Domestication du cheval

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Cheval de Heck, reconstitution d'un Tarpan en Allemagne, que l'on croit phénotypiquement proche de l'ancêtre du cheval domestique.

La domestication du cheval est l'ensemble des processus de domestication qui conduisent l'homme à maîtriser puis à utiliser l'espèce equus caballus (le cheval) à son profit grâce au contrôle des naissances et à l'élevage de ces animaux pour la consommation, la guerre, le travail et le transport. De nombreuses théories sont proposées, tant en terme d'époque, de nombre de foyers de domestication, que de types, espèces ou sous-espèces de chevaux domestiqués. Les premiers essais d'apprivoisement de chevaux sont difficiles à dater, mais pourraient remonter au Paléolithique supérieur, 8000 ans avant notre ère. La première domestication prouvée remonte à -4500 dans les steppes au nord du Kazakhstan, parmi la culture Botaï. D'autres éléments en évoquent indépendamment dans la péninsule arabique et la péninsule ibérique. Les recherches précédentes évoquaient les steppes d'Asie centrale, vers -4000 à -3500, comme foyer d'origine de la domestication du cheval.

L'origine du cheval domestique est longtemps étudiée par synapomorphie, en comparant des fossiles et squelettes. Les progrès de la génétique permettent désormais une autre approche, le nombre de gènes entre les différentes espèces d'équidés étant variable. La différentiation entre les espèces d’Equus laisse à penser que cette domestication est récente, et qu'elle concerne un nombre restreint d'étalons pour un grand nombre de juments, capturées à l'état sauvage afin de repeupler les élevages domestiques.

Les chevaux sont d'abord gardés comme « réserves de viande » et les juments sont traites pour leur lait. La domestication s'effectue par « degrés », un contrôle humain s'établissant sur les naissances, ce qui peut être détecté sur les squelettes déterrés grâce aux changements dans la taille. L'équitation et l'attelage arrivent plus tard, laissant des preuves sur le squelette et les dents. La présence d'armes, d'art, d'artefacts et de pratiques spirituelles en lien avec les chevaux influencent le mode de vie des sociétés humaines. À la fin de l'époque préhistorique, la possession d'un cheval est indissociable d'une notion de pouvoir. Elle entraîne une modification dans l'Art et les rites, suivie d'une manifestation de supériorité chez les peuples maîtrisant cet animal. L'utilisation de chevaux se répand rapidement à travers l'Eurasie pour le transport, les travaux agricoles et la guerre. L'utilisation du cheval impacte considérablement l'histoire et les progrès de l'humanité, en permettant l'essor des civilisations et du commerce sur de vastes territoires.

Cet article traite que de la domestication et de l'utilisation du cheval durant la protohistoire. L'article « Cheval dans l'Antiquité » est un complément encyclopédique à ce sujet.

Sommaire

[modifier] Précurseurs

Les peintures pariétales de la grotte Chauvet donnent de précieuses indications sur le type de cheval sauvage que chassaient et côtoyaient les hommes préhistoriques.

Le cheval connaît une longue évolution, qui le voit s'adapter aux terrains de type steppe et aux prairies. Les hommes préhistoriques côtoient ces animaux, très abondants avant la dernière période interglaciaire, il y a environ 12 000 ans. Le cheval se raréfie avec la disparition des prairies au profit des forêts, induite par le réchauffement du climat. Il est chassé, consommé, peint et présent dans les cultes humains avant toute domestication.

[modifier] Origine génétique et histoire évolutive

Article connexe : Génomique de la domestication.

Une étude sur l'ADN mitochondrial (ADNmt) des équidés, effectuée sur des fossiles vieux de 53 000 ans jusqu'aux chevaux contemporains[1], place tous les équidés en un seul clade, ou groupe descendant d'un ancêtre commun, et comportant trois espèces génétiquement divergentes : l'Hippidion, l’Equus francisci, et le « cheval vrai ». Ce dernier se rencontre de l'Europe occidentale jusqu'à l'Est du détroit de Béring, incluant les chevaux préhistoriques et le cheval de Przewalski, ainsi que l'ancêtre du cheval domestique, appartenant à une seule espèce holarctique[1]. Une analyse plus détaillée des chevaux vrais les regroupe en deux clades majeurs. L'un de ces clades, qui semble limité à l'Amérique du Nord, est maintenant éteint. L'autre clade gagne un vaste territoire allant de l'Amérique du Nord à l'Europe centrale, au nord et au sud des calottes glaciaires du Pléistocène[1].

Durant l'holocène, il y a environ 10 000 ans, le climat mondial se réchauffe et les forêts remplacent les prairies, ce qui tend à réduire l'habitat des chevaux[2]. Bon nombre de sous-espèces chevalines supposées meurent au cours de ces changements climatiques rapides, associés à la fin de la dernière période glaciaire, ou alors sont chassées par les humains, en particulier en Amérique du Nord où le cheval s'éteint complètement[3]. Il disparaît de la région de Béring voici 14 200 ans, et dans le reste du continent américain voici environ 10 000 ans[4],[5]. Ce clade survit en Eurasie, tous les chevaux domestiques semblent en être issus[1]. Les chevaux montrent peu de  structure phylogéographique  ⇔  merci d’apporter votre expertise, et de préciser, ce qui reflète probablement leur degré élevé de mobilité et d'adaptabilité[1]. Leur morphologie évolue pour s'adapter à leur environnement : ils gagnent ou perdent en taille selon que les conditions climatiques sont favorables ou défavorables, ont des sabots plus étroits si le sol est dur, le museau court si le climat est froid, des os légers si le climat est sec, etc[6]. Des conditions climatiques similaires tendent à donner des chevaux semblables[7].

[modifier] Interactions avec les humains

Tête de cheval du magdalénien.

Le cheval n'est pas la première espèce domestiquée par l'homme, celle-ci intervenant plus tard que chez le chien, le mouton, l'âne, le porc ou encore le bœuf[8]. En raison de la domestication de ces animaux dans des foyers uniques, une opinion populaire tend à placer la domestication du cheval dans un foyer unique des steppes d’Asie centrale il y a 10 000 ans. Elle est vraisemblablement plus tardive[9].

[modifier] Chasse

Les chevaux sauvages de l'ère glaciaire, très abondants grâce à la présence de vastes prairies dégagées, sont chassés en Europe, dans les steppes eurasiennes et en Amérique du Nord par les premiers humains modernes. Ils sont ensuite consommés, comme source de protéines. Ce rapport proie-prédateur marque la plus grande partie de l'histoire commune de l'homme et du cheval[10],[11]. Attestée dès le Paléolithique inférieur, l'hippophagie est l'un des premiers modes d'alimentation carnée de l'homme[12]. Le cheval est très consommé au paléolithique supérieur, la découverte d'ossements sur de nombreux sites archéologiques (en Palestine par exemple) ainsi que l'art préhistorique le prouvent. De nombreux sites de tuerie existent, et les peintures rupestres en Europe indiquent à quoi ces animaux ressemblent[13].

