Dur-Sharrukin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Dur-Sharrukin
Khorsabad
Taureau androcéphale ailé (Shedu) de Dur-Sharrukin, trouvé durant les fouilles de Paul-Emile Botta et transporté au musée du Louvre.
Taureau androcéphale ailé (Shedu) de Dur-Sharrukin, trouvé durant les fouilles de Paul-Emile Botta et transporté au musée du Louvre.
Localisation
Pays Drapeau de l'Irak Irak
Province Ninawa
Coordonnées 36° 30′ 34″ N 43° 13′ 46″ E / 36.50953, 43.2293136° 30′ 34″ Nord 43° 13′ 46″ Est / 36.50953, 43.22931  
Superficie environ 300 hectares

Géolocalisation sur la carte : Irak

(Voir situation sur carte : Irak)
Dur-Sharrukin
Dur-Sharrukin
Époque du VIIIe ‑ VIIe siècle av. J.-C.

Dur-Sharrukin (Dūr-Šarrukīn, la « Forteresse de Sargon » en assyrien), située près de l'actuel village de Khorsabad dans le Nord de l'Irak, situé à environ 15 km de Mossoul, est une des capitales de l'ancienne Assyrie. Inaugurée en 707 av. J.-C. par le roi Sargon II (721-705 av. J.-C.), la ville est délaissée, en partie inachevée, à sa mort en 705 au profit de la nouvelle capitale, Ninive.

La construction de la ville, sur un site quasiment inoccupé, est une énorme entreprise, qui mobilise les considérables ressources de l'empire assyrien pendant une dizaine d'années. Cette grande ville de forme quadrangulaire est défendue par une muraille épaisse. Son principal ensemble monumental comprend un vaste palais royal, érigé sur une terrasse artificielle, qui comprend plusieurs grandes cours et des dizaines de salles, ornées de sculptures monumentales et de nombreux bas-reliefs illustrant la puissance que l'empire assyrien a atteint à la fin du VIIIe siècle av. J.-C. À proximité, isolés dans la même enceinte intérieure que le palais, se trouvent plusieurs autres vastes bâtiments résidentiels et administratifs ainsi que des temples, qui devaient constituer le cœur de l'empire. D'autres bâtiments ont été érigés sur le site avant son abandon, dont un palais servant d'arsenal sur une autre terrasse située de l'autre côté du site.

Construit puis laissé dépeuplé dans la foulée, jamais occupé par une agglomération importante, le site de Khorsabad est remarquablement préservé quand les premières fouilles y ont lieu dans les années 1840 et 1850. Il s'agit du premier site de la Mésopotamie antique qui fit l'objet de plusieurs campagnes ambitieuses, conduites par des consuls français établis à Mossoul, contribuant significativement à la redécouverte de l'empire assyrien, même si la ville n'en a jamais vraiment été à la différence des deux autres sites majeurs mis au jour à la même époque, Nimrud (l'antique Kalkhu) et Quyunjik (Ninive). De nombreuses sculptures exhumées à cette époque se trouvent actuellement au musée du Louvre à Paris où elles ont été transportées dans la foulée de leur redécouverte. Des campagnes de fouilles postérieures, menées par des équipes américaines de 1929 à 1935, ont permis d'améliorer la connaissance de ce site avec des méthodes archéologiques plus abouties que celles des pionniers qui l'avaient redécouvert.

Découverte et fouilles[modifier | modifier le code]

Photographie de Gabriel Tranchard lors des fouilles de Victor Place en 1853 : une des portes du palais de Khorsabad.

Le site de Khorsabad fut le premier des sites de la Mésopotamie antique à faire l'objet de campagnes de fouilles de grande ampleur. Le souvenir de la localisation d'une grande ville antique ne s'était pas perdu. Au XIIIe siècle, le géographe Yaqout al-Rumi localisait près du village de Khorsabad les « ruines de Ṣarʿon », ce qui semble indiquer que le nom antique du site s'était préservé pendant plusieurs siècles[1]. Dans les années 1840, quand le site fait l'objet de l'attention du consul français de Mossoul, Paul-Emile Botta, il est cependant oublié. À cette époque, les Européens actifs dans la région qu'ils savent être l'ancienne Assyrie recherchent la ville sur laquelle la Bible et les auteurs Grecs ont été les plus diserts, Ninive.

Les fouilles des consuls français[modifier | modifier le code]

En mars 1843, trois ans après la création du consulat de France à Mossoul par Louis-Philippe, part prendre son poste de consul. En 1842, alors qu'il était consul à Tripoli, Paul-Émile Botta avait effectué à ses frais les fouilles du Tell de Quyundik, croyant avoir trouvé la Ninive biblique. Il avait vu juste, mais n'avait pas effectué ses fouilles au bon endroit et était reparti bredouille. Informé par des locaux de la présence à 16 km au Nord-Est de Mossoul de vestiges près du village de Khorsabad, il entreprend d'y déplacer son entreprise, croyant avoir trouvé la cité qu'il cherchait. Il obtient de France des subventions et un dessinateur : Eugène Flandin. Il rachète le site, dédommageant les villageois qui y résidaient et qui sont réinstallés un peu plus loin, puis commence à fouiller la terrasse du palais en 1843, dégageant des orthostates sculptés. Les fouilles à proprement parler débutent en octobre 1844, avec l'exploration de l'aile nord de la cité. Toutes les découvertes faites sur le lieu ont permis une meilleure connaissance de l'art assyrien, grâce aux dessins de Flandrin, mais aussi l'expédition des premières pièces, qui sont exposées au Louvre dans la collection assyrienne inaugurée par le roi en 1847[2],[3].

Botta parti de Mossoul en juillet 1845 pour aller présenter ses découvertes en France, les fouilles ne continuent que de façon sporadique dans les années suivantes (notamment à l'instigation de l'anglais Austen Henry Layard entre 1846 et 1849[4]), avant l'arrivée en janvier 1852 d'un nouveau consul français à Mossoul : Victor Place, assisté de Félix Thomas, architecte et dessinateur, et Gabriel Tranchard qui se charge de photographier l'évolution des fouilles (ce qui est alors très novateur car cette technique en est encore à ses débuts[5]), constituant ainsi une documentation précieuse pour cette époque de balbutiements de l'archéologie orientale[1]. Place continue les fouilles de son prédécesseur dans le secteur palatial mais aussi en d'autres points de la ville (porte n°3, bâtiment G) jusqu'à son départ en 1855. Sa mission est également de trouver et d'expédier plus d'objets pour les collections du Louvre. Mais seules 26 caisses sur 235 devaient arriver à destination : le 21 mai 1855, alors que les antiquités envoyées en France naviguent sur le Tigre, le convoi est attaqué et la grande majorité des antiquités sombrent au fond du fleuve. Elles n'ont pas été retrouvées à ce jour, et ne sont connues que par les dessins qui en ont été faits précédemment[6],[3].

