Marija Gimbutas

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Marija Gimbutas
Archéologue
Image illustrative de l'article Marija Gimbutas
Marija Gimbutas à côté de la « Pierre no 52 » à Newgrange, dans le Comté de Meath (Irlande), en septembre 1989.
Naissance
Vilnius
Décès (à 73 ans)
Los Angeles
Nationalité Drapeau de la Lituanie Lituanie Drapeau des États-Unis États-Unis

Marija Birutė Alseikaitė , généralement connue comme Marija Gimbutas, ou décliné en lithuanien Marija Gimbutienė, après son mariage avec l'architecte Jurgis Gimbutas, née le à Vilnius et morte le à Los Angeles, Californie, États-Unis, est une archéologue et préhistorienne américaine d'origine lituanienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marija Birutė Alseikaitė, fille de Veronika Janulaitytė-Alseikienė et de Danielius Alseika naît à Vilnius, la capitale de la Lithuanie[1]. Ses parents faisaient partie de l’intelligentsia : sa mère après avoir obtenu un doctorat en ophtalmologie à l’université de Berlin en 1908 devint la première femme médecin en Lithuanie ; son père avait obtenu son doctorat en médecine de l’université de Tartu en 1910.

Après son mariage avec l'architecte Jurgis Gimbutas, le couple se réfugie en Autriche lors de la Seconde Guerre mondiale. D’abord à Vilnius, puis à Vienne. Elle étudie la linguistique puis l’archéologie et les cultures indo-européennes à Innsbruck puis à Tübingen, en Allemagne, où elle obtient un doctorat en 1946.

Émigrée aux États-Unis, elle travaille pendant douze ans à l’université Harvard, nommée en 1950 comme chercheuse spécialiste en archéologie européenne orientale. Elle devient professeur honoraire à l’UCLA en 1963. En 1993, elle se voit attribuer un doctorat honoris causa par l’Université Vytautas Magnus de Kaunas, en Lituanie. Elle meurt quelques mois plus tard, le 2 février 1994, à Los Angeles et est inhumée au cimetière Petrašiūnai de Kaunas. Elle laisse une œuvre d’une vingtaine de volumes, peu connue en dehors des spécialistes et partiellement traduite en français.

Les manuscrits de Gimbutas sur l’archéologie, la mythologie, le folklore, l’art et la linguistique, ainsi que ceux de son collègue, le mythologiste Joseph Campbell, sont aujourd'hui conservés au campus du Pacifica Graduate Institute (en) de Carpinteria, au sud de Santa Barbara (Californie). Les Gimbutas Archives contiennent une collection de 12 000 photos de figurines sacrées prises par Gimbutas elle-même, ainsi que des fiches sur les cultures néolithiques de l'Europe préhistorique[2].

Travaux[modifier | modifier le code]

Durant quinze ans, Marija Gimbutas effectue des fouilles archéologiques dans le sud–est de l’Europe méditerranéenne, révélant au monde l’existence d’une civilisation pré-indo-européenne dénommée « culture préhistorique de la déesse », ayant existé à partir du Paléolithique et perduré plus de 25 000 ans. Le langage de la déesse (titre original : The language of the Goddess, 1989), La civilisation de la déesse (1991), Déesses et dieux de la vieille Europe (1974) comptent parmi ses œuvres majeures, qui lui valent une renommée posthume mondiale. Le langage de la déesse est également le titre d’une exposition qui lui fut consacrée en Allemagne au musée Frauen à Wiesbaden en juin 1993.

L'hypothèse kourgane[modifier | modifier le code]

En 1956, M. Gimbutas publie son hypothèse kourgane, fondée sur le rapprochement de la linguistique comparative et des données archéologiques recueillies lors des fouilles des tumulus de la culture kourgane d'Asie centrale, et destinée à lever un certain nombre d'énigmes relatives aux peuples locuteurs du proto-indo-européen (PIE), qu'elle propose d'appeler « kourganes » (c'est-à-dire le peuple des tumulus des steppes) ; il s'agit de proposer une origine et une route de migration des proto-indo-européens vers l’Europe. Cette hypothèse, par le rapprochement entre plusieurs disciplines, exerça un impact considérable sur la science préhistorique.