[modifier] Culture préhistorique

Les équidés sont représentés et privilégiés dans l'art dès le XXXVe millénaire av. J.-C., bien avant leur domestication[14], en particulier au sud-ouest de l'Europe, vers Lascaux et Altamira[15]. Ils sont présents dans les pratiques les plus diverses, du culte des morts aux peintures de la grotte Chauvet, ou encore celles de Lascaux[16]. Le cheval pourrait de ce fait avoir eu très tôt une place symbolique de premier plan, puisqu'il est l'animal le plus représenté dans l'art préhistorique[17]. Représenter le cheval davantage que d'autres animaux tout aussi (sinon plus) abondants est un choix pour les hommes préhistoriques. En l'absence de preuves concernant les raisons de ce choix, bon nombre d'interprétations sont proposées, de l'animal symbole de pouvoir[18] au rituel de chasse, en passant par des représentations chamaniques, selon la théorie de Jean Clottes reprise par Marc-André Wagner[19]. Quoi qu'il en soit, les chevaux revêtent très probablement une « fonction métaphysique ou symbolique », André Leroi-Gourhan évoquant une possible expression de dualisme sexuel, le cheval étant vu comme un animal masculin car vif et rapide. Annette Laming-Emperaire y voit au contraire un animal féminin[15].

[modifier] Apprivoisement et proto-élevage

Un différend existe parmi les spécialistes au sujet de la définition de la domestication, une théorie suggérant qu'elle doit inclure des changements physiologiques associés à un élevage sélectif en captivité, et pas seulement un « apprivoisement ». Les peuples traditionnels (type chasseurs-cueilleurs) ont systématiquement apprivoisé des animaux issus d'espèces sauvages, généralement en élevant un bébé animal dont les parents ont été tués. Ces animaux ne sont pas nécessairement « domestiqués ».

Il n'est pas exclu que le cheval ait fait l'objet d'apprivoisements et d'un « proto-élevage » dès la fin du Paléolithique, ce qui expliquerait sa fréquence de représentation dans l'art[20]. Tous les équidés ayant disparu du continent américain à la fin de la dernière ère glaciaire, une question est de savoir pourquoi et comment les chevaux ont pu éviter ce sort sur ​​le continent eurasien. La domestication de l'espèce l'a peut-être sauvée de l'extinction[21]. Les conditions environnementales sont un peu plus favorables à la survie des équidés en Eurasie qu'en Amérique, mais les facteurs de stress conduisent à l'extinction du mammouth et ont un impact sur ​​les chevaux. Quelques 8000 ans avant notre ère, date approximative d'extinction des équidés dans les Amériques, l'homme d'Eurasie peut avoir commencé à garder et élever des chevaux en tant que source de nourriture. En les gardant ainsi en captivité, il pourrait avoir contribué à préserver l'espèce[21].

[modifier] Une réserve de viande

Article connexe : Hippophagie.

Les chevaux gardés en captivité ont vraisemblablement constitué en premier lieu une réserve de viande facilement accessible pour les hommes, la volonté d'obtenir une source de nourriture accessible est citée comme le premier motif amenant à leur domestication[22]. Les chevaux ont peut-être été considérés comme « du gibier noble », à moins que la consommation de leur viande revête une signification rituelle, celle d'une transmission des vertus de l'animal à qui en consomme, en lien avec le chamanisme. Les croyances religieuses vivaces, dont une preuve de pérennité est la présence de très nombreux cultes « païens » autour de la viande de cheval, en attestent[20].

[modifier] Une victoire sur les peurs

Jacques Bril dans Lilith, ou La mère obscure

La grande victoire que représente la domestication du cheval, au fond, n'est pas une victoire sur l'animal; elle est victoire sur la terreur qu'il a, du fond des âges, inspirée à l'homme[23].

L'aspect symbolique du cheval permet aussi de fournir une piste de réponse aux raisons de sa domestication. Sophie Bridier note le grand nombre de mythes et de légendes qui associent le cheval à la mort et au cauchemar, elle suppose que sa domestication est une manière de vaincre les peurs face à un animal de grande taille, imprévisible, rapide et au hennissement puissant, d'où peut-être l'expression de « plus belle conquête de l'homme »[24]. Le doctorant en littérature grecque Jacques Desautels rejoint cet avis puisqu'il note que les chevaux violents et nerveux sont qualifiés par les anciens Grecs de gorgos, soit « terrifiants, inquiétants, dont les yeux reflètent un éclat diabolique ». La violence et la puissance dont ces animaux peuvent faire preuve inquiète, et le mythe de Pégase renvoie aussi à l'apaisement d'un animal sauvage, terrifiant et violent[25].

[modifier] Socialisation des animaux

Un poulain de race konik, proche des chevaux primitifs.

Certains poulains ont pu être gardés comme des animaux domestiques, tandis que les chevaux adultes auraient été abattus pour leur viande. Les poulains sont relativement petits et faciles à manipuler. Grégaires, ils ont besoin de compagnie pour prospérer. Les données historiques et modernes montrent que les poulains peuvent se rapprocher des humains et d'autres animaux domestiques pour répondre à leurs besoins sociaux. Ainsi, la domestication a peut-être commencé avec de jeunes chevaux gardés comme animaux de compagnie sur une période de quelques années, précédant la grande découverte que ces animaux peuvent être montés et mis au travail. Les chevaux répondent aux six critères de Jared Diamond concernant le bétail domestiqué : ils ont une alimentation flexible, un taux de croissance raisonnablement rapide, la capacité à se reproduire en captivité, une disposition agréable, sont peu enclins à la panique et ont une hiérarchie sociale modifiable. On pourrait faire valoir qu'ils ont volontairement choisi de vivre en étroite proximité avec les humains[26]. Un autre avantage du cheval sur d'autres animaux domestiqués comme montures, tel que le renne, réside dans l'absence de migration saisonnière des troupeaux[16].

Les chercheurs se tournent aussi vers des exemples historiques afin de reconstituer la manière dont la domestication s'est produite. Par exemple, les Amérindiens ont commencé à capturer et monter des chevaux au XVIe siècle, mais la plupart des tribus n'ont pas exercé un contrôle important sur leur reproduction, les chevaux ont donc gardé un génotype et un phénotype adaptés aux différents biotopes dans lesquels ils ont été gardés par les hommes, les éloignant du résultat d'un élevage sélectif tel que défini par les normes modernes. Ils sont néanmoins « domestiqués ».

[modifier] Preuves archéologiques

Les artefacts anciens retrouvés lors de fouilles (ici, un mors en bronze daté du Ve siècle av. J.-C. et retrouvé à Deve Huyuk) attestent de la domestication du cheval.

La date de 4 000 ans avant J.-C. est reconnue comme la plus vraisemblable pour parler d'une véritable « domestication » du cheval, comprenant l'apparition d'usures dentaires liées au port du mors, des changements dans les pratiques d'abattage, dans l'économie humaine et les types de peuplement, des représentations de chevaux en tant que symboles de pouvoir grâce aux artefacts, et l'apparition d'ossements équins dans des tombes[27]. Les changements mesurables dans la taille et l'augmentation de la variabilité associés à la domestication se produisent plus tard, vers 2 500 à 2 000 ans av. J.-C., comme le prouvent les vestiges découverts sur le site de Csepel-Haros, en Hongrie, parmi la culture campaniforme[28].