Plans du site et de la terrasse du palais de Khorsabad, et tentative de reconstitution de la zone palatiale d'après les conclusions des fouilles des consuls français. Le tracé des bâtiments est régularisé et donc imprécis, les fouilles postérieures ayant révélé que les murs n'étaient pas strictement parallèles et perpendiculaires. Plans du site et de la terrasse du palais de Khorsabad, et tentative de reconstitution de la zone palatiale d'après les conclusions des fouilles des consuls français. Le tracé des bâtiments est régularisé et donc imprécis, les fouilles postérieures ayant révélé que les murs n'étaient pas strictement parallèles et perpendiculaires. Plans du site et de la terrasse du palais de Khorsabad, et tentative de reconstitution de la zone palatiale d'après les conclusions des fouilles des consuls français. Le tracé des bâtiments est régularisé et donc imprécis, les fouilles postérieures ayant révélé que les murs n'étaient pas strictement parallèles et perpendiculaires.
Plans du site et de la terrasse du palais de Khorsabad, et tentative de reconstitution de la zone palatiale d'après les conclusions des fouilles des consuls français. Le tracé des bâtiments est régularisé et donc imprécis, les fouilles postérieures ayant révélé que les murs n'étaient pas strictement parallèles et perpendiculaires.


La Cour Khorsabad au musée du Louvre (août 2007).

Les principales œuvres dégagées lors des fouilles françaises qui sont parvenues en France sont exposées au musée du Louvre de Paris, actuellement dans la « Cour Khorsabad » au rez-de-chaussée de l'Aile Richelieu où les sculptures ont été placées dans leur position d'origine[7].

Les fouilles de l'Université de Chicago[modifier | modifier le code]

Les fouilles de Khorsabad s'arrêtèrent après l'époque de Place, alors que les découvertes effectuées à Kuyunjik révélaient que c'était cette dernière qui renfermait les ruines de Ninive. Elles ne reprirent pas avant la fin des années 1920, quand les archéologues américains de l'Oriental Institute of Chicago investirent à leur tour le site : sous la direction d'Edward Chiera en 1929, puis sous celle de Gordon Loud jusqu'en 1935. Forts de l'expérience des chantiers qui s'étaient multipliés en Mésopotamie, en particulier dans les trois autres capitales assyriennes (Assur, Kalkhu et Ninive), ainsi que des progrès plus généraux de la discipline archéologiques, ils purent reprendre et prolonger les travaux des consuls français, remettant à plusieurs repris en cause leurs conclusions. Ils dégagèrent dans la zone palatiale des sculptures laissées par leurs prédécesseurs, identifièrent la salle du trône, et étudièrent l'organisation architecturale générale de la cité et du palais. Ils mirent ainsi en évidence le fait que ce dernier présentait un plan moins régulier que celui qui avait été relevé précédemment, puisque ses murs ne sont pas parallèles comme le pensaient les fouilleurs français. La zone présentée comme un harem par ces derniers fut plus justement identifiée comme des temples à l'aune des connaissances récentes sur l'architecture religieuse mésopotamienne. De nouveaux bâtiments furent dégagés : le temple et les petits palais situés aux pieds du palais royal, le bâtiment Z de la ville basse, la zone du palais F (l'arsenal), ainsi que la porte n°7. Ces campagnes permirent de préciser l'image de la ville de Dur-Sharrukin, en livrant une étude plus scientifique de son architecture et de son urbanisme[8].

Les fouilles irakiennes[modifier | modifier le code]

Les dernières campagnes de fouilles entreprises à Khorsabad ont été le fait d'une équipe de la Direction Générale des Antiquités de l'Irak dirigée par Behnat Abu al-Soof, en 1957. Elles n'ont pas concerné pas les zones précédemment fouillées, mais un temple isolé près de l'acropole, dédié aux divinités Sibitti[1].

La construction de Dur-Sharrukin[modifier | modifier le code]

Le site de Dur-Sharrukin s'intègre dans une tradition de construction d'une nouvelles capitales assyriennes, marquée par les précédents que furent Kar-Tukulti-Ninurta et surtout Kalkhu (Nimrud) auparavant, puis juste après celui de Ninive. La particularité de Dur-Sharrukin est d'avoir été créée sur un site quasiment vierge, occupé seulement par un village, et sur lequel put être développée en quelques années, de 717 à 706 av. J.-C., une capitale assyrienne avec tous ses attributs habituels (murailles, palais royal, temples, résidences des élites, arsenal). L'histoire de la ville s'arrêta pour ainsi dire là, puisqu'à peine le chantier fini en 705 son fondateur mourut, et son successeur Sennachérib décida de transporter la capitale à Ninive. Dur-Sharrukin ne fut donc jamais véritablement la capitale de l'Assyrie, et fut peu occupée dans les années suivantes, avant d'être abandonnée et de tomber en ruines après la chute de l'empire en 612 av. J.-C.

La construction de Dur-Sharrukin est bien documentée. Dans la tradition des inscriptions royales assyriennes, Sargon II a fait graver un texte de fondation sur cinq tablettes, en or, cuivre, plomb, magnésite et argent, placées dans une boîte en albâtre mise au jour à l'époque des fouilles de Victor Place. Elle comprennent le récit de la construction, et sont conclues par des bénédictions pour la ville et le roi, ainsi que des malédictions contre ceux qui les outrageraient. D'autres inscriptions royales relatant le chantier sur un même modèle, idyllique. Elles sont complétées par des lettres de la correspondance de Sargon II mises au jour dans le palais de Ninive, au nombre de 110 environ (pour celles qui ont pu être identifiées), qui concernent la construction de Dur-Sharrukin, et en offrent une vision moins idéalisée, exposant des aspects plus terre-à-terre, et permettent de se rendre compte que le monarque était très impliqué dans le chantier, et que les responsables de celui-ci étaient maintenus dans une pression permanente pour mener à terme le projet dans les délais les plus brefs.

