Yakoute (cheval)

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Yakoute
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Poney yakoute gris
Poney yakoute gris

Espèce Cheval (Equus caballus)
Région d’origine
Région Drapeau de la Russie Russie
Caractéristiques
Morphologie Poney
Taille 1,37 à 1,40 m en moyenne
Tête Grossière, profil rectiligne
Pieds Solides
Autre
Utilisation Viande

Le Yakoute (Саха ата, Saxa ata à Sakha, Yakutskaya en russe), également appelé cheval yakoute ou poney yakoute, est une race chevaline de type poney assez commune et très rustique, provenant de la république sibérienne de Sakha ou Yakoutie, en Sibérie. Vraisemblablement introduit par des migrants depuis le lac Baïkal, le Yakoute voit sa résistance au froid mise à profit par des explorateurs, y compris pour des expéditions polaires. La race est reconnue en 1987 par l'URSS. Le Yakoute forme la plus septentrionale des races de chevaux. Petit et solide, peu domestiqué, il supporte la très forte amplitude thermique de sa région en accumulant de la graisse en automne. Ce poney polyvalent est élevé principalement pour l'hippophagie, il tient une grande place dans la vie, l'économie et la spiritualité des sibériens.

Histoire[modifier | modifier le code]

« Poneys sibériens » pendant l'expédition Terra Nova, probablement des Yakoutes.

La tradition populaire veut que le poney Yakoute soit l'une des plus anciennes races du monde[1], et provienne d'une population de chevaux sauvages que les Hommes ont domestiquée sur place, peut-être avec des croisements sur les montures que les migrants possédaient déjà en arrivant dans la région. Cependant, cette théorie apparaît peu probable[2]. Ces poneys présentent une grande proximité génétique avec les chevaux d'Asie centrale et de Pologne[1]. Il proviennent vraisemblablement du lac Baïkal, et ont été amenés en Yakoutie par les Hommes pendant leurs migrations[1]. Les poneys ont certainement fait l'objet d'un élevage sélectif qui a accru la diversité de leurs robes[3]. Ils sont utilisés des siècles durant pour divers travaux de la vie quotidienne, notamment la fenaison et le transport[1].

Grâce à leur résistance au froid, ces poneys sont choisis par des explorateurs pour tracter leur paquetage, y compris pendant les expéditions vers le pôle Nord et le pôle Sud. Pendant leurs longs voyages hivernaux, les sibériens sont accompagnés de leurs poneys et exploitent la capacité peu connue qu'ont certains animaux très rustiques à pouvoir se nourrir de viande. En 1893, l'explorateur britannique Frederick Jackson utilise les poneys Yakoutes pour une traversée hivernale fructueuse de la Sibérie. L'année suivante, il lance une expédition internationale pour explorer l'archipel François-Joseph, avec quatre « poneys de Sibérie », dont la jument Brownie, qui est omnivore et se nourrit entre autres de viande d'ours polaire. Deux expéditions américaines autour du cercle polaire arctique, en 1901 et 1903, font également appel à ces poneys. D'après The Long Riders Guild Academic Foundation, l'utilité du chien de traîneau pendant les explorations polaires a probablement été sur-estimée en raison d'un manque de connaissances du cheval[4].

Les Cosaques puis les zootechniciens russes tentent d'améliorer la race de Yakoutie centrale en la croisant avec des chevaux moins robustes mais plus élégants, jusqu'au début du XXe siècle[5]. Une étude sur la population chevaline de Yakoutie est effectuée en 1944[6]. Cinq types ont été officiellement reconnus chez la race par l'URSS en 1987, ce qui fait du Yakoute la première race chevaline autochtone reconnue[7]. Traditionnellement, les habitants de la république de Sakha ont une grande proximité avec les jeunes poulains, puis mettent de la distance quand l'animal grandit[8]. L'élevage sédentaire demande un entretien régulier des pâtures, celles-ci étant brûlées au printemps pour permettre la repousse d'une végétation nourrissante[9].

Description[modifier | modifier le code]

Groupe de poneys yakoutes pendant l'été.

