Cheval de trait

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Un cheval de trait, ou cheval lourd, est un cheval sélectionné pour ses aptitudes à la traction de véhicules et de matériaux de toutes sortes, appartenant en général à une race puissante et de grande taille. La majorité des races de trait n'existaient pas avant le XVIIIe siècle. En Europe, ces animaux sont sélectionnés pour les besoins militaires et notamment la traction des chariots d'artillerie lourde, puis les travaux agricoles où leur développement accompagne la révolution industrielle et le perfectionnement du matériel, notamment des charrues au cours du XIXe siècle. Ces chevaux effectuent aussi le halage de bateaux et le déplacement de nombreux véhicules hippomobiles pour le transport de personnes ou de matériaux. Ils sont présents dans la plupart des pays développés, entre autres en Europe de l'Ouest, aux États-Unis, en Australie et au Japon. La France possède le plus grand nombre de races de trait, à savoir neuf.

L'utilisation des chevaux de trait évolue avec le progrès : l'arrivée du chemin de fer les prive d'une partie de leurs fonctions mais ne fait pas pour autant diminuer leur nombre puisque des chevaux sont requis pour le transport depuis les gares. Plus tard, la modernisation des transports en commun et la motorisation des bateaux entraîne l'obsolescence des tramways hippomobiles, du halage et des diligences, cantonnant le cheval de trait aux seuls travaux des champs. Avec l'arrivée du tracteur agricole, les chevaux de trait perdent la dernière de leurs fonctions et disparaissent en masse des pays où ils étaient historiquement élevés et utilisés.

En France et en Belgique, notamment, l'élevage de ces animaux est réorienté vers la production de viande pour la consommation humaine. La plupart des races de trait disparaissent faute de demandes. Depuis les années 1990, le cheval de trait retrouve certaines de ses anciennes fonctions avec le renouveau de l'équitation de loisir, de l'attelage et de l'utilisation au travail. Il reste néanmoins majoritairement élevé pour sa viande, son utilisation moderne pour l'attelage, le débardage, les travaux agricoles ou encore l'entretien des espaces verts reste assez marginale. Un cheval sur quatre né en France est un cheval de trait.

Cheval de trait de race belge

Étymologie et terminologie[modifier | modifier le code]

Le terme de « cheval de trait » désigne étymologiquement n'importe quel cheval, quelle que soit sa race, s'il est employé pour la traction hippomobile. Cependant, dans les pays comme la France, la Belgique et les États-Unis où des races de chevaux spécifiques ont été sélectionnées pour les besoins de cette activité, le terme de « cheval de trait » (ou « draft horse ») désigne un ensemble de races différenciées des chevaux légers et des poneys par un ensemble de caractères morphologiques spécifique

Description[modifier | modifier le code]

Comparaison entre la morphologie d'un cheval de trait percheron et d'un cheval léger de type quarter horse.
Article connexe : Morphologie du cheval.

Les chevaux de trait forment un ensemble de races qui ont pour points communs leur grande taille (de 1,60 m à plus de 1,80 m), leur poids important (de 500 à plus de 1 000 kg) et une morphologie bréviligne extrêmement puissante. Ils ont généralement des épaules verticales, un dos court et une croupe très musclée qui facilitent leurs actions de tractionneurs. Une caractéristique commune à la majorité des chevaux de trait est leur ossature lourde et la présence de fanons abondants au bas de leurs jambes. Ces chevaux possèdent la plupart du temps un profil rectiligne ou convexe.

Ils appartiennent habituellement aux races dites « à sang froid », à l'exception de certains chevaux de trait léger. Croisés avec des chevaux légers, ils donnent de la taille et du poids à leur descendance, et tendent à augmenter la puissance et la « portée » des mouvements du poulain.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Traction hippomobile.

Le cheval de trait est historiquement un animal de travail au service des sociétés humaines, dans tous types de zones habitées, en temps de paix comme en temps de guerre. Il permet de pallier le manque de force physique des hommes pour une foule de travaux, allant de la traction de matériel d'artillerie à celle de la charrue dans les champs[1]. Il devient une source de « puissance » pour l'agriculture, le transport de fret et le transport des passagers, en particulier avant la mise en place des chemins de fer. Dans l'agriculture, sa grande force et sa docilité font merveille[2], le cheval a en effet l'avantage d'être plus vif et plus maniable que le bœuf devant une charrue.