Tablettes de fondation en argent et or. Ces tablettes, avec trois autres, faisaient partie d’un lot de plaques de fondation découvertes dans un coffret de pierre, enfoui dans les fondations du palais construit par Sargon II. Musée du Louvre. Tablettes de fondation en argent et or. Ces tablettes, avec trois autres, faisaient partie d’un lot de plaques de fondation découvertes dans un coffret de pierre, enfoui dans les fondations du palais construit par Sargon II. Musée du Louvre.
Tablettes de fondation en argent et or. Ces tablettes, avec trois autres, faisaient partie d’un lot de plaques de fondation découvertes dans un coffret de pierre, enfoui dans les fondations du palais construit par Sargon II. Musée du Louvre.


Décision et planification[modifier | modifier le code]

Sargon II, détail d'un bas-relief du mur L palais de Dur-Sharrukin. Musée du Louvre.

La décision prise par Sargon II de créer une nouvelle capitale, à partir de rien et d'un seul jet entre 717 et 707 av. J.-C., reste entourée de mystère. Comme souvent dans les inscriptions officielles, elle est présentée comme étant d'initiative divine, laissant de côté les véritables motivations du souverain. Le choix du site se porte sur un village appelé Magganubba. Ses habitants sont évincés contre une compensation :

« Conformément au nom que je porte, que les grands dieux m'ont donné pour que je protège le droit et la justice, guide celui qui n'a aucun pouvoir et n'exploite pas le faible, je remboursai à leurs propriétaires en argent et en bronze le prix des champs de cette ville tel qu'il était stipulé dans les tablettes d'achat et afin d'éviter le mal, à ceux qui ne voulaient pas du prix de leur champ, je donnai champ pour champ là où ils le voulaient. »

— Inscription de fondation de Sargon II[9].

Puis une cérémonie religieuse marque le début des travaux, en mai-juin 717 av. J.-C., lors d'un jour désigné comme faste par les devins[10].

La mise à contribution des ressources de l'empire[modifier | modifier le code]

Tablette relatant la huitième campagne de Sargon II qui eut lieu en 714, pendant le chantier de Dur-Sharrukin. Retrouvée à Assur, exposée au musée du Louvre.

Le financement de la construction se fait à partir des ressources du Trésor impérial, dont des pièces sont vendues pour obtenir des matériaux précieux, mais également par des prêts de dignitaires[11]. Le pillage du temple de la cité de Musasir, qui a lieu en 714 av. J.-C. lors de la huitième campagne de Sargon II, et était commémoré par des bas-reliefs du palais royal, a sans doute permis d'alléger le fardeau financier que représente chantier. Les travaux, suivis constamment par le roi, sont supervisés par les plus hauts responsables de l'empire, en particulier le trésorier Tab-shar-Assur, et les gouverneurs provinciaux se voient assigner l'encadrement et la mise en œuvre de tâches précises, tout en devant fournir de la main-d’œuvre et des matériaux.

Le gros du travail est confié à des travailleurs déportés, des sujets corvéables venant de tout l'empire, dont il était convenu qu'ils devaient ensuite peupler la ville. Il importait de trouver des artisans spécialisés. Il ressort des lettres que ces derniers, disposant de contrats de travail, étaient parfois difficiles à trouver, alors qu'ils étaient indispensables pour les tâches les plus élaborées. L'encadrement est en revanche toujours confiés à des maîtres de chantier assyriens, et semble prendre une organisation de type militaire[12].

« Je fis fondre et j'installai dans cette ville des populations des quatre coins du monde, de langues étrangères, aux parlers différents, originaires de la montagne et du plat pays, autant qu'en fait paître la lumière des dieux (le Soleil) et dont je me suis emparé sur l'ordre d'Assur, mon seigneur, par le pouvoir de mon sceptre. Pour les surveiller et les diriger, je leur mandai de vrais Assyriens d'une compétence universelle afin de leur apprendre comment se conduire et la révérence due à la divinité et au roi. »

— Inscription de fondation de Sargon II[13].

Les matériaux nécessaires au chantier sont divers et doivent souvent être obtenus dans les provinces, qui sont sollicitées en fonction de leurs ressources spécifiques : l'argile et la paille servant pour les briques se trouve assez facilement sur place, mais les roseaux nécessaires au renforcement des constructions sont acquis dans les provinces voisines. Le bois de construction est fourni par les provinces au titre de tribut. On sait par les lettres et des bas-reliefs qu'il est transporté sur des petits bateaux sur le Tigre jusqu'au chantier. Les gouverneurs provinciaux se chargent également de ramener d'autres types d'essences, notamment celles désirées pour les jardins royaux. La pierre se trouve en revanche dans des carrières situées en Assyrie même[14].

Le déroulement du chantier[modifier | modifier le code]

Les lettres de la correspondance de Sargon documentent partiellement les étapes de la construction. Concernant la muraille de la ville, on y apprend notamment que celle-ci était divisée en plusieurs portions dont la construction était confiée aux différents gouverneurs de l'empire, tandis que le Trésorier leur octroyait les briques. La construction des bâtiments était également attribuée de la sorte. Le roi recevait des rapports réguliers sur l'avancement des travaux, les problèmes rencontrés, et maintenait une pression constante sur ceux qui les dirigeaient, comme l'attestent ces deux lettres de la correspondance entre le monarque et le gouverneur de Kalkhu (Nimrud) :

« Au roi, mon seigneur : (ainsi parle) ton serviteur Assur-bani. Bonne santé au roi, mon seigneur ! Assur-shumu-ka'in (responsable des tâches concernant les statues colossales de taureaux androcéphales) m'a appelé pour avoir de l'aide et a chargé les taureaux colossaux sur les bateaux, mais les bateaux ne pouvaient porter la charge (et ont coulé). Maintenant, bien que ça m'ait coûté des soucis importants, je les ai chargés à nouveau (sur les bateaux). »

— Lettre du gouverneur de Kalkhu à Sargon II[15].

« Paroles du roi au gouverneur de Kalkhu : 700 ballots de paille et 700 bottes de roseaux, chaque botte étant plus qu'un âne peut transporter, doivent être disponibles à Dur-Sharrukin le 1er jour du mois de Kislev. Qu'il passe (ne serait-ce qu')un jour de plus, tu mourras. »

— Lettre de Sargon II au gouverneur de Kalkhu[16].

