Drikung Kagyu

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Symbole Houng des Drikung Kagyu et Terma de Tharchin Rinpoché Drikung Kagyu ou Drigung Kagyu (Wylie: bri-kung bka'-brgyud) est l’une des huit lignées dites « mineures » de la tradition Kagyüpa du bouddhisme tibétain. Ici, les lignées "majeures" désignent celles établies par les disciples de Gampopa (1079-1153) tandis que les lignées "mineures" font référence à celles fondées par les disciples de Phagmodrupa (1110-1170), l'un des trois disciples principaux de Gampopa - lui-même disciple de Milarépa. Parmi les huit lignées mineures, seuls les Taglung Kagyu, Drukpa Kagyu et Drikung Kagyu existent encore aujourd'hui, au XXIe siècle, comme lignées indépendantes.

Son fondateur, Kyobpa Jigten Sumgön (Drikung Jigten Sumgön Rinchen Pal, 1143-1217), originaire du Kham (Tibet), érigea, en 1179, le monastère de Drikung Thil[1], le premier centre monastique de Drikung Kagyu - et aussi le principal - à 120 km au nord-est de Lhassa, dans la vallée du Shorong. Il fut détruit plusieurs fois lors de conflits. La lignée Drikung tire son appellation de la région du même nom.

L’autorité spirituelle de Drikung Kagyu fut longtemps détenue par les membres du clan Kurya auquel appartenait le fondateur. Elle se transmettait de façon héréditaire, entre membres de la famille, mais sans règle fixe. Les deux plus jeunes fils de Chögyal Rinchen Phuntsog (1579-1602), le 21e détenteur du trône de la lignée Drikung Kagyu, à savoir Gyalwang Konchog Rinchen (1590–1654) et Kunkhyen Rigzin Chödrak (1595–1659), furent les derniers héritiers du trône, mettant ainsi fin au clan Kurya.

Sa Sainteté Chesang Rinpoché et Le Vénérable Tharchin Rinpoché

À la mort de Gyalwang Konchog Rinchen, les représentants de la lignée Drikung se mirent en quête des deux nouvelles réincarnations. Les recherches finirent par aboutir, offrant désormais l'accession au trône au Chetsang (frère aîné, réincarnations de Gyalwang Konchog Rinchen) et au Chungtsang (frère cadet, réincarnations de Kunkhyen Rigzin Chödrak), tous deux portant le titre de Drikung Kyabgon ('bri gung skyabs mgon), « refuge de Drikung ».

À ce jour, Könchok Tenzin Kunzang Trinlay Lhundrup, né en 1946, représente le 37e Chetsang. Celui-ci siège au Drikung Kagyu Institute à Dehradun, en Inde. Le 36e et actuel Chungtsang, Könchok Tenzin Chökyi Nangwa né en 1942 est basé, quant à lui, à Lhassa (Tibet). Ils comptent parmi les plus précieux maîtres spirituels de la lignée Drikung Kagyu. Le fondateur Kyobpa Jigten Sumgön prédit à maintes reprises, « À l'avenir, mon enseignement prospérera par le biais de deux Bodhisattvas, qui seront comme le Soleil et la Lune, par leurs qualités de compassion et de sagesse ». En effet, Sa Sainteté Drikung Kyabgön Chetsang est comme le Soleil, étant une émanation de Chenrezig, la divinité de la compassion. Sa Sainteté Drikung Kyabgön Chungtsang est comme la Lune, il est l'émanation de Manjushri, la divinité de la sagesse.

En dehors de la vallée Drikung au Tibet central, la lignée Drikung Kagyu se développa également dans les régions alentour, particulièrement dans le comté de Nangchen au Tibet oriental, ainsi que dans la région du Mont Kailash et Purang au Tibet occidental et au Ladakh. La lignée Drikung est également présente à Tsari et Lapchi, deux importants sites sacrés pour tous les bouddhistes tibétains.

