Grotte Chauvet

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Grotte Chauvet
Image illustrative de l'article Grotte Chauvet
Chevaux
Coordonnées 44° 23′ 15″ N 4° 24′ 51″ E / 44.387612, 4.414058 ()44° 23′ 15″ Nord 4° 24′ 51″ Est / 44.387612, 4.414058 ()  
Pays Drapeau de la France France
Région Rhône-Alpes
Département Ardèche
Vallée Gorges de l'Ardèche
Localité voisine Vallon-Pont-d'Arc
Voie d'accès D 290
Longueur connue environ 500 m
Signe particulier Grotte ornée
Occupation humaine Vers 35 000 ans à 32 000 ans avant le présent - Période de l'Aurignacien
Vers 27 000 ans à 24 500 ans avant le présent - Période du Gravettien

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Grotte Chauvet
Hyène (ou ours tacheté ?) et panthère dans la galerie des mains.
Rhinocéros à grande corne

La grotte Chauvet, grotte Chauvet-Pont-d'Arc ou encore grotte de la Combe d'Arc est une grotte ornée paléolithique située en France sur la commune de Vallon-Pont-d'Arc, dans le département de l'Ardèche en région Rhône-Alpes.

Le site comporte un millier de peintures et de gravures dont 420 représentations d'animaux (peintures, gravures). De nombreuses datations directes par la méthode du carbone 14 ont donné des résultats cohérents proches de 31 000 ans BP. La communauté scientifique admet quasi unanimement que les œuvres de la grotte Chauvet datent de l'Aurignacien et comptent parmi les plus anciennes au monde. La diversité et la maîtrise des techniques dont elles témoignent ont profondément remis en cause l'idée d'un art préhistorique évoluant très lentement et de manière linéaire et ascendante.

Géographie et historique[modifier | modifier le code]

La grotte est située en France dans le département de l'Ardèche, Région Rhône-Alpes, sur la commune de Vallon-Pont-d'Arc. Elle se trouve au lieu-dit de la Combe d'Arc, qui constitue l'ancien méandre de la rivière Ardèche, avant l'érosion du pont d'Arc.

La grotte Chauvet a été découverte le 18 décembre 1994 par Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel, et Christian Hillaire dans le cadre de leurs activités spéléologiques privées. [1]

Particularités[modifier | modifier le code]

Avec Lascaux (1940), Cosquer (1991) et Cussac (2000), la grotte Chauvet est l'une des grottes françaises majeures par les qualités esthétiques de ses œuvres.

Elle présente également un très grand intérêt scientifique, tant d'un point de vue paléontologique que de celui de l'art pariétal. Elle est l'une des plus anciennes grottes ornées au monde et date de l'Aurignacien (environ - 35 000 ans BP). Les inventeurs et l'équipe qui, depuis la découverte, y mènent les recherches sous la direction des préhistoriens Jean-Michel Geneste et Jean Clottes, ont pris toutes les précautions nécessaires pour préserver non seulement les parois mais aussi toutes les traces d'activité humaine, par exemple les anciens foyers. L'État français, propriétaire de la grotte, a fait installer un réseau de passerelles en inox pour assurer la conservation et l'intégrité des sols.

Les peintures de l'époque aurignacienne témoignent de la maîtrise de techniques très diversifiées (préparation des parois, gravures, tracés digités, mains positives, peintures, estompes, recherche de la perspective, etc.). Les thèmes abordés sont essentiellement animaliers, comme c'est généralement le cas dans l'art paléolithique. Toutefois, les animaux dits dangereux sont ici exceptionnellement fréquents (lions, rhinocéros, mammouths) au détriment des animaux plus ordinaires tels que cheval et bison, davantage représentés dans les grottes aux dessins et peintures solutréens et magdaléniens. Mis en scène, un crâne d'ours trône sur un bloc rocheux, entouré par d'autres à terre. Sur un bout de roche, on trouve un couple mi-humain mi-animal : l'homme à droite a la jambe et un bras humains mais une tête bison, et la femme, à gauche, humaine en bas, se termine en haut par une lionne. Entre les deux jambes se trouve un triangle pubien avec une vulve. Très souvent, d'ailleurs, on trouve la représentation de couples d'animaux. Sur le panneau des lions, tout près du couple cité, on découvre un couple de lions en caresses, un autre cheminant ensemble, et la joute amoureuse de deux rhinocéros. Les artistes ont gravé une scène de chasse figurant deux lions et un bison. L'un des félins, la tête posée sur celle du bison, y semble en pleine prédation. Autre technique graphique à l'œuvre à Chauvet, la superposition d'images similaires - générant l'illusion du mouvement de l'animal.