La réalisation et le transport des taureaux colossaux devant être disposés dans le palais étaient une tâche très lourde, confiée à un administrateur spécifique : taillés dans du marbre de Mossoul extrait en amont de Ninive, il fallait d'abord dégrossir les blocs puis les faire glisser sur des rondins de bois, ce qui nécessitait la mobilisation de centaines d'ouvriers ; une fois sculptés, ils étaient chargés sur des bateaux et descendaient le Tigre pour atteindre Dur-Sharrukin. Les lettres contiennent également des informations sur des constructions dans le secteur palatial (le bit-hilani), les bas-reliefs sur orthostates, la construction des portes des temples[17]. Le chantier connaît plusieurs retards, notamment dans la construction de logements, et l'élaboration des jardins pour lesquels des essences ne sont pas parvenues[18].

À la fin du chantier, les dieux sont invités lors d'une fête à rentrer dans leurs temples, pour ainsi permettre le début du culte, et conviés à l'inauguration du palais :

« En un mois favorable, en un jour propice, j'invitai dans ce palais le grand seigneur Assur, père des dieux, ainsi que les dieux et déesses qui résident en Assyrie. Je leur présentai des kilos d'or fauve et d'argent pur, des offrandes innombrables, un lourd présent. Je réjouis ainsi leur âme. »

— Inscription de fondation de Sargon II[19].

Les cérémonies d'inauguration se déroulent en 707 et en 706 av. J.-C. Un tremblement de terre vient perturber la fin des travaux, mais les dégâts à Dur-Sharrukin semblent avoir été insignifiants, permettant la finalisation au début de l'année 705[20].

L'abandon de la ville[modifier | modifier le code]

Sargon II meurt peu après la fin du chantier, lors d'une campagne dans le pays de Tabal, en Anatolie occidentale. Son corps n'est pas retrouvé, et il ne peut donc être enterré suivant les rites funéraires d'usage, ce qui implique suivant la mentalité de l'époque qu'il ne connaîtra pas de repos dans l'au-delà. fait par le fils de Sargon, Sennachérib, d'établir sa capitale à Ninive (où il résidait déjà) dès le début de son règne, entreprenant à son tour un chantier considérable. La majorité de la population qui avait été installée à Dur-Sharrukin est vraisemblablement transférée dans la nouvelle capitale[21]. Il a parfois été tenté d'expliquer ce choix par le fait que la ville de Sargon était vue comme maudite à l'image de son fondateur. On a voulu confirmer cela par un texte d'un souverain assyrien suivant, Assarhaddon, petit-fils de Sargon, qui évoque un pêché commis par son grand-père, mais l'état fragmentaire du document ne permet pas de déterminer l'origine de ce mal, qui pourrait en fait être plutôt lié à ses campagnes militaires en Babylonie[22].

Quoi qu'il en soit, Dur-Sharrukin, pensée et fondée avec l'ambition d'être une capitale reflétant la puissance de l'empire assyrien, ne l'a jamais vraiment été, ou de façon éphémère, ce statut revenant à Ninive, ville au passé plus vénérable, la seule à laquelle la tradition antique (biblique et grecque) a reconnu le statut de capitale de l'Assyrie (même si dans les faits elle l'a été moins d'un siècle). Dur-Sharrukin resta un centre provincial de second rang, sans doute jamais occupé par une population importante, ce qui explique pourquoi peu d'objets du quotidien y ont été mis au jour[21]. Elle est probablement abandonnée à la chute de l'empire assyrien en 612.

Urbanisme et architecture[modifier | modifier le code]

Un plan mûrement réfléchi[modifier | modifier le code]

Créée d'un seul jet à partir de rien à la différence des deux autres grands chantiers urbains des souverains de l'époque néo-assyrienne, Kalkhu et Ninive, Dur-Sharrukin fut pensée d'emblée avec tous les attributs d'une capitale assyrien telle qu'elle devait être idéalisée à cette époque. C'est une vaste cité quadrangulaire, quasiment un carré parfait (ce qui est atypique pour une cité assyrienne), d'environ 300 hectares enserrée par une enceinte épaisse. Suivant le texte de fondation de Sargon II, son périmètre « était de 16 283 grandes coudées, ce qui est la valeur de mon nom » : il s'agit manifestement d'un calcul numérique de type ésotérique réalisé à partir des signes cunéiformes composant le nom du monarque, dont le sens réel est inconnu. Il semblerait du reste que toute l'organisation du site réponde à des rapports géométriques précis déterminés avant la construction : l'intersection des diagonales de l'enceinte paraît déterminer une relation géométrique entre le palais royal, l'arsenal et des bâtiments de l'acropole ; l'emplacement des portes semble déterminé par des modules géométriques partant de trois d'entre elles, elles-mêmes positionnées en fonction de leur distance par rapport au point central de l'espace intérieur[23].

La ville comprenait sur son côté nord-ouest un vaste ensemble comprenant dans une enceinte intérieure le centre politique et religieux de la ville, une sorte d'acropole : sur une terrasse le palais royal et plusieurs temples avec une ziggurat, en contrebas un autre temple et plusieurs résidences princières. Sur son côté sud-est, la muraille comprend également un autre groupe de bâtiments protégé par sa propre enceinte, servant sans doute d'arsenal. Ce doublet secteur palatial-arsenal se retrouve également à Kalkhu (qui a sans doute servi de modèle) et à Ninive, et était donc vu comme un élément constitutif des villes-capitales assyriennes. Ils était tous les deux situés sur une terrasse surélevée reproduisant la surélévation des tells sur lesquels leurs contreparties de Kalkhu étaient érigés, permettant au pouvoir impérial de manifester dans l'espace sa suprématie. Un autre élément caractéristique des capitales assyrienne étaient les parcs que Sargon avait fait sortir de terre et qu'il voulait « à l'image de l'Amanus ». Ils devaient se trouver à l'extérieur de la cité, se présentant au regard depuis le palais royal[24]. L'intérieur de la ville, où quelques bâtiments ont été fouillés, n'a manifestement jamais été très occupé.

La muraille et les portes[modifier | modifier le code]

La muraille a une forme quadrangulaire, quasiment carrée (approximativement 1750 × 1650 mètres, les côtés opposés n'étant pas égaux). Les remparts sont constitués de gros blocs de calcaire taillés, enserrés dans une façade de briques crues. Ils avaient une épaisseur d'environ 14 mètres, et devaient s'élever à une douzaine de mètre de hauteur à l'origine. Des tours et bastions sont disposés le longs des murailles, formant des avancements de quelques mètres sur celles-ci[25].

