Didymotique

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Didymotique
(el) Διδυμότειχο
Image illustrative de l'article Didymotique
Administration
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Périphérie Macédoine-Orientale-et-Thrace
District régional Évros
Dème Didymotique
Démographie
Population 8 903 hab. (2010)
Géographie
Coordonnées 41° 20′ 53″ N 26° 29′ 46″ E / 41.3480556, 26.4961111 ()41° 20′ 53″ Nord 26° 29′ 46″ Est / 41.3480556, 26.4961111 ()  
Altitude 33 m
Localisation

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Didymotique

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Didymotique (en grec moderne, Διδυμότειχο, Didymóticho), est une ville de Thrace, située au nord-est de la Grèce dans le district régional (préfecture) d'Évros. Le nom peut être romanisé de plusieurs façons et plusieurs graphies sont donc utilisées. Elle est appelée en turc Dimetoka, en bulgare Димотика, et Le Dimot par les auteurs français du Moyen Âge. La ville elle-même compte environ 9 000 habitants et l’ensemble de l’agglomération 23 380. Elle doit son nom au double mur (en grec didymos tichos – δίδυμος τείχος, lit. « mur jumeau ») qui avait été érigé pour la défense de la ville et qui existe encore partiellement.

Géographie[modifier | modifier le code]

Didymotique est située dans la plaine de l’Évros sur la rive nord de la rivière Erythropotamos (en bulgare Luda Reka) laquelle se jette dans la Maritsa, aussi appelée Évros, à environ trois kilomètres au sud-est du centre de la ville. L’Évros forme la frontière est de la commune et, en même temps, la frontière avec la Turquie ; sa contrepartie du côté turc est la commune d’Uzunköprü. À l’ouest, la frontière bulgare la sépare de la commune d’Oblast Chaskowo. En Grèce, les communes voisines sont Orestiada au nord et Soufli au sud. Didymotique est située à environ 100 kilomètres au nord d’Alexandroupolis sur la mer Égée et à 50 kilomètres au sud d’Édirne.

Histoire[modifier | modifier le code]

La période byzantine[modifier | modifier le code]

Les fouilles archéologiques font remonter la fondation de la ville au VIIe siècle après Jésus-Christ. Elle vit naitre les empereurs byzantins Jean III Doukas Vatatzès, Jean V Paléologue et Basile II. Ce dernier, aussi appelé le tueur de Bulgares, y établit son quartier général et en fit le centre de sa politique d’annexion contre le premier empire bulgare [1]. C’est là que Basile exila Bardas Skleros et sa famille après que celui-ci eut fait sa soumission en 989, dans l’espoir que ce dernier participerait à la lutte contre les Bulgares[2]. Son premier évêque connu, Nicéphore, participa au concile de 879[3].

Le déclin de l’empire byzantin signifia aussi le déclin de la ville. Les troisième, quatrième et cinquième croisades affaiblirent Byzance et firent de la ville une proie convoitée par les nombreux ennemis de l’empire. Didymotique, souffrit de ces croisades et des destructions qui accompagnèrent le passage de conquérants comme Frédéric Barberousse. Elle devait toutefois demeurer une ville impériale d’importance[4].

Jean VI Cantacuzène
Jean VI Cantacuzène fit de Didymotique son quartier général avant de partir à la conquête de Constantinople. Traités théologiques de Jean VI Cantacuzène, BNF Gr.1242

L’évêque de Didymotique fut élevé au rang d’archevêque au XIIe siècle et de métropolite au XIIIe. De 1204 à 1206, Didymotique servit de résidence au patriarche Jean X Kamateros et devint un centre de résistance religieux contre le patriarcat latin de Constantinople[3]. Pour sa part, l’aristocratie rurale byzantine de Thrace d’abord bien disposée à l’égard des conquérants finit par se rebeller contre leur arrogance et appela à l’aide le tsar bulgare Kalojan, lui proposant la couronne impériale en retour de son aide. Kalojan répondit à leur appel et pénétra en Thrace, mettant le siège devant Didymotique dont il s’empara en juin 1206. Toutefois, les Latins parvinrent à reprendre la ville[5].

