Temple de Jokhang

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Temple du Jokhang
Cylindre doré sur le toit représentant une bannière de victoire, l'un des huit symboles auspicieux du bouddhisme.

Le temple ou monastère du Jokhang, aussi appelé Tsuklakang, est le premier temple bouddhiste construit au Tibet. Cœur spirituel de Lhassa et lieu de pèlerinage depuis des siècles, il en est aussi un des hauts-lieux touristiques avec le palais du Potala et le parc du Norbulingka. Depuis 2000, il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre de l'« ensemble historique du palais du Potala ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Plan stylisé du complexe architectural, tiré de Journey to Lhasa and Central Tibet de Sarat Chandra Das, 1902.

Le temple du Jokhang, le tout premier temple bouddhiste du Tibet, est édifié par le roi tibétain Songtsen Gampo au début de l'année 639 pour fêter son mariage avec la princesse Tang chinoise Wencheng, une bouddhiste. Le temple fut, avec le Ramoché, l'un des premiers temples construits à Lhassa au VIIe siècle ; il est l'un des plus vénérés de tout le Tibet car il abrite une statue du Jowo, représentant le jeune Bouddha, qui aurait été sculptée de son vivant.

Le doring ou stèle devant la porte principale du temple de Jokhang, 1950

En 823, est érigée devant la porte principale du temple une stèle connue sous le nom de « Tablette de pierre de l’unité du long terme » et dont il existerait deux autres exemplaires, l'un à Cha'ang an à la porte de l'empereur, et l'autre à la frontière tibéto-chinoise[1]. Y sont inscrits les termes du traité de paix sino-tibétain de 822 par lequel les deux souverains du Tibet et de la Chine sont convenus d'unir leurs royaumes ; il est précisé notamment : « Le Tibet et la Chine garderont les frontières qu'ils possèdent actuellement. Tout à l'est est le pays de la grande Chine, tout à l'ouest est le pays du grand Tibet. Désormais, de part et d'autre, il n'y aura ni hostilité, ni guerre, ni prise de territoire. »[2],[3],[4].

Révolution culturelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : révolution culturelle au Tibet.

En 1961, le temple est ajouté à la liste des monuments d'intérêt national par le Conseil d'État de la Chine[5].

En 1966, au début de la révolution culturelle, il est profané et mis à sac par les gardes rouges[6]. Le 6 août les gardes rouges « débutent le pillage du Jokhang qu'ils transforment en urinoirs et en boucherie »[7],[8]. Il sert ensuite de base aux gardes-rouges de la faction Gyenlo (tib. gyen log, « Rebelles ») opposée à la faction Nyamdre (tib. mnyam brel, peut-être « Alliance »). En juin 1968, une attaque de cette forteresse par l'Armée populaire de libération se traduit par la mort de 12 militants Gyenlo et de deux soldats[9]. Pour finir, il est occupé par l'Armée populaire de libération[10]. Les ailes méridionale et occidentale du Ngakhang, un bâtiment servant à entreposer des ustensiles rituels, sont mises à mal pendant les troubles. Au début des années 1980, elles sont un champ de ruines[11].

Réhabilitation et protection[modifier | modifier le code]

Les premiers travaux de remise en état ont lieu en 1972, pendant la révolution culturelle : le bâtiment central est nettoyé, des peintures sont restaurées par quelques-uns des derniers maîtres encore en vie[12].

Au début des années 1980, le Jokhang est ouvert au public trois matinées par semaine[13]. Le temple n'est complètement réhabilité qu'à la suite de nouvelles restaurations entreprises de 1978 au début des années 1990. À cette occasion, la plupart des fresques murales les plus anciennes (Xe-XIIIe siècles), qui avaient survécu à la révolution culturelle, sont déménagées. À partir de cette date, la qualité des restaurations s'améliore de façon spectaculaire, on fait appel aux techniques et méthodes traditionnelles, les peintures chargées d'histoire sont conservées sur place. En 2000, le Jokhang est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre de l'« ensemble historique du palais du Potala »[14]. La même année, l'administration d'État pour les vestiges culturels remet en vigueur l'ancienne limitation de hauteur en faisant démolir le dernier étage du grand magasin Surkhang[15].

Troubles de mars 2008[modifier | modifier le code]

Lors des troubles au Tibet en mars 2008, des moines perturbent une conférence de presse organisée au temple par les autorités pour des journalistes chinois et étrangers[16].

Architecture[modifier | modifier le code]

Sur le toit au-dessus de l'entrée, les deux daims encadrant la roue du dharma.

