Bruyères

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Bruyères
Bruyères
La ville vue depuis la tour de l'Avison.
Blason de Bruyères
Blason
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Grand Est
Département Vosges
Arrondissement Épinal
Canton Bruyères (Bureau centralisateur)
Intercommunalité Communauté de communes Bruyères - Vallons des Vosges
Maire
Mandat
Yves Bonjean
2014-2020
Code postal 88600
Code commune 88078
Démographie
Gentilé Bruyérois
Population
municipale
3 115 hab. (2015 en diminution de 4,09 % par rapport à 2010)
Densité 194 hab./km2
Population
aire urbaine
5 306 hab. (2015)
Géographie
Coordonnées 48° 12′ 30″ nord, 6° 43′ 16″ est
Altitude 547 m
Min. 390 m
Max. 704 m
Superficie 16,02 km2
Localisation

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Site web Site municipal

Bruyères est une commune française située dans le département des Vosges, en région Grand Est.

Ses habitants sont appelés les Bruyérois.

Sommaire

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Vue aérienne.

Bruyères est située dans le massif vosgien à 27 km d'Épinal, 26 km de Saint-Dié-des-Vosges et 23 km de Gérardmer.

La cité occupe un plateau qui fait office de col entre les vallées de la Vologne au sud et de la Mortagne au nord. Elle est dominée à l'est par une première éminence du massif des Vosges, l'Avison, qui lui sert parfois de symbole.

Communes limitrophes[modifier | modifier le code]

Communes limitrophes de Bruyères
Grandvillers Grandvillers
Brouvelieures
Vervezelle
Belmont-sur-Buttant
Viménil Bruyères La Chapelle-devant-Bruyères
Fays Laval-sur-Vologne
Champ-le-Duc
Laveline-devant-Bruyères

Paysages et végétation[modifier | modifier le code]

La végétation climacique de la commune de Bruyères correspond à l’influence des premières pentes des Vosges[1],[2]. D’un point de vue général et pour toutes les communes dans la région de transition entre le plateau lorrain et le massif vosgien partie gréseuse, la forêt mixte avec étagements en altitude et le passage entre les feuillus et les conifères caractérisent cette zone. On peut distinguer deux étages principaux[1] :

  1. Autour de 400 m et 500 m, on trouve la basse montagne où la hêtraie domine presque totalement. La forêt de Faîte au nord-ouest de la ville illustre bien cet étagement. Sur le plan géomorphologique, il s’agit en fait moins d’une montagne que de la dernière cuesta du plateau lorrain en grès bigarré.
  2. De 450 m à 800 m, le deuxième étage dit montagnard moyen se caractérise par une végétation différente suivant l’exposition au vent, à l’humidité et au soleil.
    1. Le versant à l’ouest et au nord plus humide se définit par ses sols bruns acides où règne la sapinière-hêtraie.
    2. Les versants face au sud et sud-est sont plus pentus, rocheux et mieux exposés au soleil. On y trouve des sols podzoliques où poussent des pins sylvestres endémiques à Bruyères.

Le sous-bois du deuxième étage est caractérisé par une présence accrue de myrtilles, mousses et fougères. La fête des brimbelles célébrée à Bruyères depuis des décennies illustre ce lien particulier qu’ont les habitants avec un fruit sauvage symbolique de leur ville. La callune est également très répandue sur le versant sud-est et sud-ouest, donc en l’emplacement même de la ville, ce qui correspond au clin d’œil toponymique du nom de Bruyères dans le sens de lande, terre riche en callune.

Bien que proche et visible depuis la tour panoramique de la Grande Avison, il n’y a pas de troisième étage ou étage montagnard supérieur à Bruyères car le territoire communal n’excède pas 703 m à son point culminant au Borémont.

Le premier étage est très peu représenté sur le territoire communal bruyérois en dehors d’une mince bande forestière au nord-nord-ouest où se situe le point le plus bas dans le vallon de l’Arentèle à 395 m. La limite communale s’arrête en effet juste avant les pentes de la côte gréseuse entre 438 m et 566 m au-dessus des reins de la Moulure et du Chêne et des basses de la Vierge, du Gravier, d’Hutranfosse et de l’Âne. La face bruyéroise se carctérise par les rochers tabulaires en grès conglomératique et des pentes plus abruptes (entre 30 et 40 % de dénivelé) que du côté nord-ouest où la pente est progressive. Les pins sylvestres apprécient ces pans rocheux car ils sont à la recherche de davantage de lumière par rapport aux sapins dominants dans le secteur.

Par conséquent, la commune de Bruyères se situe majoritairement dans l’étage montagnard moyen. La partie fortement défrichée depuis des siècles en direction de la vallée de la Vologne moyenne se rattache à la végétation habituelle des fonds de vallée humides avec bouleaux, hêtres et végétation des terres fangeuses que l’on nomme davantage feigne dans le langage local. Le paysage et le type de végétation dans lequel grandissent les Bruyérois font qu'ils se sentent dans un environnement connu et familier dans la plupart des régions d'Europe centrale voire orientale qui partagent les moyennes montagnes, les sapinières avec callune et myrtille. Les Vosges moyennes s'apparentent clairement au faciès germanique et est-européen dont elles forment l'extrême limite occidentale.

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Géologie[modifier | modifier le code]

Trias supérieur grès bigarré à Bruyères
Rochers sommitaux de grès bigarré à Bruyères.
Carte géologique simplifiée du secteur de Bruyères (88).
Carte géologique simplifiée du secteur de Bruyères (88).
Profil géologique de la commune de Bruyères

D’un point géologique, la carte d’identité de la commune de Bruyères est clairement triasique et gréseuse. Les formations stéphano-permiennes et le buntsandstein[3] sont visibles à l’œil nu à chaque promenade en forêt. Grès permien et grès bigarré forment un croissant épais autour d’alluvions du pléistocène dans la partie basse du territoire communal en direction de Laval ou de Champ-le-Duc. Il s’agit pour ces dernières de formations superficielles émergées issues des périodes glaciaires, notamment du Mindel. Les effets de l’érosion périglaciaire ont également remodelé le paysage en surface[3].

En résumé, le territoire communal de Bruyères se définit par la configuration lithostratigraphique suivante du plus ancien au plus récent :

  • (Nord-Est) Le grès permien de la formation dite de Saint-Dié est la roche sédimentaire la plus ancienne qui affleure dans le secteur bruyérois puisqu’elle remonte à la fin de l’ère primaire. Le grès permien sur Bruyères est la limite d’un bassin plus épais sur Saint-Dié qui atteint les 120 m d’épaisseur. Néanmoins, en raison d’une sédimentation peu achevée[Note 1], cette roche très friable de teinte rose pâlotte qu’on peut presque déliter avec ses doigts n’apparaît pas beaucoup en surface, mais plus en lambeaux dans quelques secteurs dispersés du massif (Orbey, Senones, Albé, Frapelle par exemple) [4].
  • (Nord) Un épais manteau de grès bigarré (environ 80 m, soit la plus petite couche du massif au regard des 320 m des Vosges du Nord) du buntsandstein moyen rouge foncé à rose qui prend fréquemment un aspect conglomératique[3] forme la dernière côte du bassin parisien [4] et la barrière gréseuse faisant office de clôture du plateau lorrain et de porte d’entrée vers les Vosges granitiques. Au-dessus du grès vosgien, il reste sur les croupes sommitales des monts bruyérois des blocs de conglomérat principal constitué de quartz et de quartzite[5] comme on peut en trouver dans toutes les Vosges gréseuses jusqu’à la Forêt palatine en Allemagne ou comme encore sous la forme de couronne tabulaire dans la partie cristalline du massif avant les crêtes entre Bruyères et Gérardmer.
  • (Sud-Ouest) Des alluvions du pléistocène moyen et supérieur sont très proches du territoire communal en se rendant vers la vallée de la Vologne[3]. Il s’agit d’une érosion fluvioglaciaire en provenance des grès bigarrés et partiellement seulement des granites[5].
  • (Sud- Sud-Ouest) Également datés du pléistocène moyen et supérieur, on trouve en contrebas du versant qui mène à la vallée de la Vologne des cônes alluviaux[3]. Ces cônes sont en bordure du territoire communal à l'extérieur.
  • Les moraines de Mindel sont des formes superficielles ; du point de vue stratigraphique il s’agit du pléistocène moyen et supérieur et d’un point de vue lithologique, on constat des moraines blocs de roche sédimentaire, mais aussi des blocs erratiques de granite qui reposent aux sommets des buttes de grès vosgien[3].

Voies de communication et transports[modifier | modifier le code]

Voies routières[modifier | modifier le code]

Réseau routier de Bruyères(88).
N 57 et E23 au sud d‘Épinal rejointe à partir de Bruyères par la D 420.

Bruyères n’est traversée par aucune route nationale ; elle n’est pas placée sur un axe majeur. Son réseau est départemental. Pour rejoindre une route nationale à l’ouest, il faut descendre la vallée de la Vologne vers Jarménil ou bien par la plaine sous-vosgienne vers Épinal où on rattrape la N 57 qui est l’axe MetzBesançon par Nancy et Vesoul. Pour rejoindre l’autre nationale à l’est, il faut partir en direction de Saint-Dié par le col du Haut Jacques pour arriver sur l’axe secondaire LunévilleSélestat par la N 59. Les choses ont en réalité beaucoup changé depuis le dernier quart du XXe siècle où les habitants du plateau lorrain allaient à Gérardmer en passant par Bruyères et le vallée de la Haute-Vologne. La circulation dans la grand-rue de Bruyères était toujours plus intense les week-ends et en période de vacances. Aujourd’hui, la circulation vers les centres touristiques vosgiens s’est intensifiée sur la N 59 ou la N 57 (aussi E23) qui sont souvent en 2x2 voies.

À l’échelle départementale, Bruyères forme une étoile de distribution vers la montagne et la plaine sous-vosgienne en empruntant les vallées de l’Arentèle, de la Mortagne, de la Vologne ou du Neuné pour rejoindre les hautes vallées de la Moselle (Épinal, Remiremont) et de la Meurthe (Saint-Dié-des-Vosges). La grosse transformation à l’œil nu pour les Bruyérois depuis un demi-siècle est l’amélioration et l’élargissement de la route qui passe en contrebas des Roches de Fouchon et de Pointhaie ; il s’agit de la D 420 qui relie Épinal à Saint-Dié-des-Vosges. Cette route passe néanmoins par un col, celui du Haut Jacques. Vers le nord, on emprunte la même voie pour se rendre vers Rambervillers par la D 48 à partir de Grandvillers.

Vers le sud et la montagne, les trois branches de la D 44 , la D 423 et la D 60 correspondent en fait à des axes régionaux très anciens pour Bruyères, essentiellement pour des raisons historiques. Soit on descend la Vologne vers Docelles et Jarménil, soit on la remonte vers Granges-sur-Vologne et Gérardmer, soit on suit son affluent droit, le Neuné, vers Corcieux et le col du Plafond pour rejoindre la vallée de la Haute-Meurthe.

Voie ferroviaire[modifier | modifier le code]

Ligne ferroviaire no 062 0001 du RFN Arches - Saint-Dié-des-Vosges.

La ligne d'Arches à Saint-Dié est la seule qui passe par Bruyères dans un axe sud-ouest nord-est. Faisant la jonction avec la ligne de Strasbourg-Ville à Saint-Dié, elle permet de se rendre à Strasbourg et l'Alsace. La ligne construite à l'origine à voie unique d’Arches à Bruyères le 3 novembre 1869 était gérée par la Société anonyme du chemin de fer de la Vologne, plus tard par la Compagnie des chemins de fer de l'Est, puis la SNCF, puis le Réseau Ferré de France et de nouveau la SNCF depuis 2015. Le dédoublement de la ligne a été réalisé le 27 juin 1892 après avoir tiré les enseignements stratégiques et logistiques de la défaite de la Guerre de 1870. Après la Seconde Guerre mondiale, la ligne a été remise à voie unique. Elle l’est aujourd'hui encore : la gare de Bruyères sert de gare de croisement des circulations de sens inverses. Avant d’arriver à la gare Bruyères, il faut passer un tunnel qui passe en-dessous de la route D 44 vers Jarménil – Arches. En fait, il y en a deux (voie 1 : un tunnel de 146,37 m, la voie : un tunnel de 142,96 m ). À l’époque des doubles voies, une voie avait son propre tunnel. Aujourd’hui le train utilise le tunnel de la voie 2.

La fermeture de cette ligne locale a été annoncée pour décembre 2018 par manque de rentabilité et plus globalement pour la refonte du réseau de chemin de fer avec une priorité donnée aux grands centres urbains et les lignes à grande vitesse. Elle passerait sur réseau routier avec des bus. Des pétitions ont été envoyées aux décideurs politiques régionaux, notamment au Conseil Régional Grand Est, les internautes ont également lancée des pétitions sur les réseaux sociaux, et des bénévoles ou syndiqués ont encore parcouru début 2018 les sites où il y a une gare pour collecter des signatures auprès des habitants[6],[7].

Parmi les lignes de chemin de fer aujourd'hui disparues, toutes deux fermées en 1988, on peut citer :

Toponymie[modifier | modifier le code]

Exemple de lande à bruyères et à ajoncs.

Le toponyme Bruyères attesté en 1295 indiquerait classiquement une brugariae en latin médiéval, soit une contrée de landes, un paysage vaste de landes et de petits bosquets à éricacées ou bruyères à l'époque gallo-romaine. Ses diverses graphies trouvées successivement dans les archives sont : Brueris, Bruierium, Bruyeris (1144), Bruières (XIIIe siècle), Bruyeres (1295), Bruyerre (1444), Brouyères (1473).

Une seconde hypothèse pour cette ancienne zone stratégique de circulation à doubles cols de la montagne vosgienne peut être proposée avec le radical brig, au sens de forteresse de surveillance. Le mot gallo-romain, conservant cette racine typique de langues indo-européennes anciennes, serait brigiarea soit « l'aire ou l'endroit des forteresses »[8].

La première étymologie se rapportant à une brande est néanmoins plus que logique puisque le toponyme Bruyères apparaît plusieurs fois dans le massif vosgien dans le même cas de figure c'est-à-dire plutôt en hauteur et en pente surmontant la vallée sans qu'il y ait la moindre présence de château ou de fortification. On trouve « des Bruyères » au pluriel dans les communes de Bussang, Golbey, Remiremont, Uriménil ou Viménil. Surplombant la vallée de Mandray, on trouve également « La Bruyère » et dans d'autres secteurs des Hautes-Vosges. L'autre argument objectif est la récurrence du suffixe [-aria] dans le même secteur. La syntaxe « nom de plante et suffixe latin [-aria] » d’origine romane est très répandu dans les Vosges orientales : il désigne un endroit où une plante prédomine. Le même schéma existe aussi avec les animaux. Le diminutif du suffixe [-aria] est [-eriola]. Donc la racine gallo-romaine « brug » pour désigner la bruyères donne le toponyme brugaria (bruyère, terrain couvert de bruyères) ou brueroles (qui a donné le toponyme Brouvelieures à côté de Bruyères) de la même manière qu’il existe la Rozière (du roseau), Bouvières (du buis), la Houssière (du houx) ou encore Provenchères-sur-Fave (Pervincaria).

De plus, cette pratique toponymique correspond à des traditions ancrées dans la plupart des régions de France dans le langage local pour désigner des brandes ou terres médiocres, pierreuses et couvertes de la végétation typique des bruyères. Dans la même famille que « Bruyères », on peut citer la Berrouère (Bruée, Breu, Bérieuse) du Centre de la France, la Brière de Normandie, la Brièra du Briançonnais, la Broussièro du Limousin ou Provence, la Brouca (Bruchaga, Brouquère) de Gascogne ou enfin le Brugek (Brugennou) de Bretagne. Force est de constater par cette multitude de termes toponymiques provenant de la même racine latine que les populations locales ont tous eu le même réflexe de désigner un terrain plutôt inculte, souvent réservé au pacage, d'origine naturelle ou anthropique (après défrichage) par la plante dominante. Dans d'autres régions, la pratique est identique à la différence près qu'elles utilisent d'autres termes comme la Scopa de Corse, la Freuche du Morvan, le Chan des Savoyards, le Gât des Poitevins ou la Touya des Hautes-Pyrénées. Tous désignent des mauvais prés plein de rochers où s'étend la bruyère[9].

Habitat dispersé dans une basse, ici basse de l'Âne à Bruyères.
Dessin simplifié du territoire communal de Bruyères avec ses toponymes.

L'analyse des autres toponymes de la commune de Bruyères tels qu'ils apparaissaient encore à la fin du XIXe siècle apporte un deuxième éclairage intéressant. L'habitat dispersé y est très représenté et la dominante agro-sylvo-pastorale dans le mode de vie des habitants a davantage favorisé une toponymie du lieu-dit et de la ferme à l'écart très pratiquée dans les parties plus élevées en altitude du massif. La toponymie a en réalité conservé les traces d'une ancienne forme d'habitat qui ne correspond plus au visuel d'aujourd'hui. D'ailleurs, une grande partie des fermes isolées sont aujourd'hui en ruines enfouies dans les bois qui ont reconquis les terres autrefois défrichées. Par sa toponymie, Bruyères est clairement rattaché à la montagne avec laquelle elle partage quelques toponymes récurrents. Jusqu'à la moitié du XXe siècle, jeunes et moins jeunes pratiquaient encore la tradition de nommer une famille non pas par leur nom patronymique, mais bien par le lieu-dit de leur ferme à défaut d'utiliser un sobriquet également très fréquent.

Parmi les toponymes de lieux-dits que Bruyères partagent avec d'autres communes vosgiennes, on peut citer entre autres :

  • les Grandes Feignes[Note 2] (Jadis orthographiées aussi Grands Faings) qui vient d'un toponyme usuel dans les Vosges « faing »;
  • les vallons avec l'appellatif basse répandu sur toutes les Vosges moyennes et gréseuses. À Bruyères, la plus proche est la basse de l'Âne qui est maintenant intégrée au bâti continu de la commune ;
  • Les Baraques[Note 3] ;
  • Les Roches avec articles au pluriel mais aussi avec d'autres formes[Note 4] ;
  • Les Capucins qui va au-delà du massif jusqu'à Neufchâteau[Note 5] ;
  • L'appellatif haut est généralisé à tout le massif, on le retrouve sur le territoire de Bruyères Haut des Fourches, Hauts de Fouchon par exemple ;
  • L'appellatif rain également très répandu dans le massif s'écrit dans le secteur bruyérois plutôt « rein ». On les trouve dans les pentes de la forêt de Faîte faisant la jonction avec Grandvillers ;
  • L'appellatif rupt est dans sa zone d'extension noramale pour désigner le rupt ou ruisseau.
Autres toponymes de la commune de Bruyères[10]
Écart Lieux-dit Ferme isolée Cense Site de travail Hydronyme Oronyme
Les Baraques
Les Capucins (Les)
Les Droites
Grandes-Feignes
Les Grandes Boulayes
Le Lavoir
Le Chêne-Marqué
Haut des Fourches
Le Hallier
Le Champ-de-l’Écorcherie
Le Château
L’ Étang-le-Boziel
Grebier (ruines)
le Beheue
Les Crotttes de Chèvre
Grandes Fées
L’Écrevisse
La Bouillante
Landrebec, Landrebeck
La Bergerie
La Bellefontaine
Le Saulceau
Le Spreck , Les Sprecques
Faing-le-Prêtre
La-Croix-de-Champ
Basse de l’Âne
La Basse-de-la-Chouette
La Basse-des-Sauts
Le Saulceau
Grandrupt
Les Sept Sceaux
Le Printemps
La Grange des Lièvres
Les Eaux
Les Fourmis
Le Champ-Masson
Les Eaux (moulin)
Le Coucheux (tannerie)
Carrière de l’Helledraye
Lac de Pointhaie
Ruisseau de l’Avison
Ruisseau Lizerne
Ruisseau de l’Arentèle
Étang de Monplaisir
Helledraye, Hélédraye
Croix de Faîte
Buemont
Borémont
Grande Avison
Petite Avison
Pointhaie
Roches de Fouchon

L’explication des noms de lieux-dits n’est pas aisée en l’absence de traces écrites. De plus, l’historiographie ne se penche pas particulièrement sur les toponymes de fermes dispersées et d’écarts insignifiants. A priori un lieu-dit porte un nom très lié aux premiers résidents et à la perception qu’ils ont de leur environnement naturel. Les événements spécifiques qui s’y sont produits peuvent également expliquer certains noms étonnants. Dans la catégorie des microtoponymes puisant dans la flore et les paysages naturels, la commune de Bruyères comporte de nombreux noms qui sont également présents ailleurs, ce qui permet de déduire qu’il s’agit ici de toponymes usuels ayant la même explication indépendamment de la région. Au pire, c’est la forme dialectale qui varie d’un secteur à un autre.

