Kalou Rinpoché

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Kalou Rinpoché

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Kalou Rinpoché en 1987 à la Congrégation Kagyu Rintchen Tcheu Ling à Montpellier

Naissance 1905
Kham, Tibet
Décès 10 mai 1989
Monastère de Sonada (Samdrup Tarjayling), Inde
École/tradition Kagyüpa (Bouddhisme tibétain)
Maîtres Lama Norbou Döndroup
Disciples Bokar Rinpoché, Lama Gyourmé, Lama Seunam, Lama Sonam Tshering, Lama Karta, Lama Drubgyu et Lama Denys

Rinpoché

Kalou Rinpoché est né en 1905[1] dans la région de Tréhor au Kham (Tibet oriental). Dans la tradition du bouddhisme tibétain, il est d'abord un moine appartenant à l'école des Kagyüpa.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les premières années[modifier | modifier le code]

Kalou Rinpoché est né en 1905 dans le district de Treshö Gang Chi Rawa, dans la région de Hor, dans le Kham. Son père était le 13e Ratak Pelzang Tülkou, connu pour sa connaissance de la médecine tibétaine traditionnelle, du Vajrayana et ses talents littéraires. Lui et sa femme, Drolkar Chung Chung, mère de Kalou Rinpoché, étaient disciples de Jamgon Kongtrul Lodrö Taye, de Jamyang Khyentse Wangpo et de Mipham Rinpoché, tous trois fondateurs du mouvement Rimé (non sectaire)[2].

Avec son père, un lama-médecin, il étudie dès son jeune âge les Tantras de médecine[3]. À 13 ans, il est ordonné moine au monastère de Palpung par Pema Wangchuk Gyalpo, le 11e Taï Sitou Rinpoché, qui lui donne le nom de Karma Rangdjoung Künkhyap[4]. À 16 ans, il fait une retraite de trois ans à Tsadra Rintchen Dra, sous la direction du maître de retraite, et son lama-racine, Lama Norbou Döndroup, dont il reçoit la transmission des lignées Karma Kagyü et Shangpa Kagyü[5].

Souhaitant renoncer au confort matériel, il commence à 25 ans une retraite qui dure 12 ans dans les montagnes du Kham. Il est rappelé par le 11e Taï Sitou Rinpoché pour enseigner et devient maître de méditation des retraites de 3 ans à Palpung. À cette époque, Rangjung Rigpe Dorje, le 16e Karmapa, le reconnaît comme l'émanation de l'activité de Jamgon Kongtrul Lodrö Taye[6].

Visite au Tibet central[modifier | modifier le code]

Dans les années 1940, il visite le Tibet, et se rend dans des monastères de différentes traditions et lignées et transmet les enseignements de la lignée Shangpa notamment au régent du jeune dalaï-lama à Lhassa[6] ainsi qu'à Kar-Dordje de Sera, Lhatsun Rinpoché, Tokme Rinpoché et Moktchok-Dje de Drépung[7]. Puis il retourne au Kham où il poursuit son activité.

Exil au Bhoutan[modifier | modifier le code]

En 1955, alors qu'il a 51 ans, en raison des troubles dans le Kham liés au conflit avec les militaires chinois, il revient au Tibet central. À Tsourphou, le 16e Karmapa, accédant au souhait d'Ashi Wangmo, fille du roi du Bhoutan Ugyen Wangchuk, lui demande de se rendre au Bhoutan pour préparer l'exil dans ce pays et en Inde. En 1957, Kalou Rinpoché se rend au Bhoutan en qualité d'abbé du monastère de Changchub Chöling à Kourteu et de chapelain de la famille royale[8]. Au Bhoutan, il fonde deux centres de retraite et y ordonne 300 moines[9].

En Inde[modifier | modifier le code]

En 1966, il s'établit à Sonada près de Darjeeling en Inde où il fonde son propre monastère, Samdrup Darjay Choling et un centre de retraite[8], sur un terrain que lui offrit Trijang Rinpoché, l'un des tuteurs du dalaï-lama. Ce monastère devint sa résidence principale et le siège de la lignée Shangpa Kagyü.

En 1973, il donna à Rumtek des enseignements aux 4 régents du 16e Karmapa à sa demande. De même, suivant les instructions du 14e Dalaï Lama, il enseigna à de nombreux geshes, dont les abbés et lamas du monastère de Namgyal, et ceux des collèges tantriques[8].

En Europe et en Amérique[modifier | modifier le code]

Kalou Rinpoché et Lama Denys à l'Institut Karmaling en Savoie
Kalou Rinpoché à Sakya Tegchen Choling, Seattle, USA, 1978

Vers 1968, il rencontre ses premiers disciples occidentaux. Ce lama est l'un des premiers à avoir introduit le Bouddhisme tibétain en Occident. Il a fondé une cinquantaine de centres à travers le monde, notamment en Bourgogne, avec le temple de Dashang Kagyu Ling et en Savoie avec l'Institut Karmaling.