Origines préhistoriques[modifier | modifier le code]

Toutes les races de chevaux de trait sont originaires d'Europe de l'Ouest et du Nord, la théorie « des quatre lignées fondatrices » voit dans leurs ancêtres primitifs le sous-type « trait » du cheval des forêts, qui aurait eu des descendants aussi différents que le grand Shire et le petit, mais robuste, poney Shetland. Grâce à la sélection naturelle, ces chevaux sauvages se sont adaptés au froid et aux climats humides du nord de l'Europe, ce qui en a fait des animaux robustes et résistants.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Article connexe : Cheval dans l'Antiquité.

Le cheval est un animal de trait bien avant d'être une monture. Les plus anciennes traces de domestication prouvent que le premier emploi de cet animal est la traction de chars funéraires, bien avant la généralisation des cavaliers. Dès l'Antiquité, les Romains mentionnent aussi une race chevaline massive et apte à la traction sous le nom d'equus magnus. Les populations humaines ont besoin de chevaux de travail pour effectuer des tâches diverses et une distinction s'effectue assez vite entre le cheval de travail, animal calme, trapu, robuste et patient, et le cheval d'équitation et de transport rapide, plus fin et énergique.

Cheval de labour au Moyen Âge, muni d'un collier d'épaule afin de tirer la herse. Mois d'octobre, Les Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé, Chantilly, ms.65, f.10, vers 1440.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Article connexe : Cheval au Moyen Âge.

Une certaine sélection semble se mettre en place pour élever différents types de chevaux dès le Moyen Âge, où l'on distingue clairement l'animal de travail, de basse qualité et destiné à être exploité, du destrier, animal noble et prestigieux[3]. Avant l'invention du collier d'épaule, le bœuf est préféré au cheval pour la traction de matériel agricole. Les chevaux de traction n'ont pas encore le modèle très massif connu depuis le XXe siècle, au XVIe siècle, ils restent petits, et l'homme cherche déjà des moyens d'augmenter leur puissance[4].

De nombreuses races de trait modernes sont censées descendre des destriers de guerre, qui portent les chevaliers en armure au Moyen Âge. Le Great horse, cheval anglais de robe généralement noire, très apprécié comme monture de guerre au Moyen Âge, serait à l'origine des races du frison et du shire[2]. Certains historiens soutiennent que le destrier avait la taille et la conformation d'un cheval de trait moderne[5], mais une analyse poussée de différentes pièces d’armure indique que le matériel était porté par des chevaux de la taille et la constitution d’un cheval de chasse ou d’équitation ordinaire[6]. Une analyse sur les chevaux de transport suggère qu’au XIIIe siècle les destriers sont de constitution trapue mais ne mesurent pas plus de 1,50 m à 1,60 m[7]. Trois siècles plus tard, les chevaux de bataille ne sont pas significativement plus grands ni plus lourds[8]. L’une des raisons de cette croyance répandue considérant que le cheval de guerre médiéval ne pouvait être qu’un énorme cheval de trait est l’hypothèse, encore soutenue par de nombreuses personnes, selon laquelle l’armure médiévale est extrêmement lourde. Ces charges peuvent en réalité être portées par un cheval pesant de 550 à 600 kg, un cheval de trait n’est donc pas nécessaire[9].

Les recherches indiquent clairement que ni les chevaux de travail médiévaux ni les destriers n'étaient aussi grands que les races de trait modernes. De toutes les races modernes de chevaux de trait, le percheron est peut-être la plus proche du cheval de guerre médiéval[10]. L'arrivée de l'artillerie sur les champs de bataille rend les destriers inutiles à la guerre, cependant, des chevaux de traction deviennent nécessaires pour déplacer ces lourdes pièces d'artillerie.

