Bouddhisme tibétain

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Tangka du XIIIe siècle représentant Tara verte

Le bouddhisme tibétain est la forme de bouddhisme qui s'est développée à partir du VIIe siècle au Tibet et se pratique actuellement en Chine — principalement les régions autonomes du Tibet et de Mongolie-intérieure, ainsi que les provinces de Qinghai, Gansu, Yunnan et Sichuan et la région du Nord-Est, ainsi que plus sporadiquement dans différentes villes comme Pékin (Temple de Yonghe, etc.) ou Xi'an (Temple Guangren) —, en Mongolie, dans certaines républiques de Russie (Tuva, Bouriatie, Kalmoukie), au Bhoutan, où il constitue la religion d'État[1], et dans certains pays et régions de l'Himalaya, dont le Népal septentrional, et quelques états d'Inde, en particulier l'Arunachal Pradesh, le Jammu-et-Cachemire (au Ladakh), le Sikkim, l'Himachal Pradesh (Dharamsala et le district de Lahaul et Spiti).

Histoire[modifier | modifier le code]

Lors du développement du bouddhisme au Tibet, au moins huit lignées sont apparues :

Les quatre dernières lignées ainsi que leurs enseignements ont été absorbées par les quatre premières. Le bouddhisme tibétain contemporain se divise seulement en quatre grandes lignées (ou écoles), à laquelle s'adjoint parfois la religion chamaniste préexistant au bouddhisme : le bön.

Dans la dynastie Yarlung (-127 à 842), trois des rois du Tibet sont appelés les rois religieux (cf. Liste des rois du Tibet, et le discours du 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso)

Le premier roi religieux : Songtsen Gampo[modifier | modifier le code]

Songtsen Gampo (vers 609 à 613 - 650) fut à l'origine de la première diffusion du bouddhisme au Tibet. En effet, poursuivant l'expansion de l'empire et l'unification du Tibet, il avait conquis une partie de l'Inde, du Népal et menaçait les frontières de la Chine. Afin de l’apaiser, l'empereur chinois lui donna l'une de ses filles : la princesse Wencheng. Il était par ailleurs marié à la princesse népalaise Bhrikuti. Par ces unions, il fut naturellement influencé par les bouddhismes chinois et népalais. Dans la mythologie tibétaine, Songtsen Gampo fut considéré comme une émanation de Chenresig et les princesses népalaise et chinoise, respectivement comme émanation de Tara blanche et de Tara verte. Il fonda alors les temples de Ramoché et du Jokhang. L’histoire retiendra aussi Thonmi Sambhota, l'un de ses ministres, qui fut à l'origine de l'écriture alphasyllabaire tibétaine, adaptation de l'écriture devanāgarī et de la grammaire sanskrit à la langue tibétaine, ce qui permit la traduction des textes bouddhistes indiens.

Le second roi religieux : Trisong Detsen[modifier | modifier le code]

Trisong Detsen (742?-797) remporte un ensemble de victoires militaires lui assurant le contrôle des oasis des routes de la soie. Il s'empare aussi temporairement de Xi'an, capitale de la dynastie Tang. Il est surtout resté dans l'histoire pour avoir invité au Tibet les plus grands maîtres chinois et indiens, dont en particulier Padmasambhava, connu au Tibet sous le nom de Guru Rinpoché (cf. Nyingmapa, « les anciens »), Shantarakshita et Vimalamitra. Ils fondèrent Samye (775), premier monastère du Tibet. Pour la première fois, des Tibétains furent ordonnés moines, et font donc partie de la « communauté rouge ». Padmasambhava fonde aussi la « communauté blanche », composée de laïcs. Le bouddhisme devient religion d'État et le gouvernement laïc finance la construction et l'entretien de temples[4].

Son successeur continue l' expansion du bouddhisme et les conquêtes marquent un temps d'arrêt. En 815, le trône échoit à Tri Ralpachen.

