Domestication du chien

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Un grand chien employé à la chasse au lion figuré sur une mosaïque romaine.

La domestication du chien est intervenue au Paléolithique[1], longtemps avant celle de toutes les autres espèces domestiques actuelles. Elle précède de plusieurs dizaines de milliers d'années la sédentarisation de l'homme et l'apparition des premières civilisations agricoles. C'est l'unique espèce domestique ancienne dont la domestication n'est pas liée à l'apparition de l'agriculture et à la sédentarisation. Cette place que le chien occupe auprès de l'espèce humaine en fait un cas particulier parmi les espèces domestiques.

Ancêtre du chien[modifier | modifier le code]

Les chiens pourraient être issus de plusieurs lignées lupines différentes, domestiquées à plusieurs endroits du monde. Avant les progrès de la génétique, l'identité exacte de l'ancêtre du chien a longtemps été un mystère, mais au début du XXIe siècle, les progrès en matière de comparaison de génomes ont permis d'établir que le chien est plus proche génétiquement des sous-espèces actuelles de Canis lupus (le loup gris) que de tout autre canidé[2]. Le loup gris est donc son unique ancêtre[réf. nécessaire]. La divergence génétique entre la lignée des chiens domestiques actuels et celle des représentants sauvages actuels de l'espèce Canis lupus date d'entre 150 000 ans et 100 000 ans[3].

Contexte de domestication[modifier | modifier le code]

La relation entre humains et canidés sauvages est très ancienne. Des restes de loup ont été retrouvés en association avec ceux d'hominidés datant de 400 000 ans. Les chasseurs-cueilleurs et les loups avaient plusieurs points communs : ils appartenaient à des espèces sociables, ils partageaient le même habitat et ils se nourrissaient des mêmes proies. Des études ont montré que les louveteaux capturés tout jeunes et élevés par des hommes s'apprivoisent et se socialisent facilement, d'autant plus qu'ils dépendent de leurs maîtres pour leur alimentation. L'adaptation à la vie avec les hommes a transformé ces animaux autrefois sauvages.

La domestication du chien a longtemps été considérée comme une innovation marquant le Mésolithique et accompagnant les profondes mutations socio-économiques liées au radoucissement climatique post-glaciaire. Jusqu'à la découverte du « chien de l'Altaï » [1] plusieurs restes morphologiquement semblables au chien suggéraient toutefois une domestication plus précoce, dans un contexte d'économie de chasseurs-cueilleurs, au cours du Paléolithique supérieur (Aurignacien). L'absence d'ADN exploitable ne permettait alors pas de rattacher formellement ces chiens à la lignée du chien moderne, la domestication du chien pouvant en effet être issue d'une redomestication de loups ou de chiens ensauvagés[4].

Les plus anciens restes de chien domestique ont été trouvés à Předmostí en République tchèque (26 000 ans BP)[5], dans les grottes de Goyet en Belgique (31 700 ans BP[6]) mais surtout en Sibérie (33 000 ans BP[7]) où a été trouvé le « chien de l'Altaï ». La découvert d'ADN exploitable dans une dent de ce dernier, a permis en 2013 d'avoir une confirmation génétique qu'il était bien l'ancêtre du chien moderne[1]. Lors de l'apparition de l’agriculture, le chien s'adapte à l'alimentation humaine plus riche et acquiert la capacité de digérer l'amidon. Une étude génétique en 2013 a mis en évidence que le chien domestiqué a de nombreux gènes impliqués dans le développement du cerveau (favorable à la recherche des restes des repas humains) et la formation d'amylases (favorable à la digestion de l'amidon qui est rare dans le régime carné du loup) lui permettant de découvrir une nouvelle niche écologique au milieu des premières colonies humaines sédentaires[8],[9].

Vitesse de domestication[modifier | modifier le code]

Les dates fournies par l'archéologie et la génétique laissent supposer une domestication qui s'étale plutôt sur plusieurs millénaires, liée à la fois à l'évolution du comportement inné des chiens et à une évolution culturelle des humains et donc à une évolution des relations entre les deux espèces.

Evolutions ultérieures[modifier | modifier le code]

Depuis le Paléolithique, plusieurs centaines de races présentant des variations et des différences très importantes ont été développées : entre un chihuahua et un lévrier irlandais les rapports de taille sont de près de 1 à 10 et ceux de masse de 1 à 50. Les couleurs varient du blanc au noir, avec des roux, des gris et des bruns, parmi une très grande gamme de coloris.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Druzhkova AS, Thalmann O, Trifonov VA, Leonard JA, Vorobieva NV, et al. (2013) Ancient DNA Analysis Affirms the Canid from Altai as a Primitive Dog. PLoS ONE 8(3): e57754. doi:10.1371/journal.pone.0057754
  2. Pour la Science, n° 423, janvier 2013, Pierre Jouventin - La domestication du loup - Jusqu'à ces dernières années, il était tout simplement impossible de déterminer l'origine du chien. Puis la biologie moléculaire a tranché : le chien est le descendant du loup et de lui seul, et la jolie formule de La Fontaine s'est révélée prémonitoire ! Le chien est une création de l'homme préhistorique par sélection artificielle.
  3. About.com - Archaeology - Dog History How were Dogs Domesticated? By K. Kris Hirst - Dog history has been studied recently using mitochondrial DNA, which suggests that wolves and dogs split into different species around 100,000 years ago...
  4. Jean-Denis Vigne, archéozoologue et biologiste au MNHN, « La domestication du chien », émission La Tête au carré sur France Inter, 6 février 2013
  5. Futura Science - Un os de mammouth dans la mâchoire d’un chien fossile !
  6. Germonpré, M., Sablin, M.V., Stevens, R.E., Hedges, R.E.M., Hofreiter, M., Stiller, M. et Després, V.R. (2009) - « Fossil dogs and wolves from Palaeolithic sites in Belgium, the Ukraine and Russia: osteometry, ancient DNA and stable isotopes », Journal of Archaeological Science, vol. 36, n° 2, pp. 473-490.
  7. http://www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0022821
  8. (en) Erik Axelsson, Abhirami Ratnakumar et Maja-Louise Arendt, « The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet », Nature,‎ 23 janvier 2013 (lien DOI?)
  9. La génomique entre chiens et loups, Nicolas Gompel, Benjamin Prud'homme, lemonde.fr, 28 février 2013 et mis à jour le 7 mars 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]