Métempsycose

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La métempsycose (du grec ancien μετεμψύχωσις/metempsúkhôsis, déplacement de l'âme, de μετά et ψυχή/psukhḗ) est le passage, le transvasement d'une âme dans un autre corps, qu'elle va animer. Le métempsycosisme est la croyance selon laquelle une même âme peut animer successivement plusieurs corps soit d'humains soit d'animaux, ainsi que de végétaux : la transmigration des âmes peut intervenir non seulement dans l'humain (réincarnation) mais encore dans le non-humain, bêtes ou plantes (voire aussi minéraux, comme dans le judaïsme[1]).

Au Tibet, on utilise principalement le mot métempsycose pour signifier la réincarnation des lamas.[réf. nécessaire]

Le mot paraît chez Diodore de Sicile[2] ; les Grecs disaient : « palingénésie » (de παλινγενεσία/palingenesía, de παλίν/palín, « de nouveau » et γένεσις /génesis, « naissance »), c'est-à-dire « nouvelle naissance », « genèse de nouveau » ; ainsi, pour Pythagore, « ce qui a été renaît » (palin ginetaï)[3]

La métensomatose désigne le passage d'un corps à un autre, et non d'une âme qui va d'un corps à un autre. Le bouddhisme croit plutôt à la métensomatose, puisque c'est une religion où l'âme n'existe pas, et où le moi n'est qu'illusion de l'identité individuelle qui « s'éteint » dans la vacuité ; cela dit, des éléments psychiques transmigrent, comme on pourrait le voir dans certains caractères (physiques ou psychiques) venus des parents jusqu'aux enfants, dans le phénomène lamaïste des tulku, appelés improprement « réincarnations » d'un lama. Les écrits bouddhiques utilisent en fait un concept sensiblement différent de celui de réincarnation : punarbhava, qu'on traduit par « re-naissance ». Le mot métensomatose vient du grec métensomatosis, qui signifie « déplacement du corps ».[réf. nécessaire]

Théories[modifier | modifier le code]

Plusieurs religions ont fait de la métempsycose un dogme fondamental.

L'hindouisme défend la métempsycose, la loi du karma. Il croit à la métempsycose : l'âme individuelle (âtman) doit se fondre dans l'Âme cosmique, dans le Brahman immanent et absolu, afin de se dégager du cycle des renaissances (samsâra). La Bhagavad-Gîtâ (II, 22) présente ainsi la transmigration des âmes : "A la façon d'un homme qui a rejeté des vêtements usagés et en prend d'autres, neufs, l'âme incarnée, rejetant son corps, usé, voyage dans d'autres qui sont neufs." Selon swâmi Dayânanda Sarasvatî, "en punition des péchés physiques, un homme renaîtra sous forme végétale ; pour les péchés de la parole, il prendra la forme d'un oiseau ou d'un quadrupède ; et, pour les péchés de la pensée, il vivra dans les conditions humaines les plus basses" (Satyârtha-prakâsha. La Lumière de la Vérité, 1865, trad., Adrien-Maisonneuve, 1940, p. 335).

L'orphisme croit-il en la métempsycose ? Les avis sont partagés[4]. L'orphisme expose plutôt la palingénésie.

La métempsycose était également au centre des enseignements de Pythagore.

"Un jour, passant près de quelqu'un qui maltraitait son chien, on raconte qu'il [Pythagore] fut pris de compassion et qu'il adressa à l'individu ces paroles : 'Arrête et ne frappe plus, car c'est l'âme d'un homme qui était mon ami, et je l'ai reconnu en entendant le son de sa voix'"(Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VIII, 36).

Ennius semble donner parmi les incarnations antérieures de Pythagore celle d'un paon, puis d'Euphorbe.

Pindare en parle dans les Olympiques; 2.56 ss.

Platon a défendu la notion dans plusieurs de ses dialogues[5]. Les trois espèces de métempsycose envisagées correspondent aux trois parties que Platon distingue dans l'âme : quand l'appétit (epithumia) domine il y a réincarnation dans des animaux licencieux, quand c'est l'agressivité (thumos) dans des bêtes de proie, quand c'est la partie raisonnable (logistikon) dans des animaux grégaires (Phédon, 82 ; La République, IV, 439-441).