Le troisième roi religieux : Tri Ralpachen[modifier | modifier le code]

Au IXe siècle, Tri Ralpachen (? - 838) établit des relations pacifiques avec la Chine en établissant des traités. On en trouve les textes sur des piliers dont l'un se trouve face au Jokhang. Les rivalités politiques s'intensifient, en particulier à cause de l'influence grandissante des monastères bouddhistes et l'opposition des Bön. Tri Ralpachen est assassiné en 838 par son frère, Langdarma (glang dar ma), farouchement opposé au bouddhisme. Ce dernier persécute alors les moines, démantèle les institutions avant d'être à son tour assassiné en 842 ou 846 par le moine yogi Lhalung Palgyi Dorje, qui aurait caché un arc sous ses vêtements lors d'un spectacle de danse.

Le morcellement du Tibet : 850-1050[modifier | modifier le code]

Des luttes entre les successeurs de Langdarma divisent le pays. Assassinats et intrigues affaiblissent le pouvoir et de petites royautés apparaissent. L’arrière-petit-fils de Langdarma, Wosung s'enfuit à l'ouest et fonde le royaume de Ngari. Ses trois descendants fondent les royaumes de Gugé, Purang et Maryul (Ladakh).

La seconde diffusion du bouddhisme au Tibet[modifier | modifier le code]

Au Xe siècle, bien que la religion ait survécu dans le Tibet oriental (Kham, Amdo, etc.), son renouveau s'effectua à la fois au Tibet central et occidental (royaume de Gugé). Ainsi, ayant fui les persécutions de Langdarma, des moines étaient parti dans le nord du Tibet. Ils transmirent leur savoir et plusieurs lignées de disciples virent le jour. Par la suite, ils revinrent au Tibet central et rénovèrent les institutions monastiques. Dans le même temps au Ngari, dans la région de Tsaparang (Tibet occidental), le roi Yeshe-Ö (en) fut à l'origine d'une importante activité religieuse et artistique. Des missions sont envoyées en Inde pour faire venir maîtres et artistes, en particulier cachemiris. Le protégé du roi, le célèbre Rinchen Zangpo, traducteur et bâtisseur, fit construire dit-on 108 temples le long du fleuve Sutlej. Un évènement très important fut aussi la venue en 1042 du célèbre maître indien Atisha (980-1054) à l origine des Kadampas (« liés par l'instruction ») avec son disciple Dromtön.

Cette seconde diffusion du bouddhisme modifie profondément la culture tibétaine. De grand mystiques comme Marpa, maître du célèbre Milarépa (lire Milarépa, la vie), favorisent l’éclosion de riches courants de pensée entraînant l'apparition de plusieurs écoles. Progressivement, pouvoir politique et religieux deviennent indissociables.

L'influence des Mongols[modifier | modifier le code]

Au XIIIe siècle, Genghis Khan conquiert une bonne partie de l'Asie. Il n’y a pas de pouvoir central au Tibet où des potentats locaux alliés ou appartenant à des lignées religieuses se partagent l’influence. Certains lamas, en particulier de branches Kagyupa, sont engagés avec les souverains du Royaume tangoute dans une relation prêtre-patron (Chö-yon) qui préfigure celle que les Mongols établiront avec les Sakyapas[5]. En 1207, inquiets de voir le Royaume tangoute sur le point de s’écrouler sous les attaques mongoles, des monastères du Tibet central envoient Tsangpa Dunkhurwa (Gtsang pa Dung khur ba) de la lignée Tsalpa Kagyu, accompagné de six disciples, rencontrer Gengis Khan pour manifester leur soumission[6], écartant peut-être la menace d’une attaque imminente. Néanmoins ce n’est que partie remise et vers 1240, Doorqa Darqan, général envoyé par Godan, fils d'Ögödei, s’arrête à 80 km de Lhassa. En 1244, grâce à sa renommée, Sakya Pandita, abbé du monastère de Sakya, est appelé à sa cour. Il lui confie en 1249 le pouvoir sur les provinces de l’Ü-Tsang. Dès lors, d'intenses relations politico-religieuses s’instaurent entre Mongols et Sakyapas (« ceux du monastère de Sakya »). Kubilaï Khan, candidat à la succession de Mongke, cherche d'abord le soutien de Karma Pakshi, le chef Kagyupa (« ceux de la transmission orale »), mais les échanges échouent et il se tourne vers les Sakyapas alors que Karma Pakshi se rapproche d'Ariq Boqa, frère de Kubilaï qui lui dispute le khanat. Kubilaï Khan sort vainqueur en 1264 de la dispute l'opposant à Ariq Boqa et aux khans de Perse, de Russie et du Kazakhstan-Tibet de l'Ouest (Chagatai). Il fonde la dynastie Yuan (1271-1368), puis confie à Phagpa, neveu de Sakya Pandita qu'il a fait venir à sa cour vers l'âge de 20 ans, l'autorité spirituelle sur tout l'empire. Les Sakyapas devinrent alors les maîtres du Tibet. Il s'ensuit une lutte de pouvoir avec les Drikung Kagyus, qui ont chez les Mongols des alliés puissants : les Houlagides. Le monastère de Drikung sera incendié par les Sakyapas. Au milieu du XIVe siècle, les Phagmodrupas, une autre branche Kagyupa, prend aux Sakyapas le pouvoir sur le Tibet central. Leur chef, Changchub Gyaltsen, reçoit un certain soutien de la cour sino-mongole. Mais c'est bientôt l'avènement de la dynastie chinoise Ming (1368-1644). Affranchi de la tutelle mongole, le Tibet devient de fait indépendant.