Les preuves archéologiques de la domestication des chevaux consistent essentiellement en des vestiges d'animaux dans des tombes humaines, des changements dans l'âge et le sexe des chevaux abattus, l'apparition de corrals, d'équipements tels que le mors ou autres types de harnachements, des animaux enterrés avec un équipement qui leur est destiné (tel qu'un char), des représentations de chevaux montés, attelés ou mis au travail, ainsi qu'un symbolisme d'animal de pouvoir.

[modifier] Chars et chariots

Article connexe : Culture d'Andronovo.

L'une des moins anciennes, mais aussi des plus évidentes preuves de domestication provient de sites de fouilles d'où les ossements équins sont mêlés à des restes de chariots. 16 tombes de ce types appartiennent aux cultures de Sintashta et de Petrovka, dans les steppes près de l'Oural (une région partagée désormais entre le sud de la Russie et le nord du Kazakhstan). Le site de Petrovka est plus tardif que Sintashta, dont il est vraisemblablement issu. Les deux ensembles remontent à 2100-1700 ans avant notre ère[27],[29]. Quelques-unes de ces tombes contiennent les restes de huit chevaux sacrifiés, placés dans, au-dessus et à côté de la tombe.

Des traces d'utilisation de chariots funéraires se retrouvent dans la culture d'Andronovo, vers le IIe millénaire av. J.-C..

[modifier] Modifications du squelette

Squelette d'un cheval domestique.

Certains chercheurs ne considèrent pas un animal comme « domestiqué » avant qu'il ne montre des changements physiques associés à l'élevage sélectif, ou du moins avant qu'il ne soit né et ne grandisse entièrement en captivité : les animaux pris à l'état sauvage sont considérés comme « apprivoisés ».

Les premiers changements visibles sur les os équins remontent à 2 500 ans av. J.-C., dans l'Est de la Hongrie, et plus tard à l'âge du Bronze sur différents sites de steppes russes, en Espagne et en Europe de l'Est[28],[30]. Une augmentation de la variabilité s'observe, témoignant de soins humains prodigués à des chevaux plus grands ou plus petits que ceux qui vivent à l'état sauvage, ainsi qu'une diminution de la taille moyenne, reflétant sans doutes des restrictions alimentaires. Les populations de chevaux qui montrent cette combinaison de changements squelettiques sont probablement domestiqué. La plupart des données suggèrent que le contrôle humain se renforce nettement sur les chevaux environ 2 500 ans avant notre ère. Toutefois, plus récemment, des restes retrouvés dans un site du Kazakhstan présentent des membres plus minces, caractéristiques d'animaux parqués, à la date de 3500 ans avant notre ère[31].

[modifier] Usure des dents

La barre est ici bien visible, sur le crâne du cheval Condé.

La présence d'usure des dents suggère qu'un cheval a été monté ou conduit à la main en portant un mors. La première preuve provient d'un site du Kazakhstan, remontant à 3500 ans avant notre ère[31]. Les chevaux peuvent être montés et contrôlés sans mors, en utilisant une muserolle ou un hackamore, ces outils sont encore utilisés de nos jours. L'absence d'usure des dents du cheval n'est donc pas une preuve contre la domestication, ces matériaux ne produisent pas de changements physiologiques significatifs et ne sont pas susceptibles d'être conservés pendant des millénaires.

L'utilisation régulière d'un mors pour contrôler le cheval peut créer des facettes d'usure ou des biseaux sur les coins antérieurs de la deuxième prémolaire. La forme de la bouche du cheval fait que le mors est porté dans la « barre », un espace interdentaire entre les incisives (et éventuelles canines pour les étalons) et les prémolaires. Le mors doit être manipulé par un humain, le cheval peut aussi le déplacer avec sa langue, touchant ainsi ses dents. Ce port peut causer l'abrasion du bord antérieur des prémolaires si le cheval fait bouger le mors entre ses dents[32],[33], ou en raison de pressions de la part de l'homme qui tient l'animal en main.

Des expériences modernes ont montrées que les mors organiques, de corde ou de cuir, peuvent créer des usures importantes, et que les facettes de 3 ​​mm de profondeur ou plus ne figurent pas sur les prémolaires des chevaux sauvages[34]. D'autres chercheurs nuancent toutefois ces résultats[35].

[modifier] Corrals et enclos

Sandra Olsen, du Carnegie Museum of Natural History, a trouvé des couches de crottin de cheval jetées dans des fosses inutilisées[36]. La collecte et l'élimination du crottin de cheval laisse à penser que les animaux ont été confinés dans un corral ou autre enclos. Un corral, daté de 3000-3500 avant notre ère, a été identifié à Krasnyi Yar par un motif de trous dans des poteaux doublé d'une clôture circulaire, le sol à l'intérieur de la clôture recelant dix fois plus de phosphore que les sols extérieurs. Le phosphore peut indiquer des restes de fumier[37].

[modifier] Harnachement

Des objets en corne animale perforés, découverts à Dereivka et autres sites contemporains de Suvorovo, ont été identifiés comme faisant partie d'un mors[38]. Cette identification n'est plus largement acceptée, les objets en question n'ayant pas été retrouvés associés à des ossements de chevaux[39]. Cependant, grâce à des études d'usure microscopique, il a été établi que la plupart des outils en os retrouvés à Botaï ont été utilisés pour des lanières en cuir brut lisses. Des lanières de cuir brut aurait été utilisées pour la fabrication de cordons en cuir brut et de cordes, utiles pour le harnachement des chevaux[40]. Des objets similaires sont connus dans de nombreux foyers de la steppe, mais la façon dont ces lanières ont été utilisées reste peu claire. Les plus anciens artefacts clairement identifié comme étant des mors pour chevaux sont des bois de cervidés liés à l'invention du char, sur le site de Sintashta-Petrovka. Au Chalcolithique, des mors en bois de cerf sont employés dans la nécropole d'Ostorf, en Allemagne[41].

[modifier] Premiers foyers de domestication

Longtemps, les chevaux domestiques sont supposés originaires d'un unique foyer de domestication[42]. La Mongolie est citée au XIXe siècle en raison des traditions cavalières très anciennes des Mongols, et du cheval de Przewalski, l'Orient également du fait que les plus anciennes domestications de chèvres et de moutons y sont attestées, tout comme les traditions cavalières Arabes. Avec les découvertes sur la civilisation indo-européenne, de nouvelles hypothèses s'orientent vers les Kourganes, qui employaient l'animal en -2500[42]. Franz Hancar attribue au cheval domestique une origine européenne, en 1955.

