Massacre des Latins de Constantinople

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Le massacre des Latins de Constantinople a lieu en avril-mai 1182 et a fait beaucoup de victimes parmi les habitants de Constantinople originaires d’Occident.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Durant le dernier quart du XIIe siècle, les inimitiés entre Grecs et Latins ne font que croître. Manuel Ier Comnène avait pourtant initié une politique d’ouverture avec les Occidentaux. Mais les rancœurs et haines entre les deux populations ne s’apaisent pas et on voit ainsi fleurir une littérature anti-latine chez les Grecs tandis que les chroniqueurs latins brocardent la pusillanimité des Grecs.

Les concessions commerciales accordées par Manuel Ier Comnène aux puissances maritimes italiennes (Venise, Gênes et Pise) sont importantes et pour tenter de regagner les revenus du commerce perdus par ces concessions, Manuel de jouer les unes contre les autres. Dans sa stratégie, il fait arrêter près de dix mille Vénitiens de Constantinople le 12 mars 1171 et fait confisquer leurs biens.

Après la mort de Manuel Comnène, Constantinople est sous la coupe de Marie d’Antioche, régente de son fils Alexis II Comnène, tous deux ayant une politique pro-occidentale affirmée. C’est ainsi un véritable parti latin qui règne au palais impérial, soutenu par les Occidentaux à Constantinople.

La population, excédée des faveurs obtenues par les Latins et surtout du contrôle qu’exercent les Vénitiens sur l’économie, soutient Marie Comnène, fille de Manuel et véritable porphyrogénète, et son mari Rénier de Montferrat. Marie et Reinier tentent un premier complot, mais celui-ci échoue et ils sont forcés de trouver refuge dans Sainte-Sophie. Le protosébaste Alexis viole alors l’asile accordé par le sanctuaire et Marie d’Antioche est forcée de leur pardonner sous la pression populaire[1].

Dans le même temps, Andronic Comnène, neveu de Jean II Comnène, décide de revenir d’exil et demande la destitution du protosébaste Alexis Comnène. Au printemps, il réunit une armée et est victorieux à la bataille de Nicomédie. Il se lance ensuite sur Constantinople à marche forcée en avril 1182.

L’arrivée d’Andronic à Constantinople sonne le début du massacre.

Le massacre[modifier | modifier le code]

Les Grecs de Constantinople se jettent sur les Latins et les massacrent. Edward Gibbon écrit ainsi :

« Le peuple courut aux armes ; des côtes de l’Asie le tyran envoya ses troupes et ses galères seconder la vengeance nationale ; et la résistance impuissante des étrangers ne servit qu’à motiver et redoubler la fureur des leurs assassins. Ni l’âge, ni le sexe, ni les liens de l’amitié ou de la parenté ne purent sauver les victimes dévouées de la haine, de l’avarice et du fanastisme. Les Latins furent massacrés dans les rues et dans leurs maisons ; leur quartier fut réduit en cendres ; on brûla les ecclésiastiques dans leurs églises, et les malades dans leurs hôpitaux.

On peut se faire une idée du carnage par l’acte de clémence qui le termina : on vendit aux Turcs quatre mille chrétiens qui survivaient à la proscription générale. Les prêtres et les moines se montraient les plus actifs et les plus acharnés à la destruction des schismatiques ; ils chantèrent pieusement un Te Deum lorsque la tête d’un cardinal romain, légat du pape, eut été séparée de son corps, attachée à la queue d’un chien, et traînée, avec des railleries féroces, à travers les rues de la ville[2]. »

Les Latins qui ont pu s’échapper peu avant le massacre attaquent et pillent les côtes qu’ils longent en retournant en Occident.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Plus aucune résistance ne se met en travers de la route d’Andronic, il entre dans Constantinople soutenu par la foule et procède à l’élimination de ses rivaux. Le protosébaste Alexis est jeté en prison et énucléé ; Le jeune empereur et sa mère sont conduits dans la villa impériale de Philopation[3] ; Marie Comnène et son mari connaissent une mort mystérieuse, ils ont certainement été empoisonnés. Marie d’Antioche est condamnée à la strangulation et son fils forcé de signer la condamnation[1]. En septembre 1183, Andronic est fait coempereur, en novembre Alexis est assassiné, étranglé par une corde d’arc. Andronic, seul empereur à présent et âgé de soixante-quatre ans, épouse la veuve d’Alexis, Agnès de France, âgée de douze ans.

En 1185, les Occidentaux se vengeront en aidant les Normands de Sicile à s’emparer de Dyrrachium et Thessalonique — ce qui provoquera la chute d’Andronic devant l’incurie de l’armée byzantine et son imprévoyance. L’inimitié et la haine des Occidentaux pour les Grecs trouvera ensuite son point culminant dans le détournement de la Quatrième croisade — voulu en particulier par les Vénitiens — et la conquête de Constantinople par les Latins.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Steven Runciman, Histoire des Croisades,‎ 1951 [détail de l’édition], livre V, chapitre I
  2. Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain [détail des éditions], chapitre LX
  3. John Julius Norwich (trad. Dominique Peters), Histoire de Byzance (330-1453), Paris, Librairie Académique Perrin,‎ 1998 (1re éd. 1999) [détail des éditions] (ISBN 2-262-01333-0), chapitre 22