Les Gelugpas et les dalaï-lamas[modifier | modifier le code]

En fin du XIVe siècle Tsongkhapa (1357-1419) lance une nouvelle école en exposant sa propre doctrine après s'être inspiré des autres existantes, qui va devenir un des plus importantes politiquement. Il met l'accent sur la discipline monastique, et fonde donc l'ordre des gelugpas (dits bonnets jaunes) ou vertueux. Les bonnets jaunes construisent d'abord Ganden, ensuite Drepung et Séra. Il semble que les premiers adeptes de cette école aient été appelé du nom du premier monastère construit, à savoir celui de Ganden, donc « Gandenpa ». Ce ne serait que plus tard que de « Gandenpa » ce soit devenu « Gelugpa », donc « les Vertueux ».

Il y aura d'importantes rivalités avec certains bonnets rouges, et notamment les Karmapas. Le retour des mongols sur la scène militaire modifiera rapidement le cours des événements. Ils se convertissent au Bouddhisme et en 1578 ils confèrent au troisième successeur de Tsonkhapa, Sonam Gyatso, le titre de dalaï-lama ou « vaste comme l'océan ; océan de sagesse ». Ce titre sera donné à titre posthume à ses deux prédécesseurs.

Au XVIe siècle, les gelugpas s'opposant au Karmapa (soutenu par le prince de Shigatse) font appel à Güshi Khan, chef de la tribu mongole des Qoshot. Celui-ci envahit le Tibet en 1640, détrône le roi Tsang et, en 1642, donne le pouvoir à l'abbé du monastère de Drépung, Lozang Gyatso, le 5e dalaï-lama[7], qui instaure une théocratie marquée par la suprématie absolue du clergé et la subordination des laïcs à ce dernier[8].

Le « grand 5e » instaure le titre de panchen-lama (« grand maître érudit ») supérieur du monastère du Tashilhunpo à Shigatse, renforce l'influence du Tibet jusqu'aux confins de l'Asie centrale et entreprend la construction du palais du Potala. Le régent cacha sa mort pendant douze ans, période pendant laquelle s'acheva la construction du palais du Potala. Jusqu’au treizième dalaï-lama, mort en 1933 à l'âge de 57 ans, tous les dalaï-lamas moururent avant leur majorité.

En 1720, l'empereur mandchou Kangxi envoie une armée à Lhassa, sous prétexte d'escorter le septième dalaï-lama et de le rétablir au palais du Potala. L'empereur impose alors la présence d'ambans à Lhassa, transformant ainsi le Tibet central en protectorat chinois, le Kham étant quant à lui rattaché à la province chinoise du Sichuan.

Le treizième dalaï-lama proclamera l'indépendance du Tibet en 1913 suite aux différentes invasions occidentales et à la révolution chinoise du Parti nationaliste Chinois de Sun Yat-sen en 1911.

À partir de 1949, l'intégration du Tibet à la Chine dirigée par le Parti communiste chinois de Mao Zedong entraînera la fin du pouvoir du dalaï-lama sur le Tibet. D'abord maintenu de façon formelle en application de l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet que la Chine a imposé au Tibet en 1951, ce pouvoir disparaîtra de fait en 1959 lorsque, à la suite d'une révolte tibétaine à Lhassa contre la présence chinoise, le dalaï-lama se verra contraint de fuir vers l'Inde pour sauver sa liberté et peut-être même sa vie.