Les multiples découvertes de nouveaux foyers de domestication, ainsi que les recherches génétiques de l'Université d'Exeter et de celle de Bristol, publiées sur Science et qui montrent la grande diversité génétique des chevaux actuels, suggèrent l'existence d'au moins trois foyers de domestication anciens[43], de types ou de sous-espèces de chevaux différentes, ou les deux. La domestication s'est vite répandue mais d'après Jared Diamond, elle a pu commencer chez une seule culture ayant transmis ses techniques et ses méthodes d'élevage aux autres[26]. Une étude d'ADN publiée en 2012 suggère que la domestication du cheval provienne de la partie occidentale des steppes eurasiennes[44]. La question de savoir si le cheval a été domestiqué en un unique lieu avant de voir son utilisation se répandre, où s'il l'a été indépendamment par différents peuples en différents lieux, est en partie résolue[45].

Sur une très longue période, les chevaux sauvages côtoient des animaux domestiqués. Les variations de l'ADN mitochondrial déterminent ce qu'on appelle l'haplogroupe, soit un groupe étroitement lié d'haplotypes qui partagent le même ancêtre commun. Chez les chevaux, sept haplogroupes principaux sont reconnus (AG), chacun avec plusieurs sous-groupes. Plusieurs haplogroupes sont inégaux dans leur distribution, ce qui indique l'ajout de juments locales sauvages au cheptel domestiqué[46],[45],[47] [48],[49]. L'un de ces haplotypes (Lusitanien groupe C) est exclusif à la péninsule ibérique, conduisant à l'hypothèse que la péninsule ibérique ou l'Afrique du Nord ont connu une domestication du cheval indépendante[47].

[modifier] Culture Botaï

Les steppes aux alentours de Kokshetau, au Kazakhstan, où la culture Botaï s'établit à l'époque de la domestication du cheval.
Article connexe : Culture Botaï.

La théorie la plus récente et la plus largement reconnue concernant le premier foyer de domestication du cheval le place à Akmola dans l'actuel Nord du Kazakhstan, au sein des chasseurs-cueilleurs de la culture Botaï, 4500 ans av. J.-C. environ[50],[51]. Vers la fin du IVe millénaire av. J.-C., le climat des steppes d'Asie centrale se fait plus humide et la végétation se diversifie. Selon les paléogéographes et pédologues, l'herbe atteint alors une hauteur de deux mètres, les steppes abritent des millions de chevaux.

Pour les chasser, les capturer et les garder, il est indispensable à l'homme de les monter[40],[52]. Cette nécessité explique une différence morphologique entre les chevaux sauvages et les domestiqués : selon le chercheur américain David Anthony, 10 % des dents de chevaux examinées portent des traces de mors en os ou en crin[53],[54]. La découverte, en 2006, de vestiges d'enclos renforce l’hypothèse. Autre preuve d'élevage, des traces de kumiz (lait de jument fermenté) sur des fragments de poterie vieux de 5600 ans environ[54].

Les sites de la culture Botaï n'ont pas révélés de présence de bétail ou de moutons, le seul autre animal domestiqué, en plus du cheval, est le chien. Les colonies comptent entre 50 et 150 maisons semi-souterraines, les dépôts d'ordures contiennent 65 à 99 % de restes de chevaux[31]. Des troupeaux entiers sont abattus par les chasseurs Botaï, apparemment grâce à l'adoption de l'équitation, ce qui expliquerait des techniques de chasse spécialisées et de plus vastes foyers de peuplement. Les chevaux domestiqués ont pu être adoptés à partir de sociétés de pasteurs voisines à dans les steppes à l'ouest de l'Oural, la culture Khvalynsk avait des troupeaux de bovins et d'ovins, et peut-être aussi des chevaux domestiqués, 4800 ans avant notre ère[52].

D'autres chercheurs contredisent la domestication, notant que les zoologues n'ont révélé aucun changement de squelette entre les chevaux sauvages et les présumés domestiqués[28], mais aussi que la structure par âge des chevaux abattus à Botaï représente un profil démographique naturel pour des animaux chassés, pas le schéma attendu s'ils sont domestiquées et sélectionnés pour l'abattage[35]. Toutefois, ces arguments ont été publiés avant la découverte d'un corral à Krasnyi Yar, et de tapis de crottin de cheval sur deux autres sites.

[modifier] Culture de Sredny Stog et hypothèse kourgane

La Culture de Sredny Stog, en Ukraine, a elle aussi maîtrisé le cheval. Les vestiges sont ceux de Dereivka, un site énéolithique, daté de 4000 av. J.-C.[55],[56], et incluant restes alimentaires, mors présumés en bois de cerf, traces d'usure des dents des chevaux et sépultures rituelles[2].

Une datation au spectromètre de masse, couplée à un accélérateur de particules, a cependant montré que les os d'un étalon dont les dents portaient des traces de mors dataient en réalité de l’âge du fer scythique[57], mais d'autres indices penchent en faveur d'une domestication dans les steppes eurasiennes vers 4000-3500 av. J.-C.[58],[59],[31].

L'hypothèse kourgane suppute depuis le milieu du XXe siècle que la première domestication des chevaux ait eu lieu en Ukraine, vers IVe millénaire av. J.-C.[42]. Elle est la plus largement admise jusqu'à la découverte des sites de la culture Botaï, et les résultats des études génétiques.

[modifier] Al-Maqar

Paysages montagneux et désertiques de la province d'Asir actuelle.

Ce qui semble être des traces de bride découvertes en 2011 sur une représentation de cheval pourrait faire remonter la plus ancienne domestication à 7 000 ans av. J-. C. dans l'actuelle Arabie-Saoudite, près d’Abha dans la province d'Asir[60]. La civilisation al-Maqar semble très avancée durant la période néolithique, notamment par son artisanat et ses représentations artistiques, incluant un buste de cheval haut d'un mètre[61],[62]. La région est verdoyante à l'époque, grâce à la présence d'un lit de fleuve asséché depuis[63]. Ali al-Ghabban, le vice-président du département des musées et antiquités, indique également que cette civilisation embaumait des mors[64]. Cette découverte demande des études complémentaires.

[modifier] Foyers de la péninsule ibérique

Les représentations pariétales de la Castillo Puente Viesgo peuvent laisser à penser que le cheval y a été domestiqué indépendamment.

La péninsule ibérique recèle plusieurs foyers de domestication et une découverte génétique de 2012 y atteste d'une possible domestication indépendante[47]. Le vulgarisateur anglais Elwyn Hartley Edwards note la présence de ce qui semble être un harnais peint sur un cheval, dans une peinture rupestre espagnole datée de 15 000 ans avant notre ère, découverte à Castillo Puente Viesgo dans l'actuelle Cantabrie. Il suppose qu'à cette époque, le cheval était déjà employé à divers travaux[16], mais sa théorie n'est pas reprise ni créditée par les scientifiques.

Un foyer de domestication daté de la culture campaniforme a été retrouvé au sud de l'Espagne et au centre du Portugal actuels[65], dont un près de l'habitant ancestral des Pottokak, l'une des plus anciennes populations chevalines locales. Par ailleurs, de nombreuses grottes ornées fournissent des représentations de chevaux dans la région, il est donc vraisemblable que les européens de l'Ouest aient eux aussi contribué à cette domestication[8].