Successeur de Byzance, l’empire de Nicée avait été fondé par Théodore Lascaris. Ce n’était alors qu’une petite puissance en Anatolie. Il appartint au successeur de Théodore, Jean III Doukas Vatatzès, né à Didymotique vers 1192, de reprendre pied en Europe, d’envoyer ses troupes en Thrace et de reprendre Andrinople. Constantinople fut reconquise par les Byzantins en 1261. Toutefois, l’armée byzantine composée en grande partie d’étrangers n’était pas de taille à lutter contre le nouveau péril turc et Byzance dut faire appel à la compagnie catalane de Roger de Flore pour aider les forces impériales à lutter contre les Turcs. Celui-ci fut assassiné en 1305 dans le palais du coempereur Michel IX et une guerre ouverte éclata entre les anciens alliés. C’est à Didymotique que l’héritier de la couronne alla se réfugier pour défendre les principales villes de Thrace contre les Catalans [6],[7]. Ce fut le début d’une nouvelle période pour Didymotique. Au fur et à mesure que les Turcs avançaient en Anatolie et privaient Constantinople de son approvisionnement en blé, la Thrace prenait le relais et Didymotique devint, sous les Paléologues, la deuxième ville en importance de l’empire.

À la mort d’Andronic III, Jean Cantacuzène, ami de longue date de l’empereur qui aurait aimé en faire son coempereur, prit charge du gouvernement et partit combattre les pirates turcs qui avaient attaqué la Thrace. Il réussit à se rallier les barons latins du Péloponnèse qui firent leur soumission à Didymotique dont Jean Cantacuzène avait fait son quartier général. Accusé d’usurpation par l’impératrice mère Jeanne de Savoie et le patriarche Alexis Apokaukos, il y fut proclamé empereur par ses partisans le 27 octobre 1341. Ce fut le début de la deuxième guerre civile de Byzance qui devait durer six ans, pendant laquelle Didymotique tomba aux mains du roi des Serbes, allié de la régence de l’impératrice-mère et du patriarche. En 1343, Cantacuzène put reprendre Didymotique et se diriger vers Constantinople où il entra le 3 février 1347[8],[9],[10].

Profitant des dissensions existant au sein de la maison des Paléologues, les Turcs ottomans continuèrent leur avancée et, après s’être emparé de Gallipoli, Soliman Pacha, fils d'Orhan, passa en Europe allant à la conquête des pays balkaniques[11]. En 1359, ses troupes se trouvaient devant Constantinople. D’après l’écrivain italien Matteo Villani, elles auraient conquis Didymotique une première fois la même année, puis définitivement en 1361[12], alors qu’elle remplaça temporairement Bursa comme résidence du sultanat. Didymotique devenait ainsi et jusqu’en 1366 la première capitale de l’empire ottoman en Europe[13].

La période ottomane[modifier | modifier le code]

sultan Orhan Ier
Le sultan Orhan Ier Ghazi.Son fils, Soliman Pacha, commença la conquête de l'Europe pour les Ottoman

Du XIVe au XVIe siècle, les Ottomans imposèrent leur domination sur la quasi-totalité des Balkans[14]. C’est pendant cette période que Charles XII, alors roi de Suède se lança dans une campagne de Russie qui tourna au désastre. Ayant fui vers l’empire ottoman, il fut d’abord bien accueilli par le sultan Ahmed III, mais lassa vite ses hôtes en raison des frais qu’occasionnait son « séjour ». Fait prisonnier par les janissaires, il fut conduit en détention à Didymotique en novembre 1713 où il demeura quelques années jusqu’à son transfert à Constantinople[15].

Didymotique fit partie de l’empire ottoman jusqu’en 1912 avant d’être prise d’assaut par les troupes bulgares durant la Première Guerre balkanique et cédée par la suite à la Bulgarie. Lorsque la Deuxième Guerre balkanique éclata, les troupes bulgares furent défaites. En raison de la menace d’annexion à la Bulgarie, un mouvement de résistance se forma en Thrace occidentale où les quelque 185 000 habitants d’origine turco-musulmane formaient la majorité[16]. Cette résistance conduisit à la création d’un gouvernement de Thrace occidentale.

À l’issue de cette guerre, la Bulgarie perdit la plupart des territoires qu'elle avait conquis lors de la Première Guerre balkanique dont la Dobroudja du Sud cédée à la Roumanie, la plus grande partie de la Macédoine et la Thrace orientale rendue à l'Empire Ottoman. Mais en 1915, l’empire ottoman céda la ville aux Bulgares afin d’encourager ceux-ci à entrer à ses côtés dans la Première Guerre mondiale. Après la défaite de 1919, la Bulgarie dut céder définitivement la Thrace occidentale, y compris Didymotique à la Grèce. À la suite d’un échange de population, 53 000 Bulgares quittèrent la Grèce et 46 000 Grecs la Bulgarie [17].