Le poney Yakoute a la particularité de n'être pas entièrement domestiqué, ces animaux étant capables de se nourrir, se reproduire et d'assurer leur protection sans intervention de l'homme[9]. Les plus jeunes ne pourraient survivre sans l'homme, mais les poneys adultes sont tout à fait capables de retourner à l'état sauvage[10]. Le Yakoute supporte la grande amplitude thermique de sa région en s'adaptant aux températures[11] : en automne, son apparence se modifie avec la pousse du poil et l'accumulation de graisses. Il adapte aussi sa respiration (fréquence plus basse) et sa circulation sanguine (qui devient plus rapide). Il vit le plus souvent en troupeaux de 10 à 15 juments avec leur poulains, dirigé par un unique étalon. Les pouliches quittent leur troupeau vers 3 ans[1]. Une étude génétique a révélé un manque de génotypes hétérozygotes chez la race, mais les populations des troupeaux sont en équilibre génétique stable sur deux loci. [12].

Types[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs types. Les deux types considérés comme des Yakoutes originels sont le Yansky et le Kolymski. Le Yansky provient des vallées du Iana et de l'Indigirka, le Kolymsky est le plus présent dans le Nord, il vient des vallées de la Kolyma et de l'Alazeïa[1]. Celui du nord est le plus recherché, plus grand, il est aussi le plus homogène. Le « petit type du sud » est considéré comme de race pure mais moins recherché. Le « grand type du sud » est influencé par des croisements avec des chevaux trotteur Orlovs et des traits du centre de la Yakoutie[13]. Il a absorbé trois autres races locales, le Suntar, le Megezh et l'Olekminsk[6]. Enfin, le type Megezheksky provient d'un croisement avec des chevaux de type Kuznetsky, réalisé dans les années 1990 pour la viande, et provient originellement comme son nom l'indique de Megezheksky[1].

Morphologie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Morphologie du cheval.

Il est plus massif que le cheval mongol et le cheval de Przewalski[14]. La race toise de 1,37 à 1,40 m au garrot en moyenne[6]. Elle montre des caractéristiques physiques qui la rapprochent du poney Shetland, dont la stature robuste, l'épaisse crinière et le poil fourni. Ces caractéristiques physiques, avec un minimum d'exposition des parties saillantes du corps (oreilles, encolure et jambes), donnent une meilleure résistance au froid[1].

La tête est assez grossière, de taille moyenne, généralement avec un profil rectiligne[1]. L'encolure est droite et large, courte[1] à moyenne[6]. La poitrine est large et profonde, le garrot peu saillant mais large, le dos est moyennement long mais large, la croupe large et tombante. Les jambes, plutôt courtes et très fortes, sont terminées par de solides sabots[6],[1]. Les crins de la crinière et de la queue sont exceptionnellement longs et fournis[6], offrant une protection très efficace contre les températures glaciales. Avant l'hiver, le poil pousse jusqu'à des longueurs de dix centimètres et une couche de graisse de deux à trois centimètres d'épaisseur se forme sous la peau, la graisse représentant jusqu'à 22 % du poids de l'animal en début d'hiver. Le Yansky est le type le plus massif. La profil de tête est parfois concave, avec un front large, une courte encolure entourée de graisses et une croupe relativement longue. Le Kolymski présente une bonne capacité d'engraissement. Sa tête est massive avec un profil rectiligne, le dos est droit et de longueur moyenne, sa croupe est haute et ronde. Le Yakoute du sud, issu de croisements, présente un garrot plus sorti et un corps plus allongé. Le Megezheksky, sélectionné pour la viande, peut atteindre un poids de 600 kg ou plus. Sa tête est grande avec de larges ganaches, l'encolure est massive et de longueur moyenne, le garrot moyennement élevé. Le dos est large, droit et long, pour répondre à la sélection sur la production de viande. Le rein est large et fort, bien musclé. La croupe est haute et large avec une musculature bien développée, la poitrine est large et profonde, les côtes sont rondes[1].

Robes[modifier | modifier le code]

Groupe de poneys Yakoutes au robes variées, pendant l'hiver.

Il est habituellement bai, gris, rouan ou porteur du gène dun, avec des marques primitives incluant la raie de mulet et les zébrures sur les jambes. Dans le nord de la région, le Kolymsky est typiquement gris sous différentes nuances et prend une apparence presque blanche à l'âge de trois ou quatre ans. On trouve aussi plus rarement des robes pies ou tachetées[1],[6].