L'origine de la lignée Drikung Kagyu[modifier | modifier le code]

La fondation du monastère de Drikung Thil, en 1179, par Kyobpa Jigten Sumgön (1143-1217), disciple de Phagmodrupa, marqua le début de la lignée Drikung Kagyu. Au décès de ce dernier, il lui succéda, tout d’abord, au trône de la lignée Phagdru, au Monastère de Densatil, durant trois ans, de 1177 à 1179. Puis, il établit sa propre lignée avec la fondation du monastère de Drikung Thil, dans la région de Drikung, ainsi que l'avait prédit Phagmodrupa.

Il était de coutume, dans maintes écoles du bouddhisme tibétain, de choisir son successeur parmi les membres de sa famille. C'est ainsi que tous les détenteurs du trône de la lignée Drikung Kagyu, à l'exception de trois d'entre eux, appartinrent au clan Kurya.

Dès le début, le pouvoir de Drikung était partagé : l’autorité spirituelle était réservée au denrab (gdan rabs), tandis que les affaires administratives étaient confiées au gompa (sgom pa).

Durant les premières années de la lignée, Lhapa Kagyu ou Lhanangpa, sous-branche de Drikung Kagyu fondée par Gyalwa Lhanangpa (1164 - 1224), joua un rôle important au Bhoutan, à partir de 1194, mais ne subsista pas longtemps, expulsée en 1640/1641, en même temps que l’école Nenyingpa[2] pour s’être alliée avec les Tsangpa contre les Drukpa, lors de leur invasion au Bhoutan.

Les premiers développements de la lignée (1217-1400)[modifier | modifier le code]

Parmi les premiers denrab de Drikung, plusieurs devinrent des maîtres importants, dont Chenga Drakpa Jungne (1175-1255), le fils spirituel de Jigten Sumgön qui se vit confier la direction du monastère de Phagmodrupa à Densa Thil. Il l'amena vers une nouvelle période de prospérité et succéda au trône de la lignée Drikung en 1235. Il guida la lignée, avec calme et efficacité, lors de périodes de troubles. Lorsque les Tibétains se révoltèrent contre la suzeraineté mongole et arrêtèrent de payer leur tribut, Ogodei, le fils et successeur de Genghis Khan, ordonna une terrible action punitive en 1239. Les troupes mongoles réduisirent ainsi en cendre des monastères, dont celui de Reting (rwa sgreng) où 500 moines furent massacrés. Puis, les troupes se mirent en route en direction de la région de Drikung. Le gompa s'opposa à eux, fut fait prisonnier et exécuté. Il est rapporté qu'une pluie de pierres s’abattit lorsque Drakpa Jungne se mit promptement en route vers les troupes mongoles. Peut-être était-ce seulement une averse de grêle. Quoi qu'il en soit, sa courageuse intervention aboutit à un accord de paix avec les Mongols. L'attaque brutale contre le monastère de Reting avait manifestement pour but de mettre en garde Drikung qui fut épargné d'une confrontation au résultat incertain et devint un pouvoir majeur au Tibet central.

Kunga Gyaltsen, connu plus tard sous le nom de Sakya Pandita (1182-1251), conclut un pacte avec Godan Khan, le général d'Ogodei, lequel acceptait la suzeraineté mongole sur le Tibet ainsi que le versement d'un tribut. Cependant, l'accord ne rencontra pas le soutien unanime de son pays natal. Nombre d'aristocrates tibétains résistèrent aux demandes de tributs. En conséquence, les troupes mongoles réprimèrent leur rébellion par une défaite écrasante et sanglante en 1251.

Le neveu et successeur de Kunga Gyaltsen, Phagpa Lodrö (1235-1280) devint le maître spirituel de Khubilai Sechen, Grand Khan des Mongols dès 1259 et, plus tard, du Grand Khan Khubilai (1215-1294). La relation étroite entretenue avec les Mongols permit à l'école Sakya de prendre le pouvoir politique au Tibet, tandis que les ambitions de l'école Karma Kagyu d'obtenir le soutien des Mongols restèrent vaines. En 1275, Khubilai Khan offrit à Phagpa Lodrö, les provinces de Ü et de Tsang ainsi que le Kham et l'Amdo. Celles-ci étaient partagées en myriarchies, districts administratifs comprenant théoriquement 10 000 familles. Quand Khubilai devint l'empereur de Chine en 1279 et fonda la dynastie Yuan, il conféra à Phagpa Lodrö le titre de régent ou "vice-roi". Ainsi, pour la première fois au Tibet, une entente politico-religieuse dite prêtre-patron, fut mise en place entre l'empereur et son maître spirituel.