De nos jours[modifier | modifier le code]

Les débordements de l'Évros (Maritsa) en 2005 causèrent des dommages considérables
Le dème de Didymotique suite à la réforme Kallikratis (2010)

Didymotique et la préfecture de l’Évros demeurèrent une enclave grecque pendant la Seconde Guerre mondiale, même si la partie occidentale de l’Évros appartenant au territoire de Thrace fut annexé par l’Allemagne de 1941 à 1944, contrairement à la Thrace occidentale et à la Macédoine orientale qui furent gouvernées conjointement par l’Allemagne et la Bulgarie sous occupation militaire allemande.

Le 17 mars 2005, des pluies abondantes causèrent un débordement de l’Évros qui se traduisit par une inondation de la ville et de la région avoisinante. Les eaux commencèrent lentement à reculer à partir du 4 mars, laissant derrière elles des dégâts considérables. Les liaisons ferroviaires furent interrompues pendant plusieurs mois. L’État dut mettre en œuvre des programmes d’aide d’urgence pour venir en aide à la population.

En 2010, conformément au programme Kallikratis la commune voisine de Metaxades fut intégrée à celle de Didymotique.

Attractions touristiques[modifier | modifier le code]

mosquée Çelebi-Sultan-Mehmed
La mosquée Çelebi-Sultan-Mehmed

Entre la gare de la ville, l’Erythropotamos et l’Évros on trouve l’Agia Petra. Les fouilles ont permis d’établir qu’il s’agit des ruines de l’antique Plotinoupolis, ville fondée par l’empereur romain Trajan qui lui avait donné le nom de sa femme, Plotina. On peut encore visiter les ruines de ce site antique. Les fouilles se poursuivent et les artefacts seront exposés au musée archéologique de Komotini.

À l’intérieur des murs de la ville se trouve la vieille ville. On peut y voir l’église de sainte Catherine de même que l’église historique de saint Georges Palaeokastritis où fut couronné Jean VI Cantacuzène. On trouve également dans les environs une caverne rocheuse encadrée par les murs d’enceinte byzantins. Deux cavernes près de l’église de saint Athanase auraient servi, selon la légende, de prison à Charles XII de Suède.

La mosquée Çelebi-sultan-Mehmed[18], dont la construction fut commencée sous Murad Ier (1326-1389) et terminée sous Bajazet (1347-1402), est considérée comme la plus vieille mosquée d’Europe. Elle fut construite alors que la ville servait temporairement de résidence au sultan. Elle dépasse en ancienneté celles d’Andrinople et de Constantinople et est présentement en reconstruction.

On pourra également visiter le complexe des bains turcs, mieux connu par les habitants de l’endroit comme « les bains de l’amour » ainsi que le musée ethnologique érigé en 1973 par le corps enseignant de la ville. Le musée militaire, autre musée municipal, attire de nombreux curieux en particulier les militaires grecs stationnés dans les environs. Sur les collines au sud de la ville se trouve la forêt de Tsingla qui sert de lieu de villégiature et d’excursions pour la population locale.

Économie et infrastructure[modifier | modifier le code]

L’agriculture est la principale source de revenus des habitants. Les principales cultures sont le coton et le maïs. L’industrie laitière est source de nombreux emplois en raison de la présence au nord de la ville d’une importante laiterie. Les soldats et officiers de l’armée grecque qui sont stationnés dans les environs contribuent au chiffre d’affaires des commerçants locaux. On trouve également à Didymotique une école d’administration pour les fonctionnaires de l’État de même qu’un hôpital d’État. Sur le plan religieux, la ville est le siège du métropolite de la région. La commune abrite aussi une école de formation pour les agents de la paix. La route nationale 51, construite il y a quelques années, est la voie de communication principale de la ville et relie celle-ci aux autoroutes « Egnatia Odos » au sud et « Orestiada » au nord. Une voie ferrée relie la ville aux principaux centres du pays. La compagnie de chemin de fer s’emploie à moderniser ce trajet qui est utilisé par les recrues et soldats qui viennent dans la préfecture y accomplir leur service militaire. De nombreux cars effectuent quotidiennement la liaison avec la Macédoine et l’Attique.

Dans les environs[modifier | modifier le code]

Au village de Pythio se trouve l’ancienne voie de passage des chemins de fer entre la Turquie et la Grèce. Les Byzantins appelaient l’endroit Empythion. Aux abords du village s’élève une ancienne forteresse byzantine datant du XIVe siècle. En excellent état de conservation, cette forteresse où on gardait le Trésor public, constitue un bon exemple de l’architecture militaire des dernières années de l’empire byzantin. Sur la route conduisant au village voisin de Rigio on peut voir deux tombes datant du IVe siècle avant Jésus-Christ, vestige probable de l’ancienne civilisation thrace.