La kabbale admet la métempsycose, qu'elle appelle gilgoul. "La kabbale, dans le Sefer ha-Bahir (fin du XII° siècle), son texte le plus ancien, tient déjà la transmigration pour acquise... Au XIII° siècle, la transmigration était considérée comme une doctrine ésotérique... La généralisation du concept de transmigration, initialement limitée au châtiment de péchés particuliers, contribua à l'apparition de la croyance en une transmigration dans les animaux, voire dans les plantes et dans les matières inorganiques. ce point de vue, contesté par de nombreux kabbalistes, ne s'est répandu qu'après 1400. La transmigration dans les corps d'animaux est mentionnée pour la première fois dans le Sefer ha-Temurah, qui est issu d'un groupe proche des kabbalistes de Gérone[6]" "Isaac Luria, grand maître kabbaliste de Safed au XVI° siècle, reconnut un jour 'selon ses deux principaux disciples, Hayyim Vital et son fils) l'âme d'un père incestueux dans le corps d'un grand chien noir... Nahman de Bratslav [mort en 1811] se vante d'être le maillon le plus récent d'une chaîne de réincarnations d'une âme apparue d'abord dans le corps de Simon bar Yohaï, passant ensuite par Isaac Luria et allant, après lui, jusqu'au Messie[7]"

L'Islam druze et le yézidisme intègrent également la métempsycose.

La métempsycose est en revanche totalement absente du christianisme, à l'exception de quelques branches considérées comme « hérétiques », comme le catharisme, ou basées sur la pensée du théologien Origène.

Idées[modifier | modifier le code]

L'idée de métempsycose suppose d'autres idées : la préexistence de l'âme, l'immortalité de l'âme, la dualité entre le corps et l'âme. Mais la métempsycose n'exige pas forcément la croyance en la rétribution des âmes. On peut imaginer des métempsycoses venant du hasard, de circonstances, de sympathies, et non pas d'une récompense ou d'un châtiment moral : c'est le cas pour Pythagore. D'autre part, une idée importante est celle de la parenté des vivants, qu'ils soient humains, animaux, végétaux.

La métempsycose (ou la métensomatose) entraînent certains comportements éthiques, entre autres le respect de toute forme de vie, et particulièrement des animaux (le végétarisme). L'orphisme et le pythagorisme y ont insisté, mais on trouve ces comportements aussi très présents, de nos jours, dans l'hindouisme ou dans le bouddhisme[8].

Littérature[modifier | modifier le code]

Le terme de métempsycose est très souvent cité par Léopold Bloom, un des personnages principaux de Ulysse (roman) de James Joyce. La définition du mot n'est pas donnée : il est plutôt utilisé par Bloom pour prouver son érudition à sa femme puis, plus tard dans le roman, à Stephen Dedalus.

La nouvelle fantastique de Maupassant Le Docteur Héraclius Gloss évoque aussi cette croyance par la découverte d'un manuscrit métempsychosiste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.leava.fr/questions-reponses/problemes-divers/les-juifs-croient-ils-donc-en-la-reincarnation.php
  2. (X, 6, 1)
  3. Porphyre de Tyr, Vie de Pythagore, § 19
  4. Pas de métempsycose dans l'orphisme selon Adolf Krüger (1934), Herbert Long (1948), Walter Burkert (1962), Monique Dixsaut (1991). Métempsycose dans l'orphisme selon Erwin Rohde, Martin Nilsson (1950), Eric Robertson Dodds (1951).
  5. Platon, Phédon, 81b ; Ménéxène, 81a ; La République, 614 ss. ; Phèdre, 248d ; Gorgias, 525c.
  6. Gershom Scholem, La kabbale (1974), trad., Gallimard, coll. "Folio essais", 2005, p. 521-530).
  7. Jacques Attali, Dictionnaire amoureux du judaïsme, Plon/Fayard, 2009, p. 95, 338.
  8. Georges Chapouthier, Au bon vouloir de l'homme, l'animal, Éditions Denoël, Paris, 1990

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Liens externes[modifier | modifier le code]