Des résistances à la transformation du pays se firent jour dans l'aristocratie tibétaine, plus particulièrement dans les provinces de Ü (Dbus) et de Tsang (Gtsang) au Tibet central, celles-ci étant étroitement liées aux Drikung Kagyu, Phagdru Kagyu et Karma Kagyu. Au même moment, les Mongols étaient engagés dans des luttes de pouvoir. Après le décès du Grand Khan Mongke, en 1259, Hulagu (1217-1265), frère et rival de Khubilai, devint le protecteur de la lignée Drikung Kagyu. Cette protection se concrétisa par la présence, à proximité, d’une petite garnison.

Mais bientôt, des groupes rivaux mongols s'affrontèrent entre eux à propos du territoire tibétain, ce qui entrera, plus tard dans l'histoire, comme étant le conflit opposant Drikung et Sakya. Cela n'était pas une "guerre de religion" ni une querelle entre deux écoles du bouddhisme tibétain, comme cela est souvent exposé, mais plutôt une tentative de révolte de la part de quelques provinces du Tibet central, contre la suzeraineté imposée par Khubilai, avec le soutien de groupes mongols rivaux. Le réel conflit local était centré sur des controverses concernant la succession du monastère de Phagmodrupa, Densa Thil.

Dans ce contexte, le clan Lang connut des dissensions internes. C'est ainsi qu'une partie fut soutenue par les Sakyapa et une autre par les Drikungpa. La guerre éclata sous le règne du 7e détenteur du trône, Tsamche Drakpa Sonan (1238-1286). En 1290, sous le règne de son successeur, Nub Chogo Dorje Yeshe (1223-1293), le monastère de Drikung Thil fut dévasté par les troupes mongoles. Pour la population locale, ce désastre n'arriva pas de façon inopinée. En effet, Dorje Yeche, n'étant pas un membre du clan Kurya mais du clan Nub - ce qui allait à l'encontre des souhaits du fondateur de la lignée - manqua de soutien durant les moments difficiles.

Le monastère de Drikung Thil fut reconstruit sous le 9e détenteur du trône, Chunyi Dorje Rinchen (1278-1314), avec l'aide de l'empereur et des Sakyapa. Il perdit cependant toute son influence. Dorje Rinchen appliqua alors un nouveau règlement consistant en un enseignement monastique sur trois périodes annuelles. En effet, tandis que les textes philosophiques de la lignée ainsi que les fondamentaux du bouddhisme mahāyāna étaient enseignés au printemps et à l'automne, le Quintuple Chemin du Mahamudra l'était en été. Durant la période hivernale, ne portant que de fins vêtements de coton, Dorje Rinchen enseignait les Six Yogas de Naropa sur la grande terrasse, à l'extérieur du temple de Drikung Thil.

Au XIVe siècle, la lignée Phagmodrupa assuma la direction séculière du Tibet central. Jangchub Gyaltsen (1302-1373) fut le personnage central de cette époque, à la fois habile politicien et moine de Phagdru Kagyu. Il mena son pays vers une plus grande indépendance et créa un nouveau système administratif. Toutefois, ses réformes détériorèrent les relations avec Drikung, induisant des conflits armés avec la lignée de Phagmodrupa. Malgré quelques faits d'armes, la lignée Drikung, contrainte d'accepter de douloureuses défaites sur le champ de bataille, se résigna à un accord confortant la domination de la lignée Phagmodrupa dans le nord de Ü. Avant le décès de Jangchub Gyaltsen, la lignée Drikung parvint à rétablir l'autonomie de ses terres. Cette période correspondit à la chute de la dynastie Yuan et à l'ascension de la dynastie Ming (1368-1644), favorisant ainsi un changement dans l'équilibre du pouvoir en Asie. Mais, l'empire mongol représentait toujours une force avec laquelle les empereurs Ming et le Tibet devaient composer.