Les mesures d'éradication du bouddhisme, au Tibet comme dans toute la Chine, destinées officiellement à mettre fin à toute forme de théocratie et de servage, seront mises en œuvre conformément à l'idéologie communiste, pour atteindre leur point culminant lors de la Révolution culturelle qui verra la destruction de la quasi-totalité des monastères bouddhistes du Tibet.

Quelques dizaines d'années plus tard, la pratique des religions sera de nouveau autorisée sur le territoire chinois, mais restera très contrôlée par le parti central. Le panchen-lama mis en place sous la houlette de Mao Zetong deviendra le chef religieux officiel au Tibet et dans les monastères tibétains de toute la Chine. Le premier d'entre eux après l'invasion aura peu l'occasion d'exercer ses fonctions puisqu'il passera onze ans derrière les barreaux, puis 5 en résidence surveillée, avant de décéder deux jours après avoir plaidé publiquement pour un rapprochement avec le dalaï-lama.

Le dalaï-lama, réfugié à Dharamsala, continue de réclamer le retour à un Tibet autonome où les Tibétains pourraient pratiquer leur religion en toute liberté.

Organisation[modifier | modifier le code]

L'organisation du bouddhisme tibétain se fait selon une hiérarchie traditionnelle dont les trois lamas les plus connus sont :

  • le dalaï-lama : titre signifiant « océan de sagesse ». Le dalaï-lama était le principal dirigeant politique du régime théocratique tibétain jusqu'à ce que la Chine envahisse le Tibet en 1950 et entame une grande répression en 1959. Les dalaï-lamas sont considérés comme les manifestations du bodhisattva de la compassion, dont le nom est Chenrezig en tibétain et Avalokiteshvara en sanskrit. Ils constituent une lignée de tulkus, maîtres réincarnés. Au décès d'un dalaï-lama, ses moines commencent une recherche de sa réincarnation. C'est le dalaï-lama, détenteur de l'autorité temporelle, qui est le chef spirituel de l'ensemble des écoles bouddhistes tibétaines, et membre de branche Gelugpa.
  • le panchen lama : titre provenant de la combinaison de deux mots Pandita, qui signifie « érudit » en sanskrit et chen-po, qui signifie « grand » en tibétain. Panchen se traduit donc par « grand érudit ». Lama signifie « maître spirituel ». Le panchen lama est considéré comme une émanation du Bouddha Amitabha (« de lumière infinie »). C'est le deuxième chef spirituel du bouddhisme tibétain, après le dalaï-lama.
  • le Karmapa : en sanskrit « la manifestation de l'activité de tous les Bouddhas », est le titre du chef des Karma Kagyu, l'une des quatre écoles majeures du bouddhisme tibétain.

Les écoles du bouddhisme tibétain actuelles[modifier | modifier le code]

Ces quatre écoles principales sont :

Une cinquième école, Jonang, fut rétablie récemment par le dalaï-lama.

Les Gelugpa (« les bonnets jaunes » / « les vertueux ») sont sans doute la lignée du bouddhisme tibétain la plus connue en Occident, du fait de l'appartenance à cette école, du dalaï-lama, qualifié par les auteurs Kerry S. Walters et Lisa Portness de « chef spirituel du bouddhisme tibétain en général »[9].

Cette séparation ne signifie nullement qu'il existe des schismes entre ces écoles. Le bouddhisme, par nature, est une école de tolérance et les quatre lignées se respectent et coopèrent étroitement, comme en atteste le mouvement non sectaire Rimé. Les différences entre les écoles réside, par exemple, dans le fait que les sakyapa sont plus axés sur l'ascétisme, les Gelugpa, sur l'érudition, les Kagyu sur la transmission orale, et les Nyingma sur la méditation.[réf. nécessaire]

Le culte de Dordjé Shougdèn[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990 et au début des années 2000, le 14e dalai-lama désapprouva publiquement le culte de Dordjé Shougdèn de l'école Gelugpa et demanda à ce que ses adeptes en cessent la pratique et que ceux qui refusent de le faire soient expulsés des monastères et ne participent plus aux cérémonies[10],[11],[12].