Tempérament et entretien[modifier | modifier le code]

Le biotope rude a forgé un poney très résistant au froid. Le Yakoute est, de toutes les races chevalines du monde, la plus septentrionale et la seule qui puisse supporter des descentes de températures allant jusqu'à - 70°, en climat hypercontinental[6]. Il peut vivre au delà du cercle polaire arctique[1]. Il est élevé à l'extérieur toute l'année, sans protection contre les intempéries[15]. Son habilité à localiser et brouter la végétation cachée sous la neige, même à 50 centimètres de profondeur, a été remarquée[16]. Au centre de la Yakoutie, les chevaux sont cependant moins robustes en raison des croisements effectués jusqu'au XXe siècle, et ne peuvent survivre à l'hiver sans un apport en foin[5]. Comme la plupart des chevaux à sang froid, sa maturité est lente et il n'est pas adulte avant l'âge de cinq ou six ans. En contrepartie, il dispose d'une grande longévité[15]. Les juments poulinent jusqu'à l'âge de 18-20 ans pendant les mois les plus favorables, mai et juin. Le taux de survie des poulains est de 60-65% en moyenne, jusqu'à 80 % les meilleures années[1].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Production de viande[modifier | modifier le code]

Article connexe : Hippophagie.

La Yakoute est surtout élevé pour sa viande, en effet 20 à 25 % de la viande consommée en Yakoutie provient des poneys locaux, un chiffre qui peut monter jusqu'à 40 % dans certains élevages. Cet élevage hippophagique se révèle assez rentable, les poulains de six mois donnant plus de 100 kg de viande grâce à leur croissance rapide et à la forte productivité laitière de leur mère[1]. La lignée de Megezheksky a été croisée afin d'atteindre plus rapidement sa maturité[15]. Les habitants de la république de Sakha n'ont, contrairement aux français, aucun tabou sur la viande de cheval. L'élevage à cette fin constitue donc leur principale activité[17].

Autres[modifier | modifier le code]

Le poney est monté, attelé ou employé comme cheval de bât, et les juments donnent leur lait. Le Yakoute fournit de la fourrure pour l'hiver[6]. Il fait partie de la vie quotidienne de la population sibérienne, qui l'emploie aux travaux de ferme, pour la fenaison, la chasse et la pêche dans les campagnes. On retrouve le poney Yakoute pendant la fête nationale dite Ysyakh, où des courses de chevaux sont organisées. Depuis le XXIe siècle, ces chevaux servent aussi pour le tourisme équestre et l'équitation sur poney à destination des enfants[1]. Traditionnellement, ce sont surtout les hommes qui montent et entretiennent ces animaux[18].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Il est le plus commun des chevaux de l'actuelle Russie[19]. La race est surtout présente au haras national de Leninski et à la ferme collective Karl Marx, en Yakoutie[15]. Le haras de Stepan Vasiliev, dans la région de Nyurbinsky, élève des types Megezheksky pour la viande[1]. L'élevage extensif s'effectue en liberté et de manière nomade dans la taïga et la toundra[20]. Les chevaux évoluent sur de vastes territoires mais appartiennent tous à un propriétaire, éleveur, famille ou autre groupe de personnes[21]. Dans le Nord, ils doivent parcourir de longues distances pour trouver de quoi se nourrir, alors qu'au centre de la Yakoutie, les pâturages d'hiver sont plus proches de ceux d'été[20]. Des élevages sédentaires en petit troupeau existent aussi, permettant une meilleure sociabilisation des animaux[22]. Enfin, certains éleveurs placent les chevaux en troupeau avec des rennes ou des bovins[23]. Les propriétaires ne possèdent généralement pas plus de 40 chevaux, ce qui correspond à quatre troupeaux[24]. Chevaux et éleveurs sont interdépendants en raison de la rigueur du climat : les Hommes soignent les chevaux pour éviter de trop lourdes pertes, et dépendent de la viande et de la fourrure de leurs animaux pour les huit mois que dure l'hiver[25].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Poney yakoute sur un timbre d'Azerbaïdjan