Marija Gimbutas identifie la culture des kourganes à l’habitat originel des Indo-Européens. Cette culture du Mésolithique, située entre la Volga et les fleuves de l'Oural, se distingue par la domestication précoce du cheval. La mobilité ainsi gagnée aurait créé des groupes de cavaliers combattants et aurait conduit à des formes de société dites patriarcales. Entre -4500 et -3000, les Indo-européens, ce « peuple de cavaliers », auraient pénétré en plusieurs vagues successives dans la région du Dniepr, l’Ouest de l’Ukraine et la Moldavie. Ils auraient transformé la culture de type agricole existante et se seraient établis en tant qu’aristocratie dirigeante, imposant leur langue. Cette conquête de l’Europe par la culture des kourganes serait caractérisée en archéologie par la culture rubanée et par la Culture des vases à entonnoir.

Tout au long des années 1950 et au début des années 1960, Gimbutas s'impose comme une spécialiste de classe mondiale de l’Âge du bronze en Europe, l’art premier lithuanien et la Préhistoire des Baltes et des Slaves, dont son ultime livre, Bronze Age Cultures of Central and Eastern Europe (1965), donne un résumé. Gimbutas réinterprète la préhistoire européenne à la lumière de ses connaissances en linguistique, ethnologie et histoire des religions, remettant en question plusieurs idées reçues relatives aux prémices de la civilisation européenne.

Titulaire de la chaire d'archéologie de UCLA entre 1963 et 1989, Gimbutas dirige de 1967 à 1980 des fouilles de grande importance sur les sites néolithiques des Balkans, notamment ceux de Sitagroï (en) et Achilleion en Thessalie (Grèce). Elle ordonne de poursuivre les excavations bien au delà de ce que les estimations d'alors jugeaient compatibles avec l'antiquité d'un habitat néolithique ; elle mit au jour un grand nombre d’artefacts profanes et cultuels, dont elle s'attacha toute sa carrière à comprendre l'histoire.

Féminisme et archéologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : archéologie féministe.

De façon inattendue, Gimbutas connut la faveur du grand public grâce à ses trois derniers livres : Dieux et déesses de l'Europe préhistorique (The Goddesses and Gods of Old Europe, 1974); Le langage de la déesse (1989, thème d'une exposition au musée de Wiesbaden), et La Civilisation de la déesse (The Civilisation of the Goddess, 1991), qui passe en revue ses recherches sur les cultures néolithiques d’Europe : l'habitat, les structures sociales, l’art, la religion et la nature des savoirs.

Dans La Civilisation de la déesse, Gimbutas formalise son analyse des différences entre la société européenne primitive, selon elle de type matriarcal et articulée autour du culte d'une déesse mère, et la culture patriarcale (ou « androcratique », pour reprendre l’hellénisme de l’auteur) de l’Âge du bronze qui finit par la supplanter. Selon son interprétation, les sociétés matriarcales (« gynocentrique », « gylanique » pour reprendre les mots de Gimbutas) étaient pacifiques, révéraient les homosexuels et favorisaient la mise en commun des biens. Les tribus patriarcales des kourganes auraient, en migrant vers l’Europe, imposé aux populations matriarcales indigènes un système hiérarchique guerrier.

Plaque commémorative dédiée à Marija Gimbutas, rue Mickevičius à Kaunas.

Marija Gimbutas préfère appeler ce type de culture matriarcale « matrilocale » parce que les fouilles révèlent des données ne correspondant pas avec ce qu’on appelle généralement « matriarcat », le tout se référant à une hypothétique gynocratie. Elle emploie également le terme de matristique.

Critiques[modifier | modifier le code]

David Anthony, professeur d’anthropologie au Hartwick College (New York), conteste l'hypothèse d'une généralisation du système matriarcal avant les premières incursions kourganes ; il indique qu'il y avait déjà en Europe des mottes et des armes (voire sans doute un armement), longtemps avant l'arrivée du peuple kourgane[3].

Andrew Fleming, dans un article paru en 1969 et intitulé « The Myth of the Mother Goddess »[4], s'en prend à l'interprétation du symbolisme ornemental proposé par Gimbutas : les spirales, cercles et points marqués sur la pierre polie ne seraient pas des symboles d’yeux ; pas plus que les yeux, les visages et les figurines asexuées ne sont des symboles féminins ; il rejette l'identification de certaines figurines féminines à des effigies de déesse. Les critiques reprochent aussi à Gimbutas d'avoir mis de côté la signification des viatiques trouvés dans les tombes, qui caractérisent un sexisme néolithique assez familier, et mettent en cause l'analyse exclusive qu'elle fait des figurines féminines car les fouilles ont aussi révélé quantité de figurines masculines ou asexuées sur les mêmes sites. Peter Ucko (en) (1968)[5] va même jusqu'à considérer les prétendues idoles de fertilité de Gimbutas comme de simples poupées et jouets du néolithique.

