Gyancain Norbu

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Gyancain Norbu
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Gyaincain Norbu, 2008.jpg

Gyaincain Norbu en 2008

Réincarnation du panchen-lama
Nom de naissance
Gyaincain Norbu
Naissance

Gyancain Norbu (tibétain : རྒྱལ་མཚན་ནོར་བུ་, Wylie : rgyal mtshan nor bu, pinyin tibétain : Jiānzàn Nuòbù, dialecte de Lhassa API : cɛntsʰɛ̃ noːpu) (né le 13 février 1990), a été désigné le 29 novembre 1995 par le gouvernement de la République populaire de Chine comme le 11e panchen-lama du Tibet. Il est également vice-président de l'association bouddhiste de Chine et membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois. Il a reçu le titre d'Erdini Qoigyijabu.

À l'issue d'un tirage au sort effectué avec l'urne d'or, il a été confirmé et approuvé le 29 novembre 1995 par le Conseil d'État chinois comme onzième réincarnation du panchen-lama du Tibet, le précédent étant Choekyi Gyaltsen. Sept mois plus tôt, le 14 mai, le quatorzième dalaï-lama avait cependant nommé Gedhun Choekyi Nyima comme 11e panchen-lama.

Origines[modifier | modifier le code]

Né le 13 février 1990 dans le Xian de Lhari dans la région autonome du Tibet, Gyancain Norbu doit son nom à sa grand-mère maternelle. Son père et sa mère sont tous les deux allés à l'école primaire[1] et sont membres du parti communiste chinois depuis 1977[2].

Sélection la réincarnation du 10e panchen-lama[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Controverse du 11e panchen-lama.

Les recherches de la réincarnation du 10e panchen-lama débutent en juin 1989. Sur la foi d'observations menées sur des lacs, de divinations et d'identifications d'objets ayant appartenu au 10e panchen-lama ainsi que d'une analyse exhaustive de l'expression de son visage et de signes de bon augure, on sélectionne les trois candidats les plus brillants[3].

Le 14 mai 1995, le 14e dalaï-lama nomme Gedhun Choekyi Nyima comme 11e réincarnation du panchen-lama. Cette nomination n'est pas reconnue par le gouvernement chinois, et Gedhun Choekyi Nyima disparait trois jours plus tard pour ne jamais être revu[4].

Le 29 novembre 1995, devant la statue de Sakyamuni au temple de Jokhang à Lhassa, celui-ci, se référant à la dynastie mandchoue des Qing, procéda au tirage au sort dans l'urne d'or pour choisir la réincarnation du 10e panchen-lama parmi trois jeunes candidats : ce fut Gyancain Norbu, lequel fut confirmé et approuvé par le Conseil d'État chinois[5].

Gyancain Norbu fut nommé Erdini Qoigyijabu, mot de la langue mongole qui signifie « précieux joyau » et correspond à un titre offert en 1713 par l'empereur mandchou, Kangxi, au 5e panchen-lama, Lobsang Yeshe. Pour le gouvernement tibétain en exil, il s'agit en fait d'un titre élogieux partagé par de nombreux lamas mongols[6].

La désignation de Gyancain Norbu a été accompagnée de manifestations de protestations au Tibet[7].

Formation[modifier | modifier le code]

Depuis son accession au trône alors qu'il était un enfant, le Panchen Lama a passé la plupart de son temps à Pékin à étudier le bouddhisme[8].

Nominations[modifier | modifier le code]

En 2008, Gyaincain Norbu, alors âgé de 18 ans, devait être nommé membre du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire. Cependant, sa nomination ne se fit pas, officiellement parce qu'il n'avait pas encore 18 ans. Selon certains analystes, la décision est une punition de Norbu par le gouvernement de la RPC, insatisfait parce que le jeune homme serait insuffisamment agressif envers le dalaï-lama[9].

Le 3 février 2010, il est nommé à l'âge de 22 ans vice-président de l'association bouddhiste de Chine[10]. Le même mois, il devint, à l'âge de 20 ans, le plus jeune membre du comité national de la conférence consultative politique du peuple chinois, assemblée qui est formée d'entrepreneurs, d'universitaires, de célébrités et de personnages importants de la vie religieuse et culturelle et exerce son influence sur les responsables gouvernementaux et les parlementaires[11].

Déclarations et apparences publiques[modifier | modifier le code]

En décembre 2005, lors d'une interview avec l'agence Xinhua, Gyancain Norbu, alors âgé de 15 ans, déclare que le peuple bénéficie d'une grande liberté religieuse en Chine, et que le parti communiste a apporté «prospérité, harmonie et stabilité au Tibet»[12].

En 2006, il participe au 1er Forum mondial du bouddhisme hébergé par la Chine, qui, n'ayant pas invité le Dalai Lama considéré comme un séparatiste, fait de son choix du Panchen Lama la la figure de proue du forum[13]. Cependant, d'après Reuters, les délégués présent semblent le fuir[13].