Au beau milieu de toute cette agitation, Chenga Chökyi Gyalpo (1335-1407), le 11e détenteur du trône, tenta une nouvelle fois d'élever le niveau spirituel de la lignée Drikung. Il fit copier le Kangyour de Narthang et la version nouvellement éditée du Tanjur. Tsongkhapa (tsong kha pa, 1357-1419), le fondateur de l'école Gelugpa, fit le voyage, de l'Amdo à Drikung, en 1373, et devint un disciple de Chökyi Gyalpo. Sa famille s'installa dans un village à 40 km du monastère. Tsongkapa reçut les enseignements de Drikung sur les Six Yoga de Naropa ainsi que sur les textes de Jigten Sumgön.

La période de la réforme (1400-1615)[modifier | modifier le code]

Au XVe siècle, la dynastie Ming reconnut l'influence croissante et renouvelée de la lignée Drikung et accorda au détenteur du trône, le titre honorifique de Ch'an chiao wang qui était conféré aux responsables des huit plus importantes écoles ou monastères. Durant deux siècles, Shigatse situé dans la province de Tsang, devint le centre du pouvoir au Tibet, d'abord sous les Ringpung (1436-1566), puis les Tsangpa (1566-1642). Étant donné que les deux nobles familles soutenaient le Karmapa, la lignée Karma Kagyu devint la plus influente de l'époque.

Deux personnalités éminentes, détentrices du trône de Drikung, marquèrent le début du XVIe siècle : Gyalwang Kunga Rinchen (1475-1527) et son successeur, Gyalwang Rinchen Phuntsog (1509-1557). Kunga Rinchen était considéré comme la réincarnation de Jigten Sumgön. Il aspirait à améliorer la qualité de la vie spirituelle. Kunga Rinchen se consacrait intensivement à donner des transmissions et des enseignements, et il s'était également engagé à faire revivre la tradition des retraites. Il encouragea beaucoup de ses nouveaux disciples, qui affluaient à Drikung, à entreprendre des retraites au mont Kailash, à Tsari et à Lapchi. Sous sa direction, cinquante nouvelles cabanes de méditation furent construites au monastère de Drikung Thil. Le Kangyur et le Tanjur furent copiés en lettres d'or et d'argent sur des feuilles de couleur indigo, tandis que deux cents scribes furent mobilisés pour la production de textes complets de la lignée Drikung.

Rinchen Phuntsog, le 17e Drikung Denrab, fut un grand réformateur. Après avoir reçu les transmissions de différentes lignées, il intégra les doctrines, les rituels et les pratiques de méditation, plus particulièrement de l'école Nyingma, dans les enseignements traditionnels de la lignée Drikung Kagyu, ouvrant et élargissant son orientation dogmatique. Rinchen Phuntsog découvrit le précieux texte Gongpa Yangzab dans la grotte de Kiri Yangdzong, dans la vallée de Terdrom. Rinchen Phuntsog composait inlassablement des textes lesquels, hautement appréciés des Nyingma, furent inclus dans leur collection de tantras. Le fils unique de Rinchen Phuntsog, Chogyal Rinchen Phuntsog (1547-1602), fut le 21e denrab sur le trône de Drikung quand Altan Khan (1507-1582), le puissant chef des Mongols Tumat, conclut une alliance avec Sonam Gyatso (1543-1588), de l'école Gelugpa, une évolution qui allait, par la suite, influencer, de manière décisive, le cours de l'histoire du Tibet.

Le chef Mongol conféra, à Sonam Gyatso, le titre de Dalaï-lama et lui accorda de vastes privilèges. Sonam Gyatso devint le 3e Dalaï-Lama, attendu que ses deux prédécesseurs reçurent le titre de Dalaï-Lama, à titre posthume. À la suite de nombreux conflits armés au cours de la dernière partie du XVIe siècle, Chogyal Rinchen Phuntsog fit du monastère de Drikung Dzong une forteresse.

La première période de succession à la plus haute fonction de la lignée prit fin avec les fils de Chogyal Rinchen Phuntsog. Son fils aîné, Naro Tashi Phuntsog (1574-1628), appelé Naro Nyipa (le deuxième Naropa), lui succéda au trône, tandis que Garwang Chökyi Wangchug (1584-1630), le fils cadet, fut reconnu comme le 6e Shamarpa. Ses deux plus jeunes garçons, Gyalwang Konchog Rinchen (1590-1654) et Kunkhyen Rigzin Chödrak (1595-1659) devinrent les derniers héritiers du trône de Drikung. Le clan Kyura disparut avec eux.