Jusqu'aux années 1850[modifier | modifier le code]

Les chevaux de trait modernes sont plus vraisemblablement les descendants des chevaux de travail au tempérament flegmatique utilisés pour différents petits travaux de ferme, et plus tard pour la traction de wagons d'artillerie militaires. Durant le XVIIe siècle, la mise en place du réseau routier en France permet aux véhicules hippomobiles de circuler plus facilement, et développe l'élevage de chevaux carrossiers. À la même époque, Colbert crée les haras nationaux pour développer et organiser l'élevage des chevaux. Cette organisation profite surtout au cheval de guerre, le monde paysan doit se débrouiller[11]. Les races commencent à se spécialiser grâce aux sociétés des écuyers[3].

Dans les campagnes, les chevaux de travail sont essentiellement de petits bidets de labour rustiques, très frugaux, mais au physique fréquemment défectueux. Les famines font que seuls restent en vie les plus résistants d'entre eux[11].

Industrialisation[modifier | modifier le code]

Halage avec des chevaux de trait vers 1880-1890.
Article connexe : Industrialisation.

L'emploi de chevaux de trait se développe avec la révolution industrielle. La recherche du rendement, en Grande-Bretagne et aux États-Unis dans un premier temps, bouleverse la pratique de l'agriculture. Des machines de plus en plus lourdes sont créées, mais ne peuvent pas toujours être efficacement tractées par les carrossiers certes rapides, mais peu puissants[12]. Le transport, et notamment le halage fluvial porté par la création de réseaux de canaux aux XVIIIe et XIXe siècle siècles[Note 1], est également en demande de chevaux plus puissants. La méthode la plus utilisée pour l'amélioration des races de trait est le croisement, mais si les plus riches propriétaires ont les moyens d'importer des étalons reproducteurs étrangers de qualité, les éleveurs paysans sont plus limités[11]. Le développement des races de trait accompagne largement la mécanisation de l'agriculture et la multiplication des transports hippomobiles, facilités par le damage et l'empierrage des routes de plus en plus praticables. Le matériel et les animaux circulent par chemin de fer et par bateau, de plus en plus vite[13].

La demande en chevaux pesant plus de 800 kg s'accroit : il faut des animaux de haute taille, au dos musclé, puissants et dotés d'une bonne capacité de propulsion. L'apport des chevaux de trait au progrès agricole et industriel est « inestimable »[14]. Plus d'un demi-million d'entre eux servent pendant la Première Guerre mondiale à soutenir l'effort militaire.

Industrialisation française[modifier | modifier le code]

Une charrue brabant, modèle souvent tracté par des chevaux de trait pour labourer les champs jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, avant la généralisation des tracteurs qui permettent de manœuvrer des charrues beaucoup plus lourdes.

Dans les années 1850, la traction hippomobile agricole est fréquente dans le Nord-Ouest de la France, mais la traction bovine reste beaucoup plus répandue[12]. Le matériel agricole est alors relativement restreint, il comprend le chariot (4 roues), la charrette (deux roues) et le tombereau, manœuvrés par les chevaux[15], mais aussi la herse et le rouleau[16]. De 1850 à 1870, pratiques et matériaux se modernisent. Le cheval de trait des années 1870 reste fin en rapport avec l'actuel, il pèse environ 600 kg, un poids qui atteint les 800 kg de muscle en 1935. De plus en plus de chevaux dits « perfectionnés » sont acquis par les exploitants agricoles[17]. Parallèlement, la moisson manuelle disparaît au profit de la traction hippomobile[18]. Au XIXe siècle, 80 000 chevaux de traction sont recensés dans les rues de Paris, tirant les omnibus et les tramways. Les fréquents accidents causés par ces équipages conduisent à la création de la SPA[3].

On estime leur nombre à 3 200 000 en 1913[19]. Les races de trait françaises sont spécialisées en fonction de leur morphologie et de leur région d'origine. Ainsi, les Cobs normands sont des carrossiers ou des chevaux de poste, les Percherons sont attelés dans les villes pour le transport des passagers ou des marchandises, et les mareyeurs boulonnais transportent le poisson de Boulogne-sur-Mer à Paris avant l'établissement du chemin de fer. Ces chevaux sont néanmoins majoritairement destinés à la traction du matériel agricole avant les années 1950[19]. Certaines régions françaises se mettent à produire des chevaux de trait réputés pour leur grande qualité, notamment la Bretagne, qui grâce à la modernisation des transports, décuple ses ventes[13].