Le temple de Jokhang est un vaste complexe de chapelles, de cours et de bâtiments d'habitation et de service. La hauteur de ses toits dorés était une hauteur à ne pas dépasser dans les constructions du centre de la ville. Le quadrilatère de 44,5 m de côté situé au cœur du complexe, est la partie la plus ancienne (VIIe siècle). Ce quadrilatère est séparé des structures qui l'entourent par un couloir processionnel, le Nangkhor. Ces structures périphériques venues s'agglutiner au quadrilatère tout au long des siècles sont des cours, la résidence du dalaï-lama et celle du panchen lama, des ailes de service, des dortoirs de moines, des cuisines, des resserres et des bâtiments gouvernementaux dont la salle de réunion du cabinet tibétain, le Kashag[14]. Le complexe couvre désormais 25 000 mètres carrés. Quatre portes, disposées aux quatre points cardinaux, permettaient aux visiteurs d'entrer dans le sanctuaire pour y accomplir le parikrama, la circumambulation du Nangkhor[17].

Le quadrilatère central, avec ses pièces disposées sur son pourtour intérieur autour d'une cour centrale ouverte, correspond au Jokhang de Songtsen Gampo. Par son plan, son échelle et son ornementation, il ressortit du vihara bouddhiste indien en bois et en briques des six premiers siècles du premier millénaire. Daté du VIIe siècle par la dendrochronologie, le cœur historique du Jokhang est le seul témoin des architectures en bois indiennes ayant survécu jusqu'à nos jours[18].

Le Jokhang s'élève sur quatre niveaux, ses toitures sont couvertes de tuiles de bronze dorées. Si le style architectural s'inspirait à l'origine du vihara indien, des extensions ultérieures ont introduit un mélange des styles indien, népalais, et Tang[19].

Sur le toit, deux daims encadrent une roue du dharma, symbole bouddhique[20].

Sculptures bouddhistes[modifier | modifier le code]

Le Jokhang possède une vaste et importante collection d'environ 800 sculptures de métal, en plus de milliers de rouleaux peints connus sous le nom de thangkas. Les statues sont tenues à l'abri dans des lieux interdits au public et dont l'accès est quasiment impossible. À l'occasion de nombreuses visites au Jokhang entre 1980 et 1996, Ulrich von Schroeber est parvenu à prendre en photo quelque 500 statues de métal dignes d'intérêt, entre autres des statues en bronze et en cuivre des plus rares et importantes provenant du Cachemire, de l'Inde septentrionale, du Népal, du Tibet et de la Chine. Les statues les plus précieuses de cet ensemble remontent à la dynastie Yar Lung (VIIe-IXe siècles)[21].,[22].

Pèlerinage[modifier | modifier le code]

Statue de Maitreya au Jokhang en 1939

Le temple est un centre de pèlerinage bouddhiste depuis des siècles. Après avoir franchi de hauts cols et venant parfois de très loin, de nombreux pèlerins accomplissent mètre par mètre leur chemin de prière autour du Jokhang. Ils progressent sur le circuit rituel en faisant des kjangchag, prosternations consistant à se jeter à plat ventre, à se relever et recommencer à l'endroit où les mains ou le front ont touché le sol.

La cour extérieure et le porche d'entrée du temple sont habituellement emplis de pèlerins se prosternant de tout leur long en direction du sanctuaire[23].

Fête de la grande prière[modifier | modifier le code]

Chaque année, dans le cadre des festivités du Nouvel an tibétain, se déroule au Jokhang la fête de la grande prière, Mönlan Chenmo, qui dure trois semaines. Elle voit se dérouler de grands débats philosophiques suivis de remises de diplômes[24].

