes au lieu de l'être à la base ;
  • un front plus élevé ;
  • une silhouette plus élancée ;
  • des arcades sourcilières moins fortes ;
  • une mâchoire moins allongée (mais plus robuste que chez le futur Homo sapiens) ;
  • des dents plus petites.

La taille des individus pouvait atteindre environ 1,70 m pour les hommes et 1,60 m pour les femmes.

Principaux sites ayant livré des fossiles[modifier | modifier le code]

Homo heidelbergensis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Homme de Petralona.
Article détaillé : Homme de Tautavel.

Homo rhodesiensis[modifier | modifier le code]

Certains chercheurs estiment qu'Homo rhodesiensis, appellation qui regroupe différents fossiles africains de la même époque, constituerait avec Homo heidelbergensis une seule et même espèce, sous deux appellations séparées pour des raisons historiques :

Article détaillé : Homo rhodesiensis.

Mode de vie[modifier | modifier le code]

L'industrie lithique acheuléenne apparait pour la première fois en Europe en 665 000 avant notre ère. Jean-Jacques Hublin rapproche cette date de l'âge des premiers Homo heidelbergensis identifiés en Europe. Il en tire l'idée que ce dernier aurait pu introduire en Europe la culture acheuléenne, alors répandue seulement en Afrique et en Asie du sud-ouest. Dans cette hypothèse, Homo antecessor n'aurait pas laissé de descendance en Europe.

Homo heidelbergensis se nourrissait probablement entre autres de viande acquise par la chasse. Il était apparemment capable de venir à bout du gros gibier, par exemple les chevaux (à Schöningen) et le rhinocéros (à Boxgrove). Il fabriquait avec soin des épieux qui atteignaient jusqu'à 2,50 m de long ainsi que des outils en silex. En outre, il serait le premier hominine à avoir utilisé des lances à pointes en pierre taillée[4]. Certains fragments osseux étaient aussi utilisés comme outils de percussion (retouchoirs) pour la fabrication des outils en silex[5].

Les marques de découpe visibles sur les ossements d'animaux découverts dans les sites qu'il a occupés indiquent qu'il les raclait pour en retirer la viande. Les archéologues ont aussi découvert des traces de mutilation et de calcination sur des os d'Homo heidelbergensis, ce qui pourrait indiquer la pratique du cannibalisme.

Le développement de ses capacités techniques a fait supposer à certains chercheurs qu'Homo heidelbergensis possédait déjà un langage rudimentaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Günther A. Wagner, Matthias Krbetschek, Detlev Degering, Jean-Jacques Bahain, Qingfeng Shao, Christophe Falguères, Pierre Voinchet, Jean-Michel Dolo, Tristan Garcia et G. Philip Rightmire, « Radiometric dating of the type-site for Homo heidelbergensis at Mauer, Germany », PNAS, vol. 107, no 46,‎ , p. 19726–19730 (PMID 21041630, PMCID 2993404, DOI 10.1073/pnas.1012722107).
  2. Hublin, J.-J. (2007) - « Origine et évolution des Néandertaliens », in: Les Néandertaliens, biologie et cultures, Bernard Vandermeersch et Maureille, B., (Éds.), Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Documents préhistoriques 23, pp. 95-107
  3. « A mitochondrial genome sequence of a hominin from Sima de los Huesos », par Svante Pääbo et al., Nature, 505, 403–406, doi:10.1038/nature12788
  4. Wilkins, J., Schoville, B.J., Brown, K.S. et Chazan, M. (2012) - « Evidence for early hafted hunting technology », Science, vol. 338, pp. 942-946. résumé
  5. Langlois, A. (2004) - Au sujet du Cheval de La Micoque (Dordogne) et des comportements humains de subsistance au Pléistocène moyen dans le Nord-Est de l’Aquitaine, Université de Bordeaux 1, Thèse de doctorat, 383 p.