Enfin, les tentatives de déchiffrement de Gimbutas effectuées sur les idéogrammes néolithiques de Vinča, publiées dans Le Langage de la Déesse, ont suscité un profond scepticisme dans le monde universitaire.

Mais Joseph Campbell et Ashley Montagu n'hésitent pas à comparer les recherches de Marija Gimbutas à la découverte de la pierre de Rosette et au déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens[6],[3]. Campbell, qui a préfacé la réédition du Langage de la Déesse peu avant sa mort, a exprimé à de nombreuses reprises combien il regrettait de n'avoir pas connu plus tôt ses études sur les cultures du Néolithique en Europe lorsqu'il écrivit Les masques de Dieu.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

Monograpahies[modifier | modifier le code]

  • (de) Die Bestattung in Litauen in der vorgeschichtlichen Zeit, thèse de doctorat, Tübingen, H. Laupp, 1946, 250 p.
  • (en) The Prehistory of Eastern Europe. Part I: Mesolithic, Neolithic and Copper Age Cultures in Russia and the Baltic Area. Cambridge, Massachusetts, Peabody Museum, 1956, 241 p.
  • (en) Ancient Symbolism in Lithuanian Folk Art, Philadelphie, American Folklore Society, 1958, 169 p.
  • (en) The Balts, Londres, Thames and Hudson,‎ , 286 p.
  • (en) Bronze Age Cultures in Central and Eastern Europe, La Haye / Londres, Mouton, 1965, 681 p.
  • (en) The Slavs, Londres, Thames and Hudson,‎ , 240 p.
  • (en) The Gods and Goddesses of Old Europe, 7000 to 3500 BC: Myths, Legends and Cult Images., Londres, Thames and Hudson,‎ , 303 p.
  • (lt) Baltai priešistoriniais laikais : etnogenezė, materialinė kultūra ir mitologija, Vilnius, Mokslas, 1985, 192 p.
  • (en) The Language of the Goddess: Unearthing the Hidden Symbols of Western Civilization, préf. Joseph Campbell, San Francisco, Harper & Row, [1989] ; trad. fr. : Le Langage de la Déesse (préf. Jean Guilaine), éd. des Femmes,‎ , 415 p.
  • (en) The Civilization of the Goddess: The World of Old Europe, San Francisco, Harper,‎ , 544 p.
  • (de) Die Ethnogenese der europäischen Indogermanen, Innsbruck, Institut für Sprachwissenschaft der Universität Innsbruck, 1992, 313 p.
  • (de) Das Ende Alteuropas: Der Einfall von Steppennomaden aus Südrussland und die Indogermanisierung Mitteleuropas, Innsbruck, Institut für Sprachwissenschaft der Universität Innsbruck, 1994, 135 p.
  • (en) revue et augmentée par Miriam Robbins Dexter, The Living Goddesses, Berkeley / Los Angeles, University of California Press, 1999, 306 p. [œuvre posthume terminée par M. R. Dexter]

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • (en) Marija Gimbutas (dir.), Obre, Neolithic Sites in Bosnia, Sarajevo, A. Archaeologic, 1974.
  • (en) Marija Gimbutas (dir.), Neolithic Macedonia as Reflected by Excavation at Anza, Southeast Yugoslavia, Los Angeles, Institute of Archaeology, University of California, « Monumenta archaeologica n°1 », 1976.
  • (en) Marija Gimbutas, Colin Renfrew et Ernestine S. Elster (dir.), Excavations at Sitagroi: A Prehistoric Village in Northeast Greece, t. 1, Los Angeles, Institute of Archaeology, University of California, « Monumenta archaeologica n°13 », 1986.
  • (en) Marija Gimbutas, Shan Winn et Daniel Shimabuku (dir.), Achilleion: a Neolithic settlement in Thessaly, Greece, 6400-5600 B.C., Los Angeles, Institute of Archaeology, University of California, « Monumenta archaeologica n°14 », 1989.