Datations[modifier | modifier le code]

La grotte est d'autant plus remarquable qu'elle a été occupée par les hommes à deux périodes très anciennes, l’Aurignacien et le Gravettien, selon le préhistorien Jean Clottes. Selon les scientifiques en charge de l'étude, les œuvres pariétales auraient été réalisées au cours de la première seulement. Pour d'autres auteurs, seuls les dessins réalisés avec des charbons dateraient de la période la plus ancienne, les dessins faits avec de l'ocre datant du Gravettien.

Les premières datations par le carbone 14 ont créé la surprise par leur ancienneté (31 000 ans). Elles ont été mises en doute en 2003 puis 2010 par certains archéologues, Christian Züchner, Paul Pettitt et Paul Bahn notamment, qui estimaient ces peintures plus récentes sur la base de critères stylistiques[2],[3],[4],[5]. La grotte Chauvet a toutefois bénéficié d'un nombre exceptionnel de datations directes pour lesquelles les échantillons furent confiés à plusieurs laboratoires, difficilement contestables et acceptées aujourd'hui par la majorité des préhistoriens[6]. Des parallèles stylistiques ont été établis avec certaines statuettes découvertes en contexte aurignacien indubitable, telles que l'homme lion de Hohlenstein-Stadel[7].

Des recherches menées sur le style évoquent le cas de quelques gravures peut-être gravettiennes recouvrant certaines peintures noires aurignaciennes et attestant ainsi de leur plus grande ancienneté[8].

J.M. Elalouf et son équipe ont montré que les restes d'ursidé présents dans la grotte étaient bien ceux de l'ours des cavernes, représenté dans la galerie du cactus. Or cette espèce d'ours végétarien a disparu vers 28 000 ans BP, confirmant ainsi l'ancienneté de cette œuvre pariétale[9],[10].

Implications de la découverte de la grotte Chauvet[modifier | modifier le code]

Les œuvres de la grotte Chauvet démontrent qu'il existait déjà, au début du Paléolithique supérieur, des artistes capables d'abstraction intellectuelle pour préparer la paroi calcaire et penser le dessin. La grotte Chauvet est un site majeur dans l'histoire de l'humanité, où l'on voit que les hommes maîtrisaient parfaitement des techniques très complexes comme l'estompe et la perspective capables de donner du volume aux représentations pariétales mais également d'y figurer un véritable dynamisme. Grâce à la grotte Chauvet, les historiens et les scientifiques admettent dorénavant que l'art ne doit plus être lu comme un mouvement historique linéaire durant lequel les hommes auraient acquis des connaissances et des techniques de représentations pariétales de plus en plus complexes leur permettant de dessiner des formes de plus en plus complexes. L'art peut être vu comme une suite d'apogées et de déclins dont la grotte Chauvet serait déjà un sommet de réussite esthétique et technique.

Protection[modifier | modifier le code]

Réplique d'une gravure de chouette au musée anthropologique de Brno

Afin d'éviter les erreurs qui ont détérioré les peintures de Lascaux, la grotte Chauvet ne sera jamais ouverte au grand public. Seuls les scientifiques, les préhistoriens, certaines personnalités et des particuliers faisant une demande motivée peuvent y pénétrer. L'entrée de la grotte est protégée par un dispositif extrêmement sécurisé avec une surveillance électronique et humaine constante. L'État a décidé de réduire le nombre de visites annuelles pour préserver un patrimoine unique. Actuellement, la grotte Chauvet ne peut être visitée dans sa totalité que lorsque la quantité de CO2 (dioxyde de carbone) est en deçà de 3 % de l'air ambiant de la grotte. Cette situation ne se produit que quatre à cinq mois par an. Le reste du temps, la grotte est fermée ou accessible seulement dans sa première partie. Enfin, les visites ne comportent que cinq personnes encadrées par deux guides du Service de la conservation de la grotte Chauvet.

La grotte Chauvet fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [11].

La Caverne du Pont-d'Arc et la candidature Unesco de la grotte Chauvet[modifier | modifier le code]

La région Rhône-Alpes et le conseil général de l'Ardèche avec l'appui de l'État et l'Europe, construisent depuis 2012 sur le site du Razal à Vallon-Pont-d'Arc une réplique de la cavité. Baptisée en janvier 2014, La Caverne du Pont-d'Arc, ce site culturel et touristique devrait ouvrir ses portes au printemps 2015. Parallèlement, les collectivités ont souhaité faire inscrire la cavité sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco qui examinera cette candidature en juin 2014.