Le cheval, en particulier monté, est très présent dans la tradition orale de la république de Sakha[26] et dans la vie religieuse[27]. Les sibériens sont majoritairement animistes et voient les animaux comme la propriété d'esprits, qui les protègent et les attribuent parfois aux humains[28]. Ainsi, les chevaux sont un don de Dööogöj Ajvy Tojon, auquel il est d'usage de faire des offrandes[29]. Lors de ses recherches ethnographiques, W. Sieroszewski constate que le cheval est le seul animal auquel les sibériens attribuent une âme (kut)[30]. Ils lui accordent une place de choix dans l'Art et les effigies, en ville comme dans les campagnes, bien qu'il se soit raréfié dans la vie quotidienne[31]. Le poney Yakoute est mis en scène dans Chamane, le second film de Bartabas. Il raconte, à l'occasion du tournage en Sibérie, que les habitants lui ont offert de la viande de cheval Yakoute, qu'il a avalée à contrecœur[32]. Ce poney est également présent sur un timbre d’Azerbaïdjan.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r (en) N.D. Alexeev et N.P. Stepanov, « Yakut Horse: Breed Types, Economical and Biological Features », Yakutiatoday.com (consulté le 12 décembre 2014)
  2. Maj 2007, p. 53
  3. Maj 2007, p. 63
  4. (en) CuChullaine O’Reilly FRGS, « Polar Ponies : The Forgotten Story of Antarctica’s Meat-Eating Horses », The Long Riders Guild Academic Foundation (consulté le 12 décembre 2014)
  5. a et b Maj 2007, p. 60
  6. a, b, c, d, e, f, g, h et i Hendricks et Dent 2007, p. 443
  7. Maj 2007, p. 43
  8. Maj 2007, p. 61
  9. a et b Maj 2007, p. 62
  10. D. N. Alekseev de l’Académie d’Agriculture de Iakoutsk, cité par Maj 2007, p. 21
  11. Maj 2007, p. 21
  12. (en) A.V. Chugunov, N.P. Filippova, M.N. Haldeeva et N.P. Stepanov, « Variability of The Polymorphism of Blood Proteins of Yakutia Herd Breeds Horses », Science and Education, no 2,‎ 2014, p. 78-81
  13. Hendricks 1995
  14. (en) « Breeds of Livestock - Yakut Horse », Department of Animal Science, Oklahoma State University (consulté le 20 avril 2009)
  15. a, b, c et d Hendricks et Dent 2007, p. 444
  16. (en) Anatoly Mikhailovich Khazanov, After the USSR: ethnicity, nationalism and politics in the Commonwealth of Independent States, University of Wisconsin Press,‎ 1995 (ISBN 0-299-14894-7, lire en ligne)
  17. Ferret 2010, p. résumé
  18. Maj 2007, p. 29
  19. (ru) Дмитрий Урнов, На благо лошадей. Очерки иппические [Pour le bénéfice des chevaux. Essai hippique], Litres,‎ 2014 (ISBN 5457667960 et 9785457667969), résultat de rech. якутские лошади, livre numérique.
  20. a et b Maj 2007, p. 56
  21. Maj 2007, p. 51
  22. Maj 2007, p. 57
  23. Maj 2007, p. 58-59
  24. Maj 2007, p. 58
  25. Maj 2007, p. 54
  26. Maj 2007, p. 21
  27. Maj 2007, p. 55
  28. Maj 2007, p. 66
  29. Maj 2007, p. 70
  30. W. Sieroszewski, « Du chamanisme d'après les croyances des Yakoutes », Revue de l'Histoire des Religions, vol. 46, no 2-3,‎ 1902, p. 221
  31. Maj 2007, p. 22
  32. Jérôme Garcin, « Bartabas, retour de Sibérie », L'Express,‎ 7 mars 1996 (consulté le 18 février 2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Bonnie Lou Hendricks, International encyclopedia of horse breeds, University of Oklahoma Press,‎ 1995 (ISBN 0-8061-2753-8, lire en ligne)
  • (en) Bonnie Lou Hendricks et Anthony A. Dent, « Yakut », dans International Encyclopedia of Horse Breeds, University of Oklahoma Press,‎ 2007, 486 p. (ISBN 080613884X et 9780806138848) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Carole Ferret, « Hippophiles et hippophages », Anthropozoologica, Paris, Muséum national d'Histoire naturelle, Publications scientifiques, vol. 45, no 1,‎ 2010, p. 115-135 (ISSN 0761-3032, présentation en ligne)
  • Carole Ferret (préf. Jean-Pierre Digard, post. Jean-Louis Gouraud), Une civilisation du cheval : Les usages de l'équidé de la steppe à la taïga, Paris, Belin,‎ 2009, 350 p. (ISBN 978-2-7011-4819-9)
  • Emilie Maj, Le cheval chez les Iakoutes chasseurs et éleveurs : de la monture à emblème culturel, Paris, Ecole pratique des hautes études (EPHE), thèse d'anthropologie religieuse,‎ 2007 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article