Migration animale

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La migration animale est un phénomène présent chez de nombreuses espèces, qui effectuent un déplacement, voire un périple, souvent sur de longues distances, à caractère périodique qui implique un retour régulier dans la région de départ. Les mouvements sans retour, qui conduisent à une extension de l'habitat de l'espèce, correspondent plutôt à un phénomène de colonisation.

Ces deux « mouvements » qui peuvent nécessiter des corridors biologiques spécifiques ou partagés, plus ou moins délimités selon les espèces, jouent un rôle important en matière de sélection naturelle et d'évolution[1].

Les espèces terrestres migrent souvent de nuit. La pollution lumineuse est une des perturbations de l'environnement nocturne qui peut les affecter.
L'hirondelle, qui évoque à la fois le voyage lointain et le retour du printemps, se rassemblait en groupes importants sur les fils, avant son départ automnal. Elle est en forte voie de régression.

Les migrateurs et les raisons de la migration[modifier | modifier le code]

Elle est contrôlée par le système hormonal (mélatonine principalement), lequel, via les horloges biologiques et nycthémérales s'accordent aux périodes de changements de conditions climatiques (réchauffement, refroidissement, durée du jour ou brusque et important apport d'eau douce pluviale en zone équatoriale). D'autres facteurs peuvent intervenir tels que des sécheresses ou variations dans la disponibilité de nourriture, notamment liés à des phénomènes globaux tels qu'El Niño, ou à des modifications anthropiques du milieu. Le dérèglement climatique pourrait donc affecter les migrateurs[2].

En migrant, les oiseaux, poissons, certains insectes, papillons notamment, ou mammifères (marins notamment) ont accès à une nourriture plus abondante. Le fait que la migration se produise au changement de saison a marqué l'esprit populaire au point de créer des proverbes comme une hirondelle ne fait pas le printemps. Le retour des oiseaux migrateurs dans les régions tempérées ou circum-polaires pour y nicher pourrait notamment être expliqué par la présence moindre de prédateurs et une moindre concurrence lors de la collecte de la nourriture avec les autres espèces. Les longs déplacement pourraient peut être aussi limiter le risque de surexploiter le milieu et d'y favoriser la pullulation de parasites. Les grands mammifères migrateurs terrestres tels que le caribou, gnou, bison d'Amérique du Nord, etc. ont modelé les paysages sur de grandes distances.

Les trajets migratoires[modifier | modifier le code]

Les itinéraires de migration répondent aux exigences et aux aptitudes des différentes espèces ; certaines suivent des rivages, des berges ou fleuves, se regroupent pour passer les cols, les isthmes ou détroits, alors que d'autres filent droit, sous les mers, ou en survolant déserts et océans. Les routes ainsi suivies se croisent et se recroisent tissant un réseau très complexe autour de la planète.
Les notions de corridors biologiques et de réseau écologique regroupent ces axes de migration, mais aussi des axes naturels de (re-)colonisation ou circulation dans la matrice écopaysagère.

Au cours de leur trajet, certains oiseaux s'orientent avec le soleil, plus exactement ils sont sensibles aux rayons ultra-violets émis par le Soleil (visibles même à travers les nuages). Les oiseaux peuvent aussi s'orienter avec la lune, les étoiles et par le champ magnétique terrestre, c'est le cas des pigeons qui semblent avoir une boussole interne. La tortue Caouanne se montre sensible à la latitude en fonction du champ magnétique terrestre et de son inclinaison[3] ; De très jeunes tortues de cette espèce placées - peu après leur éclosion - en bassin reproduisant des conditions de champ magnétique d’autres régions (Porto Rico et Cap-Vert ; deux lieux situés sur leur route migratoire habituelle à la même latitude (20 ° N), mais à des longitudes différentes) se sont rapidement orientées dans la direction qu’elle doivent y prendre durant leur migration (respectivement vers le NE et vers le SE) [3]. Certains insectes sont sensibles à l'incidence (ou à la polarisation) des rayons solaires ou renvoyés par la lune. D'autres espèces ou les mêmes utilisent les odeurs ou des infrasons pour se situer. Ceux qui ont déjà effectué plusieurs migrations ont sans doute des points de repères dans le paysage.
Il existe parfois un apprentissage des routes migratoires ; Chez certaines espèces d'oiseaux ou de mammifères voyageant en groupe (les oies par exemple) les jeunes apprennent, avec le groupe à mieux se repérer lors de leurs premières migrations. Les années suivantes, leur trajet sera plus direct.