[modifier] Espèces ou sous-espèces domestiquées

Tarpan des steppes (Equus ferus gmelini), l'un des ancêtres supposés des chevaux domestiques.

Le cheval domestique est actuellement classé comme Equus caballus ferus. Il n'existe plus aucune population de chevaux sauvages n'ayant jamais été domestiquée, à l'exception du cheval de Przewalski, qui n'est pas l'ancêtre des chevaux actuels. Plusieurs sous-espèces de type Equus semblent avoir existé, et pourraient être les ancêtres des populations domestiques[66].

Par le passé et notamment au XXe siècle, de nombreuses théories ont été proposées sur l'origine du cheval domestique et des différentes races. Deux courants de pensée dominent, celui d'une unique espèce ou sous-espèce sauvage à l'origine des chevaux domestiques, ou bien de multiples espèces ou sous-espèces sauvages à l'origine du cheval domestique[67],[68]. Selon Jared Diamond, il est possible aussi que deux sous-espèces « sauvages » soient à l'origine des chevaux domestiques, et que d'autres sous-espèces domestiquées aient disparues car les autres se sont révélées plus réceptives au contact avec les humains, l'élevage sélectif ayant donné le cheval domestique moderne[26]. Ces théories étaient toutes basées sur les types de corps et de conformation, avant la disponibilité des études ADN pour la recherche, et ont depuis été remplacées par des études modernes. Elles suggèrent l'existence d'environ quatre types de chevaux sauvages adaptés à leur environnement avant la domestication. Certains chercheurs y voient des sous-espèces, d'autres suggèrent des manifestations physiquement différentes de la même espèce[67]. Une étude récente indique une espèce sauvage unique, tous les chevaux actuels étant issus de l'élevage sélectif ou de l'adaptation à différents biotopes après la domestication. D'après la théorie la plus courante, toutes les races modernes sont issues (en y ajoutant le sous-type Tarpan) des trois grands « types » de chevaux suivants : Warmblood (ou Equus caballus germanicus / cheval des forêts), type « Trait » et cheval oriental[67].

[modifier] Réalité génétique

Une analyse ADN est réalisée sur différentes races de chevaux par l'Université d'Uppsala[69], il s'agit d'une étude comparative d'ADN mitochondrial de chevaux fossiles trouvés dans le pergélisol d'Alaska et de chevaux actuels de différentes races (191), dont certaines dites primitives. Elle suggère que des chevaux aient été domestiqués à partir de nombreux spécimens sûrement issus de plusieurs lieux différents[70]. La diversité génétique des chevaux est plus grande que pour les autres animaux domestiques, ce qui suggère une proximité avec l'espèce sauvage originale ou un plus grand nombre de spécimens originaires de la domestication. Les différents types de morphologies chevalines sont une combinaison d'élevage sélectif et de traits semi-sauvages, les troupeaux domestiques étant à plusieurs reprises réapprovisionnés en juments sauvages locales, qui se propagent ensuite hors du premier foyer de domestication supposé, dans la partie occidentale des steppes eurasiennes[44]. Les études génétiques pointent toutes un événement de domestication unique pour un nombre limité d'étalons, et un repeuplement répété de juments sauvages dans les troupeaux domestiques[71],[72],[45], soit un minimum de 77 juments ancestrales différentes, divisées en 17 lignées distinctes[46]. Les gènes situés sur le chromosome Y sont hérité du père à sa descendance mâle, ces lignées présentent un degré très réduit de variation génétique chez les chevaux domestiques modernes. Peu d'étalons ont été domestiqués, il est peu probable que les descendants mâles provenant des unions entre étalons domestiques et juments sauvages aient été inclus dans le cheptel reproducteur des débuts de la domestication[72],[71]. Toutes les études génétiques s'accordent aussi sur la présence d'un grand nombre de juments domestiquées[45],[46],[73],[47],[48],[49].

[modifier] Apparence des premiers chevaux domestiques

Cette peinture de Lascaux montre clairement un cheval à la robe sauvage.

Des éléments tels que les peinture rupestres de Lascaux suggèrent que les chevaux sauvages anciens que certains chercheurs étiquettent désormais comme « sous-type Tarpan » ressemblent à des chevaux de Przewalski dans leur aspect général : grosses têtes, robe sauvage, encolure courte et épaisse, crinière raide, courte et poussant verticalement, jambes robustes[67]. Les robes baies, alezanes et noires forment les trois robes présentes chez les premières populations de chevaux sauvages[74], les robes noires et baies sont très répandues chez le cheval 5 700 ans av. J-.C.[75]. Les robes sombres sont peut-être privilégiées par la sélection naturelle, afin de fournir au cheval un camouflage contre ses prédateurs[76]. La domestication et l'élevage sélectif accroissent énormément la variété des robes[77].

[modifier] Théorie d'une sous-espèce unique

Les tenants de cette théorie postulent que la domestication du cheval s'est produite en un unique lieu et sur une unique population de chevaux sauvages, de laquelle descendraient tous les chevaux domestiques actuels grâce à la pratique de l'élevage sélectif[68]. L'hypothèse kourgane suppose que les chevaux domestiques dérivent d'une seule espèce issue des steppes d'Asie centrale, domestiquée par le peuple de la culture de Samara.

[modifier] Théorie des sous-espèces multiples

Jambe antérieure, dents et mâchoire supérieure d' Equus caballus germanicus au Museum für Naturkunde de Berlin.

[modifier] Théorie de James Cossar Ewart et Johann Ulrich Duerst

La théorie de James Cossar Ewart (en Écosse) et Johann Ulrich Duerst (en Allemagne) postule l'existence de trois types de chevaux primitifs, considérés comme des sous-espèces d’Equus caballus et les ancêtres des races actuelles[78] :

À ces trois sous-espèces, Elwyn Hartley Edwards en ajoute une quatrième, le « cheval des toundras », ancêtre supposé du poney yakoute, selon lui largement ignoré des hippologues[78].

[modifier] Théorie de Jimmy Speed, Ruy d'Andrade, Hermann Ebhardt et Edward Skorkowski

Une théorie plus tardive, associée à plusieurs érudits européens comme Jimmy Speed, Ruy d'Andrade, Hermann Ebhardt et Edward Skorkowski, postule l'existence de quatre types morphologiquement différenciés, qui ne peuvent être considérés comme des espèces nommées et distinctes[78] :

  • Le poney de type 1, en Europe du Nord-Ouest, résistant au froid et à l'humidité, et proche de l'actuel poney Exmoor.
  • Le poney de type 2, plus grand que le type 1, résistant au froid, et proche des actuels poney Highland et Fjord.
  • Le cheval de type 1, en Asie centrale, résistant à la chaleur et la sécheresse, semblable aux actuels Sorraia et Akhal-Téké
  • Le cheval de type 2, dans l'ouest de l'Asie, petit et doté d'une ossature fine, résistant à la chaleur, semblable à l'actuel Caspien.

