Chalkè

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La Chalkè et le Grand Palais de Constantinople.

La Chalkè (en grec byzantin Χαλκῆ Πύλη/ chalkê, «Porte de Bronze») désigne la porte principale du Grand Palais à Constantinople, qui doit son nom aux vantaux de bronze du portail ou, s'il faut en croire Cedrenus, aux tuiles de bronze doré du toit. Ce vestibule monumental s'ouvrait à l'extrémité de la Via Regia, prolongeant la Mésé après le Milion jusqu'au palais impérial et au Sénat. Sa position exacte n'est pas connue avec certitude et varie selon les reconstructions hypothétiques du Grand Palais effectuées par les historiens.

Le complexe originel remontait à Anastase Ier et fut brûlé lors de la sédition Nika en 532. Justinien reconstruisit le vestibule monumental sous la forme d'une structure rectangulaire surmontée d'une coupole soutenue par quatre piliers engagés, décorée par des mosaïques figurées, dont Procope de Césarée donne la description[1] : les victoires de Bélisaire sur les Vandales en Afrique et les Goths en Italie, le retour triomphal de Bélisaire à Constantinople devant le couple impérial de Justinien et Théodora.

La Chalkè joua un rôle symbolique important pendant la période iconoclaste en raison de l'icône du Christ Chalkitès qui en ornait la façade. La destruction de cette icône aurait en effet été la première application de la doctrine impériale iconoclaste sous le règne de Léon III en 726[2] ou 730[3]. Néanmoins, les historiens actuels mettent fortement en doute la réalité de cet épisode[4] : la Chalkè était à l'époque décorée d'une abondante statuaire et d'une croix, mais sans icône du Christ[5] ; l'épisode a été inventé ou déformé par les auteurs du début du IXe siècle. À la suite du premier rétablissement du culte des icônes, c'est l'impératrice Irène qui fit placer une icône sur la Chalkè (et non pas restaurer) vers 787, mais elle fut détruite lors du second iconoclasme, sous le règne de Léon V. Finalement, après le triomphe de l'orthodoxie en 843, le peintre Lazaros la restaura définitivement.

Parallèlement, la Chalkè perd graduellement de l'importance au sein du complexe palatial à mesure que le centre de gravité de ce dernier se déplace vers le Sud-Est avec les nouvelles campagnes successives d'agrandissement. Dès le VIIe siècle ou le VIIIe siècle, la Chalkè devient une prison, avant d'être partiellement restaurée sous Basile Ier qui en fait un tribunal[6]. La construction par Nicéphore II Phocas d'une nouvelle enceinte restreinte du Grand Palais achève d'en diminuer la fonction de vestibule principal.

Romain Ier fit construire une petite chapelle dédiée au Christ Chalkitès tout contre la Chalkè, et Jean Ier Tzimiskès la fit agrandir et s'y fit inhumer[7].

Les portes de la Chalkè furent dépouillées de leur bronze par Isaac II Ange et l'édifice lui-même cesse d'être mentionné après 1200.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Alexander Kazhdan (dir.), The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press,‎ 1991, 3 vols. (ISBN 0195046528), vol.1, p. 410, s. v. Chalkè.
  • Cyril Mango, The Brazen House : A Study of the Vestibule of the Imperial Palace of Constantinople, Copenhague, 1959.

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Procope, De Aedificiis, I. x. 12-19.
  2. Théophane le Confesseur, 404-405.
  3. Vie de saint Étienne le Jeune, PG 100, 1085C.
  4. Voir Michel Kaplan, La chrétienté byzantine du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle, SEDES, 1997, p. 50-51.
  5. Description dans la lettre du patriarche Germain Ier à l'évêque Thomas de Claudiopolis, datant de 725/730.
  6. Théophane continué, 259.
  7. Mango [1959], p. 149.