Pour beaucoup d'espèces, les moyens utilisés par les animaux pour retrouver leur route jusqu'à destination sont encore très mal compris. Dans certains cas la migration n'est pas un aller-retour. Par exemple, les femelles de crabes dormeurs s'éloignent de la côte au fur et à mesure qu'elles vieillissent. Certaines ont été retrouvées à 250 km au large du lieu où elles avaient été marquées et relâchées, et dans ce cas elles se sont éloignées contre le courant moyen.

Le voyage[modifier | modifier le code]

Tronc mort sur une rivière de la Forêt pluvieuse de l'Île de Vancouver (Colombie Britannique, Canada). De tels troncs peuvent transporter, jusqu'en mer parfois, des propagules de dizaines à centaines d'espèces de plantes, champignons et invertébrés. Ce sont de véritables petites communautés saprophytes notamment qui voyagent ainsi et qui pourront coloniser en aval une zone de berge ou un îlot

Les migrateurs partent généralement après avoir fait le plein d'énergie, car leur trajet ne leur laissera généralement pas l'occasion de trouver assez de nourriture, notamment lors du survol des déserts et des montagnes ou des mers pour les oiseaux migrateurs. Cette énergie est stockée sous forme de graisse, qui sera consommée en cours de route, les animaux arrivant souvent à destination affamés et épuisés. Lorsque la réserve de graisse est insuffisante, l'animal peut mourir d'épuisement avant d'atteindre son but.

Si le phénomène de la migration des saumons et anguilles est connu depuis des milliers d'années, celui des oiseaux n'a été vraiment prouvé à la fin du XVIIIe siècle grâce au baguage des oiseaux. La migration de nombreux insectes, de chauve souris et des mammifères marins n'est étudiée que depuis quelques décennies. le suivi par satellite a permis de préciser certaines routes migratrices et de prouver que le voyage aller diffère du voyage retour et qu'au sein d'une espèce, des groupes peuvent suivre des voies très différentes pour rejoindre un même site. Chez une espèces de papillon d'Afrique du Nord les adultes migrent vers le grand nord à l'année n. Ils y meurent après avoir pondu, et l'année suivante, c'est la nouvelle génération qui migre vers le sud.

Les sites servant de haltes migratoires sont particulièrement importants. La préservation de ces sites et des Corridor biologique les réunissant est vitale pour ces espèces.

Migration passive ou subie[modifier | modifier le code]

Certaines espèces peuvent voyager emportées par des animaux (phorésie), c'est le cas du rémora qui s'accroche aux requins, raies ou tortues de mer, et de nombreux parasites externes ou internes ou d'espèces symbiotes. Ceux qui sont transportés (phorontes) par les oiseaux migrateurs, des poissons migrateurs ou des mammifères marins voyagent parfois vite et loin.
D'autres encore se laissent passivement emporter par les courants d'eau, c'est le cas de nombreuses larves planctoniques des océans.

Le suivi des migrations[modifier | modifier le code]

Examen d'une huppe fasciée baguée au Portugal

Outre le suivi oculaire direct, et le crowdsourcing, plusieurs techniques, plus ou moins technologiquement et informatiquement assistées peuvent aujourd'hui être couplée :

  • Le baguage est la première technique, inventée en 1899 par Hans Christian Cornelius Mortensen pour le suivi d'étourneau sansonnet et encore la plus utilisée.
  • Le suivi par radar,
  • L'analyse isotopique des plumes ou poils échantillonnés sur les individus avant, pendant et après leur migration ; Les teneurs et rapports isotopiques (dont de Deutérium et Oxygène) dans les poils ou plumes de l'année ont ainsi aidé à comprendre les migrations de nombreux animaux[4]).
    Ce type d'étude a permis de préciser les axes et stratégies migratoires de plusieurs espèces d'oiseaux [5]. Une autre technique consiste à compter le nombre d'oiseaux passant devant la lune[6], mais aussi de papillons, chauve-souris… permettant de bien mieux comprendre l'écologie et l'utilisation de certains corridors biologiques, leur traits de vie, autant d'éléments utiles pour la biologie de la conservation, ce qui est « en train de révolutionner la façon dont nous créons des liens entre les phases du cycle annuel des animaux migrateurs. Cependant, les chercheurs doivent faire preuve de prudence dans l'application des méthodes isotopiques » [7].
  • L'enregistrement et analyse des cris (d'oiseaux migrants et de cétacés en particulier) afin de déterminer les espèces, le nombre d'individus et les fréquences de passage sur un axe migratoire particulier[8]
  • L'utilisation de microémeteurs à courte portée, mais ultralégers, qu'on a pu par exemple coller sur des papillons migrateurs pour les suivre par avion
  • La surveillance par satellite ; Les balises de suivie par satellite sont utilisées pour suivre, par exemple les oiseaux migrateurs ou les tortues luth depuis la fin des années 1980. Elles ont fourni des informations impossibles à obtenir auparavant, leur précision était encore moyenne (+/- 150 m) à échelle locale, mais intéressant pour se suivi de longues migrations. Les balises balises Argos sont très utilisées. En 1997, elles pesaient environ 80 grammeset 16 à 30 grammes en 2006. Les émetteurs GPS apparaissent au début des années 2000, mais ne sont miniaturisés qu'au milieu de la décennie, avec une précision de +/- 10 m et en 2005 un poids de 70 grammes environ.