Concernant le toponyme « La Bouillante », la similitude avec les « bouilles » ou les « bouillères » du Centre ou de la Normandie est frappante : il s’agit pour les deux derniers mots de fond de vallée humides, de bourbiers ou de marécages. À Bruyères, l’écart de la Bouillante est le lieu-dit le plus bas du territoire communal coincé au fond du vallon de l’Arentèle dans des terres inondables et humides. Ce rapprochement est plus logique que le terme « bouillant » qui en patois lorrain peut vouloir dire « affairé, pressé ou bosseur »[11]

Dans la façade orientale de la France jusqu’aux Alpes maritimes, le toponyme « Barraques » (barraca, barraco, barracon) désigne au-delà de la cabane rudimentaire également des granges ou bâtiments généralement destinés à l'élevage comme des vacheries ou des bergeries. À Bruyères, il existe aussi des Barraques (en patois Bèrèques) et elles sont étonnamment voisines du toponyme transparent « La Bergerie ».

Dans le lieu-dit des « Grandes Boulayes », la première tentation est de penser à des boulaies. Ce n’est pas si sûr car le terrain gréseux de ce secteur n’est pas le plus adapté à cette essence d’arbre. En patois lorrain, une « boulaye » peut être un éboulement, du blé battu non vanné ou une bande de gosses agités[12]. La première signification est plausible vu que ces « boulayes » sont au pied de la côte de grès vosgien.

L’écart dénommé « Hallier » rappelle un nom commun répandu en France pour désigner des broussailles. Il faudrait y ajouter le sens patoisant qui désigne une forêt claire et basse à aspect de taillis[13]. Il n’est pas incongru de penser que le hallier fait ici la transition entre la forêt de la côte de Faîte et la brande de bruyères. Un « hallé » en patois peut aussi désigner un monticule ou un hangar[14] ; cela donne du sens.

L’écart du « Haut des Fourches » renvoie de prime abord aux mots de nombreuses régions collinéennes et montagnardes où une fourche prend le sens de bifurcation, d’embranchement de deux ou plusieurs chemins comme en Savoie, le Morvan mais aussi la Normandie). Cette signification s’accommode bien avec la location du Haut des Fourches au pied de la Grande Avison à la croisée des chemins vers Bruyères, les fermes en contrebas du Borémont et la commune voisine de Belmont-sur-Buttant en passant par le haut de la Volée.

Architecture rurale[modifier | modifier le code]

Ferme de la Grange des Lièvres, commune de Bruyères.

La commune de Bruyères, plutôt à vocation marchande et plus tard militaire, comporte néanmoins quelques fermes isolées sur son territoire dont certaines sont en ruines depuis des décennies. La forêt a reconquis une partie des terres défrichées pendant les trois siècles précédents. Du XVIe au XVIIIe siècles, une vague de défrichement fit en effet reculer la forêt dans toute la montagne vosgienne et engendra un habitat rural très dispersé à l’origine d’une pratique agraire individuelle. De ce fait, les usages communautaires en vogue dans les villages de la plaine sous-vosgienne et le plateau lorrain n’ont pas cours dans cette partie du département. L’activité pastorale très marquée au départ se développera progressivement vers une pluriactivité inévitable. Au XIXe siècle, le paysan pluriactif vosgien devient paysan-forestier ou paysan-ouvrier [15]. Les familles des environs de Bruyères sont passées en trois générations d’une famille complètement paysanne à des structures familiales qui éclatent entre les enfants et petits-enfants qui travaillent partiellement ou totalement dans les usines. Le phénomène s’est accentué par le nombre d’enfants moyen par famille : tout le monde ne pouvait pas travailler à la ferme.

Dû à sa position intermédiaire entre les sommets gréseux et la montagne cristalline, la ferme bruyéroise n’est ni complétement typique des zones gréseuses, ni totalement caractéristique du modèle des pentes des hautes vallées vosgiennes ; mais elle tend majoritairement vers ce second type pour plusieurs aspects. Dans tous les cas, elle correspond au schéma de la ferme lorraine traditionnelle organisée en travées ou « rains »[16]. Le secteur bruyérois n’avait pas une agriculture aussi importante que dans la large vallée de la Meurthe. C’est pourquoi, les maisons-blocs avec toit en demi-croupe (on dit aussi rabattue ou bédane[17]) parfois gigantesques de cette vallée sont rares à Bruyères. Le toit à demi-croupe typique des régions alémaniques ou comtoises qu’on rencontre beaucoup aussi dans le secteur de Saint-Dié ou du pays de Dabo en Moselle , est en effet minoritaire sur la commune même de Bruyères. Il est visible sur les très grosses fermes installées sur les pentes et plateaux au-dessus de la vallée de la Vologne, comme celle de Grandrupt. Le mélange des deux modèles propres aux Vosges gréseuses ou cristallines se manifeste aussi dans la vallée toute proche du Neuné ou son affluent gauche le B’Heumey où le modèle montagnard est blotti dans les forêts comme à La Feigneulle au pied du Moyennel Mont et le modèle des Vosges gréseuses jalonne la route vers Corcieux. Cette cohabitation s’avère normal dans le sillon vosgien et dépend de l’implantation de la ferme et du degré de pluriactivité des propriétaires.

Dans le secteur de Bruyères, la part de l’activité forestière est plus importante de la Basse de l’Âne au pied du Borémont. Les fermes en bordure de forêt, dans les basses ou dans les clairières des bois se rapprochent davantage du modèle montagnard avec deux longs pans à pente moyenne, plus forte que sur le plateau lorrain. La transition se remarque par le fait que l’orientation des rains est le plus souvent toujours perpendiculaire au mur gouttereau comme sur le plateau lorrain, mais un des deux murs pignons comporte des ouvertures (baies et porte) pendant que l’autre est couvert d’essentes ou de planches pour protéger le mur des intempéries, donc pour les Vosges tout ce qui vient de l’ouest ou du sud-ouest. La mitoyenneté des fermes a disparu dans le secteur bruyérois, mais elle est très proche puisqu’elle démarre déjà dans le village de Grandvillers de l’autre côté de la côte gréseuse. Dans les secteurs très forestiers vers le Borémont, le modèle des Hautes-Vosges apparaît avec ses travées parallèles à la pente et surtout la présence d’un charru. C’est donc en résumé une maison-bloc isolée qui présente un plan rectangulaire en largeur sur son terrain avec des dépendances comme un atelier, un abri pour le bassin par exemple. Fidèle à la tradition, la plupart des maisons se composent de trois rains : habitation, grange et étable[18] ,[17]. Le mur gouttereau reconnaissable à son schéma structuré et composé d’une porte piétonne de logis, d’une porte charretière et d’une porte d’écurie fait face à la cour latérale et non à la rue ou au chemin vicinal. A la Grange de Lièvres par exemple, c’est le mur pignon sans baies qui est orienté vers le chemin et la façade antérieure est percée de trois portes cintrées, dont une charretière, ce qui laisse penser que le bâtiment, très isolé sur le territoire communal aux confins de la commune de Belmont-sur-Buttant, comporte même quatre rains, probablement deux granges et une étable. Cette capacité d’engrangement laisse supposer une forte activité de polyculture avec quelques cultures céréalières secondaires comme le méteil autrefois très répandu dans le secteur élargi de Bruyères. Dans la Basse de l’Âne, les corps de ferme sont très allongés et semblent indiquer que la pluriactivité y est importante comme ailleurs dans le sillon vosgien. La présence d’un atelier dans les fermes est plausible. La plupart des corps de bâtiment du secteur bruyérois sont à étage pour la travée habitation. La pierre de taille en grès rose sert de décoration pour les encadrements des baies et sa toiture est à l’origine en bardeaux, plus tard en tuiles mécaniques. En observant les cartes postales anciennes de la commune de Bruyères qui couvrent la fin du XIXe au début du XXe siècles , la ramée est omniprésente pour protéger le mur agressé par la pluie et le vent, elle est donc le plus souvent aveugle et sans baies. Les bardeaux en essentes, nommés localement « ehhins », sont encore visibles pour la ramée, mais aussi pour la couverture du toit dans certains cas. Le passage à la tuile mécanique s’est donc fait au début du siècle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Histoire administrative et politique[modifier | modifier le code]

A l'échelle régionale[modifier | modifier le code]

Prévôté
Bailliage
Carte de la prévôté, puis du bailliage de Bruyères.
Canton de Bruyères en 2015.

Bruyères fut chef-lieu:

  • de prévôté : du Moyen Âge à 1698 ;
  • d’une gruerie : du Moyen Âge à 1747 ;
  • de bailliage : de 1698 à 1790 ;
  • de district : de 1790 à l’An III ;
  • d’une mairie très étendue.

Après le rattachement de la Lorraine ducale au Royaume de France en 1766, Bruyères perd rapidement son statut de chef-lieu chargé d'un territoire plutôt vaste proportionnellement à la taille de la ville. L'histoire de Bruyères en tant que centre administratif ramène systématiquement au duché de Lorraine et à travers lui au Saint-Empire romain germanique. Bruyères se situait dans le bailliage de Voge dont le chef-lieu était Mirecourt. Les deux autres bailliages de Lorraine étaient celui de Nancy et celui d’Allemagne[19] . Malgré les réformes successives de l'administration impériale et la très forte autonomie du duché dans le Saint-Empire acquise par le duc à partir de 1542, Bruyères restera pendant cinq siècles le siège d'une prévôté dans un bailliage dont le siège resta Mirecourt. Il y eut donc une certaine stabilité dans l'organisation administrative du duché. Dans le Duché de Lorraine sous tutelle française avant l'annexion, c'est-à-dire sous le règne de Stanislas Leszczynski (1737–1766), Bruyères finit sa période de chef-lieu de terres plus vastes que la superficie de sa simple mairie en devenant siège bailliager[20].

En France, après la brève période du district de Bruyères (1790-1795) et la création du département des Vosges avec pour chef-lieu Épinal, Bruyères devient chef-lieu de canton dans l'arrondissement d'Épinal.

« L’Estat des Bans et Communaultez de la Prévôté de Bruyères » dressé à Grandvillers le 19 décembre 1664[21] énumère les sous-divisions territoriales suivantes:

  1. Appartenant au domaine ducal entièrement ou pour partie : Aumontzey, Bruyères, Corcieux, Champdray, Champ-le-Duc, Docelles, Deycimont, Dompierre, Fays, Gentilshommes de Laveline, Girecourt-sur-Durbion, Grandvillers, Granges-sur-Vologne, Gugnécourt, Herpelmont, Jussarupt, La Chapelle-devant-Bruyères, La papellerie de Sieur Gérard, La Rozière, Laval-sur-Vologne,Prey, Rehaupal, Yvoux.
  2. Donné en fief à d’autres seigneurs : Belmont-sur-Buttant, Bois-de-Champ, Cheniménil, Corcieux, Faucompierre, Fimenil, Granges-sur-Vologne, Lépanges-sur-Vologne, Vaudicourt (ban disparu comprenant Aydoilles, Fontenay, Le Roulier et partie de Nonzeville).
  3. Appartenant à une seigneurie ecclésiastique entièrement ou pour moitié: Basse Rue de Destord, Bancourt, Biffontaine, Nonzeville, Pierrepont-sur-l'Arentèle.
  4. À cette liste qui ne précise pas toutes les agglomérations ou lieux-dits puisque l’état s’arrête aux bans et communautés, il faut ajouter des alpages ou « chaumes » sur les crêtes pour l’estive : Schirmsberg, Lanversgotte, Belbriette, Balveurche.

C'est pour cette raison que l'usage parlait de prévôté montagnarde avec celle d'Arches et de Saint-Dié et que sa gruerie joua un rôle important. Son territoire administratif démarre sur le plateau à 330 m d'altitude et atteint les crêtes vosgiennes à 1 280 m à la chaume de Balveurche.

Pour assurer la moyenne et basse justice et pour conduire les affaires courantes, des officiers étaient à l'origine issus de la petite noblesse ou ils étaient anoblis pour loyaux services. Plus tard, les souverains passeront à la vénalité des offices. Par l’édit du 27 février 1725, Léopold Ier, duc de Lorraine, de Bar, de Montferrat, Roi de Jérusalem, marquis, duc de Calabre, reconduit les offices héréditaires et perpétuels[22]. Dans le siège bailliager de Bruyères, il y avait un lieutenant bailliager, deux conseillers, un procureur, un gruyer, un commissaire aux saisies réelles, un curateur en titre et un huissier audiencier[22].

La prévôté était dirigée par un capitaine prévôt assisté de deux sergents. Pour la gruerie, le gruyer était assisté d'un arpenteur et d'un premier forestier (« forêtier »)[22].

A l'échelle locale[modifier | modifier le code]

Dépendances de la mairie de Bruyères, Lorraine ducale jusqu'au XVIIIe siècle.

La mairie de Bruyères se composait des villages suivants :

  1. Indivise entre le Duc et le Chapitre de Remiremont: Aumontzey, Beauménil
  2. Justice en comparsonerie : La Juration de La Chapelle(Autrefois dans la prévôté de Saint-Dié, ban de Moyenmoutier) comprenant la cense de La Rozière , Yvoux,
  3. Seigneurie appartenant directement au duc de Lorraine: Fays, Frambéménil, la cense de La Goutte, Herpelmont, Jussarupt, Laval-sur-Vologne, Laveline-devant-Bruyères,
  4. Partie de Champ-le-Duc.

Au spirituel[modifier | modifier le code]

Limites diocésaines et paroissiales[modifier | modifier le code]
Carte du Diocèse de Toul par R.P. Benoit, Gardien des Capucins de Toul en 1707.

Depuis les premières créations des diocèses dans l’Empire romain tardif[23], Bruyères a appartenu dès sa création jusqu’en 1801 au très étendu diocèse suffragant de Toul créé en 338[Note 6], lui-même dans la province ecclésiastique de Trèves sous l’autorité de l’archevêque métropolitain[24] de Trèves, aujourd’hui en Allemagne. Par la suite, elle sera intégrée à l’archidiaconé de Vôge et au doyenné d’Épinal qui va de Bayon sur le plateau lorrain jusqu’aux crêtes vosgiennes à la chaume de Balveurche près du col de la Schlucht, c’est-à-dire les limites de l’ancienne prévôté de Bruyères[25]. En 1801, Bruyères passe dans le diocèse de Nancy auquel a été rattaché le diocèse de Toul. Ce dernier fut rétabli en 1822, mais la fusion avec Nancy est reconduite en 1824[26]. Indépendamment de la toute petite chapelle castrale sur le promontoire rocheux destinée au châtelain, le bourg de Bruyères n’avait en bordure de muraille qu’une chapelle (construction estimée au XVe siècle) qui dépendait de la cure de Champ-le-Duc. En élevant cette chapelle en église paroissiale en 1612, malgré quelques années de litige avec le curé de Champ-le-Duc, Bruyères devient définitivement une paroisse en 1629 à la condition que les Bruyérois fassent une procession tous les ans le jour des Rogations et qu’ils assistent à la messe du lundi de Pentecôte dans l’église de Champ[27].

Église protestante[modifier | modifier le code]

Les quelques rares protestants qui résident à Bruyères et souhaiteraient pratiquer leur religion sont contraints de se rendre à un temple soit du TER (Épinal, Thaon-les-Vosges, Remiremont, Vittel, Contrexéville, Gérardmer), soit de la vallée de la Meurthe (Saint-Dié-des-Vosges, Senones, Raon-l’Étape). Bruyères se situe dans le territoire du consistoire Vosges-Lorraine qui englobent les départements de Meurthe-et-Moselle, des Vosges, de la Meuse et de la Haute-Marne[28] et qui appartiennent à l’Église protestante unie de France (EPUF) qui est à distinguer de l’Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine dans les anciens départements ayant annexés à l’Empire allemand. En 1830 est créée l’Église Consistoriale de Ste-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin) dont dépendent les croyants disséminés des Vosges. Dès 1845, il y a 150 familles connues dans les Vosges. Les communautés protestantes vosgiennes s’agrandissent avec l’exil des optants alsaciens. Le temple réformé d’Épinal est inauguré en 1873. Le pasteur de l’EPUF pour le consistoire TER est automatiquement responsable des protestants dispersés sur le territoire de Bruyères et ses environs[29]. Des activités œcuméniques sous forme de rencontres ou de conférences ont lieu à Bruyères en liaison avec le prêtre de la paroisse. Aujourd’hui, c’est un couple qui gère quasiment toute la partie orientale du département des Vosges, le mari est pasteur à Saint-Dié, consistoire de la vallée de la Meurthe, et sa femme est pasteur à Épinal, pour tout le consistoire TER, resté vacant pendant deux ans[30].

Ancienne communauté juive[modifier | modifier le code]
Bruyères-Musée Henri-Mathieu-Ancienne synagogue.

Le Consistoire central fut institué par le décret impérial du 15 mars 1808 ; les sept consistoires régionaux sont à l'origine situés à Paris, Marseille, Bordeaux, Metz, Nancy, Strasbourg et Wintzenheim[31]. La communauté de Bruyères aurait été dans le consistoire de la circonscription de Nancy mais il est acquis que la présence de la dernière communauté juive dans cette ville démarre à partir de 1870[32]. Les consistoires israélites sont réorganisés par l'ordonnance du 25 mai 1844, puis constitués définitivement par les décrets du 29 août 1862 et du 12 septembre 1872. Le consistoire départemental est composé d’un ministre du culte portant le titre de rabbin consistorial et de quatre membres laïques[31]. Les membres laïcs sont élus à la majorité absolue des notables présents quel que soit le nombre de votants. Le bureau est composé d’un président, de trois scrutateurs et d’un secrétaire. Le doyen des membres est automatiquement le président. Le plus jeune est secrétaire[31]. Après la guerre franco-prussienne de 1870, beaucoup de Juifs émigrent d'Alsace vers la Lorraine et la Franche-Comté pour garder la nationalité française. C’est le cas à Bruyères[32]. En 1871, la ville accueille un grand-rabbin, Isaac Lévy, qui avait quitté l’Alsace à cause de l’annexion. Le rabbinat de Colmar est supprimé et un nouveau consistoire de l’Est est créé en 1872 à Vesoul auquel sont adjointes les communautés des régions limitrophes dans les Vosges et en Bourgogne. Bruyères dépend de ce consistoire (1872 – 1896) jusqu’à 27 mai 1896, date à laquelle a été déplacé le consistoire de l’Est à Épinal. Le Grand-Rabbin Moïse Schuhl quitte Vesoul pour Épinal. Il organise une Société de bienfaisance israélite. Il milite pour la création d'un orphelinat, de bibliothèques communautaires ainsi que pour l'Alliance israélite universelle. À la suite de la séparation des Églises et de l'État en 1905, l'institution publique officielle du Consistoire cesse d'exister : les différentes communautés juives de France se sont constituées en associations cultuelles israélites et se sont regroupées au sein de l'Union des communautés juives de France que l’on nomme usuellement encore Consistoire central. Jusqu’à ce jour, le secteur de Bruyères est dans le consistoire régionale de Lorraine, mais il n’y a plus de synagogue en service, ni de minian à Bruyères. Les plus proches sont à Saint-Dié-des-Vosges ou à Épinal.

