Méditation bouddhique

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Le Bouddha Shâkyamouni en méditation.

La méditation bouddhique, méditation théorisée et pratiquée dans le bouddhisme, diffère de la méditation dans son acception occidentale. Son but ultime est l'atteinte du nirvāṇa. Le mot le plus proche pour « méditation » dans les langues classiques du bouddhisme est bhavana, qui signifie « développement mental ».

Introduction[modifier | modifier le code]

La méditation bouddhique correspond toujours à une pratique posturale, mentale, relaxante et rigoureuse. Ainsi, si beaucoup de maîtres avancent qu'il faut utiliser chaque moment de la vie pour pratiquer, il reste néanmoins une distinction fondamentale entre ces pratiques strictes que sont les méditations bouddhiques et la pratique en général du Noble Chemin Octuple.

Certaines des techniques méditatives de Bouddha ont été partagées avec d'autres traditions de son temps. L'Inde des yogas proposait plusieurs voies qui influencèrent les techniques bouddhiques.

L'apprentissage des pratiques méditatives doit se faire auprès d'un instructeur qualifié.

Présentation succincte selon les écoles[modifier | modifier le code]

La méditation a toujours été centrale au bouddhisme. Le Bouddha historique a atteint l'éveil tout en méditant sous l'arbre de la Bodhi. La plupart des formes de bouddhisme distinguent deux classes de pratiques en matière de méditation pour atteindre l'illumination :

  • shamatha (calme) développe la capacité de focaliser l'attention en un seul point;
  • vipassanā (vision) développe la perspicacité et la sagesse en voyant la vraie nature de la réalité.

Différencier ces deux types de pratiques n'est pas toujours aisé. Cependant certaines pratiques prétendent à une délimitation stricte. Par exemple des méthodes d'Ānāpānasati (respiration) commencent en shamatha, et se terminent en une pratique de vipassana, tandis que d'autres pratiquent l'ordre inverse.

La plupart des écoles traditionnelles bouddhistes reconnaissent que la voie d'accès à l’illumination nécessite trois types de pratique : la vertu (Śīla), la méditation (citta) et la sagesse (prajna)[1]. Ainsi, la seule prouesse méditative n'est pas suffisante ; elle n'est qu’une partie de la voie d'accès. En d'autres termes, dans le bouddhisme, l’érudition intellectuelle, le développement moral et la compréhension avisée sont tous nécessaires pour l'accomplissement du plus haut objectif[2].

Theravada[modifier | modifier le code]

Le bouddhisme theravāda (doctrine des Anciens) souligne le fait d'être attentif (sati) et inclut deux pratiques :

  • Samatha bhavana, le développement de la tranquillité, mène à l'atteinte des dhyānas, de profonds niveaux de concentration. Elle vise également le développement de la bienveillance, de la compassion et du détachement. Ainsi, Maitrī est le développement d'un sentiment d'amour détaché envers chaque être. Ānāpānasati est la concentration basée sur la respiration. L'anapanasati est cependant parfois employée en vue de la pratique de vipassana.
  • Vipassanā bhāvanā, la pratique formelle d'une introspection, est parfois décrite selon un ensemble de 18 contemplations, comme la contemplation de l'impermanence. Dans la poursuite "de Nibbana", elle mène à la réalisation de l'état d'arahant.

Certaines écoles, comme l'école thaïlandaise des Moines de la forêt, mettent davantage l'accent sur dhyāna, d'autres, comme l'école birmane de Sayadaw U Pandita, insistent davantage sur vipassana. Les deux pratiques vont cependant de pair et se renforcent mutuellement.

Mahāyāna[modifier | modifier le code]

Bodhidharma, premier patriarche du T'chan en Chine

Voici les enseignements qui distinguent le Mahāyāna :

Les écoles japonaises Mahāyāna

  • Tendai (Tien-tai), la concentration est cultivée par un rituel fortement structuré. Zazen et kōan sont des pratiques de méditation extrêmement importantes, permettant à un pratiquant d'éprouver directement la nature vraie de la réalité.
  • Shingon cette section partage beaucoup de dispositifs avec le bouddhisme tibétain.
  • Shugendō Les méditations dans cette branche du bouddhisme tantrique Vajrayana nippon, sont de plusieurs sortes : Assise (Tokkogatame meiso/ méditation pour l'obtention d'un corps de vajra), active (en marchant, kaihogyo), sous les chutes d'eau glacée (takigyo), mais elles sont en relation avec les éléments de la mère-nature et la montagne plus précisément….

