Conrad de Montferrat

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Conrad de Montferrat
Conrad de Montferrat, par François-Édouard Picot, 1843 (Musée de Versailles, Salle des croisades)
Conrad de Montferrat, par François-Édouard Picot, 1843 (Musée de Versailles, Salle des croisades)
Titre
Prince de Tyr
11871192
Prédécesseur domaine royal
Successeur domaine royal
Marquis de Montferrat
11901192
Prédécesseur Guillaume V de Montferrat
Successeur Boniface de Montferrat
Roi de Jérusalem
avec Isabelle Ire de Jérusalem
11921192
Prédécesseur Guy de Lusignan
et Sibylle de Jérusalem
Successeur Henri II de Champagne
et Isabelle Ire de Jérusalem
Biographie
Dynastie Maison Alérame
Date de naissance 1145/47
Date de décès 28 avril 1192
Père Guillaume V de Montferrat
Mère Judith de Babenberg
Conjoint Théodora
Isabelle de Jérusalem
Enfant(s) Marie

Conrad de Montferrat Conrad de Montferrat

Conrad de Montferrat de la famille des Alérame (Aleramici), né vers 1145/47 et assassiné le 28 avril 1192, est prince de Tyr de 1187 à 1192, marquis de Montferrat de 1190 à 1192 et roi de Jérusalem en 1192, fils de Guillaume V, marquis de Montferrat et de Judith de Babenberg.

Biographie[modifier | modifier le code]

La jeunesse[modifier | modifier le code]

Il y a peu d'information sur la jeunesse de Conrad, les premiers documents qui se composent de fragments ou de nouvelles peu importantes datent de 1160. Comme nouvelle, bien que confuse, il y a l'évocation d'un traité de mariage entre les filles du roi anglais Henri II et un fils de Guillaume V. En 1172, Conrad apparait en compagnie de Frédéric Barberousse lors d'un conflit communal. Hormis qu'ils soient parents, il est de tradition que les Aleramici soient pro-impériaux.

Avec et contre Frédéric Barberousse[modifier | modifier le code]

Frédéric Barberousse battu, Conrad prend part aux négociations de paix, escortant les légats du pape Alexandre III jusqu'à Modène. Il passe la presque totalité de l'année 1176 en Toscane et il reçoit l'année suivante des fiefs et des terres entre Marturi et Poggibonsi de sa sœur Agnès. Encore fidèle à Frédéric Barberousse, on le retrouve à Assise deux ans plus tard à la suite de l'Empereur mais c'est la dernière fois qu'il fait partie de son entourage.

Après sa rupture avec le chancelier impérial Christian Ier von Buch, Conrad se retourne contre l'Empereur organisant une révolte qui échoue. Il est fait prisonnier par le chancelier et doit payer une forte rançon et c'est à partir de ce moment que sa famille commence à se lier avec les Comnène de Byzance.

Avec l'aide de ceux-ci, en septembre 1179, Conrad constitue une grande armée qui attaque et bat les troupes allemandes commandées par Christian qui est fait prisonnier et confié au frère de Conrad, Boniface. Le projet de l'empereur byzantin est sans aucun doute de conduire Christian en Orient mais la défaite de l'antipape Innocent III en 1180 et la crise de la politique orientale en Italie met fin au projet et Christian est libéré en échange d'une forte rançon.

Christian relâché et les plans de politiques extérieurs revus, Conrad juge plus raisonnable de se rapprocher de l'Empire. On le retrouve, comme délégué impérial, à représenter Frédéric à Tortona en 1183.

Conrad, Marquis[modifier | modifier le code]

Arrivée de Conrad à Tyr.

Lorsque son petit-fils Baudouin V devient roi de Jérusalem, à la mort de Baudouin IV le lépreux en 1185, Guillaume V de Montferrat se rend en Terre sainte, laissant la régence à son fils Conrad. Ce dernier le suit peu après, laissant la régence de Montferrat à son frère Boniface, mais dérouté par les tempêtes, il arrive à Constantinople en 1186.

L’annonce de la mort de son neveu l’incite à différer son voyage en Terre Sainte et il s’installe à Constantinople, reçoit un commandement militaire de l'empereur byzantin, Isaac II Ange, qui le marie également à sa sœur Théodora. Il conduit les troupes qui mettent fin à la révolte du général Alexis Branas. Il aurait également été fait césar de l’empire[1]. Impliqué dans un meurtre, il quitte secrètement Constantinople au mois de mai ou de juin 1187, et prend la direction d’Acre, abandonnant ainsi son épouse.

Son navire arrive en vue de Saint-Jean-d’Acre le 13 juillet 1187, mais il se rend compte avant que le navire ne rentre dans le port que celui-ci est aux mains des musulmans. En effet, Saladin vient d’écraser l’armée franque à Hattin le 4 juillet et entreprend de prendre les cités côtières les unes après les autres. Conrad se rend alors à Tyr, et il y débarque pendant les négociations de reddition de la ville. Sa présence remonte le moral des Francs, qui mettent fin aux pourparlers. Conrad prend en main la défense de la ville et la défend contre Saladin, refusant même de l’échanger contre la vie de son propre père, qui compte parmi les prisonniers de Hattin[2]. Ne pouvant que constater l’absence de résultat, Saladin lève le siège de la ville le 2 janvier 1188.

