Sacrifice du cheval

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Illustration du texte épique hindou Ramayana montrant Ashvamedha, ou le sacrifice du cheval, par Sahib Din, 1652. Est illustré comment Kausalya (en) tue le cheval (à gauche) et repose près de lui (à droite).

Le sacrifice du cheval est une pratique durant laquelle un cheval est sacrifié, généralement dans le cadre d'un rite de fertilité ou de royauté, en offrande à des divinités. Il est pratiqué par différents peuples au cours de l'histoire, notamment les Celtes Gaulois et Irlandais, les Romains à travers l'October Equus, les Hindous avec l'Ashvamedha, et dans l'actuelle Sibérie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Francs pratiquent parfois le sacrifice rituel du cheval, comme le faisaient les Gaulois, et consomment ensuite sa viande[1]. Des sacrifices de chevaux perdurent jusqu'au début du XXe siècle dans certaines régions isolées, en 1913, le peuple Mari de la région de la Volga le pratique encore[2].

Rites[modifier | modifier le code]

Ashvamedha[modifier | modifier le code]

L'ashvamedha est un rite védique et brâhmanique de l'Inde ancienne, pratiqué par les râja exerçant une suzeraineté sur ceux des États environnants. Il est décrit dans les textes anciens, comme le Mahābhārata. Le cheval y est sacrifié en grande pompe au cours d'une fête où tous les râja vassaux sont invités. Les hindous modernes (et les historiens) pensent que le sacrifice était seulement symbolique (on remplaçait le cheval véritable par une représentation de cheval) et que le cheval vivant n'était pas réellement abattu (pour des raisons d'Ahimsâ, sacrifice intérieur). Quoique le sacrifice du cheval, lui, soit bien réel aux yeux des brâhmanes. Le râja ayant pratiqué le sacrifice du cheval recevait le titre de chakravartin.

October Equus[modifier | modifier le code]

October Equus est le nom d’une fête religieuse célébrée dans la Rome antique en l'honneur de Mars, dieu de la guerre. Le nom de cette fête signifie « cheval d'octobre » et évoque la victime sacrifiée à cette occasion.

Intronisation en Irlande[modifier | modifier le code]

Le sacrifice fait partie intégrante des rites d'intronisation irlandais. Une jument blanche est sacrifiée puis bouillie, le roi prétendant doit alors se baigner dans le bouillon de l'animal, et en ressort investi de sa nouvelle fonction.

Scandinavie médiévale[modifier | modifier le code]

Les peuples Germains et Scandinaves, qui réintroduisent l'hippophagie en Europe jusqu'au IXe siècle, ont des pratiques rituelles réputées apporter protection et fertilité[3],[4],[5],[6]. La viande consommée après le sacrifice[7] est censée transmettre la force du cheval, « génie de la fécondité », à son propriétaire ou son bourreau. Les Vikings continentaux de Gern effectuaient des sacrifices de chevaux blancs avant d'en consommer la viande[7]. Incarnation du cycle vital cosmique, le cheval devait l'entretenir par son sacrifice régulier[8]. Régis Boyer pense que le Völsa þáttr, texte où une famille scandinave mange son cheval après sa mort et garde le pénis de l'animal en le considérant comme un dieu, témoigne de ces « pratiques rituelles fort anciennes[9] », et souligne le caractère sacré du cheval[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Baratay 2003, p. 322
  2. Joseph Campbell, Oriental Mythology: The Masks of God, Arkana, 1962, (ISBN 0-14-019442-8), p. 190-197
  3. Wagner 2005, p. 457
  4. Ferrières 2007, p. 444
  5. Loumand 2006, p. 130-134
  6. William Ian Miller, « Of Outlaws, Christians, Horsemeat, and Writing: Uniform Laws and Saga Iceland », Michigan Law Review, vol. 89, no 8,‎ août 1991, p. 2081-2095 (lire en ligne)
  7. a et b (en) Paul Rhys Mountfort, Nordic runes: understanding, casting, and interpreting the ancient Viking oracle, Rochester, Inner Traditions / Bear & Company,‎ 2003, poche, 279 p. (ISBN 978-0-89281-093-2, LCCN 2003001579, lire en ligne), p. 168
  8. Wagner 2005, p. intro, 457
  9. Boyer 1991, p. 74-75
  10. Boyer 1991, p. 172-173

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eric Baratay, Et l'homme créa l'animal : histoire d'une condition, Odile Jacob, coll. « Sciences humaines »,‎ 2003 (ISBN 9782738112477)
  • Régis Boyer, Yggdrasill : la religion des anciens Scandinaves, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique »,‎ 1991 (ISBN 2-228-88469-3)
  • Madeleine Ferrières, Nourritures canailles, Paris, Seuil,‎ 2007, 475 p. (ISBN 9782020613835)
  • (en) Ulla Loumand, The Horse and its Role in Icelandic Burial Practices, Mythology, and Society : Old Norse Religion in Long Term Perspectives: Origins, Changes and Interactions, an International Conference in Lund, Sweden, June 3-7, 2004., Lund, Nordic Academic Press,‎ 2006 (ISBN 978-91-89116-81-8)
  • Marc-André Wagner, Le cheval dans les croyances germaniques: paganisme, christianisme et traditions, vol. 73 : Nouvelle bibliothèque du moyen âge, Champion,‎ 2005, 974 p. (ISBN 9782745312167, présentation en ligne)