Articles[modifier | modifier le code]

  • (en) « Culture Change in Europe at the Start of the Second Millennium B.C. A Contribution to the Indo-European Problem », in Selected Papers of the Fifth International Congress of Anthropological and Ethnological Sciences. Philadelphia, September 1-9, 1956, dir. par A.F.C. Wallace, Philadelphie, University of Philadelphia Press, 1960, pp. 540-552.
  • (en) « Notes on the Chronology and Expansion of the Pit-grave Culture », in L’Europe à la fin de l’Age de la pierre, dir. par J. Bohm et S. J. De Laet, Prague, Académie tchécoslovaque des sciences, 1961, pp. 193-200.
  • (en) « Proto-Indo-European Culture: The Kurgan Culture during the Fifth, Fourth, and Third Millennia B.C. », in Indo-European and Indo-Europeans. Papers Presented at the Third Indo-European Conference at the University of Pennsylvania, dir. par George Cardona, Henry M. Hoenigswald et Alfred Senn, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 1970, pp. 155-197.
  • (en) « Old Europe c. 7000–3500 BC: The Earliest European Civilization Before the Infiltration of the Indo-European Peoples », in Journal of Indo-European Studies, 1973, n°1, pp. 1–21.
  • (en) « The First Wave of Eurasian Steppe Pastoralists into Copper Age Europe », in Journal of Indo-European Studies, 1977, n°5, pp. 277-338.
  • (en) « The Kurgan wave #2 (c.3400-3200 BC) into Europe and the following transformation of culture », in Journal of Indo-European Studies, 1980, n°8, pp. 273-315.
  • (en) « The Temples of Old Europe », in Archaeology, 1980, t. 33, n°6, pp. 41-50.
  • (en) « Old Europe in the Fifth Millennium B.C. The European Situation on the Arrival of Indo-Europeans », in The Indo-Europeans in the Fourth and Third Millennia BC, dir. Edgar C. Polomé, Ann Arbor, Karoma Publishers, 1982, pp. 1-60.
  • (en) « Women and Culture in Goddess-oriented Old Europe », in The Politics of Women’s Spirituality, dir. Charlene Spretnak, New York, Doubleday, 1982, pp. 22-31.
  • (en) « Vulvas, Breasts, and Buttocks of the Goddess Creatress: Commentary on the Origins of Art », in The Shape of the Past: Studies in Honor of Franklin D. Murphy, dir. Giorgio Buccellati et Charles Speroni, Los Angeles, UCLA Institute of Archaeology, 1982.
  • (en) « The Pre-Christian Religion of Lithuania », in La Cristianizzazione della Lituania, Rome, 1987.
  • (en) « A Review of Archaeology and Language by Colin Renfrew », in Current Anthropology, juin 1988, t. 29, n°3, pp. 453-456.
  • (en) « “Accounting For a Great Change”, a review of Archaeology and Language by C. Renfrew », in Times Literary Supplement (juin 24-30), Londres, 1988.

Recueil d'articles posthume[modifier | modifier le code]

  • (en) Miriam Robbins Dexter et Karlene Jones-Bley (dir.), The Kurgan culture and the Indo-Europeanization of Europe. Selected articles from 1952 to 1993 by M. Gimbutas, Washington DC, Institute for the Study of Man, « Journal of Indo-European Studies Monograph n°18 », 1997.

Études en l'honneur[modifier | modifier le code]

  • (en) Susan Nacev Skomal et Edgar C. Polomé (dir.), Proto-Indo-European: The Archaeology of a Linguistic Problem. Studies in Honor of Marija Gimbutas, Washington, D.C., Institute for the Study of Man, 1987.
  • (en) Joan Marler, From the Realm of the Ancestors: An Anthology in Honor of Marija Gimbutas, Manchester, CT, Knowledge, Ideas & Trends, Inc. 1997.
  • (en) Miriam Robbins Dexter et Edgar C. Polomé (dir.), Varia on the Indo-European Past: Papers in Memory of Gimbutas, Marija, Washington, DC, The Institute for the Study of Man, « Journal of Indo-European Studies Monograph n°19 », 1997.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Susan Ware et Stacy Lorraine Braukman, Notable American Women : A Biographical Dictionary Completing the Twentieth Century, Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press, 2004 (ISBN 0-674-01488-X).
  2. (en) « The Marija Gimbutas Collection », sur opusarchives.org
  3. a et b Peter Steinfels (en) (1990) (en) « Idyllic Theory Of Goddesses Creates Storm », New York Times,‎ (lire en ligne)
  4. « Fleming » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), 1969
  5. Peter Ucko, Anthropomorphic Figurines of Predynastic Egypt and Neolithic Crete, Institute of Archaeology UCL, 1968.
  6. Selon l'anthropologue A. Montagu, « Marija Gimbutas has given us a veritable Rosetta Stone of the greatest heuristic value for future work in the hermeneutics of archaeology and anthropology. » (en) « http://www.online.pacifica.edu/cgl/Gimbutasbio » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)