En juillet 1188, Saladin fait libérer Guy de Lusignan, espérant que la médiocrité de ce dernier va neutraliser l’intelligence et la bravoure de Conrad. Mais ce dernier ne tombe pas dans le piège et refuse à Guy l'accès de Tyr. Devenu roi sans terre, Guy se met à assiéger Acre, qui est prise le 12 juillet 1191 après un siège de 22 mois et l'arrivée de la troisième croisade, menée par Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Mettant de côté son antagonisme vis-à-vis de Guy de Lusignan, Conrad n'hésite à leur prêter main forte et à les ravitailler. Mais il assure en même temps ses droits au trône en épousant Isabelle de Jérusalem le 24 novembre 1190, tandis que Guy de Lusignan, qui était roi de Jérusalem par son mariage avec Sibylle de Jérusalem, se retrouve veuf.

Saint-Jean-d'Acre se rend le 12 juillet, et la querelle entre Guy de Lusignan, soutenu par Richard Cœur de Lion et quelques barons, et Conrad de Montferrat, soutenu par Philippe Auguste et la plupart des barons de Terre Sainte, est ravivée. Les 27 et 28 juillet 1191, une assemblée de barons et de prélats du royaume de Jérusalem décident que Guy de Lusignan reste roi, mais ne pouvant en aucun cas transmettre le royaume à ses héritiers et que Conrad de Montferrat soit l'héritier du royaume.

Philippe Auguste repart en France, laissant un contingent conduit par Hugues III de Bourgogne et Richard poursuit la conquête du littoral, mais ses hésitations l'empêchent de reprendre Jérusalem. Il entreprend des négociations avec Saladin et Conrad, pour ne pas rester à l'écart négocie également avec Saladin. En février 1192, des partisans génois tentent de lui livrer Acre, tenue par des partisans de Lusignan, mais échouent. Mais de plus en plus de barons croisés rejoignent le camp de Conrad et, en 1192, le roi Richard est contraint de reconnaître Conrad de Montferrat roi de Jérusalem, vendant l'île de Chypre à Guy de Lusignan à titre de compensation.

Peu après, le 28 avril 1192, Conrad est assassiné par deux Ismaëliens. Selon certains, c'est Saladin qui l'aurait fait tuer, mais d'autres thèses affirment que l'organisateur du meurtre est le chef des Nizârites, en représailles à la confiscation des marchandises lui appartenant et arraisonné par un navire croisé[3]. La fille de Conrad, Marie de Montferrat, nait posthume au cours de l'été 1192. Pour ne pas laisser le royaume sans roi, sa veuve Isabelle, enceinte, avait été remariée le 2 mai 1192 à Henri II de Champagne.

Conrad est sujet des chansons des troubadours Bertran de Born et Peirol.

Famille[modifier | modifier le code]

Il est cousin de Louis VII de France et de l'empereur Frédéric Barberousse, et issu d’une famille de croisés. Son frère aîné Guillaume était venu en Terre sainte en 1176 avait épousé Sibylle de Jérusalem, mais était mort peu après. Leur père, le marquis Guillaume V, qui avait déjà combattu en Terre Sainte en 1147 s’y rend de nouveau en 1185, lorsque son petit-fils Baudouin V en devient roi, et y reste quelque temps[4], puisqu’il y est toujours lors de la bataille de Hattin où il est capturé par Saladin.

Famille de Conrad de Montferrat et parenté avec les rois de France et les empereurs germaniques


 
 
 
Humbert II
duc de Savoie
 
Gisèle
de Bourgogne
 
Rénier Ier
marquis de Montferrat
 
Léopold III
duc d'Autriche
 
Agnès
de Franconie
 
Frédéric Ier
duc de Souabe
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Louis VI
roi de France
 
Adèle
de Savoie
 
Guillaume V
marquis de Montferrat
 
 
 
Judith
de Babenberg
 
Conrad III
empereur
 
Frédéric II
duc de Souabe
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Louis VII
roi de France
 
Guillaume
comte de Jaffa
 
Conrad
roi de
Jérusalem
 
Boniface
roi de Thessalonique
 
Rénier
x Marie Comnène
 
Frédéric Barberousse
empereur
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Baudouin V
roi de Jérusalem
 
 
 
Démétrios
roi Thessalonique
 
Guillaume VI
marquis de Montferrat
 
 


Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariages et enfants[modifier | modifier le code]

Sa première épouse n’est pas connue. En 1186, le chroniqueur byzantin Niketas Choniates mentionne que Conrad était veuf depuis peu de temps, sans nommer l’épouse morte. Une allusion du chroniqueur Ralph de Coggeshall dans son récit mentionnant l’arrestation de Richard Cœur de Lion lors de son retour de croisade laisse supposer que cette première épouse est parente de Meinhard II de Görtz[1].

Il se remarie ensuite au début de l’année 1187 avec Theodora, sœur de l’empereur Isaac II Ange.

On ne sait ni quand ni sous quel prétexte ce mariage est annulé, mais il le fut, car Théodora est encore vivante en 1195 et Conrad épouse en troisièmes noces le 24 novembre 1190 Isabelle (1172-1206), reine de Jérusalem que les barons du royaume ont contraint à se séparer d’Onfroy IV de Toron. De ce mariage est née :

Une de ses épouses est une protagoniste du Le Décaméron (Journée I, 5).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Foundation for Medieval Genealogy : Conrad de Montferrat.
  2. Saladin ne mettra pas ses menaces de mort à exécution et libèrera Guillaume de Montferrat en juillet 1188.
  3. Grousset 1936, p. 128-130
  4. en tout cas beaucoup plus que la quarantaine demandée aux croisés.

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]