[modifier] Théorie de Deb Bennett

Le paléontologue américain Deb Bennett postule que la forme primitive d' Equus caballus s'est diversifiée en sept sous-espèces, chacune adaptée à un environnement donné[79],[67], dont quatre sont les ancêtres d'une grande majorité des chevaux domestiques, à la fois directement et par l'intermédiaire de croisements entre elles[80]. Ce sont :

Les trois autres sous-espèces proposées sont :

  • Le cheval de Przewalski, Equus caballus przewalskii
  • Le cheval Lamut, Equus caballus alaskae
  • Le cheval de l'Amérique glaciaire, Equus caballus laurentius[81] ou Equus caballus midlandensis[67].

[modifier] Cas du cheval de Przewalski

Les liens du cheval de Przewalski avec le cheval domestique sont discutés.

Seuls deux « groupes » de chevaux sauvages n'ont jamais été domestiqués et ont survécu jusqu'à l'époque moderne : le cheval de Przewalski (Equus ferus Przewalskii) et le Tarpan (Equus ferus ferus)[66]. Le Tarpan s'est éteint à la fin du XIXe siècle, et le cheval de Przewalski reste en danger critique d'extinction. Bien que des chercheurs comme Marija Gimbutas aient émis la théorie que les chevaux de la période Chalcolithique étaient des Przewalski, les plus récentes études génétiques indiquent le contraire[66].

Le Przewalski dispose de 66 chromosomes, par opposition à 64 chez les chevaux domestiques modernes, et leur ADN mitochondrial (ADNmt) forme un groupe génétique distinct. Celà suggère que les chevaux de Przewalski moderne sont les descendants d'un groupe génétique régional distinct, dans la partie orientale des steppes eurasiennes, soit un groupe différent de celui qui a donné lieu les chevaux domestiques modernes[46]. Il possède plusieurs caractéristiques anatomiques plus proche d'autres équidés que du cheval domestique, comme la position de ses yeux vers l'avant. Une récente analyse de l'ADN mitochondrial suggère que le cheval domestique moderne et le Przewalski ont divergé voici 160 000 ans[82].

Les études utilisant l'ADN ont toutefois eues des résultats variés. Une étude moléculaire de 2009, utilisant l'ADN ancien (qui est l'ADN récupéré à partir des découvertes archéologiques comme des os et des dents), place le cheval de Przewalski parmi les chevaux domestiqués[83]. Ces difficultés existent en partie à cause de croisements entre des chevaux domestiques de passage et le cheval de Przewalski, ainsi que la variation génétique limitée présente dans la population fondatrice du cheval de Przewalski moderne[83].

[modifier] Évolution après la domestication

Article connexe : Cheval dans l'Antiquité.
Représentation préhistorique de cavalier dans la vallée de la Draa au Maroc.

« Fatigué de sa liberté, il accepta d’être sellé et bridé et, pour sa peine, fut monté jusqu’à la mort »

— Goethe, Malcolm Lowry, Under the Volcano, chapitre 7

Quelle que soit la date précise de la première domestication, l'utilisation de chevaux se répand à travers l'Eurasie pour le transport, les travaux agricoles et la guerre. Le cheval permet d'abord de nourrir les hommes grâce à sa chair, de fournir du cuir pour les tentes et les vêtements, du crottin séché pour alimenter les feux, et du lait de jument dont les peuples nomades tirent la boisson kumiz[Note 1],[8]. Sa mise au travail pour le transport d'hommes et de matériaux intervient vraisemblablement plus tard[84]. Les chevaux et mulets agricoles sont équipés d'un harnais ou d'un joug plus appropriés pour le bœuf, ce qui limite leur efficacité à la traction[85],[86].

L'utilisation du char à roues pleines se généralise au Proche-orient en -3500[84], parallèlement le développement de l'agriculture permet mieux nourrir les chevaux, et donc leur fait acquérir une meilleure constitution, ce qui correspond aux débuts de l'élevage sélectif[84]. Le cheval n'a toutefois pas subi de transformations morphologiques radicales sous l'effet de sa domestication, si ce n'est une face légèrement plus longue et une boîte crânienne plus bombée. Il ne subit pas non plus, contrairement à un très grand nombre d'animaux domestiqués, de diminution du volume de son encéphale[87]. Il n'existe pas de races à viande ou de races laitières chez les chevaux, malgré la consommation de leur viande et du lait de jument sur une très longue période. Une sélection s'effectue, par contre, sur l'aptitude à la traction, donnant naissance beaucoup plus tard au cheval de trait[8].

[modifier] Une domestication en plusieurs phases

Chevaux mongols élevés de façon extensive.
Article connexe : peuple cavalier.

L'historien français Daniel Roche voit dans la domestication du cheval un phénomène très progressif, entamé en semi-liberté et achevé par l'apparition des cavaleries militaires et du « cheval moteur ». La chasse sélective et le contrôle des troupeaux en captivité intensifient le rapport aux hommes et la socialisation du cheval. La deuxième phase de domestication intervient avec l'expansion du nomadisme, l'apparition du mors, le perfectionnement des techniques de portage et de traction, soit la véritable mise au travail du cheval. Bât, selle, bricole, joug, collier, sangle et autres matériaux se diffusent. Le trait, la plus importante de ces nouvelles utilisations, connait de multiples applications pour l'agriculture et la guerre[88].

L'Antiquité gréco-romaine voit peu d'innovations, Grecs et Romains ignorent la ferrure connue dans les steppes, ils généralisent l'emploi des chars de guerre. Ils ignorent aussi la selle et les étriers, dont on connaît ailleurs les premiers essais. Leur cavalerie est militairement retardataire par rapport à l'infanterie, en face des cavaliers barbares nomades. Ces derniers exercent une pression sur les frontières, délaissent chars et voitures, mêlant cavalerie lourde et légère, et terrorisent les Occidentaux. Ils créent une véritable civilisation équestre, celle des peuples cavaliers où le cheval est partout et à tous, où élevage, dressage, travail, usage militaire sont présents en permanence. La domestication du cheval s'y achève par un élevage très extensif sur de grands espaces, une équitation efficace et un dressage sévère. Le cheval envahit la culture matérielle et symbolique dans ces régions[88].

Face à l'Orient cavalier, l'Occident gréco-latin et le monde médiéval entrent dans la troisième phase de domestication, qui mobilise définitivement les équidés au service des hommes. La société européenne des écuyers réserve l'usage des chevaux à l'État et à l'élite sociale en s'appuyant sur des catégories rurales et urbaines spécialisées pour la production, l'élevage, le dressage, le commerce. Désormais, le cheval est l'emblème d'une classe. Dans l'économie agricole et les transports, c'est aussi un facteur de progrès. La géographie contrastée de sa présence se met définitivement en place : l'élevage trouve ses implantations favorables sous l'impulsion des ordres monastiques, des aristocraties, des noblesses. Les territoires pauvres et les landes y trouvent souvent une activité rentable et le cheval accompagne la croissance et la grande culture comme l'ouverture des terroirs[88].