Les dangers de la migration[modifier | modifier le code]

Les animaux en migration doivent parcourir de nouveaux territoires, affronter des prédateurs et des aléas météorologiques, et de plus en plus d'artéfacts humains (barrages, routes, villes, lignes à haute tension, zones polluées, tirs de chasse, etc) facteurs de fragmentation écologique des routes migratoires. Même pour des animaux sachant voler et se déplaçant de nuit comme certains papillons migrateurs sur de longue distances (milliers de kilomètres) ou les oiseaux, les obstacles, dont la pollution lumineuse sont de plus en plus nombreux et efficaces[9]. Les oiseaux en migration sont notamment perturbés par le phénomène dit de pollution lumineuse, en régulière augmentation. Les animaux dépensent d'importantes réserves de graisse à cette occasion, libérant dans leur organisme de nombreux polluants qui y ont été accumulé les mois précédents. La migration présente des avantages adaptatifs, et est un facteur de sélection naturelle, mais de nombreux individus meurent durant ces migrations qui a donc une valeur sélective.
Pour les animaux terrestres ne sachant pas voler ou ne volant pas dans les espaces ouverts (Abax ater par exemple) et pour certains oiseaux, les routes sont aussi à l'origine de nombreuses collisions (phénomène dit Roadkill par les anglosaxons).

Un cas particulier : La migration verticale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Migration verticale.

La migration verticale est le nom donné au déplacement quotidien de nombreux organismes vivant dans la zone photique des océans, et qui se déplacent chaque nuit vers la surface, puis redescendent dans les profondeurs le jour.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. John H. Gillespie, The role of migration in the genetic structure of populations in temporally and spatially varying environments II. Island Models. Theoretical Population Biology, volume 10, numéro 2, octobre 1976, pages 227-238.
  2. Rochard E. - juin 2009 - « Réchauffement climatique et poissons migrateurs », Adour Garonne n° 106, 2 p. [En ligne : http://cemadoc.cemagref.fr.]
  3. a et b Nathan Putman et al. (Université de Caroline du Nord) ; Current Biology, vol 21, pp 463-466, 2011
  4. Ana G Popa-Lisseanu et Christian C Voigt, Relier l'Europe : Retracer les migrations des chauves-souris grâce aux empreintes isotopiques contenues dans leurs poils, 2008
  5. Laura Font, Geoff M. Nowell, D. Graham Pearson, Chris J. Ottley and Stephen G. Willis (2007). "Sr isotope analysis of bird feathers by TIMS: a tool to trace bird migration paths and breeding sites". J. Anal. At. Spectrom. 22. DOI:10.1039/b616328a.
  6. (en) Liechti, F., « Instructions to count nocturnal bird migration by watching the full moon », Schweizerische Vogelwarte, CH-6204 Sempach, Switzerland.,‎ 1996
  7. Dustin R. Rubenstein et Keith A. Hobson ; From birds to butterflies: animal movement patterns and stable isotopes Trends in Ecology & Evolution ; Volume 19, Issue 5, May 2004, Pages 256-263 ; doi:10.1016/j.tree.2004.03.017 ([Résumé])
  8. (en) Lowery, G.H., « A quantitative study of the nocturnal migration of birds », University of Kansas Publications, Museum of Natural History 3,‎ 1951, p. 361-472
  9. Weir, R. D. 1976. Annotated Bibliography of Bird Kills at Man-made Obstacles: a review of the state of the art and solutions. Department of Fisheries and the Environment, Environmental Management Service, Canadian Wildlife Service, Ontario Region, Ottawa.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]