La muraille était percée de sept portes (huit en théorie, mais une avait été intégrée dans le palais royal). Suivant une pratique habituelle dans la Mésopotamie antique, ces portes ainsi que les murailles (celle de l'acropole et celle de la ville) disposaient de noms cérémoniels qui invoquaient les divinités auxquelles elles étaient attribuées, de sorte à ce que ces dieux apportent une protection magique à la ville, et à assurer la prospérité de l'empire et le succès de son roi. Deux groupes de deux portes, les plus proches du palais, sont ainsi associées à des divinités liées à la royauté (Enlil et Ninlil, Anu et Ishtar), tandis que les deux autres binômes concernent les divinités de la sagesse (Ea et Belet-ilani) et des exorcismes (Shamash et Adad)[26] :

« Devant, derrière et sur les deux côtés, face aux quatre vents, j'ouvris huit portes ; j'appelai les ports de Shamash et d'Adad qui sont orientées à l'Est « Shamash est celui qui me fait triompher » et « Adad est celui qui procure l'abondance » ; je nommai les portes d'Enlil et de Ninlil qui sont orientées vers le Nord « Enlil est celui qui pose les fondations de ma ville » et « Ninlil est celle qui renouvelle la luxuriance » ; je donnai aux portes d'Anu et d'Ishtar, qui sont orientées vers l'Ouest, le nom « Anu est celui qui veille sur la réussite de mon œuvre » et « Ishtar est celle qui fait prospérer son peuple » ; j'intitulai les portes d'Ea et de Belet-ilani qui sont orientées vers le Sud « Ea est celui qui garde ses sources en bon état » et « Belet-ilani est celle qui augmente le croît (de ses animaux) ». « Assur est celui qui fait durer le règne du roi qui l'a bâti et protège ses troupes » est le nom de son mur intérieur, « Ninurta affermit pour toujours les fondations du mur » celui de sa muraille extérieure. »

— Inscription de fondation de Sargon II[27].

La porte n°3 (la porte de Shamash ?) a été fouillée par Victor Place. Mesurant 67 × 49 mètres, elle était organisée autour d'une suite de trois cours ouvertes, que l'on franchissait en passant sous des portes voûtées. Elle était décorée par des taureaux androcéphales ailés et des bas-reliefs de génies qui se trouvent au musée du Louvre. Cette porte, dont le passage était peu large, servait pour des piétons[28]. Les chars devaient passer par d'autres portes, plus simples, comme la porte n°7 explorée par les équipes de Chicago, qui ne disposait pas de bas-reliefs ; mais celle-ci elle était manifestement inachevée, car son accès était bloqué.

La terrasse du palais[modifier | modifier le code]

Le plan de l'acropole de Dur-Sharrukin. Les bâtiments hachurés sont les temples.

Il s'agit d'un groupe de bâtiments érigé sur une terrasse de 12 mètres de haut et de plus de 10 hectares, située à cheval sur la muraille dont elle déborde largement, en particulier vers l'extérieur. Cet ensemble de constructions était dominé par le palais royal, qui en occupe la majeure partie, mais du côté sud se trouvait un secteur de temples. On y accédait par une rampe située au sud-est, conduisant à un triple portail monumental où étaient disposés plusieurs taureaux androcéphales ailés, d'où on accédait ensuite à une vaste cour, la cour XV (103 × 91 mètres). C'est à partir de celle-ci que s'organisait la circulation en direction des différentes parties de cette ville palatiale.

L'architecture du palais royal[modifier | modifier le code]

Le palais royal (« Palais sans rival », é-gal-gaba-ri-nu-tuku-a en sumérien, employé pour les noms cérémoniels) était divisé, comme les autres palais assyriens tardifs, entre deux ensembles : un secteur officiel, le babanu, dédié aux activités administratives et à la vie publique de la cour ; un secteur privé, bītanu, servant de résidence pour la famille royale, dont l'accès était strictement contrôlé. La cour XV est sans doute déjà le secteur officiel : elle est encadrée par des espaces de stockage, des cuisines, et peut-être des ateliers. Le reste du secteur public, situé au nord, est organisé autour de la cour VIII, ou cour d'honneur, autour de laquelle sont disposées des pièces servant sans doute pour les cérémonies, en premier lieu les réceptions, ce qui explique pourquoi leurs murs étaient richement décorés de bas-reliefs et de peintures. Une partie de cet espace était organisé autour d'une autre cour, la salle III, située au nord de la précédente. En direction du sud-ouest depuis la cour d'honneur, on franchissait trois portes monumentales pour accéder à la salle du trône (salle VII), de forme rectangulaire (10 × 47 mètres) au décor riche, disposant sur un de ses petits côtés d'une estrade (4 × 4,6 m au sol, 1 m de haut), accessible par des marches situées sur ces angles et décorée de bas-reliefs, sur laquelle devait se trouver le trône du monarque. Cette salle marquait la séparation entre l'espace public et l'espace privé du palais. Ce dernier était organisé autour d'une petite cour (cour VI) autour de laquelle devaient se trouver les appartements royaux, et le harem. La circulation entre l'espace public et l'espace privé semble cependant moins fermée que dans les autres palais royaux assyriens. Du reste il est possible que le palais ait disposé d'un étage, ce qui laisserait alors dans le flou une grande partie de son organisation spatiale. Les cours extérieures, I et III, situées au nord-ouest, sont ainsi accessibles depuis les deux espaces. La cour I comprend un bâtiment isolé qui pourrait correspondre à l'édifice de type bit-hilani que Sargon dit avoir fait ériger dans son palais, mais ses éléments caractéristiques (huit colonnes supportées par des lions en bronze colossaux) ont disparu[29].

Le décor du palais royal[modifier | modifier le code]

Le décor du palais royal de Dur-Sharrukin témoigne d'une recherche élaborée et du haut niveau de maîtrise atteint par ses maîtres d’œuvres et ses artistes, notamment la capacité à travailler de manière concertée afin d'associer architecture et art. Ils ont pour cela eu recours à diverses formes d'art : la sculpture surtout, mais également la peinture, les briques à glaçure colorée, et à l'époque de sa construction le mobilier en bois, ivoire et autres matériaux précieux, qui est ici peu attesté à la différence de Nimrud et d'Arslan Tash, le tout accompagné d'inscriptions sur pierre, omniprésentes sur les sculptures. Ces talents ont été mis au service d'un programme religieux et politique dédié à la gloire de Sargon II et de son empire, représentant des scènes narratives complexes à une échelle monumentale.