Industrialisation américaine[modifier | modifier le code]

Les États-Unis sont largement en avance sur les européens en matière de mécanisation industrielle, mais ils manquent de chevaux de trait de qualité pour travailler leurs immenses terrains, n'étant pas une terre d'élevage[14]. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, des milliers de ces animaux sont importés d'Europe de l'Ouest vers les États-Unis, notamment les Percherons et les Boulonnais français, et les traits belges, Shires, Suffolk Punch et Clydesdales britanniques. Le marché du cheval de trait est extrêmement rémunérateur, les animaux partent outre-Atlantique par bateaux entiers. Inversement, les européens important les machines américaines[20]. De nombreux registres de races sont fondés. Le Percheron, avec 40 000 poulinières enregistrées en 1915, devient le cheval de trait le plus présent aux États-Unis au début du XXe siècle[10]. Une race de trait est développée exclusivement dans ce pays, l'American cream draft, dont le studbook est établi dans les années 1930.

Fin de la traction chevaline[modifier | modifier le code]

Dans les pays développés, les premiers signes de déclin de l'utilisation du cheval de trait sont perceptibles à la fin du XIXe siècle, d'abord avec la mise en place des réseaux de chemins de fer, puis avec la découverte de l'électricité, et surtout avec l'invention du moteur à combustion interne. Le XXe siècle voit disparaître en masse les chevaux de travail. Après la Première Guerre mondiale aux États-Unis, et la Seconde Guerre mondiale en Europe, la popularité du moteur à combustion interne, et en particulier du tracteur, réduit la nécessité de posséder un cheval de trait pour effectuer les travaux agricoles et le transport. Le cheval de traction disparait progressivement des villes dès les années 1920, remplacé par des engins motorisés. Le cheval militaire voit son avenir sérieusement compromis durant la Première Guerre mondiale, et cesse définitivement d'être utilisé après la seconde. Au cours des années 1950, le cheval de trait agricole cesse d'être rentable lui aussi, concurrencé par le tracteur[3], et après la Seconde Guerre mondiale, en Europe comme aux États-Unis, la plupart des utilisations de chevaux de trait comme animal de travail ont définitivement cessé. Dans les pays développés, l'utilisation de chevaux pour le travail disparait des domaines agricole et militaire, ainsi que dans le transport, et ne subsiste pratiquement que dans quelques activités de loisir. Certains chevaux de trait européens qui ne trouvent plus preneurs sont croisés avec des Pur Sang, et donnent naissance à la plupart des races dites de demi-sang, majoritairement utilisées pour les sports équestres de nos jours. Le nombre de chevaux de trait et la diversité des races connaissent une baisse significative dans la plupart des pays.

Le cheval de travail reste important dans certains pays en voie de développement, concurremment avec d'autres animaux de trait comme le bœuf, le buffle, le zébu, le dromadaire, voire l'éléphant.

Relance bouchère[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Viande de cheval et Hippophagie.
Une boucherie chevaline

Dans les pays latins, traditionnellement hippophages, beaucoup de chevaux de trait devenus inutiles au travail sont vendus à l'abattoir pour produire de la viande. En 1967, en France, 90 % des chevaux présents sur le sol du pays sont des traits. En 1975, ce pourcentage tombe à 58 %, témoignant du nombre extrêmement important de chevaux envoyés à la boucherie sur cette période[21]. La boucherie devenant la seule alternative pour les éleveurs de traits français, ceux-ci, plutôt que de se spécialiser dans la production de bêtes à viande, revendent massivement leurs animaux aux abattoirs et s'orientent vers un autre type d'élevage[22]. Les éleveurs ne s'étant pas spécialisés dans la production de viande de cheval et la France étant devenue « l'un des pays les plus hippophages du monde », en 1967, les droits de douane sont supprimés pour l'importation de chevaux de boucherie vivants depuis les pays de l'Est, ce qui pousse encore davantage les éleveurs de chevaux de trait français à abandonner leur production[22].