À la mort de Gyalwang Konchog Rinchen, les représentants de la lignée Drikung se mirent en quête des deux nouvelles réincarnations. Les recherches finirent par aboutir, offrant désormais l'accession au trône au Chetsang (frère aîné, réincarnations de Gyalwang Konchog Rinchen) et au Chungtsang (frère cadet, réincarnations de Kunkhyen Rigzin Chödrak). Enfin, dans l'ordre des évènements de la lignée Drikung, Konchog Rinchen est considéré comme étant le premier Chetsang et Rigzin Chödrak comme le premier Chungtsang. Tous deux portant le titre de Drikung Kyabgon ('bri gung skyabs mgon), « refuge de Drikung ».

L'ère des Rinpochés Chetsang et Chungtsang de 1615 à nos jours[modifier | modifier le code]

À l'époque du 1er Chetsang, Gyalwang Konchog Rinchen (1590-1654), les Mongols Tumat revendiquèrent le droit aux terres et propriétés du Tibet, compte tenu que le 4e dalaï-lama était un descendant du clan Tumat. Ainsi, la lignée Drikung se retrouva à nouveau enlisée dans des conflits armés et la forteresse de Drikung Dzong tomba sous l'assaut des troupes mongoles. L'ensemble de la région Drikung fut dans un tel état de ruine que Konchog Rinchen fut dans l’impossibilité d'y vivre pendant longtemps. Quand le roi des Tsangpa, Phuntsog Namgyal, parvint à repousser les Mongols, Konchog Rinchen reconstruisit Drikung Dzong dans un temps très court, en 1624. Il nomma le nouvel édifice Namgyal Chödzong. Mais la guerre continua avec les forces de Gushri Khan, le chef des Khoshuud, chargé d'assurer la stabilité du pouvoir du 5e dalaï-lama (1617-1682) au Tibet central, en remportant des victoires décisives contre ses adversaires. L'école Gelugpa poursuivit sa domination sur tout le pays. Le Dalaï-Lama renforça la suprématie de l'école Gelugpa sur les autres écoles du bouddhisme tibétain, procédant avec une sévérité plus marquée à l'encontre de la lignée Karma Kagyu. Dans la région de Drikung, plus rien ne subsista à l'exception des noms de ses innombrables villages. Monastères et nobles demeures, dont le récent édifice Namgyal Chödzong, furent la proie des dégâts occasionnés par l'armée mongole.

Durant cette sombre période, Drikung devint célèbre partout pour être un centre de magie admiré et craint. Cette réputation vit le jour à la suite de l'activité du 1er Chungtsang Rinpoché, Kunkhyen Rigzin Chödrak, frère de Konchog Rinchen. Rigzin Chödrak fonda une importante école d'astrologie et de divination à Drikung et fut aussi le fondateur du système de médecine Drikung, l'une des quatre traditions médicales du Tibet.

Sous le règne du 2e Chetsang, Könchog Thrinle Sangpo (1656-1718), fut instaurée la coutume de la première intronisation des Rinpochés Kyabgon, au monastère de Drikung Tse. Thrinle Sangpo fonda l'une des quatre grandes écoles de peinture du Tibet, le pseudo style Driri de Drikung. Durant l'année du Serpent, en 1677, sur l'aire de battage de céréales de Drikung Tse, il exposa les enseignements de l'Année du Serpent, où il donna des initiations et des enseignements sur les tantras de Chakrasamvara et de Guhyasamaja.

En 1681, il fit rebâtir entièrement le monastère Yangrigar qui fut en grande partie détruit par la guerre incessante. Aujourd'hui, il est considéré comme le fondateur du monastère. Il commença également à restaurer Drikung Dzong au milieu de l'agitation d'une autre invasion mongole en 1717, au cours de laquelle les Dzungars envahirent Lhassa, brûlèrent et pillèrent de nombreux monastères Nyingma.