Pendant la révolution culturelle, le Mönlam a été interdit par le gouvernement chinois, et bien qu'il ait été rétabli en 1985, il a été à nouveau interdit en 1990[pas clair][25]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Combattre la colonisation, sur le site France-Tibet.
  2. Document d'évaluation du patrimoine mondial, UNESCO, 1994.
  3. Jérôme Édou, René Vernadet, Tibet - les chevaux du vent, L'Asiathèque, 2007, p. 44 (ISBN 978-2-91-525548-5).
  4. On en trouvera le texte intégral sur le blog Actubob.
  5. (en) André Alexander, The Lhasa Jokhang - is the world's oldest timber frame building in Tibet?, webjournal.unior.it, p. 129 : « In 1961, the Jokhang was listed as a Nationally-Protected Monument by China's State Council. »
  6. André Alexander, op. cit., p. 129 : « It was desecrated and ransacked in 1966. »
  7. Laurent Deshayes Histoire du Tibet, Fayard, 1997, p. 348 (ISBN 978-2213595023). Citation : « Sous la révolution culturelle la RAT connait une vague de répression inouïe. C'est durant l'été 1966, que les gardes rouges déferlent sur le toit du monde, animés par une dévotion fanatique, pourchassent puis suppriment les « Quatre Vieilleries » (vieilles idées, culture, costumes et habitudes). Le 6 août, ils commencent le pillage du Djokhang qu'ils transforment en urinoir et en boucherie»
  8. (en) Bradley Mayhew, Robert Kelly, John Vincent Belleza, Tibet, Lonely Planet, 2008, 384 p., p. 103 : « In the early days of the Cultural Revolution, much of the interiors of the Jokhang was desecrated by Red Guards. [...] Since 1980 the Jokhang has been restored. »
  9. (en) Daniel Berounsky, compte rendu de « Goldstein Melvyn C., Jiao Ben, Lhundrup Tanzen. On the Cultural Revolution in Tibet: The Nyemo Incident in 1969 », Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines, 40 | 2009, mis en ligne le 1er décembre 2009, consulté le 22 juillet 2011 : « The first violent conflict of the Nyamdre and Gyenlo factions occurred in Lhasa in June 1968. The PLA did not follow the rule of non-intervention in this exceptional case and attacked two strongholds of the Gyenlo faction: the Financial Compound and the Jokhang temple. The attack resulted in the death of twelve Gyenlo activists and two soldiers. »
  10. André Alexander, op. cit., p. 129 : « occupied by armed Red Guards factions and finally by the Chinese People's Liberation Army. »
  11. André Alexander, op. cit., p. 148.
  12. André Alexander, op. cit., p. 129 : « An initial restoration took place in 1972, when the main building was cleaned and paintings were restored by some of the last surviving master painters. »
  13. Fox Butterfield, La Chine - Survivant dans la mer d'amertume, Paris, Presses de la Cité, 1983.
  14. a et b André Alexander, op. cit., p. 129.
  15. André Alexander, op. cit., p. 129, note 18.
  16. La Chine promet de ne pas punir les moines du temple de Jokhang, Le Point, 28 mars 2008.
  17. André Alexander, op. cit., p. 130.
  18. André Alexander, op. cit., p. 149.
  19. (en) Jokhang Temple, Lhasa, site Sacred Destinations : « Standing four stories tall and covering an area of about 25,000 square meters in the heart of Lhasa, Jokhang Temple combines local Tibetan elements with influences from Nepal, China and India. »
  20. Jokhang Temple, Lhasa, op. cit. : « The exterior of the temple is decorated with deer and wheel motifs, early symbols of Buddhism. Both represent the Buddha's first sermon, in which he "turned the wheel of the Dharma" in a deer park near Varanasi, India. »
  21. (en) Ulrich von Schroeder, Buddhist Sculptures in Tibet, vol. I : India & Nepal, 655 pages dont 766 illustrations ; vol. II : Tibet & China, 675 pages dont 987 illustrations, Visual Dharma Publications, Ltd., Hong Kong, 2010, (ISBN 962-7049-07-7).
  22. (en) Ulrich von Schroeder, 108 Buddhist Statues in Tibet, Serindia Publications, Chicago, 2008, 212 p., 112 colour illustrations (DVD with 527 digital photographs), (ISBN 962-7049-08-5).
  23. (en) China Tibet Tourism Bureau, Jokhang Monastery, 23-11-2007 : « The outer courtyard and porch of the temple are usually filled with pilgrims making full-length prostration toward the holy sanctum. »
  24. Jokhang Temple, Lhasa, op. cit. : « It hosts the annual Great Prayer Festival. »
  25. Protestation de moines tibétains contre une interdiction de prières

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dorje, Gyurme; Tsering, Tashi ; Stoddard, Heather and Alexander, André. (2010) Jokhang: Tibet's most sacred Buddhist Temple. London, Thames & Hudson, 288 p. (ISBN 978-500-097-692-0)
  • Dowman, Keith. The Power-places of Central Tibet: The Pilgrim's Guide. 1998. Routledge & kegan Paul, London. (ISBN 0-7102-1370-0)
  • Norbu, Thubten Jigme and Turnbull, Colin. Tibet: Its History Religion and People (1969). Chatto & Windus. (ISBN 0-7011-1354-5). Reprint: (1987) Penguin Books, England.
  • Mayhew B., Kohn, M., Tibet. Lonely Planet (2005) 6 ed. (ISBN 9781740595230)
  • Vitali, Roberto. Early Temples of Central Tibet. (1990) Serindia Publications. London. (ISBN 0-906026-25-3)
  • von Schroeder, Ulrich. (1981). Indo-Tibetan Bronzes. (608 pages, 1244 illustrations). Hong Kong: Visual Dharma Publications Ltd. (ISBN 962-7049-01-8)
  • von Schroeder, Ulrich. (2001). Buddhist Sculptures in Tibet. Vol. One: India & Nepal; Vol. Two: Tibet & China. (Volume One: 655 pages with 766 illustrations; Volume Two: 675 pages with 987 illustrations). Hong Kong: Visual Dharma Publications, Ltd.). (ISBN 962-7049-07-7)
  • von Schroeder, Ulrich. 2008. 108 Buddhist Statues in Tibet. (212 p., 112 colour illustrations) (DVD with 527 digital photographs). Chicago: Serindia Publications. (ISBN 962-7049-08-5)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]