Vers 1970, alors que toutes les races de trait sont en voie de disparition[3], seules quelques petites exploitations agricoles gardent une ou deux juments, « par passion plus que par raison ». La même année, Henry Blanc est nommé à la direction des haras nationaux français et organise la reconversion des neuf races de chevaux de trait en animaux de boucherie. Jusqu'en 1982, il freine les importations de et finance une recherche de l'INRA, près de Clermont-Ferrand, sur l'engraissement des poulains de trait. Il encourage les éleveurs français à engraisser leurs animaux pour les revendre au poids aux abattoirs. C'est la boucherie chevaline qui assure, paradoxalement, une partie de la sauvegarde des races de chevaux de trait françaises en gardant leur capital génétique intact, mais ce changement a pour conséquence un alourdissement des morphologies au détriment des aptitudes physiques. Le modèle de nombreux chevaux, autrefois puissant et sportif, devient celui de « bêtes à viande » énormes et pataudes, affectueusement surnommées les « gros pépères » ou les « gros nounours ». Un arrêté du 24 aout 1976, paru dans le journal officiel, renomme toutes les races de « chevaux de trait » françaises en « chevaux lourds » et pousse les éleveurs à sélectionner des étalons reproducteurs les plus gros et les plus lourds possibles. Les haras nationaux achètent et approuvent ce type d'étalon destiné à la production de viande[23].

La relance de la filière viande chevaline en France a toutefois échoué comme au XVIIIe siècle car il existe désormais une sérieuse concurrence venue de l’Argentine et de l’Europe de l’Est. La majorité des viandes vendues sont importées[3], de plus, de nombreuses personnes s'opposent à l'idée de manger du cheval et la consommation ne cesse de baisser en France. En 1964, 110 290 tonnes équivalent carcasse de viande sont consommés pour 21 190 en 2007. Toutefois, depuis la création de l'interprofession de la viande chevaline en 2002, la consommation a augmenté de 3 %.

Renouveau de l'utilisation au travail[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, on assiste, parallèlement à la disparition quasi totale de la traction chevaline agricole, à une folklorisation de cette activité et du cheval de trait : le travail paysan est reconstitué lors de fêtes et attire un public assez nombreux, désireux à la fois de retrouver les gestes d'antan en spectacle et d'admirer ces chevaux à l'effort[21].

Au début des années 1990, l'équitation de loisir connait un nouveau souffle en France tandis que la consommation de viande de cheval ne fait que diminuer. Le 11 mars 1994, le journal officiel publie un nouvel arrêté redonnant au « cheval lourd » son ancien nom de « cheval de trait » et en 1996, un autre arrêté interdit la caudectomie, c'est-à-dire la coupe de la queue chez les chevaux de trait[3]. Les éleveurs peuvent à nouveau s'orienter vers la production d'animaux sportifs destinés aux loisirs ou au travail, que les haras nationaux se mettent à acheter de nouveau[24], mais en 1995, il ne reste que 27 000 juments poulinières de trait recensées en France.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le cheval de trait a eu de nombreuses utilisations historiques. Au début du XXIe siècle, les reprises d'activités de travail avec ces animaux sont peu nombreuses mais notables l'avenir de ces races dépend pour beaucoup de la viabilité économique de la traction hippomobile[25]. Le cheval de trait est de retour dans des activités de services urbains, de transport des personnes et de travail, il sert également à la réinsertion sociale et à l’insertion des personnes handicapées[26]. Professionnels et amateurs travaillent au développement du tourisme rural, du travail agricoles, du débardage des troncs d'arbres, de l'attelage de loisir et de compétition, de l'entretien des espaces verts, ou encore du transport de touristes en ville[1]. Dans les sociétés du Sud, le cheval de trait est toujours présent, il représente le « taxi » des pauvres et des touristes[3].