[modifier] Équitation et attelage

propagation de l'usage du char.
Le chariot de Ramsès II.

Une question difficile est de savoir si les chevaux domestiques ont d'abord été montés ou attelés. Bien que des preuves montrent que les chevaux sont utilisés pour tirer les chars de guerre, il existe de solides, mais indirectes, preuves que l'équitation est apparue la première, en particulier dans la culture Botaï. Les traces d'usure des dents par le mors peuvent renvoyer à l'équitation, cependant, les chevaux peuvent aussi être montés sans mors.

La logique voudrait que les chevaux aient été montés avant d'avoir été attelés, mais il est très difficile de recueillir des preuves, les matériaux nécessaires pour l'équitation (hackamores ou couvertures), ne survivent pas comme les artefacts. L'usure des dents par le mors, les modifications du squelette chez un animal qui a été monté ne sont pas toujours notables. Les preuve directes que les chevaux ont été attelés sont plus flagrantes[89].

Les traces d'usure des dents par le mors ne sont pas nécessairement corrélées à l'équitation. Le cheval peut être contrôlé à partir du sol en plaçant un mors dans sa bouche, relié à une corde, l'animal est conduit en tirant un chariot ou une charrue. Les bœufs étaient généralement relégués à ce type de travail en Mésopotamie, il est possible que des essais de traction aient été tentés avec le cheval, et aient prises de l'importance dans le cadre du développement agraire plutôt que comme technologie de guerre.

Durant l'âge du fer en Mésopotamie, la cavalerie légère monte en puissance, en particulier grâce aux tactiques des archers à cheval comme les Parthes. Le char de guerre devient alors obsolète.

[modifier] Expansion géographique

L'expansion des indo-européens, présentée sur cette carte, est vraisemblablement en relation avec l'utilisation du cheval.

Le rôle du cheval dans l'expansion géographique des peuples qui le maîtrisent est largement reconnu, en particulier à l'arrivée de l'âge du Bronze, quand les chefs commençant à se déplacer sur son dos[90].

Le cheval domestique reste absent au sud du Caucase et en Anatolie jusqu'environ 4000 ans av. J-.C., il gagne l'Inde, l’Iran et la Grèce environ 1500 ans plus tard. Il est étroitement associé aux indo-européens, peuple cavalier aidé dans ses migrations par l'utilisation de l'animal[91]. Les os de chevaux sont rares ou absents aux périodes Néolithique et Chalcolithique à l'ouest de la Turquie, en Mésopotamie, dans la majeure partie de l'Iran, dans l'Asie centrale et du sud, et dans une grande partie de l'Europe[92],[93],[94].

[modifier] Europe

La diffusion de l'utilisation du cheval se produit plus rapidement vers l'Est de l'Eurasie que vers l'Ouest et le Moyen-Orient, des restes équins datés de 3000 ans av. J-.C. ont été retrouvés à Chalain, dans le Jura actuel[2], ils ont servi de nourriture mais rien n'atteste d'une domestication[95]. En Charente, la domestication du cheval semble acquise à l'âge du bronze moyen, par la présence de harnachements en bois de cerf et d'un montant de mors dans la grotte des Perrats[96].

Les chevaux sauvages européens chassés représentent jusqu'à 10% des os d'animaux dans une poignée de colonies du Mésolithique et du Néolithique, dispersées à travers l'Espagne, la France, et les marais du nord de l'Allemagne. Dans beaucoup d'autres parties de l'Europe, y compris la Grèce, les Balkans, les îles britanniques, et une grande partie de l'Europe centrale, les os de cheval se retrouvent très rarement au Mésolithique, au Néolithique ou sur des sites chalcolithiques. En revanche, les os de chevaux sauvages dépassent les 40% des os d'animaux identifiés dans les camps du Mésolithique et du Néolithique dans les steppes eurasiennes, à l'ouest de l'Oural[92],[97],[98].

Environ 3500-3000 av. J-. C., les os de chevaux commencent à apparaître plus fréquemment dans les sites archéologiques au-delà des steppes eurasiennes, soit au centre de l'Europe, dans la vallée du Danube, le Nord du Caucase et la Transcaucasie. Le nombre de chevaux augmente et ils sont de plus grande taille. Cette expansion est contemporaine de la culture Botaï. Cela ne signifie pas nécessairement que les chevaux aient été domestiqués dans les steppes, mais les chasseurs de ces région optent certainement pour l'emploi du cheval plus facilement que dans d'autres zones géographiques. Cette expansion est interprétée par de nombreux zoologistes comme le début de la propagation des chevaux domestiqués[30],[92],[93].

[modifier] Proche-Orient

Écuyer conduisant des chevaux, bas-relief Dur-Sharrukin (Assyrie), VIIIe siècle av. J.-C..

Alors que les os de chevaux sont identifiés dans les sites néolithiques du centre de la Turquie, tous les équidés totalisent moins de 3% des os d'animaux. Parmi ces 3%, les chevaux sont moins de 10%, avec 90% ou plus d'équidés de type onagre et hydrontin (maintenant éteint)[99]. Les onagres, chassés en Syrie, Anatolie, Mesopotamie, Iran et Asie centrale, sont les équidés les plus communs du Proche-Orient. L'âne domestique est importé en Mésopotamie depuis l’Égypte probablement, mais les chevaux sauvages semblent absents de la région[100].

Les chevaux domestiques commencent à apparaître dans les représentations artistiques de Mésopotamie au cours de la période akkadienne, 2300-2100 ans avant notre ère.

[modifier] Chine

Une nouvelle expansion se produit dans la plaine Proche-Orient et le nord-ouest de la Chine, autour de 2000 avant notre ère et en liaison avec le char. Bien que les ossements d'espèces incertaines se trouvent dans certains sites néolithiques tardifs en Chine avant cette date, des os apparaissent dans plusieurs sites et en nombre significatifs, parmi la culture Qijia et la culture Siba, 2000-1600 av. J-.C., en Gansu et dans les provinces du nord-ouest de la Chine[101].

[modifier] Impact culturel et militaire

La domestication du cheval implique des modifications culturelles et une supériorité militaire pour certaines sociétés humaines, les chevaux constituant un gibier valorisant les aptitudes des guerriers, et un bien consolidant le statut des chefs[88]. L'animal s'impose chez certaines civilisations, en permettant le contrôle par elles d'un vaste territoire. Ce qui explique pourquoi les puissants se font enterrer avec leur char et leur cheval, parfois sacrifié dans ce but. L'existence de très nombreux mythes et rituels équestres avant l'époque chrétienne chez tous les peuples indo-européens atteste aussi de l'importance prise par cet animal, et de son rôle dans l'Histoire[84]. Lorsqu'il devient une monture et un animal d'attelage, la viande du cheval est consommée dans des proportions plus modestes[102].