En mars 2008, il prononce une déclaration condamnant les actes des émeutiers comme contraires à l'esprit du bouddhisme et aux intérêts du pays[14].

En mai 2008, il visite une exposition sur le servage dans l'ancien Tibet et la vie après la révolution au Palais culturel des nationalités à Pékin [15].

En mars 2009, il assiste à Pékin à la cérémonie de la journée d'émancipation des serfs au Tibet.

En mai 2010, il se rend sur les lieux du tremblement de terre de Yushu dans la province du Qinghai et y prie pour les victimes[16].

En juin 2010, il se rend au Tibet et prononce un discours à l'université du Tibet, où il visite la bibliothèque universitaire, l'institut de recherche informatique sur la langue tibétaine et la faculté des beaux-arts, puis à la faculté de médecine tibétaine traditionnelle à Lhassa[8]. Ce même mois, il fait don de 50 000 yuan à la ville de Zhouqu (Zhugqu) (préfecture autonome tibétaine de Gannan dans le Gansu), frappée par des coulées de boue, et prie pour les habitants des diverses nationalités[17].

Le 4 septembre 2010, le ministre des affaires étrangères de Singapour, George Yo, devint le premier membre d'un gouvernement étranger à rencontrer officiellement Gyaincain Norbu, au monastère de Xihuang à Pékin[18].

Le 26 avril 2012, à Hong Kong, au troisième Forum mondial du bouddhisme, qualifié par le journal Le Monde de «grand barnum pour bouddhistes politiquement corrects que la Chine aimerait voir circuler à travers le monde»[19], le 11e panchen-lama prononce un discours sur le dharma devant un auditoire d'un millier de moines[20]. Selon Jiang Zhaoyong, un spécialiste pékinois des questions ethniques, ce séjour à Hong Kong a pour but de donner une stature internationale au panchen-lama[21].

Le 26 juillet 2012, le panchen-lama se rend à l'institut théologique bouddhiste du Tibet à Nyetang (en), un village du xian de Qüxü (Shushur), dépendant de la ville-préfecture de Lhassa. Il encourage les 150 étudiants – bouddhas vivants, moines – qui le fréquentent, à promouvoir le bouddhisme, à respecter les lois du pays et à servir celui-ci et sa population. Le lundi, il s'était rendu au temple de Jokhang à Lhassa pour un office de prières[22].

Le 24 août 2014, il se rend au lycée de Namling dans le xian de Namling (préfecture de Shigatsé) pour s'informer sur les études et la vie dans cet établissement scolaire[23].

Le 10 mars 2015[24], il a critiqué implicitement la politique chinoise en exprimant son inquiétude que le bouddhisme au Tibet pourrait bientôt ne plus exister que de nom par pénurie de moines[25]

Critiques[modifier | modifier le code]

Frédéric Lenoir constate que les autorités chinoises ont pendant des années dénoncé la croyance en la réincarnation comme étant une superstition, ce qui n'empêcha pas qu'elles recherchèrent et désignèrent la véritable réincarnation du panchen lama. Une parodie de « sélection d'enfants » fut organisée. Le lauréat fut « intronisé en grande pompe panchen lama par le parti communiste chinois »[26].

Selon Gilles van Grasdorff, Gyancain Norbu aurait un lien de parenté avec Raidi, membre du Comité régional du parti communiste chinois depuis 1977[27] et qui était président du comité permanent de l'assemblée populaire de la Région autonome du Tibet à l'époque de la désignation de l'enfant. Sur les photos, on voit que l'un des trois bâtonnets en ivoire correspondant aux trois candidats est plus grand que les deux autres. Lors de cette mascarade, le jeune Gyancain Norbu était déjà revêtu des habits de cérémonie d'intronisation derrière un rideau rouge[2].

Samten G. Karmay, ancien président de l'Association internationale des études tibétaines, indique à son propos : « C'est un pion de la propagande, il est utilisé par Pékin »[28].