Les initiatives se multiplient pour redonner au cheval de trait une place importante dans l'économie. L'un des créneaux envisagés est l'agriculture biologique, car si les agriculteurs n'utilisent aucun produit chimique, ils ont quand même besoin d'effectuer des passages dans leurs champs. Certains écologistes pensent aussi que lorsque les énergies fossiles seront épuisées, le cheval de trait retrouvera une place importante au sein de la société. L'avantage de l'utilisation du cheval de trait est qu'il n'émet pas de méthane, contrairement aux ruminants, mais on ignore si le crottin de cheval peut produire du bio gaz. Les carcasses de chevaux morts posent aussi problème car certaines personnes souhaitent que cet animal soit enterré dans leur jardin alors que la règlementation l'interdit. De plus, le cheval a un coût d'entretien conséquent puisqu'il consomme l'équivalent de sept calories végétales pour produire une calorie animale[3].

Agriculture[modifier | modifier le code]

Cheval de trait ardennais harnaché pour le labour.

Des chevaux sont mis au travail sur certaines petites exploitations aux États-Unis et en Europe. Les chevaux de trait sont également de retour dans les vignes où leur utilisation permet de ne pas tasser le sol, on compte environ 300 animaux employés pour cette activité en France.

Mines et industries[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cheval dans les mines.

Transport des personnes et travaux urbains[modifier | modifier le code]

L'utilisation de voitures hippomobiles en ville est difficile à cause de la circulation et en raison des longs temps de pause exigés par la S.P.A. pour le confort des chevaux. Le ramassage des ordures avec un véhicule hippomobile est mis en place ans plusieurs villes françaises, dont les parcs de Lyon, et s'inscrit dans une démarche de développement durable. Depuis plusieurs années, Disneyland Paris possède la plus grande écurie européenne de Percherons au travail[3].

Débardage[modifier | modifier le code]

Article connexe : Débardage.
Cheval de trait sur un chantier de débardage en Haute-Loire.

Il existe environ 100 entreprises de débardage équin en France, soit beaucoup moins qu'en Allemagne (3 000) et en Belgique (2 000). Saint-Dié a acquis des chevaux de trait pour le débardage et depuis plusieurs années[3].

Attelage de loisir et de compétition[modifier | modifier le code]

Boucherie[modifier | modifier le code]

La boucherie demeure le principal débouché du cheval de trait dans des pays comme la France et la Belgique. L'utilisation de chevaux de trait pour les loisirs reste largement minoritaire en France, où 98 % du cheptel de trait est à vocation bouchère. 88 % des chevaux de trait sont envoyés à l'abattoir avant l'âge de 18 mois[27], les 2 % restants sont destinés aux loisirs ou au travail.

Les professionnels de la filière française soutiennent que cette activité est indispensable au maintien des races de trait, et pour garder un cheptel non-consanguin[26]. L'élevage des chevaux de trait pour la viande permettrait aussi selon eux de valoriser les pâturages des zones difficiles avec des bovins et des ovins[28]. Un foyer sur cinq consomme de la viande de cheval en France, et un sur trois dans les régions du Nord[26].

Spectacle[modifier | modifier le code]

Plus rare est l'utilisation de chevaux de trait en spectacle. Felous, un trait alezan crins lavés, connaît la cabriole et le passage, et se produit avec Arnaud Gillette dans le spectacle Le marquis ivre.

Le théâtre du Centaure emploie le Percheron Tao, lui aussi dressé en haute école et monté à cru[29].

En Belgique, lors de la cavalcade de Herve, tous les chars du carnaval sont tirés par des chevaux de trait ardennais ou brabançons.

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Labour traditionnel avec une paire de chevaux de trait en Allemagne

Le cheval de trait connait un renouveau dans la société occidentale, qui semble lié aux mouvements écologistes et au développement durable, ainsi qu'à la recherche de nouveaux modes d'occupation de l'espace non polluants. Ils sont souvent présents lors de salons agricoles, la concurrence est réapparue dans des concours d'animaux de traction et des expositions importantes. Le cheval de trait représente désormais le retour à la nature et à un « passé idéalisé ». Les voyages en roulotte liés à la culture du nomadisme et les fêtes médiévales sont également des raisons du retour du cheval de trait dans la société[3]. Le développement des expériences pour réhabiliter le cheval de trait fait de cet animal une passerelle entre le monde citadin et le monde rural, et entre tradition et modernité[3].