Communauté musulmane[modifier | modifier le code]

Les musulmans n’ont pas d’organisation territoriale comparable aux diocèses catholiques ou aux consistoires juifs et protestants. Ils peuvent néanmoins s’organiser par la voie associative. Il existe par exemple l’Association culturelle musulmane des Vosges, fondée le 23 septembre 1982 déclarée selon la loi de 1901 à la préfecture des Vosges. Elle gère les affaires courantes de la mosquée, soutient les activités cultuelles, culturelles et sportives, défend les intérêts moraux et matériels des musulmans des Vosges dans le cadre des lois de la république française. Depuis 2012, la plus grande mosquée des Vosges est à Épinal. Elle est à moins de 30 km de Bruyères.

Avant la création du bourg[modifier | modifier le code]

Rien n’a été mis au jour sur le secteur de Bruyères pour la période pré- et protohistorique. Corroborés par les analyses palynologiques, les sites paléolithiques les plus proches sont à Chavelot et Archettes (vers 100 000 ans av. J.-C., acheuléen, moustérien) dans la vallée de la Moselle autour d’Epinal. Du Ballon d'Alsace au massif du Donon, les zones montagneuses cristallines ou gréseuses n’ont rien livré en sites archéologiques paléolithiques et très peu en sites néolithiques jusqu’à présent. Les sites préhistoriques lorrains se situent en très grande majorité dans le bassin versant de la moyenne Moselle, de la Nied et de la Meuse sur des terrasses de vallées[33]. Chavelot est daté du paléolithique moyen, c’est-à-dire correspondant à l’arrivée de l’homme de Néandertal ; l’occupation humaine se développe le long des rivières et sur les terrasses. Le silex local est encore utilisé mais les archéologues ont trouvé des silex d’importation qui tendent à prouver que les déplacements et les échanges commerciaux ont déjà commencé[33]. La région de Bruyères est particulièrement excentrée en ce qui concerne les gisements les plus importants du Premier Âge du fer en Lorraine (700-500). Le gisement le plus proche de Bruyères se trouve non loin d’Épinal à Chaumousey pour la civilisation de Hallstatt. Les gisements du deuxième âge du fer ou de la Tène sont aussi éloignés de Bruyères et des hautes Vosges : il faut aller jusque Étival ou Haroué pour trouver des lieux de fouilles archéologiques de cette époque. En bordure du sillon vosgien, il y a donc une culture de cavalier porteur d’épée de fer qui inhumait ses défunts sous de grands tumulus[33]. Vers la fin de la Tène, le camp celtique de la Bure non loin de Saint-Dié-des-Vosges illustre aussi une culture des sommets gauloise très dynamique aux portes des montagnes vosgiennes qui existera encore à l’époque romaine avec un sanctuaire dédié à Mercure comme au sommet du Donon.

Pour la période romaine et gallo-romaine, le site de Bruyères demeure une région de forêt dense, probablement un avant-poste d'observation depuis les sommets environnants comme chacun peut le faire encore aujourd'hui depuis la tour nommée « le mirador ». Il a connu en effet une occupation sur le sommet de la colline de l'Avison dès le IIe ou IVe siècle à 593 m d'altitude. Non loin de là, une tête barbue en grès vosgien a été trouvée dans la forêt de Fouchon. Les fouilles organisées au sommet de la Grande Avison après avoir trouvé cette tête sur la montagne voisine, ont permis de constater la présence de substructions rudimentaires du IVe siècle apr. J.-C.; les chercheurs ont en outre trouvé une amulette à l’inscription non déchiffrée[34]. Les interprétations des objets trouvés ne sont pas univoques. La tête barbue pourrait représenter un sylvain[34] puisque le culte des esprits et des sources étaient très répandu dans le massif forestier auquel les Celtes et les Romains ont donné le nom du dieu topique « Vosegus ».

Le site actuel de Bruyères se situait dans la cité des Leuques dans la Gaule Belgique. Au haut moyen âge, l’est de la côte gréseuse est encore désigné de « désert ». Les évangélisateurs et les moines y trouvent des sites isolés propices à leur vie monacale et érémitique. La voie romaine la plus proche longe la ćôte gréseuse en contrebas à hauteur de Destord en direction de Rambervillers. De plus, il s'agit d'une « via vicinale » très secondaire qui part d'Arches vers le col du Donon, et de là avec la possibilité de rejoindre Argentoratum. Il y a une distance d'environ 6 milles romains, soit environ 8,9 km pour rejoindre cette voie romaine mineure en partant de Bruyères.

Période féodale et médiévale[modifier | modifier le code]

Erection du château de Bruyères[modifier | modifier le code]

Butte de l’ancien château de Bruyères en ruine, 533 m d'altitude.
Ruines du château de Bruyères.

Bruyères est le cas typique de l'ancien bourg castral, comme on en trouve de nombreux exemples en Lorraine. Le château est fondé par le duc de Lorraine qui est chargé de la protection des hommes et des biens, avec le « sauf conduit » des voyageurs et marchands au Xe siècle sur les terres en partie essartées du domaine de Champ, après que celui-ci est devenu voué du chapitre de Remiremont, qui commandait ces défrichements dans la vallée de la Vologne. La ville s'est ensuite développée en contrebas de la colline supportant le château ; on en a une première mention dans les archives du chapitre romarimontain vers 1189 sous le nom de Brueriis avec la mention d'une donation faite à une abbaye lorraine par « Gerardus de Brueriis ».

Sachant qu’il existe très peu de sources iconographiques et finalement guère plus de sources écrites, il n’est pas commode de s’imaginer à quoi ressemblait le château-fort de Bruyères de sa création à sa démolition en 1633-35. Aujourd’hui, quelques ruines de l'enceinte castrale et la chapelle Saint-Blaise subsistent encore bien cachées derrière la forêt sur un terrain privé. Grâce aux Journées européennes du patrimoine, les Bruyérois et les visiteurs de passage ont toutefois la possibilité de suivre un guide dans la propriété afin de mieux appréhender cette partie de l'histoire locale. Ceci étant, la Haute-Lorraine se trouvait à cette époque dans la sphère d’influence des pays germaniques et de la dynastie des Hohenstaufen avec son meilleur représentant, l’empereur Frédéric Barberousse, père de l’empereur Henri VI qui fera un court séjour dans le château bruyérois encore tout récent en 1196. Les Hohenstaufen ont fortifié les contreforts vosgiens côté alsacien à tous les lieux de passage cruciaux. Il n’existe par conséquent aucune raison de vouloir chercher à Bruyères un château spécifique, mais au contraire de s’attendre à un type de fortifications en vogue au XIIe siècle avec les connaissances architecturales et technologiques du moment. D’ailleurs les ouvriers et artisans étaient souvent des itinérants qui passaient de chantier en chantier. Pour résumer, le type de château le plus répandu en pays germaniques sous les Hohenstaufen était le château à enceinte elliptique, généralement sur un sommet, au sein de laquelle on trouve un donjon isolé, la demeure seigneuriale, la chapelle castrale et des dépendances éventuelles[35]. Ce type de château-fort fait souvent suite à des promontoires fortifiés, des enceintes protohistoriques ou une présence romaine comme un avant-poste ou une tour d’observation. La topographie locale impactait forcément l’allure générale de l’enceinte qui s’adaptait pour devenir polygonale ou sans forme particulière en fonction du relief et de la surface constructible ou habitable. Du Nord au Sud des Vosges, sur la façade orientale comme sur le versant occidental, ces châteaux à enceinte sont bâtis en grès des Vosges, ce qui confère à l’ensemble du patrimoine castral du bassin rhénan une forte homogénéité visible sur le terrain et susceptible de créer une identité architecturale commune à une aire culturelle transrégionale. Les pays de Bitche, Dabo, Badonviller, Saint-Dié-des-Vosges, Épinal et Bruyères formaient la limite occidentale d’une bande fortifiée parallèle aux crêtes en vis-à-vis avec le piémont alsacien. Les châteaux-forts furent construits aux lieux de passage, sur les cols ou les sommets contrôlant l’entrée des hautes vallées menant à un col ou vers un autre territoire seigneurial laïc ou ecclésiastique. L’un des châteaux-forts les plus emblématiques de cette période est le Frankenbourg. Le château de Bruyères s’intègre totalement dans ce cadre général sous le règne de l’empereur Frédéric Barberousse et son beau-frère, le duc de Lorraine Mathieu Ier. En résumé, il est bâti en grès vosgien sur un sommet tabulaire en conglomérat supervisant le passage entre le plateau lorrain et la vallée de la Vologne en passant par le vallon de l’Arentèle. Sur les rochers sommitaux se trouvaient le donjon, la demeure seigneuriale et la chapelle castrale entre autres. La haute cour était entourée d’une enceinte, de même que la basse cour protégée par une muraille rectangulaire qui descendait jusqu’à l’église paroissiale actuelle.

À l’instar du Frankenbourg ou du Château d'Échéry côté alsacien, le château de Bruyères surplombent une voie de passage, une route de communication. Les terres du duché de Lorraine allaient à cette époque au-delà de certains cols vosgiens. Quelques hautes vallées servaient de transition avec la plaine alsacienne. Ces vallées étaient jalonnées de châteaux sommitaux destinés à montrer sa présence et son pouvoir régalien, visible depuis la vallée par tous les itinérants, commerçants ou troupes. Le château de Bruyères s’inscrit dans cette démarche. Néanmoins, il n’est pas situé sur une voie de communication majeure. Il s’agit plutôt d’une route d’Alsace secondaire pour les voyageurs de la Lorraine méridionale qui veulent rejoindre l’Alsace centrale (Sélestat, Colmar) par les cols de Saales, du Bonhomme ou de Sainte-Marie-aux-Mines en passant d’abord par le col du Plafond et après avoir longé la vallée du Neuné. Comme d’autres châteaux du massif vosgien de la période staufienne, un tel château servait à narguer des voisins influents qui faisaient obstacle à l’extension de son territoire. Les conflits entre seigneurs laïcs et ecclésiastiques étaient monnaie courante ; pour Bruyères, c’est l’abbaye de Remiremont qui faisait valoir ses anciens privilèges octroyés déjà à l’époque carolingienne et salienne vis-à-vis du duc de Lorraine, seigneur parmi les seigneurs sans grande ascendance sur les prélats et les princes-abbés (Murbach, Munster, Remiremont, temporels des évêchés). Moins panoramique que la Grande Avison, la colline du château plus proche du col se situait à l’extrême limite des terres de l’abbaye de Remiremont. Comme le duc de Lorraine est avoué des abbesses, il est légitime que celles-ci se satisfassent de la présence d’un château pour la protection des terres et habitants du temporel de leur chapitre. Ce rôle de représentation s’accentuera par la suite quand Bruyères deviendra le siège d’une prévôté. Les châteaux forts de cette époque étaient difficiles à prendre ; ce n’est qu’avec l’introduction de la poudre au XIVe siècle que le danger pour les petites enceintes fortifiée comme celle de Bruyères devient important : les boulets de canon fragilisaient les bourgs fortifiés. Les châteaux forts les plus importants s’adapteront certes à ces nouveaux critères d’autodéfense afin de mieux résister aux attaques appuyées par les premiers canons. Mais les châteaux de province n'étaient pas la priorité des souverains. Il y aura plusieurs suppliques des Bruyérois à leur souverain pour les aider à réparer les murailles au fil des siècles.

Le quotidien dans ses petits châteaux forts n’était pas luxueux, mais au contraire froid, humide et sombre. Les hivers dans la montagne vosgienne n’étaient pas très doux, le froid restait dans les pierres. Il n’y avait pour seule pièce chauffée la plupart du temps que la cheminée à l’âtre de la cuisine et maximum une pièce de vie qui servait en même temps de chambre à coucher. Dans les châteaux du XIIe siècle quelques rares poêles en faïence sont apparus dans les châteaux de plaine en Alsace comme dans la résidence palatiale d’Haguenau très fréquemment habitée par l’empereur et plus tard son fils.

Cour itinérante impériale à Bruyères[modifier | modifier le code]

Itinéraire de la cour de l'empereur Henri VI en 1196.
Cour et itinéraire de l'empereur Henri VI en juin 1196[modifier | modifier le code]

Bruyères se situe au XIIe siècle dans le Saint-Empire romain germanique duquel fait partie le duché de Lorraine. Il s'agit d'une royauté élective caractérisée par une cour itinérante en l'absence de capitale impériale permanente même si les empereurs tenaient leur cour itinérante très souvent dans les mêmes palais qu'ils affectionnaient plus que d'autres. L'empereur et son cortège s'arrêtait dans les villes libres d'Empire, fiefs directs ou indirects mais parfois aussi dans les micro-états que formaient les principautés ecclésiastiques à cette époque. L'itinéraire de la cour itinérante répondait à des besoins concrets sur le terrain en fonction de ce que pouvait faire remonter tous les vassaux de l'empire le plus souvent sur des conflits avec d'autres seigneurs, des questions de propriété et préséance ou bien encore sur des questions financières et fiscales. Le cortège de l'empereur change en permanence au fur et à mesure que le souverain progresse sur son itinéraire de ville-étape à ville-étape. Les nobles et prélats locaux le rejoignent en chemin et partagent avec lui le voyage et parfois le logis. Cela peut durer plusieurs jours. Quelques seigneurs suivent en revanche l'empereur pendant des mois. Ils sont nommés à chaque fois comme co-témoins dans les chartes et décisions de la cour itinérante à des lieux très éloignés les uns des autres. Ce sont en quelque sorte les fidèles de l'empereur qui le suivent partout, servent de témoins tout comme les greffiers et secrétaires qui sont nommés dans les actes. Il reste au demeurant le petit doute sur la distance à parcourir entre Obernai et Bruyères. Si le cortège passe par la vallée de la Bruche et le col de Saales, la distance est environ de 94 km. S'il choisit la route du col de Sainte-Marie, la distance est autour des 90 km. Dans les cas, il est supposé qu'il franchisse le col du Plafond pour se rendre à Bruyères une fois dans la vallée de la Meurthe. Or les chercheurs historiens médiévistes arrivent en général à une moyenne de 75 km par jour à cheval (avec changement de monture) et plutôt à 50 km quand on traverse des zones montagneuses. À pied, la moyenne de 28 km est concevable[36]. Il n'y a qu'un jour entre le séjour à Obernai qui finit le 26 juin et la cour de l'empereur au château de Bruyères le 28. Comme il faut passer deux cols, on peut logiquement penser que les quatre-vingt-dix kilomètres sont difficiles à parcourir le 27 juin sans quitter Obernai le 26 ou de voyager une partie de la nuit.

Les étapes de la cour itinérante ne sont pas toutes aussi prestigieuses que les grandes cités épiscopales, les villes libres ou les résidences palatiales historiques. Parfois, pour des raisons pratiques ou parce que les distances sont longues entre deux étapes importantes, l'empereur peut demander au vassal local de lui offrir le gîte dans l'un de ses châteaux de campagne. C'est d'autant plus vrai qu'aujourd'hui le visiteur de ces petites villes ne voit plus aucune trace de château ou de murailles témoins d'un passé plus prestigieux. Quelques vieilles pierres ou ruines cachées dans une forêt sur une colline rappellent que le passé a été différent. C'est le cas par exemple de Vieil-Hesdin qui était une ancienne ville drapante et marchande représentée aux foires de Troyes et de Sienne au XIIe siècle. Une bourgeoisie influente s’y développa et son château devint une étape appréciée de la cour itinérante des ducs de Bourgogne. Détruite en 1553 par Charles Quint, Hesdin est tombé dans l’oubli et il faut vraiment chercher les traces de murailles ou d’un château[37]. A l'instar du tout petit village de Vieil Hesdin, la ville de Bruyères qui n'est pas encore la ville marchande qu'elle deviendra par la suite fait figure d'étape de second rang sur l'itinéraire de l'empereur qui se rend en Bourgogne-Comté: caché par la forêt sur la colline au-dessus d'église, l'ancien château sur son éperon rocheux de grès vosgien est tombé dans l'oubli. De même, aucun Bruyérois actuel ne peut s'imaginer l'ancien cœur du bourg entouré de murailles à hauteur de l'église. Le château en ruine est sur une propriété privée et la commune ne l'intègre dans aucun projet à caractère touristique ou pédagogique au service de l'histoire locale. Mais, si l'empereur du Saint-Empire, le plus grand souverain de son temps, a logé à Bruyères en 1196, cela ne peut être qu'à cet endroit oublié. En résumé, les empereurs étaient également inspirés voire invités par les seigneurs locaux: dans les campagnes, les abbayes, les villes marchandes sont plus attractives pour le cortège.

En raison de la dénomination latine très divergente suivant les sources et les travaux de recherche, le doute persiste chez quelques historiens sur l'identité du site choisi par l'empereur des Romains Henri VI pour établir sa cour itinérante. L'empereur tient cour « apud Bruvires » le 28 juin 1196[38]. Dans d'autres sources, on peut lire Bruwiras, Braveres ou Brueris[39]. Il est objectivent plus facile d'identifier les noms latins des lieux très récurrents qui apparaissent dans les chartes impériales mais aussi dans les archives locales. Tout en laissant la place à un doute légitime, force est de reconnaître que d'une part l'appellation de Bruueris (ou Bruweris) est attestée dans d'autres chartes lorraines et que d'autre part un faisceau d'arguments converge vers la localisation de la cour itinérante impériale à Bruyères: le château est sur la route qu'emprunte l'empereur d'Obernai (séjour du 24 au 26 juin 01196) vers Luxeuil, puis Besançon où il siègera 4 jours (6 - 10 juillet 1196). Il est sur le territoire du duc de Lorraine, lui-même présent à Bruyères ce jour-là comme seigneur hôte. Il s'agit d'un site à proximité du chapitre canonial de Saint-Dié avec lequel le duc de Lorraine est en conflit. Les participants et les témoins nommés dans la charte du 28 juin 1196 sont pour la plupart des seigneurs locaux jouissant d'un pouvoir temporel ou spirituel pour tout le secteur des Vosges autour des vallées de la Meurthe et de la Vologne, en tête desquels les grandes abbayes et les avoués de celles-ci. Ce n'est d'ailleurs pas le seul endroit moins connu d'où l'empereur publie une charte puisque le 1er juillet 1196 l'empereur rend justice en chemin entre Luxeuil et Vesoul[39]. Aucun lieu précis n'est nommé. De toute façon, le très long cortège transporte des tentes pour les étapes et pauses où aucun château ne peut héberger autant de monde. C'est le cas du père de Henri VI qui se rend de Haguenau à Besançon. Non loin de Belfort, alors que l'empereur est parti avec sa femme Béatrice Ire de Bourgogne, chez son oncle le duc de Lorraine, Mathieu Ier de Lorraine époux de la mère de l'empereur, Judith-Berthe de Hohenstaufen, et donc le père du duc Simon II de Lorraine présent à Bruyères. Henri VI et le duc Simon sont petits cousins[40].