Könchog Thrinle Sangpo guida seul la lignée pendant longtemps, parce que la réincarnation de Chungtsang reconnue par le 10e Karmapa, décéda d'une épidémie de variole avant qu'il puisse être amené à Drikung. Ainsi, il fallut attendre l'année 1704 pour que Chungtsang se réincarne en la personne de Thrinle Döndrup Chögyal (1704-1754). Döndrup Chögyal, qui fut connu sous le nom de Drikung Bhande Dharmarâja, fit bâtir plusieurs monastères. Dans son œuvre Le Joyau Trésor de Conseils, il résuma toute la structure de la voie bouddhiste selon le Sutrayana et le Tantrayana.

La vie du 3e Chetsang, Könchog Tenzin Drodul (1724-1766), fut éclipsée par des querelles au sein de ses monastères. Il se retira délibérément de la vie active et passa pratiquement tout son temps, en méditation, dans sa chambre, au palais de Trolung. Tenzin Chökyi Nyima (1755-1792), le 3e Chungtsang, fils d'une noble famille de Jangyul, ne parvint pas à avancer de façon significative face à cet état de fait, bien qu'il consacra beaucoup d'efforts à faire rénover les monastères et purifier la discipline.

Le 4e Chetsang, Tenzin Peme Gyaltsen (1770-1826), acquit une renommée en tant qu'auteur d'une histoire biographique des détenteurs du trône Drikung Kagyu, "les Maîtres de la Lignée du Rosaire d'Or". Lorsque le 4e Chungtsang, Tenzin Chökyi Gyaltsen (1793-1826), décéda la même année que le 4e Chetsang, il apparut impérieux qu'un régent, Lhochen Chökyi Lodrö (1801-1859), guidât la lignée.

Konchog Chönyi Norbu (1827-1865), le 5e Chungtsang, et Konchog Thukje Nyima (1828-1885), le 5e Chetsang, furent intronisés en même temps sur le trône de terre rouge de Jigten Sumgön, près de Drikung Thil. Durant leur règne, les Sikhs conquirent le Ladakh et occupèrent les trois provinces de Ngari. Au Ladakh et à proximité du Mont Kailash, les monastères Drikung subirent d'importants dégâts au cours de ces conflits, ce qui n’empêcha pas pour autant l'influence de la lignée Drikung, celle-ci jouissant d'un bel épanouissement à cette période. Konchog Thukje Nyima fut considéré comme un homme exceptionnellement érudit et particulièrement expert dans le domaine médical, mais fut pris dans des intrigues de fonctionnaires monastiques.

Finalement, le 5e Chetsang fut obligé d'abdiquer du trône, en 1854, à la suite d'une intervention du gouvernement tibétain. En guise de représailles, le toit doré du temple de Drikung Thil fut enlevé pour Lhassa et certains biens de la lignée Drikung furent confisqués, entraînant de graves disettes. Konchog Thukje Nyima partit secrètement en pèlerinage, en direction du Mont Kailash à partir de son exil au Tsang, et donna, en d'autres lieux, des enseignements ainsi que des initiations. Cinq ans plus tard, il reçut la permission du gouvernement tibétain de retourner à Drikung.

Lorsque Chungsang Konchog Chönyi Norbu décéda en 1865, les responsables monastiques recommencèrent à élaborer des complots contre le 5e Chetsang. Ce dernier fut, une fois de plus, contraint de quitter son poste de Drikung Thil et se retira à Trolung jusqu'à la fin de sa vie. Beaucoup de ses disciples sombrèrent dans un profond désespoir tandis qu'il acceptait tous les obstacles avec une grande ouverture de cœur, empli de la bodhicitta et d'une profonde sérénité. Par deux fois dans sa vie, Könchog Thukje Nyima fut victime de calomnie et de luttes d'influence. Ce fut sans nul doute l'un des chapitres les plus tristes de l'histoire de la lignée Drikung Kagyu.