Le village de Sofiko (en grec Σοφικό), fut fondé par des réfugiés des villages de Kosti, Lala et Megalo Zaloufi lesquels, depuis 1922, appartiennent à la Turquie. Après leur destruction au cours de la guerre entre les deux pays (1919-1922), les habitants s’installèrent sur la rive grecque de l’Évros où ils appelèrent leur village Souflari. Après plusieurs débordements du fleuve, les habitants se déplacèrent vers l’amont et fondèrent ce qui est aujourd’hui Sofiko. Celui-ci comprend de nos jours deux composantes, Kosti et Lilion; bien qu’ayant à peine mille habitants, c’est l’un des plus gros villages de la commune. Il est situé sur la côte fertile de l’Évros et l’agriculture est la source principale de revenus pour ses habitants. Le village compte trois églises dont la plus importante est celle de saint Dimitri. Près du terrain de sport qui abrite l’association « Orfeas », fut inaugurée en 1994 la petite chapelle de Panagia Sofikiotissa. Depuis 2008, la frontière Est de la commune s’orne d’une nouvelle église de style méditerranéen. Le village possède sa propre sortie sur la route nationale 51. L’émigration des villages de la commune a fait en sorte que quelque 900 anciens habitants de Sofiko habitent maintenant à l’étranger. L’immigration est toutefois en régression et touche surtout les villes des environs comme Orestiada et Didymotique.

Les autres villages de la commune sont Rigio, Asimenio, Thyrea, Ellinochori, Lagos, Koufovouno, Mani, Sitohori, Aswestades, Isakio, Petrades et Prangi dont le nombre d’habitants est en régression comme ailleurs dans la commune.

Dans le village de Koufovouno on peut visiter une caverne, du nom de Vouvas, qui fut découverte en 1962 et où on peut voir des stalactites et des stalagmites dans un puits de 30 mètres de haut.

Dans le village d’Ellinochori on a trouvé des pièces de monnaie d’argent datant du Ve siècle.

Démographie[modifier | modifier le code]

Elle compte 19 000 habitants en 2001.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ostrogorsky (1983), pp. 334-335.
  2. Treadgold (1997), p. 571.
  3. a et b Kazhdan (1991), « Didymoteichon » p. 620.
  4. Ostrogorsky (1983), p. 429.
  5. Ostrogorsky (1983), p. 449.
  6. Ostrogorsky (1983), pp 515-516.
  7. Nicol (2005), p. 155.
  8. Ostrogorsky (1993), pp 535-539.
  9. Treadgold (1997), pp. 764-771.
  10. Nicol (2005), p. 214, 218, 221-223.
  11. Ostrogorsky (1983), p. 558.
  12. Ostrogorsky (1983), p. 558, note 3 fait état de l’incertitude concernant cette première prise de la ville.
  13. Nicol (2008), p. 60.
  14. voir Mantran (1989) pp. 289-296.
  15. « Charles XII de Suède », Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_XII_de_Su%C3%A8de, consulté le 7 juin 2012.
  16. Katrin Boeckh Von den Balkankriegen zum Ersten Weltkrieg, p.77.
  17. Department of States, International Boundary Study, No. 56 – October 1, 1965, Bulgaria – Greece, p. 9.
  18. Pour une description, consulter : http://archnet.org/library/sites/one-site.jsp?site_id=9402.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Ph. A. Giannopoulos, Didymotehichon : Geschichte einer byzantinischen Festung, Cologne 1975.
  • A. P. Kazhdan (ed.). The Oxford Dictionary of Byzantium. 3 vol. New York, Oxford, Oxford University Press, 1991. ISBN 0-19-504652-8.
  • Angeliki Laiou et Cécile Morrisson (dir.). Le Monde byzantin, III, L’Empire grec et ses voisins, XIIIe-XVe siècle. Paris, Presses universitaires de France, col. Nouvelle Clio, 2011. ISBN 978-2-13-052008-5
  • Robert Mantran (dir.). Histoire de l’empire ottoman. Paris, Fayard, 1989. ISBN 978-2-213-01956-7.
  • Donald M. Nicol. Les derniers siècles de Byzance, 1261-1453. Paris, Les belles lettres, 2005. ISBN 2-251-38074-4.
  • David Nicolle. Die Osmanen – 600 Jahre islamisches Weltreich. Tosa Verlag, Vienne, 2008. ISBN 978-3-85003-219-3.
  • Georges Ostrogorsky. Histoire de l’État byzantin. Paris, Payot, 1956, 1983. ISBN 2-228-07061-0.
  • Warren Treadgold. History of the Byzantine State and Society. Stanford, Stanford University Press, 1997. ISBN 0-8047-2630-2.