Jugement prononcé par l'empereur à Bruyères[modifier | modifier le code]

Le château de Bruyères devient donc palatial pour au moins un jour; il est difficile de dire s'il est resté plus longtemps car la charte suivante est datée du 1er juillet dans la campagne franc-comtoise. De même, il est évident que tous les participants à la cour itinérante de Bruyères ne sont pas forcément nommés dans l'acte du 28 juin. Les personnes attestant l'authenticité du jugement impérial sont de haut rang et partiellement interconnectés pour une raison ou pour ne autre: la parenté directe, l'appartenance au même ordre religieux, le lien de vassalité. Voici les personnes présentes à la cour. La cour statue entre autres sur le litige entre le chapitre de Saint-Dié et le duché de Lorraine. Le chapitre fait en quelque sorte pression sur le duc en faisant confirmer ses privilèges par le suzerain du duc. L'original du titre à Épinal, aux archives départementales des Vosges[41],[42]. L’empereur confirmera en effet les privilèges du chapitre de Saint-Dié dans le val de Galilée (ecclesiam Beati Deodati in valle Galylea sitam) et lui assure sa protection. Il confirme également ses possessions énumérées l’une après l’autre et précise les droits du chapitre[39]:

En même temps, les avoués et protecteurs du chapitre sont présents, à commencer par le duc lorrain que les chanoines de Saint-Dié accusent d'outrepasser souvent ses droits[39]. Il est fort probable que les chanoines aient profité du passage de la cour itinérante pour faire appel à l’empereur, suzerain du duc de Lorraine. Simon de Lorraine obtempérera seulement quelques années en accordant les privilèges et les revenus associés car, en 1203, il entre à nouveau en conflit avec le chapitre et fait incendier les édifices et piller leurs biens. En conséquence, il est excommunié. L'excommunication n’est levée qu’en 1204 après avoir dédommagé le chapitre. Comme aucun litige aussi sérieux n’est mentionné dans les actes et chartes impériaux avec les autres abbayes vosgiennes, on peut objectivement penser que le chapitre de Saint-Dié n’a peut-être pas forcément été toujours victime dans cette affaire. Cela rappelle les tensions et conflits qu’il y eut également entre les ducs lorrains successifs et l’insigne chapitre de chanoinesses de Remiremont. Les chapitres canoniaux ont défendu plus hargneusement leurs privilèges et leur relative autonomie temporelle que les abbayes vosgiennes, en premier lieu parce que leurs privilèges remontent au haut Moyen Âge pendant la période carolingienne. Les couvents des Cisterciens et des Prémontrés sont plus récents et n'ont pas autant de terres en fief.

Cour itinérante de Henri VI à Bruyères le 28 juin 1196
Personnalités présentes[39] : Henri VI du Saint-Empire Angelo de Tarente Pierre de Neubourg Simon Maximien de Baumgarten Othon Ier de Bourgogne Simon II de Lorraine Sigebert de Frankenbourg Robert de Durne
Titre(s) : Roi de Germanie
Empereur du Saint-Empire
Roi de Sicile.
archevêque de Tarente. Abbé de Neubourg. Abbé de Moyenmoutier. Maximien abbé de Baumgarten Frère de l’empereur Henri VI
comte palatin de Bourgogne
comte du Luxembourg.
Duc de Lorraine et donc souverain sur Bruyères. comte de Frankenbourg. Seigneur de Durne
Avoué de l’abbaye de Amorbach.
Désignation en latin dans l’’acte : Henricus divus Romanorum imperator augustus Angelus archiepiscopus Tarenti Petrus abbas Novi Castri Maximianus abbas de Boumgarten Symon abbas Mediani monasterii Otto comes palatinus Burgundie Symon dux Lotharingie Sigebertus comes de Franckenberc Robertus de Durne
Blason :
Armoiries de l’empereur Henri VI (Codex Manesse).
Archevêque, blason à trouver.
Armoiries de l’Ordre cistercien.
Armoiries de l’Ordre cistercien.
Blason de l'abbaye de Moyenmoutier (Vosges)
Blason de la Bourgogne-comté.
Blason de la maison de Lorraine, porté à partir du frère de Simon, Ferri I.
Armoiries des comtes de Sarrebruck, en possession de Frankenbourg.
Blason des seigneurs de Durne.
Rang et identité des participants à la cour de Bruyères[modifier | modifier le code]

Les participants à la cour itinérante sont en dehors des souverains de rang impérial, ducal ou comtal, des grands décideurs régionaux avec un réseau d’influence non négligeable. Comme à la diète impériale où règne un code de préséance stricte, chacun reconnaît l'ordre dans lequel sont nommés les participants: les prélats ont la préséance, y compris les abbés locaux qui n'ont pas le pouvoir temporel d'un duc de Lorraine par exemple. Othon n'est que comte de Bourgogne-Comté par rapport au duc lorrain, mais il est le frère de l'empereur. Seul le comte de Frankenbourg arrive après Simon de Lorraine. Les abbés de Neubourg par exemple sont en étroite relation avec le Saint-Siège. Pierre, abbé de Neubourg, témoin à Bruyères, est surtout un homme de confiance du pape Innocent III qui lui confie de nombreuses missions; le pape le nommera par exemple légat papal en 1202 pour se rendre à Mayence pour prêcher la croisade[44]. Sa présence à Bruyères pour traiter d’un litige qui engage un chapitre religieux en plus des autres prélats présents en dit long sur le poids qu’a pu avoir le camp ecclésiastique dans la décision de l’empereur. Le témoignage de l'archevêque de Tarente est étonnant car cet archidiocèse est à l'extrême sud de l'Italie. Il est fort probable que ce soit un prélat qui suit l'empereur quelque temps comme conseiller ou ami personnel.

Le personnage le plus énigmatique est Robert de Durne car il n'est pas un haut dignitaire et il n'est pas local.Les seigneurs de Dürn deviennent haute noblesse sous le règne des Hohenstaufen, les seigneurs de Durne (Walldürn à l’est de Amorbach) sont possessionnés dans l’Odenwald, où l’abbaye cistercienne d’Amorbach joue le rôle de pôle central de la seigneurie. Les seigneurs de Durne en assurait l’avouerie. Ils étendent leurs propriétés par un mariage avec la fille héritière des comtes de Lauffen. Ils perdent en importance vers 1271, doivent vendre leurs terres au chapitre archiépiscopal de Mayence la maison von Dürn s’éteint sans héritier en 1332[45],[46].

Son cas est intéressant car il illustre très bien le fait que la cour itinérante est composée de personnes permanentes qui suivent le souverain et l'assistent dans de nombreuses tâches probablement. Robert de Durne (ou Ruprecht von Dürn) est avec Frédéric Barberousse à Herstal le 3 octobre 1171[47] et en à Arles en 1178. Avec son fils >Henri VI, Il est à Worms le 16 juillet 1195 (17 août) avec Henri VI au profit de l’abbaye d’Ebrach, commune de Schwabach[48], [49]

Robert de Durne appartient au cercle des mécènes de Wolfram von Eschenbach[50], ce qui intègre l'idée que l'art accompagnait aussi les souverains dans leur périple. Par exemple, le minnsesänger Bligger von Steinach accompagne les empereurs dans leurs périples de la cour itinérante. Bligger est cosignataire plusieurs fois avec le marquis Boniface de Montferrat , croisé et futur roi de Thessalonique[51] qui resta quelques mois avec Henri VI en Germanie. De Montferrat, von Steinach et de Durne sont par conséquent une forme de courtisans, des proches de l'empereur qui apprécie probablement les relations et les goûts artistiques. Robert de Durne suivra également la cour itinérante de Henri VI en Italie en 1197. Il décédera pendant ce périple. Son fils Ulrich de Durne apparaît quant à lui à la cour itinérante du roi Ludwig de Souabe.

L'autre personnage anonyme de la charte de Bruyères fait le lien avec tous les autres sites de la cour itinérante de Henri VI: il s'agit du protonotaire impérial Albert. C'est lui qui rédige et dresse les actes. Il est indubitablement celui qui voyage autant que l'empereur. Il aura comme simple greffier parcouru une grande partie de l'Europe occidentale du nord au sud.

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Création d'un tonlieu et la franchise par la loi de Beaumont[modifier | modifier le code]

Villes sous la charte de franchise de la loi de Beaumont en Lorraine, Bruyères en rouge.

Le bourg de Bruyères commence à prendre véritablement de l'importance vers le milieu du XIIIe siècle lorsque la duchesse régente Catherine de Limbourg y établit un tonlieu ; il devient une véritable ville lorsque le duc Ferry III, fils de cette dernière, sous le coup de la loi de Beaumont. Le mouvement d’affranchissement est lié en Lorraine comme d’ailleurs dans d’autres régions d’Europe occidentale à l’histoire agraire et commerciale sur laquelle des facteurs parallèles à caractère religieux ou financier ont eu un impact certain. Sur le territoire lorrain actuel, un peu moins de 300 chartes ont été accordées par différents souverains entre 967 pour Morville-sur-Nied et 1350 pour la ville haute de Montmédy. Les chartes de franchise ont considérablement baissé à partir de la moitié du XIVe siècle à cause des épidémies, notamment de la peste, des guerres, des troubles sociaux et à cause du départ des Lombards[52].

Bruyères fait exception par le fait qu’elle se trouve très éloignée des zones à forte concentration de franchises ; la forte majorité des chartes d’affranchissement se trouve dans l’actuel département de la Meuse et le nord de l’actuel département de Meurthe-et-Moselle, ce qui correspond pour l’essentiel à l’ancien comté de Bar. En revanche, il existe des grandes zones blanches où les chartes de franchise ont été refusées par les seigneurs locaux. C’est le cas de l’évêché de Metz avec toutes ses dépendances réparties sur le sol lorrain, l’évêché de Toul, le bailliage d’Allemagne au nord et dans la partie montagneuse des Vosges où la densité des villes affranchies est quasi nulle en dehors de Bruyères et Saint-Dié au titre de l’avouerie du duc de Lorraine [52]. Le nombre des villes affranchies dans les Vosges est faible car c’est là que sont possessionnées les grandes abbayes et les grands chapitres (Insigne chapitre des chanoinesses de Remiremont, chapitre canonial de Saint-Dié, abbaye de Moyenmoutier, Abbaye Saint-Pierre d'Étival, abbaye d'Autrey, abbaye de Senones)[53]. Les terres ecclésiastiques sont réputées hostiles aux franchises d’abord parce que le droit canon de l’église interdit aux évêchés d’amoindrir les biens de l’église, et en particulier ceux qui rapportent des revenus. C’est d’ailleurs le cas aussi pour l’abbaye de Saint-Mihiel pourtant dans la partie très affranchie de l’Ouest lorrain [52]. Dans les seigneuries ecclésiastiques et les zones germanophones de la Lorraine, il y a la concurrence très forte des rapports de droit, des coutumiers de cour seigneuriale, des droits d’avoués, mais aussi les droits domaniaux, les règlements de villages, le règlement des cours colongères etc. Les Weistümer, lois rurales ou villageoises selon le rapport de droit, sont en réalité le mécanisme inverse des chartes de franchise de la zone romane car ils sont en priorité destinés à définir les droits et les revenus des seigneurs et non ceux des bourgeois ou des manants. De même, ils sont très souvent oraux ; le passage à l’écrit se ne se fera que progressivement[54]. L’autre explication est d’ordre socio-économique : les structures agraires et seigneuriales dans les zones peu affranchies sont très différentes et reposent souvent sur la pratique ancestrale des rapports de droit. De même, au XIIe siècle, la partie montagneuse du duché de Lorraine et encore peu peuplée à part quelques agglomérations en marge du massif et le début de quelques granges : les rares documents cartographiques et les documents écrits parlent de silva Vosegus (forêt [dense et impénétrable] de Vosges) ou d’heremus Vosegus (désert de Vosges) ; à l’époque des affranchissements, le terme générique de « montaignes de chaumes » semble l’emporter [54]. En revanche, la partie occidentale la plus proche de la Champagne et de la Bourgogne ont connu plus tôt un essor économique lié aux routes commerciales, aux foires de Champagne et au négoce de la laine[52].

Il faut aussi tenir compte du fait que le duc de Lorraine à l’époque féodale n’est pas encore un prince très puissant ; à cette époque, il est encore un fidèle vassal de l’empereur lié à sa famille ou à ses réseaux d’influence[55]. Il règne sur un territoire morcelé et entouré de petits états, pour la plupart ecclésiastiques. Pour les Bruyérois, la première frontière est proche puisqu’elle est non loin de Grandvillers pour entrer dans le temporel de l’évêché de Metz auquel appartient l’enclave de Rambervillers[56]. Deux siècles plus tard, quand la France annexera les Trois-Évêchés[57], les usages linguistiques marqueront cette distinction dans les esprits puisque les Lorrains diront « les Français » pour désigner en fait des sujets français de culture lorraine. Au début du Moyen Âge, les comtes de Bar sont clairement plus innovants et économiquement plus puissants que les ducs lorrains[52]. Cette rivalité entre la Lorraine et le Barrois se poursuivra encore quelque temps jusqu’à ce que le duc de Lorraine l’emporte et intègre le Barrois dans ses états. Jusqu’en 1350, les comtes de Bar ont effectivement procédé à 65 affranchissements alors que les ducs de Lorraine n’en ont concédé que 17. Si l’on rajoute les alliés et les seigneurs proches parents de la maison de Bar (Apremont, Vaudémont, Luxembourg, Chiny, Commercy) et même les évêques de la principauté épiscopale de Verdun, le contraste entre les deux maisons à l’ouest et à l’est de l’actuelle Lorraine est saisissant : les comtes de Bar et leurs alliés ont concédé 154 chartes de franchise contre les 17 des ducs lorrains. Les abbés de Gorze en ont accordé 6, les princes-évêques de Metz n’en ont prononcé que 5, et les abbés de Juvigny 3[52].

Bruyère est donc une double exception dans ce paysage des affranchissements: premièrement, le bourg est situé dans les terres du duché de Lorraine a priori peu favorable à ce type de charte ; deuxièmement, il est localisé dans une tache blanche des zones affranchies. Il demeure donc la question de savoir pourquoi les ducs de Lorraine ont accordé à la petite cité de Bruyères une charte de franchise selon la loi de Beaumont. La moitié des chartes prononcées par les ducs de Lorraine a été destiné aux localités avec un château ducal. On peut parler d’une charte castrale en réalité. Il s’agit d’assurer l’entretien des fortifications aux confins du duché. Outre la présence du château en marge des terres du chapitre de Remiremont, Bruyères est le siège d’une prévôté avec des représentants du duc su place pour l’administration et la basse justice. Enfin, la position géographique du bourg sur la route d’Alsace vers Épinal et le plateau lorrain ou vers la Bourgogne par la Vôge lui permet au fil des siècles de devenir une ville marchande d’une part, mais aussi une cité relais pour la partie montagnarde au sud. Bruyères gardera cette position de siège prévôtal, plus tard bailliagère vis-à-vis de la montagne tout comme Arches, siège de la plus grande prévôté montagnarde lorraine en superficie. En gros, le duc lorrain réplique sur ses terres aux nombreux affranchissements octroyés par les comtes de Bar sur les terres de passage et de commerce comme le défilé de l’Argonne, les routes de Bourgogne. D’ailleurs, il procède en 1263 à un affranchissement groupé avec les chartes castrales accordées en même temps à Bruyères et aussi à La Neuveville-sous-Montfort, Châtenois et Arches[58],[52]. Pour Bruyères, il s’agit d’abord d’une charte castrale destinée à consolider et entretenir le château. Il s’agit également du bourg dont la vocation commerciale sur une voie de passage entre la Lorraine et l’Alsace a été décisive.

L’autre avantage de Bruyères est la présence d’une table de prêt de Lombards. Car les chartes délivrées le sont à titre onéreux. Les prêteurs sur gage italiens pouvaient avancer les sommes dues en récupérant leur mise sur les droits de bourgeoisie réclamés aux habitants de Bruyères, anciens et nouveaux. Un affranchissement selon la loi de Beaumont ne signifie pas pour autant que les bourgeois de Bruyères disposaient d’une grande liberté par rapport aux serfs majoritaires des campagnes[58]. En réalité, même s’ils avaient moins de contraintes physiques et serviles, ils tombaient souvent dans une situation de servitude pécuniaire[52]. L’argent servait de monnaie d’échange pour ne pas être astreint à telle ou telle corvée. Inversement, il faut reconnaître que les bourgeois des villes affranchies ont en retour des avantages financiers qui portent sur les tonlieux, les taxes et autres droits. En résumé, Bruyères, malgré sa situation excentrée par rapport aux grands axes de communication au XIIIe siècle, rassemblait donc plusieurs critères qui poussa le souverain à soumettre la ville à la franchise de Beaumont : elle suit la règle générale qui fait que les cités qui passent sous la Loi de Beaumont correspondent à un schéma basé sur trois piliers : la présence d’un château sur une voie de passage, une charte de franchise pour faciliter le commerce et réglementer l’installation des bourgeois et une table de prêt conduite par des Italiens. Il faut aussi y ajouter son siège de prévôté et son rayonnement sur les campagnes environnantes à divers niveaux. Cela renforce son caractère de centralité[59] et crée un maillage avec les hameaux et granges d'un large secteur montagnard au sud-est du bourg.

Comptoir lombard[modifier | modifier le code]

Lieux ayant eu un comptoir lombard au XIVe siècle
Contexte historique[modifier | modifier le code]

La cité marchande bruyéroise a bénéficié pendant quelque décennies d’une « casane » [60] ou en français d’une table de prêt et de change lombarde[61],[62] dont on ne peut préciser la situation dans la ville d’aujourd’hui. La présence des banquiers-marchands du nord de l’Italie dans une bourgade indique que les besoins en argent sont importants bien les documents servant de sources aux historiens parlent très peu des tables rurales. Il est clair que les sommes engagées et le public se présentant au comptoir différaient nettement des tables situées dans les villes ou les sièges bailliagers. Les souverains, les princes et les prélats faisaient en effet aussi partie des gros clients des Lombards. L’ouverture d’un comptoir lombard aux marges du massif montagneux s’est portée sur Bruyères car l’abbaye de Remiremont ne voulait pas d’usuriers juifs ou lombards sur ses terres. Le duc de Lorraine a dû s’engager dans un accord conclu le 12 mars 1327 avec l’abbaye à ne pas fonder d’établissements de prêt sur gage dans les châteaux où elle est en totalité ou en partie souveraine ou justicière. En échange, le duc se réserve le droit d’établir un comptoir dans les châteaux de ses fiefs et de ses gardes où les abbesses n’ont pas de part[63]. Le château de Bruyères entre dans cette catégorie des châteaux de garde au titre de l’avouerie et, malgré quelques réserves des abbesses, il est situé sur les possessions des ducs lorrains.

Concernant l’installation des prêteurs sur gage d’origine italienne dans le duché de Lorraine et les principautés voisines, il est souvent fait référence aux travaux de recherches du médiéviste et ancien doyen de l’université de Nancy, Jean Schneider. Les conclusions de Schneider sur les activités de prêt et finalement d’usure par les Lombards permettent de replacer et de mieux appréhender le comptoir italien de Bruyères.

  1. Il faut distinguer les « Toscans » des « Lombards »[64]: les premiers ont très peu fréquenté la Lorraine par opposition aux Lombards[65]. Ce sont les ducs lorrains et les comtes de Bar qui prennent les premiers contact avec les compagnies de Sienne et de Florence : ils se portent garants des emprunts contractés par les prélats et par la suite pour eux-mêmes. Les ducs cessent leur collaboration avec les Toscans qui connaissent un certain déclin au tout début du XIVe siècle. Les comtes de Bar poursuivent jusqu’en 1336 ; ils sont clients des banques placentines et florentines avec lesquelles ils traitent aux foires de Champagne ou Paris. En conséquence, les Toscans sont répartis en France, aux Pays-Bas et en Angleterre, ils sont marginaux en Lorraine et les terres rhénanes[66].
  2. À partir du milieu du XIIIe, Les voies de communication et d’échange à travers les Alpes s’améliorent ou de nouvelles routes favorisent la mobilité des marchands. Cette fois, ce sont des Lombards (en réalité le terme désigne aussi des Italiens des zones limitrophes). Les princes allemands du Sud-Ouest s’intéressent au potentiel économique des cités italiennes, notamment Milan. Pour la Lorraine, ce sont les bourgeois ou citains d’Asti et de Chieri qui viennent davantage pour fonder des tables de change ou de prêt[66]. Il n’est pas exclu qu’en réalité ils fuient leur pays après avoir fait le choix des gibelins dans les conflits de factions internes en Italie.
  3. Tous les chefs-lieux des prévôtés du duché Lorraine et du comté de Bar, les centres administratifs et certaines campagnes obtiennent l’ouverture d’un comptoir lombard. La châtellenie de Bruyères entre dans cette catégorie. Comme pour les chartes d’affranchissement, Bruyères se caractérise par l’isolement frappant de son comptoir par rapport à la forte concentration de tables de prêt dans les régions limitrophes de la Bourgogne et de la Champagne. En Lorraine thioise, seulement Thionville et Boulay ont un comptoir lombard. Les Lombards ont privilégié les terres welsches de Lorraine[67]
  4. Les Lombards sont chassés du duché de Lorraine en 1358 et ils quittent le comté de Bar vers 1390. Il en reste quelques rares au XVe à Metz (La ville libre et la principauté ecclésiastique de Metz), Toul et Vézelise[66].
Identité et activités des Lombards à Bruyères[modifier | modifier le code]

Par manque de sources locales et de matériel à analyser, il est difficile de reconstituer la vie du comptoir lombard de Bruyères comme d’ailleurs la plupart d’entre eux[68]. Mais il n’est pas farfelu de penser que les pratiques des prêteurs sur gage de Bruyères ont été sensiblement identiques à celles des régions dont les chercheurs disposent de plus de documents. De plus, les familles lombardes étaient très interconnectées : une même famille formait une compagnie qui avait en fait plusieurs tables en Lorraine et dans d’autres états de la Belgique à la plaine rhénane en passant par le Luxembourg. La Lorraine est encore très agraire à cette époque, elle est davantage une terre de passage vers les Flandres et la Champagne[69] L’activité principale du comptoir est le change, le prêt sur gages et pour certains secteurs une implication importante dans le commerce local ; en Meuse, par exemple, les Lombards sont très impliqués dans le négoce de la laine, dans d’autres secteurs le vin ou le sel.

Certains noms des familles les plus répandues en Lorraine sont étonnamment souvent francisés alors que les médiévistes s’accordent pour dire qu’ils ne sont pas du tout intégrés dans la société lorraine[70] : ce sont les Isnard, les Graixelle, les Courteson et les Buni[71]. Des familles moins représentées portaient les noms Paanin, Vagnone, Asinari, Pelletta, Solaro, Turchi et Guttuari[72]. Parfois, les Lombards (« Lombairs » en patois lorrain) deviennent citains des villes libres ou bourgeois de villes marchandes. Pour la casane de Bruyères, Jean Schneider ne cite aucun nom. Les plus proches sont les Buni à Bayon et Vézelise et les Guaschi à Ormes.

Le taux d’intérêt variait souvent et s’adaptait au public. En moyenne, il reste dans une fourchette allant de 43,33 % à 65 % par semaine (Soit 3 deniers par livre par semaine). Au-delà de 3 livres prêtés, le taux peut baisser à 21,66 %[73]. Il n’est pas exclu que les Lombards des campagnes aient aussi été des prêteurs à la petite semaine. La flexibilité a dû s’imposer à eux plus d’une fois tant avec les puissants qui faisaient pression qu’avec les serfs et manants qui n’avaient pas forcément une image très positive des usuriers à l’instar des prêteurs juifs.

Il faut différencier le comptoir lombard des grandes villes, dont Metz par exemple, du petit établissement rural comme certainement celui de Bruyères. À Metz, la maison des Lombards est spacieuse : elle dispose de plusieurs salles (halles ou salles voûtées), auxquelles il faut ajouter les caves. Les objets déposés en gage sont stockés dans des salles attitrées ; les comptoirs urbains ont une salle pour les vêtements, une autre pour les toiles, une autre pour la vaisselle en or, argent ou étain, une autre pour les pièces de monnaie, bijoux, une autre pour les objets de moindre valeur, y compris les ustensiles de cuisine sans réelle valeur marchande. En ville, les seigneurs et prélats empruntent entre autres pour financer les frais de leurs voyages. Le point commun des tables de prêt lombardes est un agencement des salles : généralement, tous les objets sont déposés dans une ou plusieurs salles. Dans chaque salle, des « banques » [74]., mot d’emprunt à l’italien banco signifiant « comptoir avec caisse » ou « table d’un magistrat ou d’une personne représentant l’autorité publique »[75], sont placées sur le pourtour de la salle contre les murs [76].. À la cave ou dans les salles avec les pièces, bijoux et vaisselle, les prêteurs utilisaient des « huches » ou « huges », c’est-à-dire en langue lorraine des coffres ou buffets bas avec ou sans serrure[77].

Pour Bruyères, il n’est pas exagéré de ramener la maison des Lombards à des proportions plus modestes. Une grande salle et une cave seraient concevables. Il n’est pas sûr par exemple qu’il y ait eu besoin d’une salle entièrement réservée aux houppelandes, pourpoints et autres manteaux luxueux, ou une autre salle consacrée aux hanaps et à la vaisselle en argent. Le public de petits marchands ruraux a d’autres besoins. Le nombre de maisons issues de la haute noblesse dans les environs de Bruyères est objectivement réduit au XIVe siècle. Dans les campagnes, les Lombards s’adaptent aux activités locales. On peut supposer qu’ils avaient en rase campagne des granges en plus de leur salle de dépôt au centre-ville car ils devaient stocker également les produits agricoles et d’autres remboursements en nature qui prennent de la place. Le fait d’être remboursé par une partie de la récolte engendra un commerce de céréales, mais aussi suivant les régions de vin ou de sel. Dans certaines villes, comme à Toul par exemple, une charrette des Lombards suivaient le sergent chargé de collecter les taxes municipales. On y déposait les objets mis en gage. Ou bien les personnes qui ne pouvaient pas payer recevaient une cédule qui leur permettait de récupérer leurs biens contre paiement de la somme avancés par les Lombards en leur nom. Parfois l’argent avancé était gagé sur les récoltes du domaine seigneurial. Les seigneurs demandaient aux Lombards des avances sur les censives futures. Les Lombards avaient l’autorisation de mettre en vente les objets que les débiteurs n’avait pas dégagés au bout d’un an ; cela signifie que les prêteurs sur gage deviennent assez rapidement aussi des commerçants dans les zones rurales. Ils pouvaient acquérir des denrées en volume parfois importants. Le retour des Lombards en Italie après leur disgrâce ou leur faillite en Lorraine et dans le Barrois s’est progressivement. Les actes des communes révèlent que les comptoirs des bassins de la Meurthe et la Haute-Moselle, donc celui de Bruyères compris entre Meurthe et Moselle, sont ceux qui ont été rapidement abandonnés par comparaison aux autres établissements de Lorraine. Les explications sont nombreuses et ramènent le plus souvent aux guerres locales, aux épidémies, aux bouleversement que connaissent les routes commerciales et les foires de Champagne. À cela s’ajoute la difficulté de pratique le prêt ou l’usure en complète illégalité d’après le droit canonique après le concile de Vienne en 1311 qui déclare hérétiques les défenseurs de l’usure [78].

Ville contigüe et merchisante ès frontières d'Allemaigne[modifier | modifier le code]

C'est ainsi qu'est désignée Bruyères le 28 février 1473 dans une lettre du bailli de Nancy adressée au lieutenant de Bruyères, Huyn Roynette[79]. Cette vocation de ville commerciale dans la vallée de la Vologne qui rejoint le col du Bonhomme par le col du Plafond est confirmée par une lettre du duc René II « aux manans et habitans de Bruyères ». Il faut comprendre « Allemagne » ici dans le sens de terres où l’on parle allemand, quelle que soit sa forme dialectale, donc pour la ville de Bruyères, il s'agit de l'Alsace après le col du Bonhomme.

Le marché aux bestiaux: du pâquis à la place Stanislas[modifier | modifier le code]

Kiosque de Bruyères sur la place Stanislas, anciennement pâquis du foirail aux bestiaux.

Dans la Lorraine du XVIe siècle, le faubourg de Bruyères se développe progressivement pour obtenir une réputation de ville marchande spécialisée dans le commerce des bestiaux. Un pâquis au bout de la grande rue marchande sert d’emplacement annuel aux foires à bestiaux. Par ailleurs, Bruyères est située sur une route de commerce secondaire entrelL’Alsace et la Lorraine où le négoce ou le transport du vin prennent entre autres une part importante. L’activité de ville de transit impacte clairement l’économie locale dont les bourgeois de la ville tirent profit. Certains bourgeois de Bruyères ont des succursales dans des cités marchandes voisines ; parfois ils s’y installent quelques décennies ou y prennent pied comme à Saint-Dié ou à Rambervillers[80].

Forains et acheteurs des campagnes environnantes côté montagne vosgienne sont de plus en plus attirés par le marché bruyérois. L’axe Saint-Dié, Bruyères et Épinal par la vallée de la Vologne en contrebas du massif forestier de la forêt de Faîte permet une circulation aisée. Par conséquent, les foires aux bestiaux des deux villes lorraines des vallées de la Meurthe et de la Moselle arrivent à écouler leurs bestiaux sur leur propre marché respectif[80] ; en revanche, le marché aux bestiaux de Bruyères l’emporte sur celui de Rambervillers pénalisée par sa position excentrée au pied de la côte gréseuse et par ses taxes douanières. Cette cité appartient en effet au temporel de l’évêché de Metz qui passera en outre sous protectorat français en 1552. Pour les Bruyérois, il faut passer une frontière. Il n’empêche que la tradition voulait que les invendus de la foire de Bruyères soient écoulés sur le marché rambuvetais[80]. En revanche, pour les grains et les céréales, les Vosgiens de la montagne descendaient à Rambervillers pour aller s’approvisionner sans que la ville ait jamais joué le rôle de cité marchande entre le plateau lorrain et la montagne vosgienne[80]. L’activité marchande sourit aux bourgeois bruyérois puisque les grands marchands n’hésitent pas à accorder des prêt à intérêt comme activité secondaire. L’écrasante majorité des emprunteurs sont des paysans et à peine 8 % sont des bourgeois et artisans[80].

On retrouve des marchands, bourgeois de Bruyères, dans les transactions faites sur les marchés des villes voisines. À Saint-Dié, la grand’rue extra-muros accueille les marchands des villes voisines qui y restent une bonne partie de leur carrière et font certainement la jonction avec des parents restés dans la ville d’origine. C’est le cas de marchands bruyérois[81] Au XVIIe siècle, Bruyères compte cinq foires annuelles. On vend à Bruyères des centaines de bovins sur le pâquis qui sera aménagé et embelli en 1769 pour devenir la place Stanislas ; 10 ans plus tard, une rangé de tilleuls est plantée sur le pourtour de la place. La halle aux grains n’arrive qu’en 1703.

Marchand de bestiaux juif alsacien par Alphonse Lévy.

Qui dit commerce des bestiaux dans l’Ancien Régime, dit immédiatement communauté juive puisque cette activité lui a été longtemps associée[82],[Note 7] comme l’usure. Or, comme dans le reste du département des Vosges, les premiers juifs ne s'installèrent à Bruyères qu’en 1791 après leur émancipation[83]. On peut néanmoins supposer que des marchands de bestiaux juifs alsaciens ont arpentés le pâquis de Bruyères avant l’installation d’un minian non loin de la place Stanislas au XVIIIe siècle., c’est-à-dire avant leur expulsion du duché de Lorraine par le duc René II en 1477 pour prétendue intelligence avec l’ennemi bourguignon[84]. Les juifs colporteurs et marchands de bestiaux étaient majoritairement alsaciens car ils furent autorisés à revenir s’installer en Alsace à partir du XVIe siècle contre le XVIIIe siècle en Lorraine à l’exception de la cite de Metz qui le fit également deux siècles plus tôt[Note 8].

Le marchand de bestiaux ne se limitait seulement au commerce des animaux de boucherie, il s’occupait aussi des animaux vivants destinés à l'élevage, la reproduction ou l'engraissement.On y trouvait des veaux de trois semaines, broutards, du bétail maigre adulte, des vaches destinées à l'embouche, des génisses et vaches de reproduction, des porcelets[85]. Par ailleurs, il est également fait mention d’achat de taureaux pour le marché aux bestiaux de Bruyères au XVIe siècle[80] ; il ne faut effectivement pas oublier que les bêtes de trait étaient très importantes avant l’introduction des machines et des véhicules motorisés. Le négoce du bétail maigre ou le bétail d'élevage plaçaient le négociant entre deux éleveurs. En réalité, les marchands de bestiaux sont très proches du monde de l'élevage, le plus souvent ils sont eux-mêmes d'origine paysanne. Ils connaissent le milieu finalement même si on peut dire qu’ils ont réussi une certaine ascension sociale : les marchands de bestiaux remplissent des fonctions électives à l’échelon local et régional. Mais la profession est souvent décriée[85].

Il est difficile de dire combien d’animaux étaient vendus à chaque foire à bestiaux à Bruyères malgré sa bonne réputation dans le secteur vosgien. Il est acquis que des centaines de bêtes étaient écoulées à chaque fois. Si le nombre de bêtes de boucherie correspond fatalement aux nombres de bêtes vendues, les bêtes d’élevage ou pour engraissement peuvent très près passer d’un marché à un autre entre la phase où elles sont des veaux, puis des jeunes bêtes maigres et enfin animaux adultes. Il n’est pas exclu que des bestiaux aient été vendus la veille de la foire car certains acheteurs venaient de loin en Alsace, en Lorraine ou en Bourgogne. À l’auberge, la nuit, ils pouvaient commencer leurs affaires pour être sûr d’avoir les quantités recherchées. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’a été instituée la vente à la cloche, c’est—à-dire à heure fixe pour tout le monde[86]. Malheureusement, il n’existe pas beaucoup de représentations des marchés aux bestiaux anciens. « La gravure, dès le Moyen Age, nous montre l'importance des foires, mais les marchés ne se sont développés dans la peinture qu'au XVIe siècle et les études comparées avec des cartes postales démontrent qu'il y a une centaine d'années peu de choses avaient encore changé. » [87]

Bruyères qui dans sa période faste aura jusque 5 foires profite de cette position de centralité et de zone de contact car les foires sont des lieux de partage et d’échanges où l’information passe, les langues et les patois se mêlent sur le foirail. A Bruyères, on entend forcément les intonations germaniques des Alsaciens les variantes phonétiques des patois comtois ou des Vosgiens des « hauts ». En outre, il s’agit d’un monde quasi exclusivement masculin ; les vendeurs et les acheteurs se retrouvent dans les cafés et auberges de la grand-rue, lieux également fréquentés par les hommes[88].

Les velléités lotharingistes du duc de Bourgogne[modifier | modifier le code]

En 1475, la ville est en effet occupée par les Bourguignons dont le duc Charles le Téméraire veut s’approprier le duché lorrain pour relier ses deux possessions : le duché de Bourgogne et les Pays-Bas espagnols. En 1476, grâce à une ruse du Bruyérois Varin Doron, parti chercher secours à Strasbourg auprès du duc René II, et grâce à l’engagement de nombreux villageois de Laveline-devant-Bruyères, la cité est libérée en 1476. Depuis, les descendants des braves combattants de Laveline portent le titre et le blason des gentilshommes de Laveline jusqu’à la Révolution française[89]. Ce titre de noblesse est également transmis par les femmes.

Article détaillé : Varin Doron.

Communautés monastiques et loges maçonniques à Bruyères (XVIIe - XVIIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Annonciades des Dix Vertus de la Vierge Marie[modifier | modifier le code]

Symbole de l’ordre de l’Annonciade.
Généralités sur l’ordre des Annonciades rouges[modifier | modifier le code]

Aux XVIe siècle, Jeanne de Valois, épouse répudiée[90] du roi de France, Louis XII, fonde un nouvel ordre religieux en se reposant sur la règle monastique rédigée par le confesseur de la reine et gardien du couvent franciscain d’Amboise, le père Gabriel-Maria ; il ira défendre cette règle par deux fois au Saint-Siège. Sur une carte de France, trois secteurs ressortent clairement pour le nombre de fondations annonciades crées : l'Aquitaine, la région parisienne et la Lorraine ducale hors terres évêchoises[91]. Seul un couvent ne perdurera pas jusqu’à la Révolution française à cause des vicissitudes de la guerre de Trente Ans, celui de Bruyères. Le premier couvent dans le Barrois essaimera ses fondations dans les autres régions lorraines ou barrisiennes[92] :

  1. Ligny-en-Barrois (Meuse) 1554-1792;
  2. Varennes-en-Argonne (Meuse) 1624-1791;
  3. Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle) 1626-1792;
  4. Neufchâteau (Vosges) 1630-1792;
  5. Bruyères (Vosges) 1631-1635;
  6. Badonviller (Meurthe-et-Moselle) 1633-1792;
  7. Bar-le-Duc (Meuse) 1678-1792,
  8. Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) 1623-1792;
  9. Clermont-en-Argonne (Meuse) 1624-1783;
  10. Vaucouleurs (Meuse) 1647-1790-91.

La règle de l'Annonciade datant de 1517 est inspirée de celle de l’ordre franciscain selon la stricte observance. Elle met par conséquent l’accent sur la pauvreté, l’humilité totale et une foi qui s’exprime davantage dans les actes que dans l’étude et la lecture. Cela revient à vivre l'Evangile sur les pas de la Vierge Marie dans la vie contemplative pleinement vécue comme une joie et un achèvement personnel[91]. Les annonciades portent un scapulaire rouge enfilé sur une robe grise, avec un voile noir[90]. Comme l’atteste les lettres de Catherine de Bar, la pratique de la cilice, de la ceinture de fer et les privations ou les vexations font partie du quotidien du couvent de Bruyères [93]. Contrairement à leurs frères franciscains ou capucins, les sœurs annonciades vivent en clôture. Comme elles ne sortent pas et ne peuvent vivre de la mendicité comme leurs homologues masculins, elles tirent leur subsistance de leur propre travail, lequel prend des formes très diverses suivant les régions et les opportunités locales[91]. Les dons et les legs des sœurs elles-mêmes jouent un rôle non négligeable. Les couvents de l’Annonciade s’occupaient assez souvent d’écoles, d’ouvroirs[Note 9] ou de pensionats pour les jeunes filles[91]. Le couvent est dirigé par une ancelle, nom donné chez les annonciades ou les capucines à la mère supérieure[94]. Elle a une adjointe sous-ancelle ou sous-prieure. En Lorraine historique, c’est le couvent de Ligny-en-Barrois créé en 1554 par des sœurs venues de Bourges qui servit de maison-mère à partir de laquelle sept autres fondations furent créées, dont le couvent de Bruyères. Sur les huit couvents, sept perdurent jusqu’en 1792, date à laquelle toutes les maisons annonciades furent fermées et les sœurs dispersées avec leurs biens[91].

L’éphémère couvent de Bruyères et période bruyéroise de Catherine de Bar[modifier | modifier le code]
Mère Mechtilde du Saint-Sacrement, ici bénédictine, précédemment Mère Saint Jean l'Évangéliste, ancelle du couvent annonciade de Bruyères.

Ce sont deux sœurs provenant du couvent de Saint-Nicolas-de-Port, ville marchande comme Bruyères et, en plus, important lieu de pèlerinage en Lorraine, qui viennent créer une maison à Bruyères en 1631. Il s’agit de Mère Angélique et sa sous-prieure qui retourneront dans le couvent de profession une fois leur mandat de mère supérieure arrivé à terme. Dans les ordres inspirés de la règle de saint François d’Assise, les charges de direction doivent tourner entre les frères ou sœurs afin que chacun et chacune apprenne à redevenir simple frère ou sœur dans la communauté. En 1634, la mère Angélique repart avec sa consœur à Saint-Nicolas-de-Port. Bien que détruit quatre ans plus tard en 1635 pendant la période franco-suédoise de la guerre de Trente Ans, les traces écrites montrent que le couvent des Annonciades des Dix vertus de la Vierge Marie à Bruyères étaient situé dans le prolongement du presbytère actuel dans la ruelle perpendiculaire à la rue du Haut de la ville. Il ressort de la correspondance entretenue par quelques sœurs avec leurs proches et leurs protecteurs que le couvent était plutôt intra muros car le frère capucin qui vient les prévenir de l’approche de troupes ennemies ne les croit pas en sécurité dans ce petit bourg et qu’il fallait en sortir pour aller dans une autre ville plus fortifiée[95]. En tout cas, le couvent se trouve sur le tracé des anciennes murailles de la ville qui longeait l’actuel emplacement de l’église paroissiale.

De fait, contrairement à la capitale lorraine où le couvent annonciade s’en sort indemne, les petites bourgades peu protégées par des murailles rudimentaires ou vieillissantes ne peuvent échapper à la destruction, au pillage et aux exactions multiples des troupes de tous les camps, mais aussi aux razzias et aux expéditions punitives de la guerre de Trente Ans. Du même coup, elles ne sont pas en mesure de protéger leurs communautés religieuses cloîtrées en rase campagne [96]. Ce sont des mercenaires pluriethniques à la solde de la France entrée en guerre dans le camp des protestants conduits par les Suédois qui détruisent entre le 4 et le 11 novembre 1635 les couvents annonciades de Bruyères et Saint-Nicolas-de-Port, et le couvent de la Congrégation de Notre-Dame à Saint-Nicolas[96].

Une des très jeunes moniales, entrée au noviciat en 1632 dans le couvent de Bruyères à l’âge de 17 ans, deviendra célèbre plus tard pour sa longue carrière religieuse peu linéaire qui l’amènera de la Lorraine à la Normandie : Catherine de Bar originaire de Saint-Dié. Par sa correspondance[97] et ses mémoires[98], tous s’accordent pour dire que le fait d’avoir commencé sa vie religieuse à Bruyères si jeune et avec autant d’adversité a marqué sa vie future sur le plan spirituel en premier lieu, mais aussi sur le plan affectif car cette femme garde un lien fort avec la Lorraine en général et le couvent de Bruyères en particulier.

Il convient d’être flexible avec le nom de cette religieuse car, suivant les auteurs et les périodes étudiées de sa vie, Catherine de Bar peut être désignée dans les sources par des noms différents. Au civil jusqu’à sa profession à Bruyères, elle s’appelle Catherine de Bar, née le 31 décembre 1614 à Saint-Dié, fille de Jean de Bar et de Marguerite Guillon[93]. Au moment de prendre l’habit de l’Annonciade, elle prend le nom de Sœur Catherine de Saint Jean[98]. En entrant dans l’ordre bénédictin au couvent de Rambervillers le 2 juillet 1639, elle prend le nom de Catherine Mechtilde [98], nom qu’elle conserve après sa profession aux bénédictines de Rambervillers le 11 juillet 1640, puis dans les maisons de Saint-Mihiel, Paris, Saint-Maur-des-Fossés et Caen [98]. Quand elle fonde l’institut des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement en 1653 dont elle devient abbesse perpétuelle de tous les monastères le 22 août 1654, elle porte le titre de Mère Mectilde du Saint-Sacrement [99].

En se limitant à la période bruyéroise de sœur Catherine de Saint Jean, l’ancrage de cette jeune annonciade dans les Vosges et spécialement la vallée de Saint-Dié remonte à sa famille très fidèle à la dynastie lorraine [93]. Son père résista longtemps à son intention d’entrer dans les ordres car il souhaitait la marier à des notables locaux issus de la haute bourgeoisie ou de la petite noblesse régionale. Par chance, le premier soupirant mourut au champ de bataille et le second entra lui-même dans les ordres [93]. Pour convaincre son père de consentir à une vie cloîtrée, elle tente la médiation de sa sœur Marguerite [93] qui est mariée à Dominique L’Huillier, lieutenant-colonel d’infanterie du duc de Lorraine anobli le 17 janvier 1646[100], gouverneur successivement de Bitche, Hombourg, Neufchâteau et Landsthul. Ce qui l’installe définitivement dans le pays déodatien, c’est l’hérédité de la capitainerie du château du Spitzemberg accordé par le duc lorrain pour bons et loyaux services [98], office qui lui confère la charge de protéger la ville de Saint-Dié. Mais sa sœur ne veut pas aller contre la décision du père et refuse d’intercéder pour Catherine, même quand cette dernière lui propose de lui céder sa part de l’héritage familial. Finalement, le père cède, mais à la condition qu’elle reste à proximité : ce sera donc le tout récent couvent des Annonciades des Dix Vertus de Marie à Bruyères dans le diocèse de Toul qui lui sera recommandé. Tout va très vite, elle entre en 1631, prend l’habit de novice en 1632 et fait profession en 1633 après un noviciat de deux ans[101].

L’ancelle du couvent de Bruyères, Mère Angélique originaire de Saint-Nicolas-de-Port, a un rapport difficile avec elle et l’enjoint de tempérer ses ardeurs et son amour-propre qui selon la supérieure pourrait s’apparenter à de l’orgueil[102]. Sœur Saint Jean arrive à montrer pourtant son sens de l’abnégation exemplaire en s’occupant des sœurs malades de la fièvre maligne en 1633. Comme dans les autres ordres mendiants, la fonction de supérieure tourne régulièrement et les deux sœurs fondatrices du couvent de Bruyères doivent repartir dans leur couvent d’origine. C’est une jeune moniale inexpérimentée, en réalité la nièce du provincial de l’ordre, qui est élue ancelle et Catherine Saint Jean devient son adjointe[93] bien que l’une et l’autre entretiennent une relation tendue entre elles due certainement à leur jeune âge. Toutefois, à peine élue, l’ancelle décède d’une maladie contagieuse et son adjointe prend sa succession. Sœur Catherine Saint Jean devient Mère Saint Jean à vingt ans seulement[93] alors qu’il faut avoir au moins 21 ans normalement. Elle a la charge de 20 moniales. Mais elle ne sait pas encore que son couvent ne va exister que deux ans de plus. La malchance de l’établissement bruyérois est qu’il a été fondé à une époque de troubles récurrents dus à la guerre de Trente Ans.

La fin du couvent des annonciades rouges de Bruyères renseigne donc indirectement sur les événements historiques : les moniales ne sont pas témoins du saccage de la ville et de l’incendie de leur maison en 1635 car elles quittent Bruyères quelques heures avant le passage des troupes ennemies. Elles partent à pied vers Saint-Dié également mis à mal par les pillages ; rejointes par le colonel L’Huillier, le beau-frère de Mère Saint Jean et fervent défenseur de la cause lorraine, celui-ci les prend en charge; elles trouvent refuge chez Jean de Bar, son père. Elles partent pour Badonviller, d’abord dans le couvent des annonciades avec d’autre sœurs, puis dans le château qui est à son tour pris par les troupes franco-suédoises. La menace grandissant dans la ville à cause de l’arbitraire et du comportement imprévisible des hommes de troupes de tous bords, l’exfiltration de mère Saint Jean et de mère Agnès est organisée : habillées en homme, elles sont cachées entre les ballots de la charrette d’un vivandier qui arrivent à passer les contrôles. Les deux supérieures passent l’hiver 1635 cachées dans un grenier à Épinal[103].

Au printemps 1636, elles rejoignent Commercy où elles sont logées chez le marquis des Armoires ; celui-ci fait venir toutes les sœurs du couvent de Bruyères dans son château. Avec l’arrivée de la peste et la poursuite des conflits et malgré la reprise d’une vie religieuse avec de nouvelles novices et pensionnaires, la famine et la maladie déciment la communauté de la prieure mère Sain Jean : il ne reste plus que cinq sœurs, soit un quart seulement. En 1637, mère Saint Jean demande à rejoindre Saint-Dié où son père Jean de Bar a tout organisé. Jean de Bar a déjà perdu une fille et son fils unique, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver la vie de sa fille. Les cinq sœurs font escale quelques semaines à Épinal dans un couvent de la congrégation Notre-Dame fondée par Pierre Fourier. En repartant pour Saint-Dié, Mère Saint Jean tient à revoir son couvent de profession à Bruyères. Mais les mémoires parlent d’un amas de cendres. Une reprise de la vie cloîtrée n’est plus envisageable à Bruyères, il faut poursuivre son chemin et tourner définitivement le dos à une vie monastique dans cette ville. Une fois à Saint-Dié, les doutes assaillent la prieure. Sans la présence de bons conseils d’un capucin et grâce au réseau de personnes influentes dans la région, peut-être que l’ex-ancelle annonciade de Bruyères aurait mal vécu le contact trop prolongé avec le monde séculier vu qu’elle écrira plus tard qu’elle « se croyait tout à fait abandonnée de Dieu »[104]. Son père et une bonne relation ont touché mot à mère Bernardine de la Conception Gromaire, supérieure des bénédictines de Rambervillers. La prieure invita les annonciades rescapées de Bruyères à venir dans son couvent issu de la réforme de la Congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe . Elles y restèrent un an jusqu’en 1639. Dom Antoine de l’Escale, visiteur de cette congrégation, après avoir observé mère Saint Jean, lui proposa une translation simple de ordine ad ordinem[105] pour devenir bénédictine. Comme l’ordre des frères mineurs auquel appartient l’Annonciade y était résolument opposé, mère Saint-Jean envoya une lettre au Saint-Siège qui semble n’être jamais parvenue à destination. Le pape doit généralement se prononcer sur les cas de translations. Néanmoins, 21 ans plus tard, un bref apostolique daté du 20 septembre 1660 et signé par le pape Alexandre VII approuve ce passage à l’ordre bénédictin[104],[98]. Après la destruction du couvent dans les pierres à Bruyères, cette translation de l’ancelle du couvent bruyérois marque la fin définitive d’une maison religieuse annonciade qui aura eu une courte vie et tombera dans l’oubli. Une nouvelle vie commence en revanche pour celle qui deviendra mère Mechtilde du Saint-Sacrement. Dans sa correspondance, on remarque néanmoins qu’elle continue à garder le contact avec la Lorraine[97].

Couvent des Capucins[modifier | modifier le code]

Reproduction d'une carte de la province de Lorraine des couvents capucins au XVIIIe siècle[106]

« L'an 1665, conformément à ce qui avait déjà été décrété il y a fort longtemps en 1626 au chapitre d'Épinal sous la présidence du très révérend père Archange, commissaire général, puis confirmé à nouveau par l'approbation du très révérend père Marc-Antoine, général de l'ordre, lors du chapitre provincial qu'il présida à Neufchâteau, une croix a été érigée à Bruyères dans le territoire des Vosges, la province de Lorraine et l'évêché de Toul. Et malgré les désastres des années passées qui ont ravagé cet endroit par le feu et par les destructions, un couvent et son église ont été entièrement construits en peu de temps grâce aux aumônes des notables réunies par les bons soins et grâce à la sollicitude des supérieurs, avec le travail assidu et au bénévolat des frères et des habitants, et tout cela avec l’important accompagnement spirituel et l’encouragement des montagnards. L’église est dédiée à saint Blaise, évêque et martyr dont le sceau de la maison porte l’image remarquable. »

— P. Séraphin de Bar, Rapport de 1671[107]

Sceau du couvent capucin créé à Bruyères en 1665 représentant saint Blaise.

Cet acte d’érection de croix fait fonction de confirmation officielle d’un projet qui avait déjà été lancé plus tôt. Car plusieurs démarches avaient déjà été engagées quelque temps auparavant :

  • Le 4 mai 1663, le père provincial de l’ordre et les capucins de la province de Lorraine demandent au duc de Lorraine l’autorisation d’établir un couvent à Bruyères[108].
  • Le 29 septembre 1664, une demande a été déposée auprès du grand gruyer de Lorraine, le sieur Vidampierre, pour obtenir la quantité de bois nécessaire pour construire le couvent capucin. L’accord est donné et c’est à la gruerie locale de Bruyères qu’incombe l’obligation de marquer les arbres et de vérifier que l’opération se fait dans les règles et le respect des clauses du contrat[109].

Le couvent capucin de Bruyères est situé dans la province ou custodie de Lorraine (Lotharingia) avec un sceau représentant Saint François d'Assise recevant les stigmates. Le couvent porte un sceau représentant saint Blaise de Veroli. Un couvent des ordres mendiants doit respecter une certaine distance pour ne pas entrer en concurrence avec d’autres couvents, en ville comme à la campagne. En ville, une distance de 500 m minimum est la règle, en campagne il faut également calculer la capacité financière des populations rurales et augmenter en conséquence le rayon d’action des frères pour assurer une quête assurant la survie de la communauté et l’économie du couvent[110]. Le couvent de Bruyères dépasse les limites communales et étend son champ d’action jusque Corcieux, la montagne et la vallée de la Moyenne-Vologne. Les couvents capucins les plus proches et fondés avant celui de Bruyères, entre 1607 et 1624, sont dans des terres ecclésiastiques et canoniales : les chapitres de Saint-Dié, Épinal et Remiremont d’une part, la ville évêchoise Rambervillers d’autre part[111]. Le couvent bruyérois doit venir renforcer la très bonne implantation des frères capucins en terres lorraines par rapport à la province de Champagne qui enlace la province lorraine à l’ouest et au nord en englobant les territoires mosellans actuels jusque Phalsbourg. La concurrence classique entre les Français (custodie de Champagne) et les Lorrains se manifeste également dans la vie religieuse[112] avec des stratégies culturelles et patriotiques[112]. Le capucin du XVIIe siècle est vêtu d’une bure brune et il porte des sandales. Le capuce est long et il est cousu à la robe. Contrairement aux franciscains, le capucin porte très souvent la barbe qui évoque chez lui la vie érémitique.  

Bâtiments conventuels et église[modifier | modifier le code]
Ruines de la porte du couvent des capucins à Bruyères, CPA Ad Weick - Saint-Dié - N°2572.

Grâce aux annales des frères mineurs capucins et notamment grâce au traité d’Antoine de Pordenone publié en 1603, on peut avoir une idée de ce à quoi ressemblait un couvent capucin du XVIIe siècle[113], donc comme celui de Bruyères. Des adaptations spécifiques au lieu de construction (place, terrain, source, culture, climat etc) font qu’un couvent capucin n’étaient évidemment pas forcément une réplique exacte de tous les autres selon un schéma normé, néanmoins il faut reconnaître que la confrontation des sources documentaires entre un couvent du nord de la France, de la Lorraine ou de l’Italie permet de conclure à de grandes similitudes entre les bâtiments conventuels et l’église quel que soit l’endroit étudié. L’emplacement et les termes pour désigner les pièces et les bâtiments reviennent en leitmotiv comme s’il avait existé un guide de la construction du couvent capucin. Le fait que ce soit des maçons italiens qui s’occupent d’une grande partie de la construction va également dans ce sens. Le père Pordenone a rédigé en effet un memento pour la fabrication de « notre petit monastère à la vie bien réglée »[Note 10] dans lequel il applique les douze recommandations qu’il préconise pour ériger un couvent capucin qui correspond à la spiritualité de cet ordre[113].

En l’absence de sources iconographiques, il est très difficile de savoir à quoi ressemblait l’église conventuelle de Bruyères. Une carte postale ancienne montre les ruines de la porte des capucins[114] mais on ne voit rien de l’intérieur vu l’angle de la photographie. De Pordenone propose quatre plans-types d’église[115] avec une seule nef couverte soit par une voûte sur croisées, soit en plein cintre pour la couvrir [113]. Les chapelles latérales pouvaient être des deux côtés, d’un seul côté ou dispersées. À Bruyères, on sait par les pièces d’archives qu’il y avait au moins deux chapelles : celle de saint Félix et celle du Tiers-Ordre. Les murs de l’église sont recouverts d’un crépi à l’extérieur et à l’intérieur. Les marches et le parvis de l’église sont pavés ainsi que le cloître. C’est un maçon italien, Pietro Rotanzino, qui a réalisé les travaux de pavage et de crépissage. La sacristie dispose de grandes baies vitrées ainsi que le lavoir attenant.

Un descriptif écrit n’existe pas non plus pour décrire le couvent et l’organisation interne des pièces dans les bâtiments conventuels. En revanche, à la lecture des marchés, contrats, lettres, suppliques ou doléances, il est possible de s’imaginer ce qu’il y avait dans le couvent car, dans ce cas aussi, les couvents capucins semblent respecter un schéma souvent identique. La traduction des termes de référence italiens est parfois en français régional. Quand dans certaines régions on lit le terme salle, les documents du couvent bruyérois parlent de chambre, ce qui rappelle la « stanza » italienne, même dans un usage qui ne correspond plus aux habitudes linguistiques actuelles. En règle générale, et toujours selon le mémento d’Antoine de Pordenone, les bâtiments conventuels sont situés au sud de l’église. Les pièces de travail et les ateliers sont au rez-de-chaussée pendant que les cellules et le dortoir sont à l’étage. Les termes italiens parlent des locaux « du bas » (da basso) et des locaux « au grenier » [116] (in solaro[117],[118]). Puisque les montagnards vosgiens parlent de « solèyes » dans les grandes fermes vosgiennes[119] le solaio en italien et solèye en vosgien de la montagne désignent donc tous les deux « le grenier ». La coïncidence est troublante mais il n'y a peut-être aucun lien. Bien qu’elle puisse être à l’étage comme dans certains couvents parisiens, la bibliothèque est traditionnellement dans le bâtiment orienté à l’ouest au rez-de-chaussée à proximité du réfectoire et de la salle de communauté[120].

Le couvent de Bruyères à travers les travaux réalisés au fil des années comportaient les cinq espaces[121] de vie fréquemment associés aux couvents capucins[122] du XVIIIe siècle : en fonction des usages quotidiens et des relations que les pères et les frères capucins entretiennent avec le monde extérieur. Les termes locaux utilisés dans les multiples pièces d’archives sont inscrits entre parenthèses :

  • Espace de la prière avec l’église et les chapelles[123] ;
  • Espace communautaire (chambre de la communauté, chambre du père gardien, cellules, bibliothèque, cuisine, cave voûtée, dépense (réserve), laverie et réfectoire)
  • le secteur du travail (chambres de la menuiserie, des semences, de la farine, chambre à four, jardin potager, bûcherie)
  • le secteur d’accueil (porterie, deux infirmeries et un cloître) ;
  • le secteur de service (fontaine)

L’extrait du cadastre au lieu dénommé « Les Capucins » situe le couvent capucin entre la rue de l’Hôpital et la rue Abel Ferry avec une ruelle parallèle et transversale portant le nom évocateur de rue des Capucins qui existe toujours aujourd’hui. Elle séparait les bâtiments conventuels du jardin géré par la mère temporelle. Le portail d’entrée du couvent était à gauche de l’actuel no 1 de la rue des Capucins. La construction définitive du couvent bruyérois a pris des années et il est fort probable que les frères aient vécu longtemps dans un chantier permanent en fonction des revenus, des subventions et des autorisations pour achever telle ou telle partie de l’édifice. Les marchés conclus avec les artisans locaux conservés dans les archives montrent très bien cette lente progression des chantiers : L’acte du 25 janvier 1672[124], sept ans après l’érection de la croix, relate que les officiers, conseillers, commis et bourgeois de Bruyères donnent leur accord aux capucins pour qu’ils continuent leurs travaux pour la muraille « sans que la ville en souffre ». En compensation, les frères mendiants continueront leurs prières pour la santé et la prospérité desdits seigneurs. Un contrat pour travaux de maçonnerie daté du 31 janvier 1677 a été signé entre le syndic des capucins et le maître maçon italien installé à Bruyères, Giono Ambroso, pour qu’il achève les murailles du couvent et le pavement du cloître, soit 12 ans après la fondation du couvent. Le 12 décembre 1704, l’hôtel de ville demande déjà à la population locale de contribuer aux réparations de la rue qui mène à l’église des capucins et à l’entretien de la muraille[125]. Cet appel est réitéré à intervalle. Par services rendus, il faut comprendre les messes, les confessions, la pastorale et l’encadrement de la vie spirituelle en général.

Frères OFM Cap de Bruyères[modifier | modifier le code]

La province de Lorraine comptait en 1790 28 couvents avec une moyenne de 8 à 9 frères par couvent. Cela fait un total de 247 frères, dont 149 pères, 83 frères-lais et 15 frères clercs. Le monastère capucin de Bruyères est le 24e en Lorraine, les 4 derniers ont été fondés après 1704. Le couvent bruyérois comptait en 1790 cinq pères, donc des frères ordonnés prêtres, et trois frères lais. Un père temporel s’occupe de l’économie du couvent avec l’extérieur alors que la mère temporelle s’occupe du ménage des pères[126].

Les capucins entrèrent souvent en conflit avec les curés de la paroisse et Bruyères n'y fait pas exception comme les pièces d'archives en témoignent. Les fidèles d'une paroisse préfèrent parfois le style des frères mendiants auxquels ils font appel pour les cérémonies de mariage ou d'enterrement par exemple alors qu'ils ont besoin de l'accord du prêtre de la paroisse. Les mésententes entre le curé de Bruyères et les capucins démarrèrent très tôt: 20 ans après la création du couvent, l'évêque de Toul écrit au curé de Bruyères une lettre de remontrance avec un appel pressant d'apaisement le 12 juin 1685 où on peut lire à la fin du courrier l'extrait suivant:

« (...) Je prie monsieur le curé de Bruyères de déposer le chagrin qu'il contre les PP Capucins et de faire cesser au plus tôt le scandale causé par cette mésintelligence en faisant servir leur église de reposoir à la première procession du Saint-Sacrement. Le public attend cette édification de sa piété et, je l'espère, de l'obéissance qu'il doit à son évêque qui l'en prie et qui la lui ordonne. »

— Jacques de Fieux, évêque de Toul, Actes épiscopaux[127]

En tant que frères mendiants, ils font l'aumône pour survivre et pour faire procéder à la construction ou aux réparations du couvent. Le secteur de quêtes dépasse les limites de ville de Bruyères. Chaque couvent a son secteur d'aumône sans la concurrence d'un autre couvent. Les capucins de Bruyères sont contactés par exemple le 13 novembre 1741 par J.F. Balland et Françoise Harel sa femme pour qu'ils assurent 4 sermons annuels en l'église Notre-Dame de Corcieux pour la confrérie des Forts fondée par ce même Balland. Il y a une demi journée de marche pour aller de Bruyères à Corcieux.

Bruyérois pieux hors vie monacale[modifier | modifier le code]

Peu de temps après la création du couvent capucin en 1665, des Bruyérois ont choisi de vivre également selon l'esprit de pauvreté de saint François d'Assise en entrant dans le Tiers-Ordre encadré par les capucins de la ville. Dans le Tiers-Ordre séculier (TOS) que l'on nomme Fraternité séculière par une bulle de Léon XIII, en 1883[128] les fidèles restent le plus souvent laïques, mais suivent une règle de vie sous le contrôle de l'Ordre des frères mineurs capucins. Ils portent pour les offices une bure capucine, mais sans manches et sans capuce. Ils doivent suivre la règle du TOS qui fait partie des constitutions des capucins. Les documents relatant les travaux réalisés dans le couvent bruyérois montrent que les Bruyérois membres du TOS ont leur chapelle latérale dans l'église même des capucins, portant le nom univoque de « chapelle du Tiers-Ordre ».

Pour se limiter à un aperçu général sur les principaux devoirs et obligations que doivent assumer les frères et sœurs du TOS et afin de se rendre compte de la vie quotidienne des Bruyérois ayant fait profession dans cette fraternité séculière à l’époque, il faut se concentrer essentiellement sur les dévotions, la prière et l’attitude en public. D’abord, ils sont reconnaissables par le fait qu’ils doivent porter le saint habit de l’ordre ou la tunique du Tiers-Ordre sans capuchon et sans manches au moins pendant les offices. Dans leur vie civile, il leur est demandé d’éviter le luxe et la pompe dans leurs vêtements. Ils évitent les procès et les disputes, restent éloignés des fêtes débordantes, des spectacles et des beuveries. On leur recommande de ne prêter serment qu’avec de bonnes raisons ou par nécessité[129].

La liste des devoirs religieux et des prières quotidiennes rappellent que, malgré leur statut séculier hors vie monacale, ils sont des frères et sœurs d’un ordre des frères mineurs de saint François d’Assise. Non seulement ils doivent tous les jours prier le bréviaire romain, assister à l’office divin et au moins aux offices de prime et des complies avec examen de conscience final, mais à chaque fois ils doivent ajouter des prières supplémentaires par rapport aux paroissiens comme des oraisons, des commémorations, des psaumes ou des répons pour les défunts entre autres. La prière est omniprésente dans la vie y compris en dehors des offices et surtout lors de certaines fêtes liturgiques majeures. Les frères et sœurs de fraternité séculière doivent jeûner tous les vendredis de l’année, tous les jours de l’Avent sauf le dimanche ; ils doivent s’abstenir de viande tous les mercredis de l’année et tous les jours de l’Avent à moins que le directeur change cette pénitence en prières ou autres œuvres. Ils assisteront le plus souvent possible aux offices paroissiaux, notamment pendant le Carême ou l’Avent. Ils font une retraite pendant l’année et renouvèlent leur profession. Ils sont tenus de lire la règle de l’ordre avec ses explications et de prier tous les jours le rosaire franciscain afin de penser à la présence de Dieu dans leur vie à chaque instant. Une fois qu’un frère ou une sœur a fait profession après une période de noviciat, il ou elle ne peut plus quitter l’ordre à moins d’entrer dans un ordre régulier ou que le directeur constate une faute grave. Comme il l’est encore rappelé dans l’article 95, paragraphe 7, des constitutions des Capucins[130], les frères capucins réguliers sont invités à prêter de bon cœur assistance aux frères du TOS en tenant compte sans cesse de leur condition séculière et en ne se mêlant pas du gouvernement interne de leur fraternité. Le supérieur du couvent doit contribuer à une réciprocité vitale entre la fraternité de son premier ordre et celle de la fraternité séculière[130].

Au XVIIIe siècle, une demande de création d'une confrérie du Rosaire a été faite auprès de l'évêque diocésain qui a donné son accord. Elle est créée en l'église paroissiale de Bruyères[131] où elle a certainement sa chapelle ou son autel. Elle ne dépend pas des capucins. Chaque membre est inscrit dans le registre de la confrérie et doit méditer chaque semaine en entier le rosaire de quinze dizaines; traditionnellement, les mystères joyeux le lundi et le jeudi; les mystères douloureux le mardi et le vendredi; les mystères glorieux le mercredi, le samedi et le dimanche. Le croyant possède un chapelet rosarié, donc béni par le prêtre selon un rite particulier.

Loges franc-maçonniques de Bruyères[modifier | modifier le code]

Sceau de la Grande Loge de France

Bruyères a été l'Orient de deux loges maçonniques au XVIIIe siècle dont on ne sait quasiment rien, ni pour les grades, ni pour les fonctions. De même, le lieu où se situait le temple maçonnique à Bruyères est inconnu. Par ailleurs, il existe des divergences d’interprétation. Dans son histoire des loges de France publié en 1778, Gustave Bord a cru voir deux loges différentes tout en se trompant sur le nom de la loge et celui du vénérable maître. Plus tard, Alexis Le Bihan analyse les mêmes sources dans un ouvrage consacré au même sujet et daté de 1995, où il explique qu’il n’y a qu’une seule loge à Bruyères et une autre à Laval-sur-Vologne[132].

La loge portait le nom « Saint-Jean la Parfaite Amitié » [133] ; elle fut fondée le 30 juin 1768 par la Grande Loge de France en faveur du comte de Martimprey[134]. Elle existe encore en 1779. Le comte de Martimprey est chevalier et co-seigneur de Cornimont et Xoulce. Il est nommé major d’infanterie le . Il épouse Marie-Magdelaine de Hourier (fille du comte de Viermes et de la comtesse de la Porte de Vezins). Il rendit hommage au roi Louis XVI par devant la cour des comptes de Lorraine le 25 janvier 1772 pour exercer la haute, moyenne et basse justice de Martimprey, hommage réitéré en 1776 pour lui-même et son neveu François-Paul-Augustin[135]. Le comte de Martimprey est domicilié à Laval-sur-Vologne au moment de la création de la loge. Les analystes contemporains voient dans ce comte Nicolas-Joseph de Martimprey car il signe avec les trois points en triangle caractéristiques des francs-maçons.

La confusion vient du fait qu’un autre vénérable est cité dans le tableau de 1778 parmi les loges fondées par la Grande Loge selon G. Bord : Charles Joachim Gérard qui est avocat du bailliage royal de Bruyères. Il s’agit certainement du deuxième vénérable de la loge bruyéroise. Mais comme elle n'a pas laissé de traces, ni de nom d’ailleurs[134], on est en droit de penser qu’en réalité il s’agit de la même loge que plus haut. En revanche, s’il y a bien une loge dont on ne sait rien c’est celle qui aurait été fondée à Laval-sur-Vologne en contrebas de Bruyères, dénommée Saint-Georges de la vrai et inébranlable réunion comme l’indique un autre historien des loges maçonniques, Pierre Chevallier[136],[137]. C.J. Gérard fait partie du cercle des amis des Martimprey par les familles anoblies Guin et Breton (possessionnées en Franche-Comté voisine) et Marguerite de Martimpey, mère d’une demoiselle Breton mariée à un Guin, d’après le fonds de l’historien Jean Bossu.

Avant l'installation du Grand Orient de France en 1773, chaque loge maçonnique en France faisait et organisait son fonctionnement à sa guise[134]. En dehors des rites initiatiques, elle ne s'accommodait pas facilement de la discipline et de la spiritualité définies par la réglementation anglaise à l'origine de l'expansion de la franc-maçonnerie en France. Les réunions étaient souvent suivies de banquets copieux. Chaque maître avait sa légende adamique, hiramique et templière[138]. En dehors des loges plutôt aristocratiques, la majorité des loges, comme probablement celle de Bruyères, réunissaient des petits commerçants, des clercs des huissiers ou des procureurs[134].

La Lorraine du XVIIIe siècle est ouverte à la franc-maçonnerie puisque son propre duc François III, fondateur de la maison de Habsbourg-Lorraine et futur empereur du Saint-Empire, est initié à cette institution lors de son voyage à Londres en 1729. Son introducteur fut lord Chesterfield, mais c'est à La Haye aux Pays-Bas qu'il devient franc-maçon en 1731[139]. Il restera compréhensif vis-à-vis de la franc-maçonnerie, mais une fois décédé, son épouse l'impératrice Marie-Thérèse interdira la franc-maçonnerie et appliquera la politique de répression des francs-maçons réclamée par le pape Clément XII en 1738.François III devient vénérable maître d'une loge anglaise et il créera la première loge de rite anglais dans sa ville-résidence ducale à Lunéville[139].François refusera d’appliquer la chasse aux francs-maçons demandée par le pape Clément XII en 1738. En revanche lorsqu’il décède, sa femme l’impératrice Marie-Thérèse suivra les recommandations papales[139].

Les francs-maçons ont dans leur code de loi ou de conduite l’obligation d’obéir à la loi morale et de ne jamais se comporter en athée stupide ou en libertin sans religion (constitution d’Anderson 1723 code de loi maçonnique). On attend d’un franc-maçon qu’il ait une vie paisible et qu’il s’écarte de toute forme de conspiration ou de tout agissement mettant en péril la paix ou la nation. Il demande à l’article six de ne pas rechercher querelle, notamment en ce qui concerne la religion ou la politique de l’État. Il est préférable de ne pas s’entretenir de politique au sein de la loge[139]. L’article premier du règlement maçonnique des loges du Grand Orient de France de 1782 demande à ses membres de rendre hommage à la divinité, à l’être qui créa l’univers par un acte de volonté. À l’article sept il demande aux francs-maçons de se dévouer aux biens d’autrui tout en pensant à mieux se connaître et à rechercher le progrès et la perfection. Il y a donc une forme de spiritualité chez les francs-maçons[139].

Période révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Elle fut chef-lieu de district de 1790 à 1795.

Bruyères au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Traversée des Vosges moyennes en 1870 par les troupes prussiennes[modifier | modifier le code]

Lieutenant-colonel von Leszczynski
Général von Degenfeld

La mission des troupes prussiennes consistait à désarmer les Vosges et à neutraliser les chasseurs vosgiens. Le doute passager qui a assailli l’État-major prussien entre La Bourgonce et Bruyères s’exprime à travers une remarque inscrite dans le rapport une fois les troupes arrivées à Bruyères : « Erst nachdem sie sich stärkeren gegnerischen Kräften hatten entreißen müssen. »[140]. Bien que l’exagération soit apparente sur le plan militaire, la réaction du chef d’État-major illustre néanmoins très bien l’agacement qu’ont provoqué les chasseurs vosgiens en offrant plus de résistance que les Prussiens ne s’étaient imaginée avant de passer le massif. Bruyères n’est concernée que par la 1re brigade badoise en provenance de Strasbourg. La brigade progresse par Barr, puis Provenchères-sur-Fave, puis Saint-Dié avant de parvenir à Bruyères[141]. Bruyères aura été occupée du 11 octobre au 13 octobre au matin:

  • par la 1re brigade badoise le 11 et le 12 octobre.
  • par la 3e brigade badoise le 13 octobre.

Le soir du 13 octobre, toutes les colonnes sont dans la vallée de la Moselle entre Épinal et Pouxeux[142]. À partir de cette journée, le commandement des divisions badoises passe au ministre de la Guerre badois, le général von Beyer. Avant de partir, il faut établir une route d'étape (Land-Etappenstraße) pour le repli des troupes vers l'est en cas de problèmes futurs, il faut refaire une ligne de chemin de fer entre Blainville et Épinal car elle a été dynamitée[142].

Description de la traversée[modifier | modifier le code]

Cette région forestière des Vosges moyennes gréseuses, composée de petits massifs de chaque côté de la Mortagne a permis aux Gardes nationaux et aux francs-tireurs français d'opposer une résistance inattendue aux troupes allemandes du 14e corps d'armée, nouvellement créé après la capitulation de Strasbourg le 2 septembre 1870[143]. À l'exception d'une brigade d'infanterie prussienne, les troupes allemandes étaient composées essentiellement de Badois. Leur objectif était de désarmer les Vosges et de rejoindre la Saône où la Défense Nationale tente la levée d'une nouvelle armée improvisée. Ce sera la mission du 14e Corps d'armée commandé par le Général en chef von Werder et le Général d'État-major Leszczynski ; il était composé de 23 bataillons, 20 escadrons et 72 pièces d'artillerie. La progression des Bado-Prussiens du côté allemand, 4 colonnes de progression, fut décidée par l'État-major allemand à partir de la vallée de la Meurthe. Les Prussiens devaient se rendre à Rambervillers par le col de la Chipotte, la première colonne badoise à Bruyères par Mortagne, la deuxième colonne badoise à Anould par Corcieux et la troisième, un peu en arrière, en direction de La Houssière[144]. Dans tous les cas, ils préférèrent passer par les forêts à flanc de montagne, plutôt que de rester à vue dans les fonds de vallée.

Le 11 octobre 1870, les Badois entrèrent à Bruyères après avoir dû briser une résistance des Vosgiens plus forte que prévue par l'armée allemande. Les Prussiens craignaient à ce moment-là une démoralisation des troupes alors qu'elles s'imaginaient avoir vaincu le Grand-Est français en Alsace et dans le Nord de la Lorraine. Le doute des Prussiens s'estompe vite. La confiance en leurs chefs était mise à mal après tant de pertes pour si peu de terrain conquis. Après la Bataille de la Bourgonce[145], le fait d'avoir réussi la percée jusqu'à Bruyères a rassuré les troupes. Mais, le général von Werder s'attendait à d'autres combats, tant il était persuadé que le général Cambriel était dans les troupes autour de Bruyères. Il agit en conséquence et se prépara tactiquement aux combats du lendemain. Mais, les Français reculèrent jusqu'à Remiremont, peut-être parce qu'ils étaient fatigués, suppose le rapport du général. Le 12 octobre, les Allemands comprirent que les Français évitaient les combats.

Composition des armées en présence[modifier | modifier le code]

Après la capitulation de Strasbourg le 2 septembre 1870 et celle de Toul le 23 septembre 1870, l'armée allemande procède à des remaniements tactiques pensant que l'Est est neutralisé. ; Elle envoie la "Gardelandwehrdivision" à Paris par le train et forme le 14e Corps d'Armée le 4 octobre 1870.