L'école bouddhiste chinoise Chán s'est exportée au Japon sous la forme Zen, et en Corée avec le terme Son, chacun des noms de ces écoles dérive du sanskrit dhyāna, et la traduction est la "méditation" dans leurs langages respectifs.

Le bouddhisme tibétain (Vajrayāna)[modifier | modifier le code]

Temple de Jokhang, Lhassa (Tibet).

Il s’appelle également tantrisme, tantra ou tantrayana. Beaucoup de moines passent leur journée sans "méditer" sous un aspect reconnaissable, mais sont plus enclin à chanter ou à participer à une liturgie de groupe. Dans cette tradition, le but de la méditation est d’éveiller la nature semblable au ciel de l'esprit, et d’introduire les pratiquants à ce qu'ils sont vraiment : pure conscience invariable. Pour méditer, il faut avoir une attitude de non-saisie, inspirée par la nature de l'esprit et libre de toute référence conceptuelle. La méditation nécessite au moins deux choses de celui qui la pratique : détente maximale et volonté.[réf. nécessaire]

La pratique de la méditation tibétaine a pour but d'aider les êtres, pour cela il faut réaliser l'emprise de l'ego qui freine et empêche de développer la véritable compassion.

Il existe plusieurs sortes de pratiques méditatives dans le bouddhisme tibétain (Vajrayana) parmi lesquelles :

Vajrasattva en méditation.
  • La pratique de « Chiné », la pacification mentale. Elle consiste à se mettre en position du lotus ; puis à « placer l'esprit [qui] reste dans un état de vigilance, sans distraction, ouvert à lui-même tel qu'il se présente, sans tension » ; « L'esprit ainsi posé, on s'applique à la concentration sur l'objet choisi (...). De multiples méthodes son possibles [avec ou sans support] »[3]. L'objectif n'est pas de s'établir dans un état sans pensées : « craindre les pensées, s'irriter ou s'inquiéter de leur apparition, croire que l'absence de pensées est une bonne chose en soi, sont des erreurs conduisant à un état de frustration et de culpabilisation inutiles. (...) Lorsqu'on médite, le plus grand empêchement vient sans doute des productions mentales surajoutées, des commentaires sur soi-même et des préconceptions. »[3]
  • La pratique de « Lhaktong », la vision supérieure. « La pacification mentale [chiné] calme et stabilise l'esprit, mais la vraie nature de celui-ci n'est pas reconnue. Nous ne comprenons pas ce qu'il est, et les questions fondamentales restent sans réponses, si ce n'est à titre d'hypothèse intellectuelle. La vision supérieure va plus loin : l'esprit étant apaisé, elle reconnaît son essence même sans laisser place à l'incertitude. »[3]
  • La pratique de tonglen (le don du bonheur et la prise en charge de la souffrance) consiste à recevoir la souffrance d'un ou plusieurs êtres et de leur renvoyer beaucoup de bonheur. On imagine la souffrance des êtres sous forme symbolique de fumée, en l'inspirant celle-ci disparaît au centre de l'être. Puis lors de l'expiration, une lumière merveilleuse représentant ce qu'il y a de mieux pour chacun est renvoyée.

Certaines techniques méditatives de Bouddha ont été aussi partagées par d'autres traditions de son temps, mais l'idée que l'éthique est causale et liée à l'accomplissement de la perspicacité religieuse[pas clair] était originale[2].

La méditation, par la pratique de l'attention, permet ainsi que :

  • les divers aspects fragmentés du mental se déposent, se dissolvent et s'apaisent : voir Dhyāna ;
  • la pratique de l'attention désamorce la négativité, l'agressivité et la turbulence des émotions : voir Vipassanā bhāvanā, Zazen ;
  • la pratique dévoile et révèle la bonté fondamentale, la graine d'éveil selon le bouddhisme tibétain.

Postures de méditation[modifier | modifier le code]

Méditations assises[modifier | modifier le code]

L'importance accordée à la posture varie selon les traditions du bouddhisme. Dans l'école zen, par exemple, le respect strict de la posture (zazen) est mis en avant, alors que d'autres traditions laissent une plus grande latitude aux pratiquants, l'important étant alors que la posture choisie permet une relaxation dynamique, un état alerte et plein d'énergie, mais exempt de tension et de stress.

La posture privilégiée est souvent la position du lotus, la position du demi-lotus. Si ce n'est pas possible, le méditant adoptera une position plus confortable. Une chaise peut être utilisée.