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Buggy Amish tracté par un cheval de trait

Les chevaux de trait sont particulièrement populaires auprès de groupes tels que les Amish et les Mennonites, ainsi que des personnes qui souhaitent entretenir une ferme avec une source renouvelable d'énergie. Dans le haut-Midwest américain, l'île de Mackinac a interdit l'utilisation d'un véhicule personnel motorisés afin de protéger ses chevaux de trait à la fin du XIXe siècle et à nouveau dans les années 1920. L'interdiction est toujours en vigueur aujourd'hui, les chevaux de trait belge, percherons, et d'autres races continuent à servir la communauté et les touristes qui la visitent à chaque saison. Tout est mû par des camions et les gens se déplacent à cheval, les animaux tirent les taxis et les voitures privées[30]. Les États-Unis élèvent majoritairement des percherons.

En France[modifier | modifier le code]

Le percheron, race de cheval de trait originaire du Perche, est actuellement la race de cheval de trait la plus répandue au monde.
Article connexe : Races chevalines de France.

En 2007, un cheval né en France sur quatre est un cheval de trait, pourtant, les neuf races de chevaux de trait françaises ont chacune moins de 5 000 femelles capables de se reproduire et sont de ce fait considérées comme des races locales menacées d’abandon. Elles sont au nombre de neuf, toutes issues de différentes régions (berceaux d'élevage) comme leur nom l'indique. Le percheron, race de trait la plus répandue au monde, est originaire du Perche, le cob normand originaire de Normandie. L'ardennais, également élevé en Belgique, est originaire des Ardennes, l'auxois de la Bourgogne, le boulonnais de la région de Boulogne-sur-Mer, le breton de Bretagne, le comtois de Franche-Comté, le poitevin mulassier du Poitou et le trait du Nord du Nord-Pas-de-Calais.

Les régions Aquitaine, Auvergne, Limousin, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes ont enregistré 7 288 immatriculations de chevaux de trait en 2006 pour 14 146 sur toute la France, soit 51,5 % du cheptel[26].

En Belgique[modifier | modifier le code]

les activités de débardage, qui nécessitent un cheval de trait, sont beaucoup plus répandues en Belgique qu'en France. La Belgique élève des Ardennais, mais aussi la race nationale du Brabançon, ou cheval de trait belge.

En Suisse[modifier | modifier le code]

Le franches-montagnes est le dernier représentant du cheval de trait léger en Europe de l'Ouest, très polyvalent, il est encore utilisé en petits effectifs par l'Armée suisse.

Au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

L'Angleterre fait une utilisation folklorique du cheval de trait, notamment du fameux Shire, le plus grand cheval du monde. Le clydesdales est écossais, le suffolk punch, le Dales et le Fell se rencontrent aussi un peu partout.

En Irlande[modifier | modifier le code]

Le trait irlandais est actuellement croisé avec des Pur Sang pour produire le hunter irlandais. Le Gypsy Cob, Gypsy Vanner, Irish cob ou Tinker est une race de trait irlandaise actuellement très populaire grâce à son charisme.

Autres pays[modifier | modifier le code]