Entre 1971 et 1989, il se rendit plusieurs fois aux États-Unis, au Canada et dans différents pays d’Europe et d'Asie du Sud-Est. Il fonda plus de 70 centres du dharma, 20 centres de retraite et fit construire environ 20 stupa. Il confia ces centres à la responsabilité de plus de 30 lamas, ses disciples[10].

Il fonde un premier centre au Canada et forme un groupe de méditation à Paris.

Au cours de ses voyages suivants, en 1974 et en 1976-77, l'intérêt des Occidentaux se confirme et il fonde en France le premier centre pour retraites de 3 ans en Occident, Dashang Kagyu Ling, connu aussi sous le nom de Temple des mille Bouddhas. L'année suivante, il fonde Kagyu Rintchen Tcheu Ling à Montpellier et bénit en 1987 les travaux d'un temple construit dans la plus pure tradition himalayenne qui sera consacré en 1990 par Bokar Rinpoché.

C'est en 1980 que Kalou Rinpoché, qui vient de donner à la Pagode du bois de Vincennes, pour la première fois en Occident, la grande Initiation de Kalachakra suivie par une très nombreuse assistance, rencontre Jean Ober, secrétaire général de l'Institut international bouddhique qui souhaitait en améliorer l'animation. Ainsi naît le projet du Temple Kagyu-Dzong dont la première pierre est posée le 20 mars 1983 et qui sera construit en 2 ans.

En 1983, Kalou Rinpoché donne en Inde pendant plusieurs mois le grand cycle de transmissions de pouvoir du Rinchen Terdzö, aux 4 régents du Karmapa, à de nombreux lamas, tulkou, moines, et à des milliers de disciples[10].

Kalou Rinpoché s'est aussi engagé dans le dialogue interreligieux[11]. Il voyait des points communs avec le bouddhisme dans des religions non-théistes comme le taoïsme et le shintoïsme, mais aussi dans des religions théistes comme l'hindouisme, le judaïsme, le christianisme et l'islam[12]. En 1971, lors de son premier voyage en Occident, il débute son voyage par une visite en Israël pour se recueillir sur les lieux saints du judaïsme et le christianisme, et rencontra le pape Paul VI au Vatican[13]. Du 11 au 13 novembre 1984, à Dashang Kagyu Ling, il rencontra deux prêtres diocésains et quelques moines de l'Abbaye Sainte-Marie de la Pierre-Qui-Vire[14].

Mort[modifier | modifier le code]

En février 1989, il se rend à Sherabling, siège de Sitou Rinpoché, avec qui il assista aux festivités du nouvel an tibétain. Il se rend ensuite à Dharamsala où il rencontre le Dalaï Lama. Il rejoint son monastère à Sonada le 5 mai. Les jours suivant, sa santé décline et le 10 mai, il meurt [15] en posture de méditation, restant 3 jours en Toukdam[16].

Héritage[modifier | modifier le code]

Après sa mort, Bokar Rinpoché lui succède à la tête de la lignée Shangpa Kagyü[17].

Kalou Rinpoché fait figure de pionnier dans la diffusion du bouddhisme tibétain en Occident. Il laisse derrière lui un immense héritage spirituel pour ses disciples et quantité de centres à travers le monde. En France, Belgique, Espagne, de nombreux centres perpétuent l'héritage de cette tradition grâce aux lamas directeurs issus pour la plupart de son monastère et à qui leur maître a confié la mission d'enseigner en occident. Pendant de nombreuses années, après avoir pris des vœux auprès de lui, ceux-ci ont reçu les initiations et ses instructions, étudié les textes, appris et accompli les rituels, puis médité en retraite traditionnelle de trois ans, trois mois : Lama Gyourmé, Lama Seunam, Lama Sonam Tshering, Lama Karta, Lama Drubgyu et Lama Denys.

Dans la culture russe[modifier | modifier le code]

D'après les mémoires de Marina Vlady lors d'une visite de Kalou Rinpoché en France, Vladimir Vysotsky et Mihail Chemiakin le rencontrèrent pour arrêter leur excessive consommation d'alcool. Kalou Rinpoché raconta une parabole bouddhiste, qui permit à Wysocki et Shemyakin de s'abstenir de boire durant près d'un an[18].

Successeur de Kalou Rinpoché[modifier | modifier le code]

Le 17 septembre 1990, son jeune tülku, Yangsi Kalou, est né à Darjeeling, en Inde. Son père, Lama Gyaltsen, neveu de Kalou Rinpoché, avait été depuis sa jeunesse son secrétaire, sa mère Kalzang Dreulkar, est originaire du Kourteu, dans le sud du Bouthan[19].

Taï Sitou Rinpoché a reconnu officiellement le Yangsi de Kalou Rinpoché le 25 mars 1992, expliquant qu'il avait reçu des signes de Kalou Rinpoché. Avec Lama Gyaltsen, Taï Sitou Rinpoché a envoyé une lettre de reconnaissance au 14e dalaï-lama qui confirma la reconnaissance.

Le 28 février 1993, Yangsi Kalou a été intronisé à Samdrup Tarjayling. Taï Sitou Rinpoché et Gyaltsab Rinpoché ont présidé la cérémonie, aidée de Bokar Rinpoché. Taï Sitou Rinpoché a exécuté la cérémonie de coupe de cheveux et donné au jeune tulku le nom de Karma Ngedön Tenpay Gyaltsen (Bannière de Victoire des Enseignements du Vrai Sens). Il est connu maintenant comme le 2e Kalou Rinpoché.

En février 2013, il se rend en France pour y donner des enseignements à Kagyu-Dzong, Vajradhara-Ling[20] et Dashang Kagyu Ling[21]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Voie du Bouddha, 1re édition 1993, éditions du Seuil, 3e édition 2010, éditions Claire Lumière, Série Rimay.
  • Preparation à la mort, Prajna Karma Ling, 1985, (ISBN 2905188081 et 9782905188083)
  • Enseignements bouddhistes, éditions Kunchab, 2010.
  • Le Bouddha de la médecine et son mandala, éditions Marpa, 1998.
  • Bouddhisme ésotérique, tradition tibétaine, éditions Claire Lumière, 1999.
  • Trois enseignements de Kalou Rinpoché, éditions Claire Lumière, 1999.
  • Yoga tibétain : yoga de l'intériorité, édition commentée par Lama Karta, trad. du tibétain par Frans Goetghebeur, illustration Tenpa Rubgay, Kunchab, 2000, (ISBN 907481543X et 9789074815437)
  • Le point essentiel : introduction directe au mahamudra, perfection primordiale des trois corps de l'esprit en soi ou le remède universel, sublime parcours des fortunés..., traduit par Lama Denys, Sangha Rimay, impr. 2004, (ISBN 2905188952 et 9782905188953)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie en introduction de Enseignements bouddhistes qui illuminent tous les êtres comme la lumière du soleil et de la lune de Kalou Rinpoché (ISBN 9789054877073)
  2. Yeunten Ling, Introduction in Kalou Rinpoché, Le Dharma, Kunchab, 1989, (ISBN 9066610200[à vérifier : isbn invalide]), p. 9.
  3. Introduction, in Kalou Rinpoché, Médecine tibétaine, Les éditions Marpa, (ISBN 2906254029), p. 1.
  4. Bokar Rinpoché, Introduction, in Kalou Rinpoché, Instructions Fondamentales, Albin Michel, (ISBN 2226037721).
  5. Yeunten Ling, op. cit., p. 11
  6. a et b Yeunten Ling, op. cit., p. 11.
  7. Bokar Rinpoché, op. cit., p. 10.
  8. a, b et c Bokar Rinpoché, op. cit., p. 11
  9. Yeunten Ling, op. cit., p. 12.
  10. a et b Bokar Rinpoché, op. cit., p. 12
  11. Bernard de Give, Un trappiste à la rencontre des moines du Tibet, préface du Dalaï-lama, Gracewing Publishing, 2010
  12. (en) Ngawang Zangpo (Hugh Leslie Thompson), Guru Rinpoché: His Life and Times, Snow Lion Publications, 2002, (ISBN 1559399724 et 9781559399722), p. 185
  13. Frédéric Lenoir, La rencontre du bouddhisme et de l'Occident, Albin Michel, 2001, (ISBN 2226127011), p. 220
  14. Bernard de Give, op. cit., Rencontres en Europe
  15. Bokar Rinpoché, op. cit., p. 13
  16. Bokar Tulku Rinpoché, Le Parinirvana de Khyabdjé Kalou Rinpoché
  17. René Morlet, Le bouddhisme tibétain et ses grands maîtres réincarnés, p. 363
  18. Marina Vlady, Vladimir ou le vol arrêté
  19. Yangtsi Kalou Rinpoché, site de Kagyu-Dzong
  20. Yangsi Kalou Rinpoché à Kagyu Dzong, 23 février 2013
  21. KYABJE KALOU RINPOCHE revient à Palden Shangpa-La Boulaye Les 9 et 10 mars 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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