À la demande de plusieurs lamas tibétains pratiquant le culte de Dordjé Shougdèn, Guéshé Kelsang Gyatso, fondateur de la communauté des adeptes de Shougdèn (Shugden Supporters Community ou SSC) adressa une lettre ouverte au dalaï-lama[13] et, déclarant ne pas avoir reçu de réponse de sa part[14], il lança une campagne accusant le chef du gouvernement tibétain en exil de persécution religieuse et organisa des manifestations lors de sa visite au Royaume-Uni en 1996. À la suite de ces manifestations, par une lettre du monastère de Séra datant de 1996, Guéshé Kelsang fut radié de cet établissement[15].

Selon France24, les Dordjé Shugden ont été interdits par le dalaï-lama en janvier 2008 pour des raisons spirituelles et pour des raisons politiques[16]. Cependant, sur le site personnel du dalaï-lama, un message demande aux pratiquants du bouddhisme tibétain d'examiner trois problèmes liès à la pratique de Shugden et d'en tenir compte, ajoutant que son avis soit considéré ou pas est laissé à la liberté individuelle[17].

L'enseignement[modifier | modifier le code]

Dans le bouddhisme vajrayana (véhicule de diamant), le but est de devenir un bodhisattva qui signifie « être promis à l'Éveil ». Ayant atteint l'éveil, le bodhisattva n'entre pas en nirvāna mais reste dans le samsara, afin d'aider tous les êtres à se libérer de la souffrance. C'est une démarche de libération collective, au contraire du hīnayāna où l'on recherche la libération pour soi-même principalement.

Les relations avec les pays et régions voisines[modifier | modifier le code]

Statue de Bouddha à Oulan-Bator en Mongolie

Le bouddhisme tibétain s'est aussi développé en Mongolie, en Sibérie (Russie centrale, en particulier en Bouriatie, dans l'Oblast de Tchita et à Touva), en Kalmoukie (sur la rive nord-ouest de la mer caspienne), dans les régions indiennes du Sikkim et du Ladakh au Cachemire, au Népal, et au Bhoutan où de nombreux de bhoutanais vénérent le 14e dalaï-lama[18] Selon le 14e dalaï-lama, environ 14 millions de personnes suivent le bouddhisme tibétain dans les régions himalayiennes et asiatiques[19]. Pour Jean-Pierre Bilski, le bouddhisme tibétain n'a que quelque 8 millions d'adeptes dans le monde, ce qui est peu comparé aux 300 millions du bouddhisme du Grand Véhicule en Chine, au Japon, en Corée, au Viêt Nam, ou à la centaine de millions du Petit Véhicule au Sri Lanka, en Birmanie, au Cambodge[20].

En Russie, il y a près d’un million de Bouddhistes en Kalmoukie, Bouriatie et Touva[21].

Le développement du bouddhisme tibétain[modifier | modifier le code]

L'exil du dalaï-lama suivi par un grand nombre de Tibétains entraîna la coupure d'une partie du bouddhisme tibétain d'avec son terroir historique et une large diffusion de par le monde de ces enseignements qui jusque là étaient isolés dans les régions himalayiennes et asiatiques.[citation nécessaire]

Le culte bouddhiste tibétain de l'école Gelugpa est officiellement autorisé par le gouvernement chinois dans toute la République populaire de Chine, même à Pékin dans le très ancien temple de Yonghe[22]. Les autres écoles du bouddhisme tibétain et le Bön (pratiquées par 10 % de la population) sont également autorisées.

Le bouddhisme tibétain (bouddhisme tantrique), et plus particulièrement l'école Gelugpa dont le 14e dalaï-lama est moine, est sévèrement contrôlé. Le gouvernement central accuse régulièrement le 14e dalaï-lama de séparatisme, alors qu'il demande depuis plus de 20 ans une autonomie réelle pour l'ensemble du Tibet.[réf. nécessaire]

Gendhun Choekyi Nyima, qui est reconnu par le 14e dalaï-lama comme étant le 11e panchen lama, deuxième autorité de la hiérarchie du bouddhisme tibétain, de l'école Gelugpa, mais n'est pas reconnu comme tel par le gouvernement chinois, est en résidence surveillée depuis 1995 selon le gouvernement tibétain en exil (cependant, en mars 2010, Padma Choling, président tibétain du gouvernement de la région autonome du Tibet, a indiqué que le garçon vivait maintenant comme citoyen ordinaire du Tibet)[23].