La création de La Caverne du Pont-d'Arc est un projet culturel, scientifique et technologique unique dans sa conception comme dans sa dimension (3000 m² au sol et 8000 m² de faciès géologique – sols + parois + plafonds). Il s'agit d'une anamorphose: le fac-similé présente une forme compactée de la grotte Chauvet dans laquelle l'ensemble des peintures et gravures mais également les éléments géologiques et archéologiques (ossements, foyers, empreintes...) majeurs de la cavité originale seront restitués à l'échelle 1 par des artistes et sculpteurs. L'ambition est de réaliser une vraie grotte où l'on retrouvera toutes les caractéristiques du milieu souterrain : fraicheur, humidité, obscurité... Toutes les étapes de création sont validées par les préhistoriens Jean Clottes, Jean-Michel Geneste et Jean-Jacques Delannoy, représentants de l'équipe scientifique qui étudie la grotte depuis 1998.

L'Espace de restitution est un des plus grands projets culturels actuels en France. Il comprendra le fac-similé de la grotte originale, un centre de découverte où il sera possible de se familiariser avec le Paléolithique, la faune, la flore et l'humanité d'il y a 35 000 ans, un pôle pédagogique, un espace d'exposition temporaire, un restaurant et une boutique (51 millions d'euros investis). Ces bâtiments vus du ciel figureront une empreinte d'ours, mammifères ayant beaucoup fréquenté la grotte Chauvet.

Joyau de l'humanité, la grotte Chauvet est candidate à l'inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Le 24 janvier 2013, le Gouvernement décide de présenter officiellement la caverne ornée de Vallon-Pont-d'Arc, pour une possible inscription à la liste du patrimoine mondial en juin 2014 lors du comité organisé au Qatar, après une phase d'expertise de 18 mois[12].

Un comité de soutien à cette candidature a été créé en juin 2010 à Vallon-Pont-d'Arc. Il réunissait 27 000 membres début janvier 2014[13]. L'objectif est de réussir le défi "36 000 ans - 36 000 signatures" d'ici l'été 2014.

Propriété[modifier | modifier le code]

La propriété de la grotte a donné lieu à une longue bataille judiciaire[14]. En effet, les propriétaires des terrains environnants et de l'entrée de la grotte (dont le maire de Vallon-Pont-d'Arc lui-même) souhaitaient être indemnisés. L'État leur a initialement accordé une indemnité correspondant à la valeur d'un terrain non constructible, soit environ 25 centimes de franc le mètre carré. L'affaire s'est terminée en 2001, lorsque le Conseil d'État a décidé d'indemniser les propriétaires à la hauteur des richesses inestimables de la grotte. Un procès en appel, à Toulouse, a débouché sur une décision plus favorable aux propriétaires (1777 fois plus que les 25 centimes par mètre carré) mais cette décision a été cassée en cassation.

Film[modifier | modifier le code]

Chevaux, aurochs et rhinocéros

Ce film a été tourné par le réalisateur allemand Werner Herzog à Vallon-Pont-d'Arc, dans et autour de la Grotte Chauvet[15]. Ce documentaire de 95 minutes est soutenu par le Conseil général de l'Ardèche et la Région Rhône-Alpes. Le film présenté dans plusieurs festivals (Toronto, New-York, Berlin) est sorti dans les salles de cinéma de très nombreux pays (en Grande-Bretagne le 25 mars 2011, aux États-Unis le 29 avril 2011 et en France le 31 août 2011). Il existe une version en trois dimensions.

  • Quatre documentaires ont été réalisés en 2000 et 2003 sur la Grotte Chauvet par Pierre-Oscar Lévy :
    • 2003 : La Grotte Chauvet : dialogue d'équipe
    • 2003 : La Grotte Chauvet : la première fois ce film montre les premières visites de scientifiques découvrant la grotte, il donne l'ensemble des clés pour comprendre la géologie, pour décrypter les traces et empreintes, et pour aller à la rencontre des premières images du monde dessinées ou gravées par ces artistes d'il y a 32 000 ans. C'est Jean Clottes qui commente l'ensemble du film.
    • 2002 : Dans le silence de la Grotte Chauvet, première visite du poète, écrivain, peintre et critique John Berger.
    • 2000 : La Grotte Chauvet, devant la porte, fait découvrir le travail et quelques étapes marquantes de l’investigation scientifique autour de la grotte.