[modifier] Artefacts de Suvorovo

Vers 4200-4000 ans avant notre ère, plus de 500 ans avant l'expansion géographique des indo-européens, des os de chevaux et de nouveaux types de tombes apparaissent vers Suvorovo, au nord du delta du Danube, dans les steppes de l'Ukraine côtières, près de Izmail. Ces tombes sont probablement issues de traditions funéraires antérieures dans les steppes autour de la Dniepr. Certaines contiennent des pierre polies en forme de têtes de chevaux, et des perles en dent de cheval[103]. Des tombes plus anciennes dans la même région contiennent des masses de pierres polies, certaines sculptées en têtes d'animaux[38]. Les foyers de peuplement des steppes contemporaines de Suvorovo, comme Sredni Stog II et Dereivka sur le Dniepr, contiennent 12 à 52 % d'os de chevaux[104].

Lorsque les tombes de Suvorovo apparaissent dans les prairies du delta du Danube, des masses en forme de tête de cheval font de même dans quelques villes agricoles des cultures de Tripolye et Hamangia, dans les actuelles Roumanie et Moldavie[105]. Ces cultures agricoles n'avaient jamais utilisé de masses en pierre polie, les os de chevaux étant rares ou absents sur leurs sites de peuplement. Celles-ci ont vraisemblablement été amenées par des immigrés de Suvorovo. Après plusieurs contacts et commerces de métaux sur la période 4200-4000 avant notre ère, 600 villes agricoles, dont certaines étaient occupées depuis 2000 ans, sont abandonnés dans la région[106], vraisemblablement avec la fin de l'exploitation du cuivre dans les Balkans[107].

Les traditions culturelles de ces villes agricoles ont disparu. Cet effondrement de la « vieille Europe » est attribué à l'immigration des guerriers indo-européens[108]. L'effondrement pourrait avoir été causé par une guerre, aggravée par des raids montés. Les masses à tête de cheval ont été interprétées comme indiquant l'introduction de chevaux domestiqués et de l'équitation juste avant l'effondrement. Cependant, les raids montés sont juste une explication possible de cet événement complexe. La dégradation de l'environnement, la dégradation écologique due à des millénaires d'agriculture, et l'épuisement des minerais de cuivre sont également cités comme des facteurs de causalité[27],[106].

[modifier] Sacrifices et tombes à char

Articles connexes : Sacrifice du cheval et Tombe à char.

[modifier] Conséquences linguistiques

Certains indices suggèrent que le mot proto-indo-européen pour « cheval », *ekwos, signifie « cheval domestiqué », du fait que tous les documents désignant l'animal se réfèrent à des chevaux domestiques, et en raison de l'existence de cultes, de croyances et de patronymes similaires : avant la dispersion des indo-européens, il est donc fort probable que cet animal domestique leur soit très familier[91]. Les historiens insistent aussi sur le rôle indirectement joué par le cheval dans la propagation des langues indo-européennes et de la culture associée : parce que leurs locuteurs se déplacent bien plus vite que les peuples non-cavaliers, leur langue et leur culture se répandent sur un vaste territoire[90].

[modifier] Cultes, mythes, légendes, religions et symbolique

Article connexe : Symbolique du cheval.
Le mythe de Bellérophon et Pégase (ici, sur une illustration de Walter Crane) renvoie à la domestication du cheval par les anciens Grecs.

Un grand nombre de mythes et légendes racontent comment une divinité ou un héros permettent à un peuple de domestiquer le cheval, parallèlement cette domestication entraîne une modification de la perception symbolique des animaux. En particulier, le cheval est dès lors considéré comme « un animal sacré garant de la royauté » chez les Grecs et les Celtes[109]. Son culte se répand, il semble notamment remplacer celui de l'âne dans la partie orientale de la méditerranée[109]. Sophie Bridier développe les liens anciens unissant le cheval au cauchemar, et note que son importance fondamentale dans l'histoire des hommes en a fait « un archétype des mentalités occidentales et orientales »[24]

[modifier] Mythologie grecque

Dans la mythologie grecque, le dieu Poséidon créé le premier cheval à Athènes pendant un affrontement avec Athéna, ou en Thessalie après avoir éjaculé sur Gaïa[110]. Il est également crédité de la domestication de l'animal à Athènes où un culte est rendu à « Poséidon Hippios », dieu du cheval. Toutefois, Athéna est considérée comme l'origine de l'utilisation de l'animal, à Corinthe en particulier[111]. D'après Jacques Desautels, tout le mythe de Bellérophon (à qui est voué un culte héroïque), dans lequel intervient la déesse Athéna, créditée de l'invention du mors, a un rapport étroit avec ce passage de l'histoire de l'humanité, via le don d'un mors en or par Athéna à Bellérophon, permettant de dompter Pégase[112]. Les juments anthropophages du roi de Thrace Diomède sont également à mettre en rapport avec des animaux nécessitant une domestication, selon Raymond Bloch[113].

[modifier] Textes religieux

Si la Bible et en particulier l'Ancien testament présente peu de références au cheval, le Coran insiste tout particulièrement sur le don de cet animal aux hommes par Allah[114].

[modifier] Domestication du cheval vue par l'art et la culture

Jean M. Auel (ici, en 1990) imagine la domestication du cheval 30 000 ans avant notre ère dans sa saga Les enfants de la terre.
Articles connexes : La Vallée des chevaux et Cheval dans l'art.

Plusieurs romans et films modernes mettent en scène cet événement de l'histoire de l'humanité. Jean M. Auel raconte dans La Vallée des chevaux, second tome de la saga Les enfants de la terre comment Ayla parvient à apprivoiser une pouliche qu'elle nomme Whinney, 30 000 ans avant notre ère[115], soit bien trot tôt en rapport avec les découvertes scientifiques, même à l'époque de la rédaction du roman. D'après Henri Heinemann, en présentant la très rapide domestication d'une jument montée à califourchon, La Vallée des chevaux « outrepasse le droit du romancier à l'imagination et à l'invraisemblance »[116].

La saga jeunesse de Florence Reynaud, Yona, fille de la Préhistoire, la met également en scène dans le douzième tome, Le Dieu cheval, quelques 20 000 ans avant notre ère[117]. 10 000 de Roland Emmerich (censé se dérouler 10 000 ans avant notre ère) montre également des chevaux domestiqués et montés par un peuple rappelant les Égyptiens, lesquels tiendraient leurs connaissances avancées d'un Atlante[Note 2].

Parallèlement, ce thème est exploité dans l'art. Le sculpteur Phidias représente au Ve siècle av. J.-C. des chevaux sur les frises du Parthénon, peut-être pour célébrer la victoire de Marathon, témoignant de la maîtrise de l'homme sur l'animal. Un thème que l'on retrouve dans les multiples statues du type Dompteurs de chevaux, au Quirinal et au Capitole, qui ont par exemple inspiré les Chevaux de Marly.

[modifier] Notes et références

[modifier] Notes

  1. Des traces de kumiz ont été retrouvées parmi la culture Botaï
  2. 10 000 a été plusieurs fois critiqué concernant son absence de rigueur historique, et Roland Emmerich met souvent en scène des théories dites « conspirationnistes » dans ses films.

[modifier] références

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[modifier] Annexes

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

[modifier] Bibliographie

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article : Ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article

[modifier] Articles scientifiques

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