L'Italie n'élève qu'une race de chevaux de trait, le trait italien

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. voir L'utilisation des canaux lors de la révolution industrielle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Siméon et Rocher 2005, p. présentation éditeur
  2. a et b « Le Shire, du cheval de guerre au cheval de trait », sur le site de l'association Shire Horse France.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Le cheval, une énergie d'avenir ? - Sylvie Brunel et Bénédicte Durand, rapport d'une conférence du festival international de géographie à Saint-Dié-des-Vosges, 2007 [PDF]
  4. Marcel Girault, Attelages et charrois au Moyen Âge, cité par Mavré 2004, p. 22
  5. (en) Ralph Henry Carless Davis, The Medieval Warhorse, Londres, Thames and Hudson, 1989
  6. (en) Christopher Gravett, English Medieval Knight 1300-1400, Oxford, Osprey Publishing, 2002 (ISBN 1-84176-145-1), p. 59
  7. Hyland 1994, p. 146
  8. Hyland 1994, p. 10
  9. (en) American Endurance Riders Conférence, « Endurance Rider’s Handbook, chapitre 3, section IV », American Endurance Riders Conférence (consulté le 14 août 2008)
  10. a et b (en) Joseph Mischka, The Percheron Horse in America, Mischka Press/Heart Prairie, 1991, (ISBN 0962266353 et 9780962266355), 162 p.
  11. a, b et c Mavré 2004, p. 22
  12. a et b Mavré 2004, p. 12
  13. a et b Mavré 2004, p. 19
  14. a et b Mavré 2004, p. 20
  15. Mavré 2004, p. 13
  16. Mavré 2004, p. 14
  17. Mavré 2004, p. 15
  18. Mavré 2004, p. 17
  19. a et b « le cheval de trait : un patrimoine encore vivant ! », sur ChevalDeTrait.com/ (voir archive)
  20. Mavré 2004, p. 18
  21. a et b Lizet 1989, p. 283
  22. a et b Lizet 1989, p. 287
  23. Mavré 2004, p. 150
  24. Mavré 2004, p. 223
  25. Le retour du cheval de trait : une tendance lourde - Documentaire de 52 min, Equidia, 2011
  26. a, b, c et d « La viande chevaline, un patrimoine indispensable et juridiquement encadré » (consulté le 25 août 2009) [PDF]
  27. Institut de l'élevage
  28. Martin-Rosset W. et al., « Exploitation du pâturage par le cheval en croissance ou à l’engrais », Le Cheval,‎ 1981
  29. Mélina Lhermite, « Quarante destins », Cheval magazine, no 480,‎ novembre 2011, p. 30
  30. (en) Dearle Brian, « Mackinac Island », The New Colonist (consulté le 14 mars 2007)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Matt Anderson, The Draft Horse, the Farmers' Friend, vol. 22, Beriah Brown, State Printer. Wisconsin State Agricultural Society, Wisconsin Dairymen's Association, University of Wisconsin. Agricultural Experiment Station,‎ 1884 (lire en ligne)
  • Marcel Mavré, Chevaux de trait d'hier et d'aujourd'hui, Lavauzelle,‎ 1988, 128 p. (ISBN 978-2-702-50240-2)
  • Bernadette Lizet, La bête noire: à la recherche du cheval parfait : France Mission du patrimoine ethnologique, Éditions MSH, coll. « Ethnologie de la France »,‎ 1989, 341 p. (ISBN 2-735-10317-X et 978-2-735-10317-1, lien OCLC?, lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Marcel Mavré, Le cheval de trait de l'an 2000: du cheval de travail au cheval de loisir, Lavauzelle,‎ 1993, 75 p. (ISBN 978-2-702-50344-7)
  • (en) Ann Hyland, The Medieval Warhorse From Byzantium to the Crusades, Sutton publishing,‎ 1994, 204 p. (ISBN 978-1-856-27990-1), réédition en 1996 pour la Medieval Military Library chez Combined Books.
  • Colette Gouvion et Philippe Krümm (ill. Philippe Rocher), Chevaux de trait, Éd. du Rouergue,‎ 1998 (ISBN 978-2-841-56089-9)
  • Marcel Mavré, Attelages et attelées : un siècle d'utilisation du cheval de trait, France Agricole Éditions,‎ 2004, 223 p. (ISBN 978-2-855-57115-7, lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Victor Siméon et Philippe Rocher (ill. Philippe Rocher), Le cheval de trait, De Vecchi,‎ 2005, 167 p. (ISBN 2-732-88411-1 et 978-2-732-88411-0)
  • Dominique Lambert, Chevaux de trait: Le passé a de l'avenir, NEVA,‎ 2010, 120 p. (ISBN 978-2-350-55154-8)
  • Jean-Pierre Digard, Une histoire du cheval. Art, techniques, société, Arles, Actes Sud, 2003. 24 cm, 230 p. ill. Nouv. éd. revue et corrigée, sans ill., 2007, 296 pages
  • Daniel Roche, La Culture équestre de l’Occident, XVIe-XIXe siècle : L’ombre du cheval : Vol. 1, Le cheval moteur, Paris, hachette, 2008, 479 pages, Vol. 2, La gloire et la puissance : essai sur la distinction équestre, Paris, Hachette, 2011, 493 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]