Romans et BD[modifier | modifier le code]

Quelques œuvres de fiction préhistorique ont pour cadre la grotte Chauvet :

  • Jean Courtin, Le chamane du bout du monde, Paris, Seuil,‎ 1998, 390 p. (ISBN 978-2020306829)
  • Eric Le Brun, préface de Jean Clottes, L'art préhistorique en BD, première époque, Grenoble, Glénat,‎ 2012, 38 p. (ISBN 978-2723486880)
  • Anne-Marie Desplat-Duc, La caverne de l'ours sacré, Grasset - Lampe de poche, 1998, 63 p. Roman jeunesse (9 ans et plus)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel Deschamps, Christian Hillaire, 1995, La Grotte Chauvet à Vallon-Pont-d'Arc, Éd. du Seuil, (ISBN 2-02-025530-8)
  • Jean Clottes (sous la dir. de), 2001, La Grotte Chauvet - l'art des origines, Éd. du Seuil, (ISBN 2-02-048648-2)
  • Jean Clottes et Marc Azéma, 2005, Les Félins de la grotte Chauvet, Éd. du Seuil.
  • Bernard Gély et Marc Azéma, 2005, Les Mammouths de la grotte Chauvet, Éd. du Seuil.
  • Jean-Michel Geneste (sous la dir. de), 2005, Recherches pluridisciplinaires dans la grotte Chauvet, Société préhistorique française / Karstologia, (ISBN 2-913745-21-0)
  • Sylvie et Gérard Aubriot, 2000, "l'homme de la Combe d'Arc ou le peintre de la Grotte Chauvet", préface de Jean Clottes, édition La Mirandole (ISBN 2-909282-64-3)
  • John Berger, Jean-Marc Ellalouf, John Robinson, Jean-Jacques Salgon, 2007, Grotte Chauvet – Impressions, Éd. de l’Ibie. (ISBN 978-2-9509918-9-8)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.culture.gouv.fr/fr/arcnat/chauvet/fr/
  2. « Doutes concernant la datation de la grotte Chauvet », Le Nouvel Observateur, 2003.
  3. Christian Züchner, « Grotte Chauvet Archaeologically Dated ».
  4. Paul Pettitt, « L'ancienneté de la grotte Chauvet n'est pas démontrée », La Recherche, n° 364, mai 2003, p. 21.
  5. Participation de Paul Bahn à une émission consacrée à la grotte, Europe 1, 17 juillet 2010, où les invités demandent à ce que des résultats plus complets de datation soient fournis afin qu'on puisse notamment distinguer, parmi les charbons utilisés pour les fresques, ceux provenant de bois de ceux provenant de charbon d'os, par exemple d'ours, présents dans la grotte depuis au moins 30 000 ans sans pour autant attester l'ancienneté des fresques qui auraient pu être créées à une période plus récente (intervention au temps 28 minutes).
  6. Valladas, H., Tisnérat-Laborde, N., Cacher, H., Kaltnecker, É., Arnold, M., Oberlin, Ch. et Évin, J. (2005) - « Bilan des datations carbone 14 effectuées sur des charbons de bois de la grotte Chauvet », Bulletin de la Société Préhistorique Française, t. 102, n° 1, La grotte Chauvet à Vallon-Pont-d'Arc : un bilan des recherches pluridisciplinaires Actes de la séance de la Société préhistorique française, 11 et 12 octobre 2003, Lyon, pp. 109-113.
  7. Jean Clottes et Marc Azéma, Les Félins de la grotte Chauvet, Seuil (2005).
  8. Emmanuel Guy, « La grotte Chauvet : un art totalement homogène ? », paleoesthetique.com, février 2004.
  9. C. Bon, V. Berthonaud, P. Fosse, B. Gély, F. Maksud, R. Vitalis, M. Philippe, J. van der Plicht et Jean-Marc Elalouf, 2011, « Low regional diversity of late cave bears mitochondrial DNA at the time of Chauvet Aurignacian paintings », Journal of Archaeological Science
  10. « La grotte Chauvet datée par l'ours », Pour la Science, n° 404, juin 2011, p. 6.
  11. « Notice no PA00135635 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  12. [1]
  13. Un comité de soutien à la candidature
  14. La saga de la Grotte Chauvet
  15. Cave of Forgotten Dreams