Selon TibetInfoNet, les lamas enseignants qui entourent Gyaltsen Norbu sont liés au mouvement Dordjé Shugden[29].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Profile: Bainqen Erdini Qoigyijabu, 11th Panchen Lama, chinatibetnews.com, 28 avril 2012 : « Gyaencaen Norbu was born on Feb. 13, 1990 at Lhari County in northern Tibet. His father and mother both had primary school education. The name of Gyaencaen Norbu, given by his maternal grandfather, means holy streamer of triumph. »
  2. a et b Gilles van Grasdorff, Panchen Lama, Otage de Pékin, Ramsay, 1999, p. 304.
  3. Profile: Bainqen Erdini Qoigyijabu, 11th Panchen Lama, op. cit. : « The search for the reincarnation of the late Tenth Panchen Lama began in June 1989. Based on lake observation, divinations and identifying objects left behind by the late Tenth Panchen Lama as well as a comprehensive analysis of his countenance and auspicious signs, three most brilliant boy candidates were picked eventually. »
  4. (en) Tibet's missing spiritual guide, BBC News, 16 mai 2005.
  5. Profile: Bainqen Erdini Qoigyijabu, 11th Panchen Lama, op. cit. : « Bainqen Erdini Qoigyijabu is officially recognized as the 11th Panchen Lama, the top ranking figure of Tibetan Buddhism currently in China. His secular name is Gyaencaen Norbu. / He was confirmed and approved by the State Council, or the Chinese central government, as the reincarnation of the Tenth Panchen Lama on Nov. 29, 1995, after the lot drawing from a sacred golden urn in strict compliance with religious rituals and conventions. »
  6. (en) Tempa Tsering, Xinhua's allegations baseless claims, site tibet.com, Dharamsala, 15 juin 1995. (texte reproduit par World Tibet News : Baseless claims and allegations of Xinhua News Despatch).
  7. « Révoltes au Tibet », Libération,‎
  8. a et b (en) Panchen Lama urges students to hit the books, Xinhua, 10 juin 2010.
  9. (en) Mao's grandson enters into politics, but the Panchen Lama is put on hold in Beijing.
  10. (en) Profile: Bainqen Erdini Qoigyijabu, 11th Panchen Lama, op. cit..
  11. (en) China gives Panchen Lama a political role, United Press International, 2010-03-03 : « The Panchen Lama, Tibet's second highest ranking Tibetan monk and chosen by Beijing, has been elevated to China's top advisory body, state media report. "The 11th Panchen Lama, one of the two most senior living Buddhas in Tibetan Buddhism, is now a member of the National Committee of the Chinese People's Political Consultative Conference," Xinhua news agency said. Gyaincain Norbu, 20, was one of 13 people to become members of the national committee of the CPPCC whose more than 2,000 members are private entrepreneurs, academics, celebrities and other public figures including religious and cultural. The CPPCC does not make laws or appoint officials but its members have acknowledged influence with senior government officials and lawmakers. »
  12. (en) Buddhist claimant praises China, The Scotsman, 27 décembre 2005.
  13. a et b (en) China hosts first Buddhism forum, BBC News, 13 avril 2006.
  14. Le 11e Panchen Lama condamne les violences à Lhasa, Xinhua, 16 mars 2008 : « Les actes des émeutiers ont non seulement nui aux intérêts de la nation et du peuple, mais également violé l’esprit du bouddhisme. Nous sommes résolument opposés à toute activité qui vise à diviser le pays et à saper l’unité ethnique. Nous condamnons fermement le crime d’un petit nombre de gens qui ont brisé les vies et les biens du peuple. »
  15. Le 11e Panchen lama visite l'exposition sur le passé et le présent du Tibet, sur Xinhua.net.
  16. (en) China's Panchen Lama visits earthquake zone: state media, AFP, 14 mai 2010.
  17. (en) Panchen Lama prays for mudslide victims, China Daily, 15 juin 2010.
  18. (en) Foreign Minister George Yo Meets with Panchen Lama, Singapore News, 14 septembre 2010.
  19. « Big Brother au Tibet », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  20. (en) Panchen Lama delivers first speech outside mainland, Xinhua News Agency, 26 avril 2012.
  21. (en) Ada Lee and Teddy Ng, Beijing's Tibetan protege comes of age in HK, South China Morning Post, 15 August, 2012 : « Jiang Zhaoyong, a Beijing-based ethnic issues scholar, agreed with Sautman, saying the Hong Kong trip was intended to win international recognition for the Panchen Lama. »
  22. (en) Catherine Liu, Panchen Lama calls on monks to abide by law, chinatibetnews.com, 27 juillet 2012.
  23. (en) Karen Lin, 11th Panchen Lama visits a high school in Shigatze, China Tibet Online, 25 août 2014.
  24. (de) Chinas buddhistische Marionette begehrt auf, Die Welt, 10 mars 2015
  25. (en) Jonathan Mirsky, China's Panchen fires a surprise 'poisoned dart' at Beijing, Nikkei Asian Review, 12 mai 2015
  26. Frédéric Lenoir, Tibet. Le moment de vérité, Plon, 2008, pages 138 et suivantes.
  27. Gilles van Grasdorff, Panchen Lama, Otage de Pékin, Ramsay, 1999, p. 23 : « L'enfant serait parent d'un certain Raidi, membre du comité régional du Parti depuis 1977 »
  28. La Chine marque sa journée de l'émancipation des serfs au Tibet, La Dépêche, 28 mars 2009.
  29. (en) Sowing dissent and undermining the Dalai Lama, TibetInfoNet, 21 mai 2008.