Selon deux nonnes tibétaines qui ont quitté le Tibet en 2006, dans la région autonome du Tibet les photos du 14e dalaï-lama sont interdites sous peine de prison[24], mais non celles du 10e Panchen-lama. En 2006, Qun Pei Choepel, vice-président du Comité permanent de l'Assemblée populaire de la Région autonome du Tibet, donne comme raison pour expliquer que la photo ne soit pas affichée dans les temples le fait que le dalaï-lama est aussi un chef politique qui se livre à des activités séparatistes[25].

L'école Nyingmapa, la plus ancienne des écoles bouddhistes du Tibet, a vu la destruction en 2001 de l’institut bouddhiste de Serthar fondé par Khenpo Jigme Phuntsok, mis en résidence surveillée et disparu dans des circonstances suspectes.[réf. nécessaire] De grands maîtres du bouddhisme tibétain comme Rigdzin Namkha Gyatso Rinpoché et le 17e Karmapa, Orgyen Trinley Dorje, ont choisi de s'exiler. Choekyi Gyaltsen, le 10e Panchen-lama a préféré rester sur place. L'école Bön a vu la destruction de ses lieux de culte et aussi les blessures de son chef spirituel, Lopön Tenzin Namdak, lors de son exil en 1959.[réf. nécessaire]

Art[modifier | modifier le code]

