Güshi Khan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Gushi Khan, fondateur du Khanat qoshot du Qinghai (ou Khokhonor)

Güshi Khan (1582-1655), surnom de Turughu Bayikhu, est un Khan mongol oïrat, chef de la tribu des Qoshot. En 1640, il envahit le Tibet et place Lobsang Gyatso, 5e dalaï-lama comme chef temporel du Tibet en 1642, ce dernier reconnaît en retour le protectorat des Qoshots, selon René Grousset[1].

Conquête du Tibet[modifier | modifier le code]

Représentation de Güshi Khan et du 5e dalaï-lama sur une fresque au temple de Jokhang.

Le déba Karma Tenkyong Wangpo, roi Tsangpa, s'allie à Ligdan Khan, khan des Mongols orientaux, les Chogtus, auxquels s'oppose le Qoshot Güshi Khan à la tête d'une coalition mongole[2]. Güshi Khan était le chef de la tribu des Qoshots, une branche des Mongols occidentaux basés en Dzoungarie (la partie nord-est du Xinjiang actuel), s'installe entre 1637 et 1640 autour du Lac Qinghai (Kokonor en mongol)[1]. Étant, selon René Grousset, un fidèle de la « secte » gelugpa du bouddhisme tibétain et de Lobsang Gyatso, le 5e dalaï-lama, celui-ci lui demande de l'aide lorsque Tsang Desi prend Lhassa entre 1630 et 1636, celui-ci est opposé aux gélougpa. Il attaque les forces anti-gélougpa, les bonnets rouge, les böns[1], dans l'Amdo et le Kham[3]. C'est en 1638 que Güshi Khan se rendit au Tibet en pélerinage et rencontra le 5e dalaï-lama[4],[5],[6]. Il lui assure son soutien, recevant en retour le titre symbolique héréditaire de « roi de religion, détenteur de l'enseignement ». Il souhaite devenir le roi du Tibet, mais le 10e karmapa, allié de Karma Tenkyong Wangpo, presse ce dernier de maintenir la paix. Le dalaï-lama tente à son tour de calmer les tension auprès des Mongols, mais ils sont solicité par son intendant Sonam Chöpel. Karma Tenkyong Wangpo détourne les hostilités dans le Kham, où les tenants du bön sont majoritaires, et où il soutient le prince de Béri qu'il encourage à attaquer les monastères guélougpa locaux dont celui de Litang. Güshi Khan chasse alors les Mongols Chogtus du Kokonor et attaque la principauté de Béri qu'il vainc rapidement. Il envahit le Kham, y attaquant les monastères karma-kagyu[7].

À la demande de Sonam Chöpel, l'administrateur du 5e dalaï-lama, Güshi Khan envahit le Tibet en 1640 et attaque le Tsangpa Desi, roi de Tsang, dans sa ville de Shigatsé. Défait, celui-ci fut exécuté[3][1]. Güshi Khan, place Lobsang Gyatso au pouvoir du Tibet et celui-ci en contrepartie, se place le Tibet sous la protection de la tribu Qoshot[1].

Selon Lama Kunsang, Marie Aubèle, alors que Güshi Khan s’apprêtait à envahir le Tibet à la demande de Sonam Chöpel, le 10e karmapa, Chöying Dorje, écrivit au dalaï-lama, lui demandant d'intervenir au nom de la non-violence du dharma. Le dalaï-lama répondit avoir l'assurance que l'intervention ne serait pas militaire, mais il ne put empêcher les visées politiques de son serviteur et les troupes mongoles déferlèrent au Tibet en 1639[4]. Le dalaï-lama exigea alors de rencontrer le khan pour le dissuader de poursuivre ses destructions sans y parvenir. Le khan imposa ses forces dans l'ensemble du Kham et, en 1641, il atteignit Lhassa où il fut reçu par l'entourage du dalaï-lama. Malgré les exhortations du dalaï-lama, il progressa vers la région du Tsang et envahit Shigatsé, capturant dans sa forteresse le roi du Tsang, Karma Tenkyong Wangpo, qui fut executé. Les monastères karma-kagyu, dont Tsouphou, furent endommagés. Certains proches du dalaï-lama firent envoyer des troupes dans le campement du karmapa, entraînant de nombreux morts. Le karmapa aida les survivants à s’échapper et il se réfugia avec son serviteur Zuntou Zangpo au Bhoutan. En 1642, les Mongols firent reconnaître le 5e comme le souverain du pays, ce qu'il accepta dans le but d'unifier le Tibet et de mettre fin aux conflits[4].[non neutre]

Installation du 5e dalaï-lama comme chef temporel[modifier | modifier le code]

En 1642, Güshi Khan conféra le pouvoir spirituel et temporel sur tout le Tibet au 5e dalaï-lama, jusque là abbé du monastère de Drépoung[8].

Le dalaï-lama accepta l'intronisation notamment pour s'efforcer d'unifier le Tibet et obtenir la fin des conflits[4].

Nomination du régent[modifier | modifier le code]

En contrepartie, Güshi Khan nomma comme régent (desi) Sonam Chöpel, qu'il chargea de la gestion des affaires courantes de l'État[3].