Autres postures[modifier | modifier le code]

Dans la méditation vipassanā bhāvanā, les textes mentionnent une pratique assise mais également une pratique debout, une pratique allongée et une pratique en marchant. En pratique, les deux postures, debout et allongé, convenant à peu de personnes, sont très délaissées. Mais la pratique de vipassana en marchant demeure populaire, par exemple dans le theravāda, ou dans le zen sōtō, mais la marche dure seulement quelques minutes, entre deux méditations assises.

Méthodes[modifier | modifier le code]

Les principales méthodes de méditation bouddhique sont divisées en samatha bhavana, le développement de la tranquillité qui vise l'obtention du dhyāna, et vipassanā bhāvanā, le développement de la sagesse, qui vise soit l'obtention du nirvāṇa soit le perfectionnement du pratiquant sur la voie de bodhisattva.

La pratique zen de zazen ne respecte pas cette division.

La méditation samatha inclut ānāpānasati, maitrī et d'autres objets de pratiques, ou signes appris. Elle vise au développement de la concentration, de la sérénité et prépare à la pratique de vipassana.

Chacune des cinq méthodes est un antidote à l'un des cinq poisons de l'esprit.

Type de méditation Méthode Contrecarre Développe
Samatha
(tranquillité)
Ānāpānasati distraction concentration
maitrī haine bienveillance
karuna bhavana cruauté compassion
mudita bhavana jalousie, envie joie sympathique
upekkha bhavana attachement, partialité équanimité
Vipassanā bhāvanā
(vision pénétrante)
contemplation de l'impermanence avidité liberté
pratique des six éléments ignorance compréhension du non-soi
contemplation de la coproduction conditionnée illusion sagesse

Approche scientifique de la méditation[modifier | modifier le code]

Les neurosciences s'intéressent aux effets de la méditation. Plusieurs chercheurs ont prouvé que les exercices de méditation améliorent le fonctionnement du cerveau[4].

Antoine Lutz, chercheur à l'Inserm a participé à beaucoup d'expériences menées en France et aux États-Unis. Selon lui, des études montrent que la méditation « accroît les capacités à maintenir son attention sur un objet sans être distrait. Une autre montre que la pratique de la compassion chez des méditants très avancés augmente la synchronisation des ondes cérébrales entre des parties très éloignées du cerveau. »[4]

L'activité cérébrale de huit bouddhistes en méditation a été étudiée à l'université de Madison, dans le Wisconsin. Les chercheurs ont utilisé l'électro-encéphalographie pour visualiser l'activité électrique du cerveau de méditants en train de méditer. Selon cette étude, la méditation produit des oscillations rapides dans les fréquences dites gamma.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour le canon pali, voir : MN 44 (Thanissaro, 1998a) et AN 3:88 (Thanissaro, 1998b). Dans la tradition de Mahayana, le Soutra du Lotus énumère les Six Perfections (paramita ) qui font écho à la triple formation incluant la vertu (śīla), la concentration (dhyāna) et la sagesse (prajñā).
  2. a et b (en)Dharmacarini Manishini, Western Buddhist Review.
  3. a, b et c Bokar Rimpoché, La méditation, conseil aux débutants, Editions Claire lumière, 2007
  4. a et b La méditation améliore le cerveau, Le Point, 5 juillet 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Buddhaghosa, Visuddhimagga, Fayard, 2002
  • Taisen Deshimaru, La Pratique du zen, Robert Laffont, 1977 ; Albin Michel
  • Nyanaponika Thera, Satipatthana, Le cœur de la méditation bouddhiste, Librairie d'Amérique et d'Orient, 1983
  • Sayadaw U Pandita, Dans cette vie même, Adyar, Paris 2003
  • Vénérable Hénépola Gunaratana, Méditer au quotidien : une pratique simple du bouddhisme, Robert Laffont, 1995 ; Marabout
  • William Hart, L'Art de vivre, Seuil 1997
  • Peter Harvey, Le Bouddhisme (enseignements, histoire, pratiques), Seuil 1993
  • Thich Nhat Hanh, Le Miracle de la pleine conscience, manuel pratique de méditation, Espace bleu, 1996 ; J'ai lu
  • Yongey Mingyour Rinpotché, Bonheur de la méditation, Fayard, 2007 ; Le Livre de poche
  • Matthieu Ricard, L'Art de la méditation, NiL, 2008 ; Pocket
  • Jack Kornfield, L'Art du pardon, de la bonté et de la paix ; Pocket
  • Ajahn Brahm, Manuel de méditation selon le bouddhisme Theravâda, Almora, 2011
  • La Méditation tibétaine par le Vénérable Konchog Tharchin Rinpoché, 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur la méditation bouddhique
Recherches modernes sur la méditation