Les arts Regong, qui ont pour thème le bouddhisme tibétain, ont été inscrits en 2009 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité[26].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un rapport publié en 2007 par le ministère des Affaires étrangères des États-Unis sur la liberté religieuse au Bhoutan note que « le bouddhisme Mahayana y est la religion d'État » (« Mahayana Buddhism is the state religion ») et que le gouvernement bhoutanais soutient à la fois l'école Kagyu et l'école Nyingma.
  2. Lignée Dakchang
  3. Kagyu
  4. (en) Samten G. Karmay, Religion and Politics: commentary, Tibet writes, 7 septembre 2008 : « Buddhism became the state religion of Tibet in the reign of the emperor Tri Song Detsen (742-797) and it remained so till the end of the Pugyal Dynasty in 941 AD. [...] The fact that Buddhism was the state religion did not affect the personal choice of faith among its members and in the country. However, the imperial government did subsidize Buddhist establishments such as building temples and contributing to their maintenance and this was considered to be meritorious work. »
  5. (en) Ruth W. Dunnell, The Hsia Origins of the Yüan Institution of Imperial Preceptor. in "Asia Major, 3rd ser.", 5.1: 85-111, 1992, Institute of History and Philology of the Academia sinica, Taïwan
  6. (en) Petech, L., Central Tibet and The Mongols, Serie Orientale Roma 65, Instituto Italiano per il Medio ed Estremo Oriente, Rome, 1990, 6. Shakabpa, 61.
  7. Roland Barraux, Histoire des Dalaï Lamas - Quatorze reflets sur le Lac des Visions, Éditions Albin Michel, 1993. Réédité en 2002, Albin Michel, (ISBN 2-226-13317-8).
  8. Samten G. Karmay, op. cit. : « However, in 1642 the Tsang Desi’s government was toppled by the combined forces of Tibetans and Mongols at the instigation of the Gelug sect which effectively empowered the Fifth Dalai Lama (1617-1685), as the head of state. He had been, until 1642, merely the abbot of Drepung Monastery. A new era of theocracy was ushered in with the total supremacy of the clergy and the subordination of laymen to it. »
  9. (en) Kerry S. Walters, Lisa Portness, Religious vegetarianism: from Hesiod to the Dalai Lama, SUNY Press, 2001, 203 p., p. 87, (ISBN 0791449726) : « Although acknowledged as a spiritual leader of Tibetan Buddhism in general, the Dalai Lama is actually a member of the Gelukpa or "Yellow-Hat" sect, one of several Tibetan Buddhist schools ».
  10. (en) Kashag, Kashag's Statement Concerning Dolgyal, 31 mai 1996, site du dalaï-lama : « Le dalaï-lama expliqua clairement ce point le 21 mars 1996 : « Il ne serait pas approprié que ceux qui font le culte de Dolgyal (Dordjé Shougdèn) suivent cette (cérémonie) […] il serait mieux que vous n'y participiez pas, levez-vous et quittez ces lieux […] il n'est pas correct que vous restiez assis ici […] ». Le rejet de Dolgyal (Dordjé Shougdèn) est une question de la plus haute importance pour la cause du Tibet, liée à la sécurité personnelle de Sa Sainteté. « […] vous pourriez avoir plus tard des raisons de regretter d'avoir pris cette affaire avec trop de légéreté dans l'espoir que les choses s'arrangeraient au bout du compte […] ». C'est le devoir du gouvernement tibétain en exil d'encourager l'application de ce conseil donné pour protéger la cause du Tibet, la sécurité de son chef d'État et l'honneur des traditions du bouddhisme tibétain dont la tradition Geluk. Par conséquent, il [le gouvernement tibétain en exil] a lancé un programme demandant à ceux qui suivent Dolgyal (Dordjé Shougdèn) d'abandonner ce culte. »
  11. Traduction du discours du Dalaï Lama sur France24 : « Je n'ai pas écarté les Shougdèn pour mon propre intérêt […] il faut expulser ces moines sans hésitation […] vous pouvez dire que le dalaï-Lama lui-même a demandé de le faire ».
  12. (en) « The Dalai Lama: The devil within », Part II, aljazeera.net, 13 janvier 2009.
  13. (en) Geshe Kelsang Gyatso, « Open Letter to H.H. the Dalai Lama by Geshe Kelsang Gyatso », sur cesnur.org (consulté le 26 novembre 2010)
  14. (en) Geshe Kelsang Gyatso, « Open Letter to H.H. the Dalai Lama by Geshe Kelsang Gyatso », sur dorjeshugden.com (consulté le 26 novembre 2010)
  15. (en) Smear: Geshe Kelsang Gyatso is a Self-proclaimed Geshe?, site de newkadampatradition, 6 juillet 2008.
  16. Sur france24
  17. (en) His Holiness the Dalai Lama's Advice Concerning Dolgyal (Shugden).
  18. (en) 30,000 Bhutanese on pilgrimage in India.
  19. Tibet Histoire d'une tragédie, Kim Yeshi, préface 14e Dalaï Lama, Éditions La Martinière, février 2009, (ISBN 978-2-7324-3700-2).
  20. Jean-Pierre Bilski, Repères sur les constructions culturelles des sociétés et civilisations, Éditions Publibook, 2011, 572 p., p. 282.
  21. (en) No visa for Dalai Lama, says Russian Envoy : « Russia has nearly one million Buddhists in its three regions of Kalmykia, Buryatia and Tuva representing around 0.5 percentage of the Russian population. »
  22. Anne-Marie Blondeau, Le Tibet est-il chinois ? : réponses à Cent questions chinoises.
  23. Tibet : modernisation pour promouvoir le touristique, xinhua, 15/03/2010, reproduit sur le site Tourisme islamique, 17/03/2010.
  24. Pierre Prakash, Des geôles de Lhassa à Dharamsala, dans Libération du 14 juin 2006 : « Allongée sur son lit dans le centre d'accueil pour les réfugiés tibétains fraîchement débarqués à Dharamsala, dans le nord de l'Inde, Rinzin Choekyi est encore sous le choc. « C'est incroyable comme les gens sont libres, ici. Il y a des drapeaux tibétains et des portraits du dalaï-lama partout. Au Tibet, la moindre photo de Sa Sainteté vous vaut un séjour en prison » ».
  25. Entretien avec M. Choepel, vice-président du Comité permanent de l'Assemblée populaire de la Région autonome du Tibet, Quelle solution politique pour le Tibet ?, site Bienvenue au Sénat : « Le Dalaï-Lama n'est pas un simple dirigeant religieux, mais un chef politique qui se livre à des activités séparatistes. Ceci suffit à expliquer que sa photo ne soit pas affichée dans les temples ».
  26. UNESCO : Les arts Regong : Inscrit en 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]