Tsongkhapa

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Je Tsongkhapa

Lama Tsong Khapa ou Je Tsongkhapa (1357-1419), de son nom religieux Lobsang Dragpa, né dans la province de l'Amdo (Tibet du nord est), fut le fondateur de la branche gelug du bouddhisme tibétain. Il fut sous la protection du Bodhisattva Manjushri[1]. Il préconisa notamment un célibat strict et une formation académique inspirée du cursus monastique des shakyapa et fonda le grand monastère de Ganden sur la montagne Riwoché près de Lhassa. Son ordre créé a, semble-t-il, commencé par être nommé gandenpa, puis gelugpa donc « les vertueux » en tibétain.

Début de sa vie[modifier | modifier le code]

Statue de Tsongkhapa, initiateur de l'école gelugpa, sur l'autel du Temple de son lieu de naissance le monastère de Kumbum, dans l'Amdo, photo de l'écrivain Mario Biondi, 7 juillet 2006

Tsongkhapa est né en 1357 dans la province de l'Amdo (Tibet du nord est). Selon la tradition, à l'endroit où il naquit, un arbre de santal blanc s'est développé dont les feuilles étaient marquées de lettres tibétaines et qu'Alexandra David-Néel aurait vu[2].
Le premier temple du monastère de Kumbum y sera construit en son honneur, en 1560.

Tsongkhapa, initiateur de l'école gelug, commença très jeune sa vie religieuse : à 3 ans, il reçut l'ordination laïque (upasaka) du 4e Karmapa, Rolpe Dorje qui prédit qu'il aurait une grande importance pour le Bouddhisme tibétain. Il prit les vœux de novice à l'âge 7 ans. Il reçut une éducation éclectique qui lui permit de connaître le meilleur de tous les courants.

Production[modifier | modifier le code]

Il s’est principalement inspiré de la tradition kadampa, mettant l'emphase sur l’observance du vinaya (règles monastiques) ainsi que sur la connaissance des Sûtras et des textes des philosophes indiens, en particulier Nagarjuna et Chandrakirti, aussi bien que des tantras. Il s’efforça de contenir le vajrayana à l’intérieur du cadre mahayana et définit son idée du bouddhisme dans l’Ode aux réalisations où il mentionne les trois aspects principaux de la voie : compassion, sagesse et désir de libération. Tsongkhapa est aussi l’initiateur de la cérémonie annuelle de prières communes des moines, Mönlam Chenmo ; la première se déroula au monastère de Jokhang en 1409. Tsongkhapa eu notamment comme disciples principaux Gendun Drub (1391-1474) et Khedrup Je, qui seront reconnus par la suite respectivement comme le 1er dalaï-lama, et le 1er panchen-lama, liés par une relation de maître à disciple au cours de leurs incarnations successives. Tsongkhapa fonda en 1409 le monastère de Ganden. Ses disciples Gyaltsab Je (1364-1431), puis Khedrup Je (1385-1438), le remplacèrent. Gyaltsab Je est considéré comme le 1er Ganden Tripa. Par la suite ils seront nommés par les dalaï-lamas pour une période de sept ans ; Khensur Loungri Namgyél Rinpoché, détenteur actuel de la fonction, est le 101e.

Les Gelugpa ont intégré des pratiques issues de différentes écoles bouddhistes, mais la principale est le Lamrim « Voie progressive » développé dans Pratique selon le Lamrim (Lam-rim chen-mo) par Tsongkhapa à partir de La Lampe de la voie (Bodhipathapradipa) d'Atisha, inspirateur de la pensée kadampa.

En philosophie, il interprète le système Madhyamaka de Nagarjuna selon un point de vue conventionnaliste poussé à l'extrême (les phénomènes n'ont qu'une existence conventionnelle qui se ramène à une simple désignation).

Lien avec Manjushri[modifier | modifier le code]

Tsongkhapa eu des visions de Manjushri après sa rencontre avec le lama Umapa Pawo Dorjé, un maître tibétain du Kham issu d'une famille pauvre qui avait eu, alors qu'il était enfant et berger, une vision du Boddhisatva de la Sagesse[1]. Le lama Umapa fut un des enseignants de Tsongkhapa, et lors d'une retraite de méditation, Tsongkhapa âgé alors d'environ 30 ans eu la vision d'une lumière bleue où se trouvait Manjushri. Par la suite, quand il se posait une question, Manjushri lui apparaissait et lui donnait des conseils, comme le choix de réaliser une retraite de méditation dans le sud du Tibet[1].

Renommée en Asie[modifier | modifier le code]

Dessin de Tsongkhapa, par Nicholas Roerich

Tsongkhapa fut renommé dans toute l'Asie de son vivant, jusqu'aux empereurs Ming de la Chine qui l'invitèrent par deux fois à la cour des Ming. Tsongkhapa refusa l'invitation, car selon le 14e dalaï-lama il ne se préoccupait pas de sa renommée, mais envoya l'un de ses disciples les plus proches[1]. Tsongkhapa se préoccupait davantage de la préservation et de la transmission du Dharma, c'est pourquoi il fonda le monastère de Ganden, et que ses disciples fondèrent les monastères de Drépung (1416), et Sera (1419), tous trois situés à proximité de Lhassa. Gendun Drup fonda aussi le monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, la seconde ville du Tibet[1].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Six ouvrages de Tsongkhapa sont particulièrement importants :

  • Le Grand Livre de la progression vers l'éveil (Lam-rim chen-mo) (1402)
  • Le Grand Exposé des tantras (sNgag-rim chenmo)
  • L’Essence de l’éloquence des enseignements interprétatifs et définitifs (Drnng-nges legs-bshad snying-po),
  • Éloge de la relativité (rTen-'brel bstodpa),
  • Les cinq stades du Guhyasamaja (gSang-'dus rim-lnga gsal-sgron)
  • Le Rosaire d’or (gSer-phreng)

Sépulture[modifier | modifier le code]

La momie de Tsongkhapa avait été conservée dans un tombeau situé au monastère de Ganden. Lors de la révolution culturelle, un lama tibétain, Bomi Rinpoché, fut contraint de porter sur son dos la momie de Tsongkhapa et de la jeter au feu après que les gardes rouges eurent détruit sa tombe. À l'insu de ces derniers, Bomi Rinpoché réussit cependant à extraire du bûcher des reliques, le crâne de Tsongkhapa et des cendres[3]. Les reliques ont été placées dans une nouvelle tombe dans le monastère de Ganden toujours en cours de reconstruction[1]. Ribur Rinpoché restaura le stupa de Tsong Khapa qui avait été détruit, et qui contenait quelques reliques[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Oeuvres de Tsongkhapa traduites[modifier | modifier le code]

  • L'ode aux réalisations, trad., Arkana, (ISBN 2906588067) (ISBN 978-2906588066)
  • Le Grand Livre de la progression vers l'éveil (1402), trad. Georges Driessens,
    tome 1 Dharma; Édition : Gyatso, Yonten (3 septembre 1999) (ISBN 2864870142) (ISBN 978-2864870142)
    tome 2 Dharma (1992) (ISBN 2864870185) (ISBN 978-2864870180)
  • (en) The Six Yogas of Nâropa. Tsongkhapa's Commentary, trad. Glenn H. Mullin, Snow Lion, 2005, 280 p. Titre en tibétain : Le livre des trois inspirations.
  • (en) Golden Garland of Eloquence, Jain Pub, 2008-2013, 4 t.
  • (en) The Great Exposition of Secret Mantra, Shambala Publishing, 1987-2012, 3 t.

Études sur Tsongkhapa[modifier | modifier le code]

  • Françoise Wang, Djé Tsongkhapa. Rencontre avec un maître remarquable, Détchène Eusèl Ling, 2000, 200 p.
  • (en) Robert A. F. Thurman, Life and Teachings of Tsong Khapa, Library of Tibetan Works and Archives, 2006, 289 p.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Une histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï-lama, de Thomas Laird, Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Plon, 2007, (ISBN 2-259-19891-0)
  2. Jean Chalon, Le lumineux destin d'Alexandra David-Néel, Librairie académique Perrin, 1985.
  3. Death of a controversial lama: Obituary of Bomi Rinpoche (1918-2002)(TIN)
  4. Les bienfaits de voir les reliques, site du Projet Maitréya

Voir aussi[modifier | modifier le code]