Les sculptures ornant les murs du palais de Dur-Sharrukin font partie des plus belles réalisations de l'art assyrien. Elles témoignent d'une remarquable intégration dans l'organisation spatiale du palais. Les portes extérieures et intérieurs étaient gardées par des statues monumentales de taureaux androcéphales ailés (aladlammu), qui avaient une fonction protectrice et étaient disposés par paires symétriques de chaque côté des voies d'accès et soutenaient la voûte des portes. L'entrée de la cour XV, de la salle du trône et la cour III disposaient de deux paires, parce qu'elles étaient considérées comme des points plus importants du palais. Comme cela a été évoqué, leur réalisation dans des blocs de pierre unique et leur transport dans la ville depuis les carrières était très suivi par le roi qui portait manifestement un intérêt particulier à ces statues. Elles sont toutes réalisées suivant les mêmes proportions, avec la même exécution : tête humaine en ronde-bosse, corps en haut-relief avec une barbe, des ailes et un pelage finement taillés[30]. Les dimensions varient cependant : entre 3,5 et 5,8 mètres de haut pour environ 1,3 de large.

L'efficacité magique des taureaux ailés était renforcée par la présence de bas-reliefs à fonction symbolique, représentant des génies ailés, des génies à tête d'oiseau et également des héros domptant un lion, des arbres stylisés[31]. Y étaient souvent associées des sculptures représentant le souverain accompagné de dignitaires.

Génies protecteurs du palais de Dur-Sharrukin. Musée du Louvre.

Les bas-reliefs de ce type étaient sculptés sur des orthostates en albâtre gypseux, colorés à l'origine (certains ont conservé des traces de pigments). Ils ont été retrouvés dans plusieurs salles et cours du palais, répondant à un programme iconographique, politique et religieux précis développé souvent sur plusieurs mètres de hauteur. Ils sont dans certains cas divisés en deux registres de 1,20 m séparés par des bandes inscrites 60 cm, le tout s'élevant donc sur 3 mètres. Parmi les scènes narratives représentées se trouvent celles de la cour VIII ou cour d'honneur, qui ont pour but de symboliser la domination de l'Assyrie sur les peuples de l'empire, se trouve notamment une série montrant des bateaux transportant du bois, couramment identifiés provenant de Phénicie et portant donc des cèdres du Liban (pour l'édification du palais ?). Le couloir 10 représente quant à lui des dignitaires Mèdes apportant des présents, notamment des chevaux. Sont ainsi rappelées les victoires et la puissance de Sargon II aux visiteurs venus lui rendre hommage. Dans le même ordre d'idée, parmi les bas-reliefs qui ont été perdus on trouvait des narrations guerrières, comme le pillage du temple de Musasir qui avait eu lieu en 714. Les scènes de chasses reflètent la même idéologie guerrière et l'affirmation de la domination du roi sur les forces du monde sauvage. Les scènes situées à l'entrée du palais (façade L), associées aux sculptures de génies et aux taureaux ailés, représentaient un cortège de dignitaires et serviteurs portant des trésors destinés au roi, représenté accompagné du prince héritier[35].

Bas-reliefs du palais de Dur-Sharrukin. Musée du Louvre.

Les statues et les bas-reliefs comportent de nombreuses inscriptions commémoratives relatant la construction de la cité et les succès militaires de Sargon. Elles sont gravées sur la face des sculptures, visibles aux personnes du palais, mais également sur leurs revers, sans doute pour être lues par les puissances invisibles dont on invoquait la bénédiction pour le roi et le palais.

Les murs portant les bas-reliefs comportaient également des peintures sur briques, situées généralement au-dessus des sculptures et retrouvés dans un état fragmentaire ; c'est par exemple le cas dans la salle XII, identifiée comme une salle de bains, où il s'agit frises constituées de petits (une dizaine de centimètres) motifs hexagonaux et circulaires, ainsi que des rosettes ; dans la salle du trône ont également été retrouvés des motifs linéaires, et des fragments pouvant avoir représenté des personnages, mais trop détériorés pour que cela soit assuré[38]. Des briques glaçurées colorées ornaient les portes, les voûtes et les fenêtres, ajoutant à la richesse du décor du palais.

Les temples de la terrasse palatiale[modifier | modifier le code]

Les temples de la terrasse palatiale, suivant les relevés des fouilles de Victor Place.

Les temples de la terrasse palatiale, que Victor Place avait identifié comme étant un « harem » mais dont les fouilles américaines ont prouvé la véritable nature, occupent son flanc sud. Il s'agit de six sanctuaires groupés autour de trois cours et trois corps de bâtiments. La circulation s'organisait autour de la plus vaste cour, la cour XXX, auxquelles on accédait depuis le palais par des salles reliées à la cour XV, de l'espace public. La cour XXX conduisait à deux autres cours, XXXI au sud et XXVII à l'ouest, d'où on accédait aux différentes pièces des sanctuaires. La cour XXVII ouvrait sur les temples de Sîn, Shamash, Adad et Ninurta, les deux premiers disposant de plusieurs salles et d'un agencement caractéristique d'un temple, tandis que les deux seconds sont plutôt des chapelles isolées (le temple de Ninurta a une seule pièce annexe, celui d'Adad aucune). La cour XXXI conduisait quant à elle au temple de Ningal et à une chapelle dédiée à Ea. À l'écart de ce complexe à l'ouest avait été érigée une ziggurat explorée par Place qui l'avait identifiée comme étant un observatoire. Suivant ses relevés, qui ont été critiqués par la suite[39], elle avait une base carrée de 43 mètres de côté et avait une élévation hélicoïdale, avec des étages d'environ 6 mètres de haut colorés chacun d'une couleur particulière (blanc, noir, rouge et bleu pour les quatre conservés à l'époque).

Les autres édifices de l'acropole[modifier | modifier le code]

Le secteur bas de l'acropole, érigé sur une terrasse d'environ 5 mètres de hauteur et ceint par une enceinte intérieure qui protège un espace d'environ 650 × 300 mètres, comprend quatre petits palais et le temple de Nabû. Sa position en contrebas du secteur du palais royal indique architecturalement la dépendance des dignitaires qui y résidaient par rapport au souverain. Ces édifices ont été explorés lors des fouilles américaines.