Le 6e Chungtsang, Tenzin Chökyi Lodrö (1868-1906), fut exceptionnellement grand de taille et d'apparence impressionnante. Il rédigea deux guides exhaustifs sur les lieux sacrés où il se rendit en pèlerinage, au Mont Kailash et à Lapchi. Ses deux ouvrages universitaires donnent un aperçu du concept de géographie religieuse dans le bouddhisme tibétain. Pendant son séjour dans la région du Mont Kailash, il fonda la communauté monastique de Phuntsogling au Ladakh oriental et reconnut la 9e réincarnation de Togden Rinpoché comme chef religieux des monastères Drikung au Mangyul (Ladakh). En compagnie du jeune Konchog Tenzin Shiwe Lodrö (1886-1943), le 6e Chetsang, il visita Lhasa en 1893. Les deux hauts dignitaires se virent conférer le titre mandchou de hotogthu. Depuis, les Rinpochés Drikung Kyabgon arborent toujours le coiffe dorée de hotogthu à l'occasion de voyages officiels, en vertu d'une ancienne prophétie du 1er Chungtsang.

Shiwe Lodrö s’intéressait particulièrement à l'intégration de la pratique méditative et de l'enseignement philosophique, car il s'agissait des piliers fondamentaux de l'éducation et de la formation dans la tradition Drikung Kagyu. Il acquit également une grande notoriété en raison de ses capacités de clairvoyance. Il prit des dispositions pour rénover le monastère de Yangrigar et construire un bâtiment pour le stockage des blocs de bois utilisés pour l'impression des textes bouddhistes. Par ailleurs, il mit sur pied une commission à Drikung Thil afin d'améliorer l'administration du monastère. Cependant, le faible niveau d'éducation recensé dans ses monastères resta sa plus grande préoccupation. En 1932, il fonda Nyima Changra, l'académie d'études bouddhistes supérieures.

Au décès prématuré du 7e Chungtsang, Tenzin Chökyi Jungne (1909-1940), Könchog Tenzin Shiwe Lodrö fut très affecté et succomba peu de temps après, lors d'un voyage au Kham, d'une congestion cérébrale. Il aura passé la majeure partie de son temps en méditation jusqu'à sa mort, en 1943. Tritsab Gyabra (1924-1979) devint alors le régent. Sous sa direction, les réincarnations actuelles du 8e Chungtsang et du 7e Chetsang Rinpochés furent trouvées et intronisées en tant que 36e et 37e détenteurs de la lignée Drikung.

Chronologie de la lignée Drikung Kagyu[modifier | modifier le code]

Nom Date de naissance Date du décès Début du règne sur la lignée Fin du règne sur la lignée
Dorje Tchang (Vajradhara)
Siddha Tilopa 988 1069
Siddha Naropa 1016 1100
Marpa 1012 1097
Milarépa 1052 1135
Gampopa 1079 1153
Phagmodrupa 1110 1170
Kyobpa Jigten Sumgön (Drikung Jigten Sumgön Rinchen Pal) 1143 1217 1179 1217
Kenchen Gurawa Tsultrim Dorje 1154 1221 1217 1221
Sonam Drakpa 1187 1235 1221 1235
Chenga Drakpa Jungne 1175 1255 1235 1255
Telo Dorje Drakpa 1210 1278 1255 1278
Thog-khawa Rinchen Senge 1226 1284 1278 1284
Tsamche Drakpa Sonam 1238 1286 1284 1286
Nub Chogo Dorje Yeshe 1223 1293 1286 1293
Chunyi Dorje Rinchen 1278 1314 1293 1314
Nyergye Dorje Gyalpo 1283 1350 1314 1350
Chenga Chökyi Gyalpo 1335 1407 1350 1395
Shenyen Dondrup Gyalpo 1369 1427 1395 1427
Dakpo Wang 1395 [3] 1427 1428
Chogyal Rinchen Pal Zangpo 1421 1469 1428 1469
Rinchen Chökyi Gyaltsen 1449 1484 1469 1484
Gyalwang Kunga Rinchen 1475 1527 1484 1527
Gyalwang Rinchen Phuntsok 1509 1557 1527 1557
Rinchen Namgyal Chodak Gyaltsen 1527 1570 1557 1570
Chokyi Namgyal 1557 1579 1570 1579
Chogyal Rinchen Phuntsog 1547 1602 1579 1602
Naro Nyipa Tashi Phuntsok 1574 1628 1602 1615
Gyalwang Könchog Rinchen (1er Chetsang)[4] 1590 1654 1615 1626
Kunkhyen Rigzin Chödrak (1er Chungtsang)[5] 1595 1659 1626 1659
Könchog Thrinle Sangpo (2e Chetsang) 1656 1718 1659 1718
Thrinle Dondrub Chogyal (2e Chungtsang) 1704 1754 1704 1754
Könchog Tenzin Drodul (3e Chetsang) 1724 1766 1724 1766
Könchog Tenzin Chökyi Nyima (3e Chuntsang) 1755 1792 1755 1792
Tenzin Peme Gyaltsen (4e Chetsang) 1770 1826 1770 1826
Könchog Tenzin Chökyi Gyaltsen (4e Chuntsang) 1793 1826 1793 1826
Lhochen Chökyi Lodrö (Regent) 1801 1859 1826 1827
Könchog Chönyi Norbu (5e Chungtsang) 1827 1865 1827 1865
Könchog Thukje Nyima (5e Chetsang) 1828 1885 1828 1885
Könchog Tenzin Chökyi Lodrö (6e Chungtsang) 1868 1906 1868 1906
Könchog Tenzin Shiwe Lodrö (6e Chetsang) 1886 1943 1886 1943
Tenzin Chökyi Jungme (7e Chungtsang) 1909 1940 1909 1940
Tenzin Thuben Wangpo (Regent) 1940 1942
Tenzin Chökyi Nangwa (8e Chungtsang) 1942 1942
Könchog Tenzin Kunzang Thrinle Lhundrub (7e Chetsang) 1946 1946

