Jument

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Jument finlandaise accompagnée de son poulain.

La jument est la femelle adulte chez l’espèce du cheval. Domestiquée, elle permet notamment de fournir le lait de jument, et tient fréquemment un rôle de poulinière chez l'éleveur, en donnant naissance à des poulains. Dans la plupart des compétitions de sports équestres, juments et mâles concourent dans la même catégorie. C'est rarement le cas en sport hippique, où il existe des courses par tranche d'âge et par sexe.

Étymologie et terminologie[modifier | modifier le code]

Le mot « jument » (écouter la prononciation française) dérive du latin jumentum, et en langue française a d'abord désigné une « bête de somme » avant de s'employer pour la femelle du cheval au XIIe siècle. Jumentum est attesté au VIe siècle et jumenta aux VIIIe et IXe siècles[1]. Une jument destinée à la reproduction est appelée « jument poulinière », ou simplement « poulinière ». Contrairement au terme « étalon » qui peut s'appliquer à d'autres espèces, comme les ânes, le terme « jument » est plutôt réservé à l'espèce chevaline. Dans la majorité des cas, on désigne par « jument » un cheval femelle adulte âgé de plus de trois ans, et par « pouliche » ceux de moins de trois ans, bien qu'en sport hippique, le terme s'applique uniquement aux animaux de plus de quatre ans.

Le mot équivalent en anglais est mare ; contrairement au français il peut désigner la femelle de l'âne ou d'un autre équidé[2]. Son origine semble antérieure au IXe siècle[3] En vieil anglais la forme courante était mere ou mȳre, forme féminine de mearh (cheval). Le vieux haut-allemand est Mähre[4]. En irlandais en en écossais, le mot est marc, en gallois march, en cornique margh et en breton marc'h[4]. Toutes ces formes celtes semblent d'origine gauloise[4], et cette forme n'était pas connue avant les langues germaniques et les langues celtiques[4]. Le mot anglais nightmare (« cauchemar ») n'est pas directement lié au nom anglais de la femelle du cheval, mais issu d'une homophonie pour désigner un incube[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la découverte de la castration, qui permet de changer les chevaux entiers en hongres, et dans les régions où la pratique de la castration est refusée culturellement, les juments étaient préférées aux chevaux mâles pour les besoins utilitaires et la guerre, en raison de la plus grande facilité à les contrôler. Historiquement, les nomades Bédouins de la péninsule Arabique donnaient la préférence aux juments pour leurs raids montés. Ce cas n'est pas une généralité, d'autres cultures ayant préféré les chevaux mâles par volonté d'avoir une bête plus combative, ou en raison de l’inconvénient principal de la jument, qui est la perte de son potentiel de travail en cas de chaleurs, de grossesse, ou dans les premiers mois qui suivent sa mise bas.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Jument traite pour son lait au Kirghizistan
Article connexe : lait de jument.

La fonction première d'une jument est le poulinage, c'est-à-dire donner naissance à des poulains en élevage. Elles peuvent concourir en sport équestre au plus haut niveau (jeux olympiques et jeux équestres mondiaux) et dans les mêmes catégories que les mâles (bien que les mâles soient généralement plus puissants), c'est le cas de championnes comme Ratina Z, Weihaiwej ou plus récemment Silvana*HDC en saut d'obstacles. C'est rarement le cas en sport hippique, où les courses sont classées en fonction de l'âge et du sexe des participants. Ruffian, une jument de course américaine, est ainsi célèbre pour avoir disputé un match contre le meilleur Pur Sang mâle du moment[5]. Dans des clubs ou centres équestres les juments sont préférés aux étalons pour apprendre aux enfants et aux débutants à monter à cheval .

Les juments peuvent aussi être élevées pour leur lait, traditionnellement très consommé dans les pays d'Asie centrale et en Russie. Au Canada, le médicament Prémarin, un traitement hormonal pour les femmes, est fabriqué à partir d'urine de juments gestantes[6].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Rossinante, la monture de Don Quichotte, est l'une des plus célèbres juments de la culture populaire.

L'une des plus célèbres juments de la culture populaire est Rossinante, la monture de Don Quichotte. Dans les œuvres de Rabelais, le géant Gargantua se voit remettre la gigantesque Grand Jument[7]. Dans la littérature, Flicka, créée par Mary O'Hara, donne son nom à un célèbre livre pour la jeunesse. En bande dessinée, Arabesque appartient au Caporal Blutch[8]. Marcel Aymé a intitulé l'un de ses romans La jument verte. Le terme peut avoir une connotation particulière en pornographie, où « étalon » désigne l'homme dominant, et « jument » la femme soumise.

Le mot anglais pour désigner le cauchemar est nightmare, qui peut se décomposer en « jument de la nuit » (night et mare). Cette homophonie a donné naissance à une créature du même nom dans le folklore populaire anglo-saxon, présentée comme une jument noire qui torture les dormeurs pour leur donner d'horribles cauchemars. Plus récemment, cette créature est entrée dans le bestiaire du jeu de rôles Donjons et dragons[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Jument » du TLFi, sur le site du CNRTL.
  2. (en) « Mare », Oxford dictionnary (consulté le 2 octobre 2012)
  3. en « Mare » (consulté le 30 septembre 2009)
  4. a, b, c, d et e (en) « Mare », Etymology OnLine (consulté le 25 novembre 2007)
  5. {{en]}} Milton C. Toby, Ruffian: Thoroughbred Legends, numéro 13 de Thoroughbred Legends Series, Eclipse Press, 2002, (ISBN 1581500599 et 9781581500592), 144 p.
  6. « Bienfaits et risques associés à l'hormonothérapie de substitution »
  7. Bernard M. Henry, « Sur la jument de Gargantua », dans Bulletin, vol. 2, Les Amis des Rabelais et de La Devinière,‎ 1962, 82 p.
  8. « Fiche de l'album « Arabesque » sur tuniques-bleues.com »
  9. Amélie Tsaag Valren, « Une histoire symbolique et culturelle du cheval noir (II) », Cheval Savoir, no 31,‎ avril 2012 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • F. Joseph Cardini, « Jument », dans Dictionnaire d'hippiatrique et d'équitation, Bouchard-Huzard,‎ 1845 (lire en ligne), p. 13