Les petits palais[modifier | modifier le code]

Les quatre petits édifices palatiaux, les bâtiments J, K, L et M dans la dénomination des fouilleurs, situés aux pieds de la terrasse palatiale suivent un plan calqué sur celui de palais royal. Le K et le L ont fait l'objet de plus de fouilles, et sont bien connus, tandis que les deux autres moins été explorés et restent donc très mal connus.

Le palais L est le plus vaste, organisé autour de deux cours désaxées. Une inscription qui y a été mise au jour indique qu'il s'agit de la résidence du vizir Sîn-aha-usur, le frère de Sargon II. La partie nord de l'édifice était consacrée à l'administration de ce personnage. Un espace au sud de l'édifice, abrité à l'origine sous un portique et disposant d'un sol pavé pourrait avoir servi de marché[40].

Le palais K est situé à proximité du palais. Ayant pour dimensions au sol 140 × 110 mètres, il est organisé autour de deux cours, qui semblent articuler une séparation de l'espace entre administration et habitat, comme dans le palais royal. Son occupant est inconnu[41]. L'espace de réception situé en son centre a livré des peintures murales, qui à l'origine devaient s'élever sur environ 12 mètres divisés en six registres. Les frises sont constituées de motifs géométriques, de rosettes et d'animaux. Une scène représentait le souverain rendant hommage à une divinité, et d'autres des génies similaires à ceux figurant sur les bas-reliefs du palais royal[42].

Le temple de Nabû[modifier | modifier le code]

Le temple de Nabû (bâtiment H) est le seul temple isolé exhumé à Dur-Sharrukin. Il est situé juste au sud de la terrasse palatiale sur sa propre plateforme, près de la rampe conduisant à la porte du palais. Mesurant 132 × 85 mètres et comprenant 45 pièces, il est organisé autour de deux cours successives. Les pièces adjacentes comprennent des logements et des espaces administratifs. La cella du temple est précédée d'un vestibule. Son sol est dallé, et elle dispose d'un podium et d'une niche qui devait abriter la statue de culte de son dieu principal. Elle jouxte une autre pièce qui devait être la cella de sa parèdre, Tashmetu. Certains murs intérieurs étaient peints, d'autres à l'extérieur étaient décorés de briques glaçurées[43].

L'arsenal[modifier | modifier le code]

Construit tout comme le palais à cheval sur la muraille dont il déborde vers l'extérieur comme l'intérieur, et sur une terrasse surélevée de 770 m², l'arsenal ou palais F a été exploré partiellement par les équipes de l'Université de Chicago. Il était pensée à l'origine qu'il s'agissait du palais du prince héritier, mais par analogie avec Kalkhu et Ninive il est plus probable qu'il s'agisse d'un arsenal (ekal māšarti, « palais de la revue (militaire) »). Il comprenait comme pour les deux autres exemples un palais royal disposant d'une salle du trône, de moindre taille que le palais principal.

Les bâtiments de la ville basse[modifier | modifier le code]

La ville basse a peu fait l'objet de fouilles. Le bâtiment G, près du centre de la ville, a été exploré lors des fouilles françaises. Le bâtiment Z, une vaste résidence de type palatial a été dégagé partiellement par l'équipe américaine. L'équipe irakienne qui est la dernière à avoir entrepris des recherches sur le site a quant à elle mis au jour un temple près de l'acropole, dédié aux divinités appelées Sibitti[44].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Frame 1997, p. 296
  2. Albenda 1986, p. 210
  3. a et b X. Faivre, « Histoire d'une fouille », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 62-64. Voir aussi N. Chevalier, « L'activité des consuls de France au XIXe siècle en Assyrie », dans Caubet (dir.) 1999, p. 79-105.
  4. Albenda 1986, p. 210-211
  5. N. Chevalier, « Les fouilles en Assyrie évoquées par la photographie », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 66. Nadine Gastaldi, « Fouilles dites de Ninive par Victor PLACE, consul de France à Mossoul (Iraq). 1851-1861. », sur Archives Nationales,‎ (consulté le 26 mars 2015).
  6. Albenda 1986, p. 212-213
  7. « Cour Khorsabad », sur Louvre.fr (consulté le 25 mars 2015)
  8. Albenda 1986, p. 213 ; X. Faivre, « Histoire d'une fouille », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 64-65 ; (en) K. L. Wilson, « Oriental Institute discoveries at Khorsabad », dans Caubet (dir.) 1999, p. 107-131.
  9. Lackenbacher 1990, p. 28
  10. S. Lackenbacher, « La construction de Dur-Sharrukin », dans Fontan (dir.) 1994, p. 154-155
  11. (en) S. Parpola, « The Construction of Dur Sharrukin in the Assyrian Royal Correspondance », dans Caubet (dir.) 1999, p. 51-55
  12. (en) S. Parpola, « The Construction of Dur Sharrukin in the Assyrian Royal Correspondance », dans Caubet (dir.) 1999, p. 55-57 ; S. Lackenbacher, « La construction de Dur-Sharrukin », dans Fontan (dir.) 1994, p. 156-157
  13. Lackenbacher 1990, p. 156
  14. (en) S. Parpola, « The Construction of Dur Sharrukin in the Assyrian Royal Correspondance », dans Caubet (dir.) 1999, p. 57-64 ; S. Lackenbacher, « La construction de Dur-Sharrukin », dans Fontan (dir.) 1994, p. 155-156
  15. SAA 1.119 : (en) S. Parpola, The correspondance of Sargon II part I: Letters from Assyria and the West, Helsinki, 1987, p. 96
  16. SAA 1.26 : (en) S. Parpola, The correspondance of Sargon II part I: Letters from Assyria and the West, Helsinki, 1987, p. 24
  17. (en) S. Parpola, « The Construction of Dur Sharrukin in the Assyrian Royal Correspondance », dans Caubet (dir.) 1999, p. 64-65
  18. S. Lackenbacher, « La construction de Dur-Sharrukin », dans Fontan (dir.) 1994, p. 158
  19. Lackenbacher 1990, p. 161
  20. (en) S. Parpola, « The Construction of Dur Sharrukin in the Assyrian Royal Correspondance », dans Caubet (dir.) 1999, p. 66-67 ; S. Lackenbacher, « La construction de Dur-Sharrukin », dans Fontan (dir.) 1994, p. 160-161
  21. a et b Frame 1997, p. 298
  22. D. Charpin, « Le "péché de Sargon" et l'abandon de Khorsabad », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 24-27
  23. L. Battini, « Des rapports archéologiques en architecture: le cas de Dūr-Šarrukīn », dans Revue d'Assyriologie et d'archéologie orientale 94/1, 2000, p. 33-56
  24. (en) M. Novák, « From Ashur to Nineveh: The Assyrian Town-Planning Programme », dans Nineveh: Papers of the XLIXe Rencontre Assyriologique Internationale: London, 7-11 July 2003, Iraq 66, Londres, 2004, p. 181-182
  25. M. Sauvage, « La ville-forteresse de Khorsabad », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 49
  26. L. Battini, « Les portes urbaines de la capitale de Sargon II : étude sur la propagande royale à travers les données archéologiques et textuelles », dans J. Prosecky (dir.), Intellectual Life of the Ancient Near East. Papers Presented at the 43rd Rencontre Assyriologique Internationale, Prague, 1998 p. 41-55 [lire en ligne]
  27. Lackenbacher 1990, p. 108
  28. M. Sauvage, « La ville-forteresse de Khorsabad », Dossier archéologie HS 4 1994, p. 49-50 ; Albenda 1986, p. 214
  29. C. Castel, « La demeure du roi », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 52-54 ; Frame 1997, p. 296 ; Benoit 2003, p. 391-392. Voir aussi J. Margueron, « Le palais de Sargon : réflexions préliminaires à une étude architecturale », dans Fontan (dir.) 1994, p. 181-212.
  30. Benoit 2003, p. 395
  31. Albenda 1986, p. 226-230 ; Benoit 2003, p. 397-398
  32. a et b M.-J. Castor, « Taureau androcéphale ailé », sur Louvre.fr (consulté le 25 mars 2015)
  33. M.-J. Castor, « Génie tenant une fleur de pavot », sur Louvre.fr (consulté le 25 mars 2015)
  34. M.-J. Castor, « Héros maîtrisant un lion », sur Louvre.fr (consulté le 25 mars 2015)
  35. Albenda 1986, p. 233-257 ; Benoit 2003, p. 401
  36. « Deux serviteurs portant une banquette », sur Louvre.fr (consulté le 25 mars 2015)
  37. E. Morero d'après É. Fontan, « Frise du transport du bois », sur Louvre.fr (consulté le 25 mars 2015)
  38. (en) P. Albenda, Ornamental Wall Painting in the Art of the Assyrian Empire, Leyde et Boston, 2005, p. 21-24
  39. J. Margueron, « Le palais de Sargon : réflexions préliminaires à une étude architecturale », dans Fontan (dir.) 1994, p. 190-193
  40. L. Bachelot, « Les petits palais de Dour Sharroukin », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 58
  41. L. Bachelot, « Les petits palais de Dour Sharroukin », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 57-58
  42. (en) P. Albenda, Ornamental Wall Painting in the Art of the Assyrian Empire, Leyde et Boston, 2005, p. 24-25
  43. L. Bachelot, « Le temple de Nabou », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 61 ; Frame 1997, p. 296-297
  44. M. Sauvage, « La ville-forteresse de Khorsabad », dans Dossier archéologie HS 4 1994, p. 48-49 ; Frame 1997, p. 297-298