L'école rivale des Bonnets jaunes, les karma-kagyu (de l'école des bonnets rouges), se vit dépouillée d'une bonne partie de ses richesses et propriétés. Nombre de ses monastères furent transformés de force en monastères gélougpa[3].

Cependant, le 10e karmapa qui s'est réfugié pendant plus de 25 ans au Royaume de Nanzhao (Jang en Tibétain), dans l'actuelle Lijiang, fit son retour à Lhassa en 1673 après amélioration de la situation politique. Il rencontra le dalaï-lama, qui en reconnaissance d'avoir œuvrer à apaiser les conflits, lui confirma qu'il pouvait revenir à Tsourphou, tandis que le 7e Sharmar s’installerait à Yangpachen, et le 5e Nénang Pawo Rinpoché Tsouglag Trinlé Gyatso au monastère de Nénang (zh) qui devint son siège officiel. Pour sceller le retour de l'harmonie entre les lignées guéloug et karma-kagyu, le 5e dalaï-lama donna les vœux de moines au 5e Nénang Pawo et au 6e Gyaltsab Rinpoché Norbu Zangpo[9].

Güshi Khan, roi du Tibet[modifier | modifier le code]

Représentation du 5e dalaï-lama et d'une statue de Güshi Khan dans l'entrée du Potala d'après un dessin de Johann Grueber dans China illustrata publié en 1667 par Athanasius Kircher.

Après sa victoire, Güshi Khan ne retourna pas pour autant avec son armée en Amdo. Il s'arrogea le titre de roi du Tibet pour lui-même et ses descendants et s'installa dans le Tibet central, passant l'été dans des pâturages au nord de Lhassa et l'hiver à Lhassa. Gardant le pouvoir militaire entre ses mains, il laissa le dalaï-lama et le régent administrer le pays[3].

En janvier 1655, Güshi Khan mourut. Son fils, Dayan Otschir Khan, lui succéda, régnant de 1655 à 1668. Des dix fils de Güshi Khan, huit s'étaient installés avec leurs tribus respectives dans la région du lac Qinghai dans l'actuelle province du Qinghai, où ils ne cessaient de se disputer pour des questions de territoire. Les Mongols finirent par se tibétaniser et jouèrent un rôle important dans l'essor de la secte gélougpa en Amdo[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e René Grousset, « L’Empire des steppes — Attila, Gengis-khan, Tamerlan », Classiques de l'Université du Québec à Chicoutimi, page 645 : « Dans une première expédition (vers 1639 ?), il entra au Tibet, et défit tous les ennemis du dalaï-lama, tant partisans du clergé rouge que sectateurs de la vieille sorcellerie bon-po. Au cours d’une deuxième campagne, il fit prisonnier le de-srid de gTsang (vers 1642 ?), occupa Lhassa et proclama le dalaï lama Nag-dbang bLo-bzang souverain du Tibet central (Dbus et Tsang). Comme signe de la souveraineté temporelle à lui conférée par le prince khochot, bLo-bzang se fit construire une résidence sur l’emplacement du palais des anciens rois du Tibet, au Potala de Lhassa (1643-1645). En revanche, Gouchi-khan, déjà maître du Koukou-nor, du Tsaïdam et du Tibet septentrional, fut reconnu par le pontife, à Lhassa même, comme protecteur et vicaire temporel de l’Église Jaune. Jusqu’à sa mort en 1656, il fut vraiment, comme l’appelait la cour de Pékin, « le khan des Tibétains »
  2. Laurent Deshayes, op. cit., p. 143
  3. a, b, c, d et e (en) The Snow lion and the Dragon: China, Tibet and the Dalai Lama, University of California Press, 1997, (ISBN 0520212541 et 9780520212541), 152 p., chap. « The Imperial Era », sous-chap. « The Rise of the Geluk Sect in Tibet », pp. 9-10.
  4. a, b, c et d Lama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, Ed. Albin Michel (2011). (ISBN 978-2-226-22150-6), p. 200-2001
  5. Glenn H. Mullin, Les Quatorze Dalaï-lamas, préface du 14e dalaï-lama, traduction Philippe Beaudoin, éditions du Rocher, 2004, (ISBN 2268050300), p. 239
  6. Laurent Deshayes, op. cit., p. 144
  7. Laurent Deshayes, op. cit., p. 144-145
  8. (en) Samten G. Karmay, Religion and Politics: commentary, septembre 2008 : « in 1642 the Tsang Desi’s government was toppled by the combined forces of Tibetans and Mongols at the instigation of the Gelug sect which effectively empowered the Fifth Dalai Lama (1617-1685), as the head of state. He had been, until 1642, merely the abbot of Drepung Monastery. »
  9. Lama Kunsang & Marie Aubèle, opcit, p. 202-203
  10. (en) Samten G. Karmay, The Great Fifth, in The Newsletter, 39, Winter 2005, International Institute for Asian Studies, p. 2 : « Eight of Gushri Khan’s ten sons and their respective tribes had settled there in 1638, after their arrival from western Mongolia, and constantly quarrelled over territory. [...]. Over time the region’s Mongols were completely Tibetanized but continued to enjoy prestige among the Tibetans as Gushri Khan’s descendants and played a significant role in the Gelug Order’s expansion in Amdo ».

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :