Textes du bouddhisme

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Les différents courants du bouddhisme s'appuient sur de nombreux textes compilés après la mort du Bouddha, celui-ci n'ayant rien écrit. La transmission des paroles du Bouddha s'est faite oralement pendant trois à quatre siècles environ, avant que les suttas du canon pāli ne commencent à être écrits.

La base du canon bouddhique est constituée de textes en pāli, sanscrit, chinois et tibétain ; le bouddhisme au Japon s’appuie aussi de façon importante sur des textes composés en japonais. Les premiers textes bouddhiques furent tout d’abord rédigés en prakrits, langues indo-aryennes vernaculaires proches du sanscrit, dont fait partie le pāli, langue du canon theravada. Les textes du canon mahayana furent rédigés dans une variété de prakrits, puis ultérieurement traduits en une forme hybride de sanscrit[1]. Certains néanmoins furent directement écrits en sanscrit par des philosophes d’origine brahmane comme Nagarjuna, ou dans les grands centres d’études comme Nalanda.

Ils furent par la suite traduits de prakrit ou de sanscrit en chinois à partir du milieu du IIe siècle, puis de prakrit, sanscrit ou chinois en tibétain quelques siècles plus tard. Des apocryphes, commentaires et traités furent rédigés en chinois et tibétain, ainsi qu’en japonais.

Ces textes se sont longtemps transmis à travers des copies successives. En ce qui concerne le canon pāli, le climat d’Asie du Sud-Est et du sud de l’Inde était particulièrement défavorable à la conservation des supports végétaux (feuilles, écorces) sur lequel il était couché. La Pali Text Society fondée au XIXe siècle pour l’étude et la traduction en anglais de ce canon n’a pas trouvé d’exemplaire antérieur au XVIIIe siècle. Les fragments de textes bouddhiques les plus anciens connus à ce jour[2], un Abhidhamma sarvastivadin sur écorce de bouleau, datent des deux premiers siècles de notre ère et proviendraient du Gandhara où ils auraient été conservés dans des jarres de terre.

Des origines à l'ekayana[modifier | modifier le code]

Multiplication des textes[modifier | modifier le code]

Le bouddhisme theravâda se sert des textes les plus anciens en pāli, compilés sous l'appellation Tipitaka (sanscrit Tripitaka). Récités régulièrement par des générations de moines avant d’être couchés par écrit, ils contiendraient les discours authentiques du Bouddha (Sutta) et les règles monastiques (Vinaya) par lui instaurées, ainsi que des commentaires et exégèses (Abhidhamma) plus tardives.

Le bouddhisme mahāyāna, d’apparition ultérieure, s’appuie sur des textes Sutta et Vinaya, mais également sur un grand nombre d’autres qui lui sont propres, composés en majorité durant le premier millénaire de l’ère chrétienne.

Les plus importants d'entre eux sont des sûtras. Ce mot sanscrit, équivalent du pāli sutta, se traduit par jīng [3] en chinois, kyō en japonais et Mdo en tibétain. Bien qu'ils aient été écrits par des maîtres éveillés dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, leur contenu est généralement considéré comme la parole du Bouddha historique transmise secrètement (parfois par des créatures fantastiques comme les nâgas) pendant plusieurs siècles avant d’être révélés au monde, ou comme l’enseignement d’un autre bouddha ou d’un bodhisattva. Les tantras du vajrayana, écrits à partir du IVe siècle, sont également considérés comme provenant du Bouddha.

Outre les sûtras et les tantras, il existe dans le mahayana des textes attribués à des philosophes, moines ou pratiquants laïques. Ils occupent une place très importante dans certains courants. On trouve parmi eux de nombreux commentaires de sûtras, des commentaires de commentaires, divers traités, ainsi que des textes exprimant l’expérience des rituels et de la méditation à travers des styles poétiques comme les charyagitis du vajrayana (ex : Les cent mille chants de Milarépa) ou les koans du zen. Beaucoup remontent aux premiers siècles de l’ère chrétienne, mais les ouvrages de maîtres japonais ou tibétains peuvent dater des premiers siècles du deuxième millénaire.

Les trois tours de la roue du dharma[modifier | modifier le code]

Si les theravadin ne reconnaissent que les textes du Tipitaka, les plus anciens donc les seuls selon eux à renfermer la doctrine authentique des origines, la tradition mahayana (et vajrayana) considère, quant à elle, que Gautama Bouddha a dispensé son enseignement selon différents niveaux pour l’adapter aux différents degrés d’avancement spirituel de ses disciples. Selon cette perspective, les suttas hinayana du Tipitaka sont destinés à un auditoire moins avancé, les sûtras mahayana aux disciples les plus avancés. À l’intérieur du mahayana, le vajrayana considère les tantras comme supérieurs aux sûtras.

Au fil des siècles apparurent de nouveaux courants présentant leurs textes de référence comme l’expression ultime de l’enseignement du Bouddha (sous sa forme sambhogakaya ou dharmakaya) remplaçant tous les précédents. Ainsi les écoles basées sur le Sūtra du Lotus et l’Avatamsaka, ou le kalachakra, le dzogchen ou la mahamudra dans la tradition tibétaine. Ces courants définissent parfois leur enseignement comme ekayana, « voie unique » qui englobe toutes les autres, hinayana, mahayana et vajrayana.

Les différents niveaux de textes sont souvent comparés à des tours de roue successifs, par référence au premier sermon du Bouddha dans le Parc aux daims, assimilé à la mise en branle de la roue de la loi. Cette division en trois tours apparaît tout d’abord dans les textes yogaçara développant la doctrine de vijnapti-matra, dont le plus ancien restant est le Sandhinirmocana Sūtra (IIe siècle) : aux textes de la première époque (Agamas) succède une deuxième roue, les soutras de type prajnaparamita ; la troisième roue est bien sûr constituée des textes exposant la doctrine vijnapti-matra.

Ce concept sera repris par différents courants. Ainsi, pour les courants chan et zen, la troisième roue est représentée par les textes développant le concept de tathagatagharba (nature de bouddha universelle), dont le Lankavatara Sutra ; les écoles vajrayana considèrent que la troisième roue se concrétise dans les tantras. Selon le bouddhisme Shingon, le premier niveau est constitué des sûtras dictés par le Bouddha historique nirmanakaya ; ensuite viennent les sûtras mahayana tels que le Sutra du Lotus attribué au sambhogakaya sous la forme de différents bouddhas ; le niveau supérieur est constitué des tantras vajrayana, enseignement parfait du dharmakaya.

Textes du theravâda[modifier | modifier le code]

Les theravâdins se servent des textes les plus anciens, écrits en pāli et compilés sous l'appellation Tipitaka (en sanskrit Tripitaka), les « trois corbeilles », qui sont :

  1. Le Sutta Pitaka, en cinq collections, contenant les discours du Bouddha ;
  2. Le Vinaya Pitaka, en cinq volumes, contenant des règles de discipline pour le Sangha des moines et nonnes bouddhistes ;
  3. L'Abhidhamma Pitaka, en sept volumes, contenant une systématisation philosophique de l'enseignement du Bouddha.

Sermons du Bouddha[modifier | modifier le code]

Les textes ci-dessous proviennent du Sutta Pitaka.

Textes du Mahâyâna[modifier | modifier le code]

Les sûtras mahāyāna sont très nombreux, au nombre de six cents environ. Les corpus chinois et tibétains sont les plus complets, les textes en sanscrit moins nombreux. Récemment ont été découverts quelques textes anciens en prakrit.

Certains (Sûtra du Diamant et Sûtra du Cœur notamment), sont récités quotidiennement dans de grandes parties du monde bouddhiste ; d'autres sont plus spécifiquement liés à certains courants.

Textes provenant du Bouddha[modifier | modifier le code]

Textes d’autres maîtres[modifier | modifier le code]

Textes du Vajrayâna[modifier | modifier le code]

Tantras[modifier | modifier le code]

Les textes les plus représentatifs du bouddhisme vajrayāna sont les tantras décrivant méditations et rituels qui lui valent son autre nom de « bouddhisme tantrique ». Les textes tantriques sont présentés comme relevant d’un niveau supérieur (troisième roue) aux corpus des soutras hinayana (première roue) et mahayana (deuxième roue). Ils auraient été enseignés par le Bouddha historique, mais tenus secrets. Le canon tibétain en contient environ 500, que complètent plus de 2000 commentaires. Une partie semble empruntée au shivaïsme.

Ils font l'objet d’une classification en quatre catégories qui suit plus ou moins leur ordre d’apparition :

  • Kriyatantras (tantras de l’action) : antérieurs au VIe siècle, ils contiennent beaucoup de rituels pratiques comme les rites de pluie, et de nombreux dharanis, sortes de mantras ; différents bouddhas ou bodhisattvas sont invoqués ; ex : Mahāmegha Sūtra, Aryamañjuśrīmūlakalpa, Subhāparipṛcchā Sūtra, Aparimitāyurjñānahṛdayadhāranī.
  • Caryatantras ou upayogatantras (tantras de la représentation) : postérieurs au VIe siècle, la déité centrale est toujours Vairocana. Le Mahāvairocanābhisambodhi Tantra (Daïnitchi-kyô) de l’école Shingon en fait partie.
  • Yogatantras (tantras du yoga) : la déité principale y est aussi Vairocana ; ex : Sarvatathāgatatattvasamgraha Tantra, Sarvadurgatiparishodhana Tantra, Mañjushrî-nâmasangîti, ainsi que le Vajrashekhara Sutra (Kongocho kyo) du Shingon.
  • Anuttarayogatantras (tantras supérieurs) : ils sont censés remplacer les catégories précédentes et se divisent eux-mêmes en deux groupes :

Au milieu du XIe siècle apparaît le Kālacakratantra, encore appelé Advaya, qui prétend remplacer les précédents en proposant une représentation synthétique de toutes les déités réparties en 3 systèmes. Rédigé en sanscrit classique, il serait, au contraire des précédents, l’œuvre d’un érudit plutôt que d’un mystique. Le concept d’ ādibuddha, bouddha primordial (Samantabhadra puis Vajradhara), y apparaît pour la première fois.

Autres textes indiens et tibétains[modifier | modifier le code]

  • Sādhanamālā, recueils de méditations sādhanas.
  • Caryāgīti, recueils des chants à travers lesquels les siddhas (pratiquants du tantrisme) exprimaient ainsi leur enseignement. Les plus connus sont le Dohakosha de siddha Saraha IXe siècle et Les cent mille chants de Milarépa (1052-1135).
  • Terma (trésors spirituels) : ils sont considérés comme ayant été cachés par Padmasambhava, le fondateur du bouddhisme tibétain, et redécouverts par des maîtres, les tertön ou « découvreurs de trésors ». Deux sont particulièrement connus :
    • Le Dict de Padma, récit mythique de la vie de Padmasambhava.
    • Le Bardo Thödol, connu sous le nom de livre tibétain des morts (il s'agit en fait, plus précisément, d'une section du texte terma appelé « L'autolibération selon le Profond Dharma de l'esprit de sagesse des déités paisibles et courroucées »).

Traités de Kūkai[modifier | modifier le code]

L’essentiel de la doctrine du fondateur du bouddhisme Shingon se trouve dans Les dix fascicules :

  • Le Bodaishinron (Traité de la bodhi)
  • Six traités en neuf fascicules :
    • Le Ben-kenmitsu-nikyo-ron expose la supériorité de l’ésotérisme, enseignement direct du dharmakaya, sur l’exotérisme.
    • Le Sokushin-jobutsu-gi L'atteinte de l'état de bouddha dans cette existence
    • Le Shoji-jisso-gi propose que l’enseignement de Vairocana est accessible à travers l’existence phénoménale.
    • Le Unji-gi traite de la signification mystique de la syllabe Hum sanscrite.
    • Le Hizo-hoyaku discute des dix étapes du progrès spirituel. (Jûjûshin-ron)
    • Le Hannyashingyo-hiken, commentaire du Sūtra du Cœur

Éditions du canon[modifier | modifier le code]

Certaines éditions du canon des différents courants constituent des références importantes, quoique non-exhaustives :

  • Canon pāli établi au XIXe siècle en Birmanie lors du concile de Mandalay ; il servit de base à une édition sur papier (1956) en six écritures asiatiques et caractères romains.
  • La Pali Text Society fondée en 1881 par T.W. Rhys Davids publie des traductions en anglais et des transcriptions en caractères romains du canon pāli, dont certaines sont accessibles en ligne[4]
  • Le canon chinois Dazangjing, rédigé souvent sous le patronage d’empereurs, s’est conservé plus complètement en Corée et au Japon. L'édition japonaise Taisho Shinshu Daizokyo (1924-34) constitue la base du canon chinois en ligne[5].
  • Le canon tibétain comprend deux parties : le Kanjur (bka’ ’gyur), « traduction des paroles des bouddhas », se base sur l’édition de Narthang de 1731 ; le Tanjur (bstan ’gyur), « traduction des traités », se base sur l’édition de Pékin de 1411 ; une mise en ligne est à l'étude [6]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. concile
  2. acquis en 1994 auprès d’un marchand d’antiquités par la British Library (sauf un extrait acheté par l’Université de Washington) et authentifiés par Richard Salomon de l’Université de Seattle
  3. 經/经
  4. Pali Text Society Home Page
  5. CBETA
  6. THDL: Tibetan Buddhist Canon: The Kangyur (bka’ ’gyur) and Tengyur (bstan ’gyur)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]