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Enseignements[modifier | modifier le code]

Les pratiques principales de Drikung Kagyu sont Les Cinq Voies du Mahamudra et les six yogas de Nāropa, en particulier le Phowa, qui permet de rester conscient durant le trépas en expulsant la conscience à travers la fontanelle, et de mettre à profit la période du bardo (intermédiaire entre la mort et la renaissance) pour renaître dans un état favorable au progrès spirituel.

Le fondateur Jigten Gonpo est l’auteur de L'Intention unique (tib. dgongs gcig) et L'Essence de l'enseignement mahayana (tib. theg chen bstan pa'i snying po).

Achi Chokyi Drolma, arrière-grand-mère de Jigten Gonpo, est une déité protectrice et un yidam de Drikung Kagyu, adoptée également par la branche Karma Kagyu. Elle est souvent représentée avec une coupe crânienne (kapala) dans la main gauche et un miroir dans la main droite.

Le Vénérable Tharchin Rinpoché

Le Vénérable Lama Konchog Tharchin Rinpoché est le représentant de la lignée Drikung Kagyu en France. Originaire du Ladakh, il réside et enseigne au Centre Drikung Kagyu Rinchen Pal en Île-de-France depuis 1992.

Le Centre de retraite de Milarépa à Lunebourg (Allemagne) est le principal centre de retraite de Drikung Kagyu en Europe. Dans une ancienne ferme entourée de plus de 20 hectares de pâturages et de forêts, des retraites et Drubchen sont possibles, y compris la traditionnelle retraite de trois ans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Présentation du monastère – site officiel de Drikung Kagyu
  2. Dorji Sangay (Dasho), Kinga Sonam (trad.) The Biography of Zhabdrung Nga wang Namgyal: Pal Drukpa Rinpoche KMT Publications, 2008, Thimphu, Bhutan, pages 146-7 (ISBN 9993622400)
  3. According to The Great Kagyu Masters (Gyaltsen, 270) "he went to Five Peaked Mountain in China and achieved the state of immortality."
  4. A Brief History of the Drikung Kagyu"A system of two lineage holders was established, that of the elder (Chetsang) and the younger (Chungtsang) brother." They aren't considered brothers by blood, but by lineage. Chetsang Rinpoche is considered an emanation of Chenrezig.
  5. Chungtsang Rinpoche is considered the emanation fo both Padmasambhava and Manjushri. Also, one of the Drikung Kyabgŏns.
  6. Gyaltsen, Khenpo Könchog, Edited by Victoria Huckenpahler. The Great Kagyu Master: The Golden Lineage Treasury. Snow Lion Publications, 2006 2nd Edition. ISBN 1-55939-244-4

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]