Électrum

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Trité (tiers de statère lydien en électrum (début du VIe siècle av. J.-C.)

L’électrum est un alliage composé d'or et d'argent rencontré à l'état naturel dans des proportions variables. En numismatique et en histoire de l'art, le terme désigne également un alliage artificiel. Très prisé pendant l'Antiquité, il a servi pour frapper monnaie en Lydie et en Grèce. Les Égyptiens s'en servaient pour décorer leurs bijoux, leurs armes, leurs objets funéraires ou leurs statues, mais aussi le sommet des obélisques et des pyramides.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot dérive du grec ἤλεκτρον / ēlektron, lui-même dérivé de ἠλέκτωρ / ēlektōr, « brillant », qualificatif du soleil et épithète d'Hypérion[1]. En grec classique le mot désigne presque toujours l'ambre, dont les propriétés ont donné les mots français électricité et électron[2]. En latin, le terme désigne l'alliage que les Grecs appellent plus couramment « or blanc » (λευκὸς χρυσός / leukhos khrusos). Ainsi, Pline l'Ancien explique que « tout or contient de l'argent en quantité variable (…) lorsque la proportion d'argent est d'un cinquième, le métal s'appelle “électrum”. On en trouve des paillettes dans l'or en filon. On fait aussi de l'électrum artificiel en ajoutant de l'argent à l'or[3]. »

Monnaie[modifier | modifier le code]

L'électrum a été utilisé dans l'Antiquité pour frapper les premières monnaies. Les sources littéraires montrent que les Lydiens, fréquemment présentés comme les inventeurs de la monnaie[4], disposaient grâce au fleuve Pactole d'une source d'or naturel[5]. Les fouilles américaines à Sardes ont confirmé l'existence d'une métallurgie de l'or et de l'argent : elles ont mis au jour des installations permettant d'obtenir par coupellation de l'électrum à partir des pépites d'or locales[6]. Les résidus de métaux retrouvés sur des tessons de céramique se sont également avérés être de l'or et de l'électrum. L'analyse par activation neutronique d'un échantillon provenant du Pactole montre une composition métallique proche de celle des résidus de l'atelier de Sardes[7].

Les Gaulois ont aussi utilisé cet alliage, comme le montre le trésor de Laniscat dans les Côtes-d'Armor, qui comprend 545 monnaies en électrum.

Les systèmes monétaires anciens reposaient sur des poids de métaux et des rapports d'équivalence entre ces métaux. De par sa nature, l'électrum posait des problèmes de conversion, ce qui explique qu'il ne se soit pas vraiment répandu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) à l'article « ἠλέκτρωρ »
  2. L. Deroy et R. Halleux, « À propos du grec ἤλεκτρον 'ambre' et 'or blanc', Glotta 52 (1974), p. 36–52.
  3. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne] XXXIII, 17. Traduction d'Hubert Zehnacker, Belles Lettres, 1983.
  4. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], I ,94.
  5. Hérodote, V, 101. Cf. aussi Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne] XIII, 1, 23 et XIII, 4, 5.
  6. Hélène Nicolet-Pierre, Numismatique grecque, 2005, p. 124.
  7. Nicolet-Pierre, p. 125.