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Introductions[modifier | modifier le code]

  • (en) Grant Frame, « Khorsabad », dans Eric M. Meyers (dir.), Oxford Encyclopaedia of Archaeology in the Ancient Near East, vol. 3, Oxford et New York, Oxford University Press,‎ , p. 295-298
  • Laura Battini et Pierre Villard, « Dûr-Šarrukîn », dans F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris,‎ , p. 248-251
  • Agnès Benoit, Art et archéologie : les civilisations du Proche-Orient ancien, Paris, RMN, coll. « Manuels de l'école du Louvre »,‎ , p. 391-401
  • (en) Pauline Albenda, « Dur-Sharrukin, the royal city of Sargon II, King of Assyria », Bulletin of the Canadian Society for Mesopotamian Studies, vol. 38,‎ , p. 5-13 (lire en ligne)

Rapports de fouilles[modifier | modifier le code]

  • Paul-Émile Botta, Eugène Flandin, Monument de Ninive, en 5 volumes, Paris 1849-1850
  • Victor Place et Félix Thomas, Ninive et l'Assyrie, en 3 volumes, Paris, 1867-1970
  • (en) Henri Frankfort, Gordon Loud et Thorkild Jacobsen, Khorsabad I : Excavations in the Palace and at the City Gate, Oriental Institute Publications no 38, Chicago, 1936
  • (en) Gordon Loud et Charles B. Altman, Khorsabad II : the Citadel and the Town, Oriental Institute Publications no 40, Chicago, 1938
  • (en) Fuad Safar, « The temple of Sibitti at Khorsabad », Sumer no 13, 1957, p. 219-221

Études diverses[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth Fontan (dir.) et Nicole Chevalier (collab.), De Khorsabad à Paris : la découverte des Assyriens, Réunion des Musées Nationaux, coll. « Notes et documents des Musées de France »,‎ (ISBN 2-7118-2864-6)
  • Annie Caubet (dir.), Khorsabad, le palais de Sargon II, roi d'Assyrie : actes du colloque organisé au musée du Louvre les 21 et 22 janvier 1994, La Documentation Française, coll. « Louvre conférences et colloques »,‎ (ISBN 2-11-003416-5)
  • (en) Pauline Albenda, The palace of Sargon, King of Assyria: Monumental wall reliefs at Dur-Sharrukin, from original drawings made at the time of their discovery in 1843-1844 by Botta and Flandin, Paris, Éditions Recherche sur les civilisations, coll. « Synthèse C.N.R.S. no 22 »,‎
  • Sylvie Lackenbacher, Le palais sans rival : Le récit de construction en Assyrie, Paris, La Découverte,‎ (ISBN 2-7071-1972-5)
  • Fastes des palais assyriens : Au nouvel empire, Dijon, coll. « Les dossiers d'archéologie n° 171 »,‎
  • Khorsabad : Capitale de Sargon II, Dijon, coll. « Les dossiers d'archéologie hors-série n°4 »,‎
  • (de) Andreas Fuchs, Die Inschriften Sargons II. aus Khorsabad, Göttingen, Cuvillier verl.,‎ (ISBN 978-3-930340-42-2)

Lien externe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]