23 bataillons, 20 escadrons et 72 pièces d'artillerie prennent la route de la plaine alsacienne vers Bruyères entre autres[143]. L'Allemagne n'est pas encore unifiée à cette époque. La Prusse et les états du Sud (Bade, Wurtemberg, Bavière) ont leurs propres armées avec des équipements différents. La Prusse est le pays le plus influent. L’armée bado-prussienne est constituée par 14e Corps d'armée commandé par le général von Werder sous le commandement du chef d'État-major, le lieutenant-colonel von Lesczzynski. Il est composé d’une division de campagne badoise, de deux régiments d'infanterie prussiens, de deux régiments de cavalerie de réserve, de trois batteries de réserve. Le train et la colonne de munitions sont assurés par la division badoise. Comme réserve et à des fins de surveillance des frontières, la première Landwehrdivision est envoyée en Alsace. Deux brigades poméraniennes de la landwehr, de deux régiments de lanciers de réserve (Uhlans) et de trois batteries de réserve. Sont également présents dans la colonne un intendant, un médecin-chef, un conseiller juridique et un aumônier militaire protestant[141].

Les Allemands ignoraient qui ils avaient en face d'eux. Ils ont eu vent de beaucoup de francs-tireurs et de gardes mobiles dans la région de Saint-Dié, Rambervillers et Raon-l'Étape. Si cela est le début de nouvelles formations, elles peuvent représenter une menace pour la liaison Allemagne - Paris par chemin de fer (Wissembourg, Lunéville, Nanteuil)[141]. Le préfet des Vosges organisa la résistance après la défaite strasbourgeoise et la capitulation de Sedan. La Défense nationale fut soutenue et rejointe par quelques officiers échappés, comme les capitaines du génie Varaigne et Bourras, le capitaine d'artillerie Perrin, nommé colonel commandant supérieur des Vosges, plus tard le Général Cambriel envoyé par le gouvernement après s'être remis d'une blessure à Sedan.

L'historien local, Georges Poull, décrit cette armée comme improvisée, mal équipée et mal armée. Quoi qu'il en fût, elle se posta le long des crêtes vosgiennes et comptait bien retarder la progression prussienne avec les moyens du bord. Par ailleurs, la brigade Dupré du 15e Corps d'armée de Tours fut détachée à Epinal, et le 6 septembre, elle rejoignit la région déodatienne. 4 bataillons mobiles des Vosges se trouvaient dans la région depuis 1868[146].

Bruyères ville-étape du front arrière allemand en 1870-1871[modifier | modifier le code]

Carte des gouvernements généraux de la zone occupée en 1870-1871
Carte représentant les villes-étapes de repli des Prussiens en 1870-71 in: Krieg und Sieg 1870-71.

L'armée territoriale est composée en mars 1871 de 464 221 hommes de l'infanterie, 55 562 cavaliers et 1 674 pièces d'artillerie[147]. Des gouvernements généraux sont créés pour chaque zone principale, contrôlée et surveillée par une armée. Bruyères fait partie du gouvernement général B incluant la Meuse, la Meurthe-et-Moselle, les Vosges, la Haute-Marne et la Haute-Saône. La Moselle, annexée dans la terre d'Empire Alsace-Lorraine, appartenait au gouvernement général d'Alsace, gouvernement général A. Le gouvernement B de Lorraine disposait de 18709 hommes issus de l'infanterie, 990 soldats provenant de la cavalerie et 18 pièces d'artillerie[148].

Pour Bruyères, il s'agit d'une ville-étape sur route uniquement, mais il existe aussi des villes-étapes plus importantes qui sont placées sur les lignes de chemin de fer destinées au repli des troupes allemandes en cas de problèmes. Ces lignes ferroviaires devaient être surveillées en permanence contre les saboteurs. La plus grande ligne de ce type passant près de Bruyères est celle de Vesoul-Epinal-Nancy qui fait la jonction avec la ligne ferroviaire principale Paris-Strasbourg surveillée par la 2e et 3e armée territoriale. Les Allemands parlent ainsi de:

  • Région d'étape (Etappengebiet)
  • Ville d'étape (Etappenort, Etappenstadt)
  • Troupes d'étape (Etappentruppen, Etappenschutztruppen)[149]

Les troupes doivent assurer leurs arrières, faire la jonction avec l'Allemagne, occuper les citadelles et maintenir l'ordre en zone occupée. La mission de ces troupes est aussi d'entretenir le poste médical, le magasin du ravitaillement, de protéger les blessés, les transports divers et le courrier postal.

C’est l'Inspection générale des routes d'étape qui gère les troupes de rechange, les chevaux, les munitions, la cantine, le ravitaillement et le rapatriement des blessés, prisonniers ou malades vers l'Allemagne. Une ville-étape située environ tous les 22,5 km disposait d’une kommandantur d’étape et une petite troupe composée d'un officier supérieur, un adjudant et suivant les cas des fonctionnaires et du personnel de cantine. L'effectif de la troupe dépend de l'importance du lieu: d'une demi compagnie à 5 compagnies, de 4 à 6 cavaliers à un escadron. À défaut d'informations précises, on peut supposer que l'étape de Bruyères vu son importance relative ne disposait que de la plus petite configuration. Bruyères appartient à la route d'étape Lunéville - Epinal - Vesoul. Le centre de toutes ces lignes est Langres dépendant de la 2e armée. Les lignes de chemin du sud et de l'ouest sont prises en charge par l'armée du sud et le corps d'armée de von Werder. À partir de 1871, on créa un Gouvernement général de Lorraine avec 18709 fantassins, 990 cavaliers et 18 canons. À sa tête, on trouve un gouverneur général nommé par l'empereur. Celui-ci commande les fonctionnaires chargés de l'administration et de la collecte des impôts et les troupes militaires chargés de la sécurité. Les activités de ces troupes sont très ingrates et dangereuses car il y a des francs-tireurs partout et la population ne coopère pas souvent[150]. En cas de soldats tués, les communes doivent payer des amendes, il n'est pas rare qu'on mette le feu à des fermes isolées. Les armes sont confisquées et on exécute parfois des Français en possession d'une arme. Aucun conflit particulier n'est signalé dans les rapports d'état major allemand pour ce qui est du pays de Bruyères. Les heurts plus sérieux sont dans le nord de la France, dans l'Orléannais, en Bourgogne et dans le pays de Langres[147] . Les troupes de von Werder ont eu du fil à retordre avec les Chasseurs vosgiens (Vogesenjäger) qui, du pays de Lamarche, venaient faire des incursions de sabotage et de harcèlement des troupes d'étape jusqu'au secteur de Bruyères-Epinal-Remiremont. L'armée d'occupation prussienne a cherché très longtemps le repère de ces chasseurs vosgiens dont on savait qu'il y avait un centre de formation aux choses de la guerre et de la guérilla. Quand les Prussiens eurent enfin découvert la cachette centrale des chasseurs vosgiens, l'assaut du repère ne fut plus possible car la capitulation venait d'être signée le 29 janvier 1870. Les Chasseurs vosgiens s'étaient retranchés à La Vacheresse entre Contrexéville et Lamarche à l'ouest du département des Vosges[147].

Nouvelle communauté juive[modifier | modifier le code]

Après l’expulsion des juifs du duché de Lorrain en 1477 par le duc René II, ils sont revenus lentement vers le XVIIe siècle, mais surtout pendant le XVIIIe siècle où ils avaient le droit de s’installer dans certaines bourgades lorraines[151] Il y a eu des juifs à Bruyères à partir de l’émancipation de 1791 est une communauté israélite est signalée sous la IIIe République[152]. La communauté juive de Bruyères compte trois familles en 1806, en 1813 et probablement autant en 1845. Les juifs de Bruyères fréquentent la synagogue de Rambervillers. En 1867, la communauté compte 46 personnes, elle a donc doublé, et après 1870 elle compte 76 personnes. Elle loue un local en guise d’oratoire et achète un cimetière. La communauté n’a jamais eu de rabbin, mais seulement un ministre officiant[153]

Les premiers immigrants juifs sont souvent des colporteurs, mais au fur et à mesure des années leurs activités professionnelles, la communauté israélite se diversifie et parfois certains de ses membres connaissent une belle ascension sociale. Ils restent néanmoins encore très représentés dans les métiers du commerce, en particulier des vêtements ou des bestiaux. Comme à Bruyères, la foire aux bestiaux avait une place importante dans la vie économique locale, les juifs actifs dans ce secteur ont pu s’installer définitivement dans cette ville et poursuivre leurs activités dans ce domaine où leur expérience n’est plus à démontrer. Avec le temps, de nombreux juifs vosgiens ont accédé à des professions libérales dans le milieu médical, juridique ou bancaire. Certains deviennent également entrepreneurs puisque, dans la région bruyéroise, le secteur du textile bien représenté a offert de nombreux emplois aux habitants. Quand le bail de l’oratoire ne fut pas renouvelé par le propriétaire en 1891, la communauté israélite de Bruyères acheta une maison avec une grange sans demander l’autorisation du consistoire de l’Est à Vesoul. Elle est finalement autorisée à construire une synagogue par un décret du 16 juin 1901 lorsque le transfert du consistoire de l’Est fut réalisé par le décret du 4 mars 1896 signé par Félix Faure. C’est un Bordelais juif sépharade ayant fait fortune, Daniel Osiris Iffla, qui s’est manifesté par courrier le 19 avril 1902 auprès du préfet des Vosges pour lui annoncer qu’il mettait à disposition des fonds pour construire une synagogue à Bruyères. C’est l’architecte parisien Lucien Hess qui fut chargé de la conception. Osiris prit en charge la plupart des frais de construction, la communauté paya le restant. La consécration de la synagogue eut lieu le 17 septembre 1903 avec une allocution du grand rabbin Moïse Schuhl[154].

En raison de leur origine majoritairement alsacienne ou mosellane, les juifs de Bruyères appartiennent à la communauté de rite ashkénaze qui pratiquent le yiddish en plus de l'hébreu réservé à la liturgie. Ils parlent de « Schul » pour désigner leur nouvelle synagogue comme le font tous les juifs ashkénazes jusqu'en Europe de l'Est. Cependant ce ne sont pas les seuls à introduire l'accent alsacien dans une terre historiquement romane car d'autres optants non juifs ont fui l'Alsace voisine en 1870-71 pour trouver une nouvelle vie à Bruyères et d'autres villes vosgiennes voisines.

Sur le monument à la mémoire des victimes de la déportation au cimetière israélite d’Épinal, on peut relever les noms des dix juifs de Bruyères déportés pendant la Seconde Guerre mondiale [Note 11]. Le cimetière de Bruyères comporte un carré israélite[Note 12].

Bataille de Bruyères[modifier | modifier le code]

Présentation du 442e RCT à Bruyères le 12/11/1944.
Place Tomosu Hirahara.
Bataille de Bruyères - 442e RCT le 11/12/1944 et place Tomosu Hirahara aujourd'hui

Du 26 au 30 octobre 1944, Bruyères fut le théâtre de combats qui opposèrent le 442 RCT (442nd Regimental Combat Team), corps américain constitué de nippo-américains originaires de Hawaï et de Californie, et des troupes allemandes. Cette unité avait reçu pour mission de libérer un bataillon américain encerclé depuis le 24 octobre. À la fin de la bataille, on dénombra dans cette unité huit cents victimes, soit presque la moitié de l'effectif. En souvenir de ces combats et de la libération de la cité, les villes de Bruyères et de Honolulu furent jumelées en 1961[155]. La ville a été décorée de la Croix de guerre 1939-1945. Il est à noté que, pendant la Seconde Guerre mondiale, l'actuelle école Sainte-Jeanne-d'Arc abritait un hôpital où François Mitterrand fut soigné.

Article détaillé : Bataille de Bruyères.

Histoire industrielle[modifier | modifier le code]

Industrie textile[modifier | modifier le code]

Comme dans les autres arrondissements et cantons limitrophes situés dans la montagne ou dans le sillon vosgien d'Arches à Saint-Dié, le pays de Bruyères a connu une forte augmentation des paysans-ouvriers pour essentiellement l'industrie textile. Au milieu du XIXe siècle, les fileurs et tisserands sont plus des polyculteurs que des ouvriers. La proportion des adolescents, voire des enfants, embauchés dans les usines locales augmentent néanmoins car le travail est jugé accessible et non qualifié. Les salaires sont attractifs comparés aux autres corps de métiers; du coup, les enfants sont envoyés dans les manufactures pour compléter le revenu du foyer. En général, ils n'ont pas le droit de garder leur salaire tant les parents estiment logique et légitime qu'un enfant mineur en âge de travailler contribue à la cohésion et à l'entretien de la famille souvent nombreuse. le décret de septembre 1848 autorise les enfants à travailler douze heures par jour. Avec les lois Jules Ferry, l'âge de la majorité scolaire est fixée à 13 ans et les parents des familles nombreuses n'hésitent pas à envoyer leurs enfants à l'usine comme ce sera toujours le cas après la Seconde Guerre mondiale. Au début du XXe siècle, il était dans la norme qu'au moins un parent et un enfant de la ferme familiale travaillent au moins à temps partiel dans une usine par exemple en hiver ou dans la saison creuse. La terre ne suffisait plus à nourrir toute la famille. Cela crée une situation de dépendance vis-à-vis des usines locales. Au fil des décennies, l'attraction exercée par l'usine dépeuple les fermes familiales et les campagnes environnantes qui ne sont pas forcément sur le territoire communal de Bruyères, mais tous convergent vers les usines qui s'installeront dans l'agglomération. Il suffit de trois générations pour qu'une famille paysanne-ouvrière devienne une famille ouvrière exclusive dans les années 1950 quand les parents sont à la retraite. En corollaire de cette évolution sociale, le manque de logement pour les ouvriers se fait sentir très vite. Certaines entreprises bâtissent des casernes qui sont également nécessaires pour accueillir les immigrés. Pour les générations bruyéroises nées dans les années 1920-1930 aujourd'hui octogénaires, une très forte majorité d'entre eux ont commencé leur carrière professionnelle à 13 ans et leurs enfants des années 1950-1960 ont encore connu la vie de routine pesante et sans grands loisirs de leurs parents qui pendulaient entre l'usine et la cité ouvrière, plus tard les HLM. Comme dans toutes les régions industrielles rurales, l'arrivée des congés payés de 1956 et surtout 1969 a permis aux ouvriers de partir en vacances sur les côtes françaises. Dans certaines entreprises du secteur de Bruyères, quelques-unes pratiquaient encore le paternalisme patronal: les ouvriers disposaient d'un magasin ou d'une crèche. L'entreprise organisait une fête annuelle à Noël ou à la Saint-Nicolas pour distribuer les cadeaux aux enfants des salariés.

Dans le secteur du textile, les établissements Henri Veyrier, Sarl créée le par Henri Veyrier, avaient une usine à Saint-Dié-des-Vosges et à Bruyères[Note 13]. Mais le siège social était 25, rue Meslay à Paris[156]. Si la production se faisait dans les Vosges, une partie de la vente au détail se faisait dans une « maison de vente » avec pignon sur rue à Paris. A Bruyères, la fabrique de bérets basques était située entre l'avenue Chanzy et la rue Gambetta non loin de la gare. Avec ses deux sites, Henri Veyrier Fils assurait la plus importante production française de bérets basques[156]. Quelques cartes postales anciennes montrent le site industriel et la villa personnelle de Veyrier, rue du Frêne, avec un jardin anglais. Une partie des employés habitaient encore les maisons familiales du secteur. Mais certains salariés habitaient ce qu'on appelait localement les « cités Veyrier » dont il reste quelques vestiges, rue de Vielsam par exemple.

Les usines Claude et Vansson ont également donné du travail à de nombreux Bruyérois et aux habitants des villages environnants. Elle fabriquait des torchons de vaisselle. Les employés pouvaient également rester au domicile car l’entreprise leur livrait les torchons pour y être cousus. Les établissements Doumy [Note 14] confectionnait des corsets, des gaines ou des soutien-gorge. Il y avait à Bruyères aussi l’entreprise Cotte à l’entrée de l’avenue de Lattre de Tassigny, dont une partie des anciens locaux est occupée aujourd’hui par le lycée professionnel privé de la Jeanne d’Arc, mais aussi la société Jeannel rue Gambetta pour la bonneterie et les articles pour bébés.

Autres secteurs industriels[modifier | modifier le code]

Plaque publicitaire en émail de la Brasserie Bexon de Bruyères au Musée Européen de la Bière.

En dehors de celle de l’usine Henri Veyrier, une autre grande cheminée a longtemps marqué le paysage industriel de Bruyères, celle de la brasserie derrière la place Stanislas le long de la route qui mène à la rue du Lavoir. Sa destruction est récente. La première brasserie fut créée en 1861 par M. Georgel. Il s’associe avec Léon Ladague en 1863. La Brasserie Georgel devient la Brasserie Léon Ladague en 1870. Elle est vendue à la famille Bexon et devient en 1877 la Brasserie de Bruyères Bexon à l’origine du logo BBB sur les étiquettes, les sous-bocks[157] et les bouteilles de verre. Dans l’annuaire de 1947, la brasserie Bexon produisait 25,000 hl en fermentation basse. La bière la plus vendue sera la bière du Coq symbolisée par un coq de bruyère. Sinon, les étiquettes indiquent la production de la bière des Bruyères, la bière de la Lys, la Bruyères Pils, la Bruyères Bock et la Spéciale Brune. La pils était aussi écoulée avec une étiquette en anglais sous l’appellation « Bruyères Pils Beer of Lorraine ». La brasserie bruyéroise ferme ses portes en 1955.

La sous-traitance en métallurgie pour le secteur automobile est arrivée à Bruyères en 1962 avec la CIPA SA. Après un premier dépôt de bilan en 1986, une reprise en 1987, elle est devenue entre-temps FICOCIPA SARL ; elle fabriquait des rétroviseurs[158] mais elle a déposé le bilan en juillet 2016[159] pour centraliser la production dans l’usine de Dieuze en Moselle[160]. Il reste aujourd’hui un établissement secondaire de l'entreprise de FICOCIPA dont l’activité est le façonnage et la transformation du verre plat [Note 15].

De nombreux Bruyérois ont travaillé dans les Papeteries Mougeot au XXe siècle, fondé en 1876 par un actionnariat familial dont les dirigeants actuels appartiennent à la 4e génération . La cité ouvrière de la papeterie Mougeot sur le territoire communal de Bruyères s’appelait le « Gai Logis ». Il existe encore aujourd’hui. L'ancien site de la papeterie Mougeot que personne n'a oublié dans le secteur de Bruyères, connaît une première réorganisation de l’actionnariat en 1996[Note 16] devient Novacare en 2004[161]. Aujourd’hui les Papeteries des Vosges de Laval-sur-Vologne obtiennent un label de qualité en 2015. La nouvelle société se compose de trois établissements : Papeteries des Vosges, Novatissuet BB Distrib. Le papier est donc encore présent à Laval[162].

Politique et administration[modifier | modifier le code]

Tendances politiques et résultats[modifier | modifier le code]

Liste des maires[modifier | modifier le code]

Hôtel de ville.
Liste des maires successifs à partir de 1904[163],[164]
Période Identité Étiquette Qualité
Les données manquantes sont à compléter.
mai 1904 mai 1908 Charles Spitz    
mai 1908 décembre 1910 (révoqué) Victor Litaize (1861-1920)   Entrepreneur de transport
décembre 1910 mai 1912 Paul Schmitt (1860-?)   Banquier
mai 1912 mai 1935 Joseph Émile Mougel (1856-1949)   Professeur d'histoire
mai 1935 1940 Roger Mercier (1901-1996)   Cafetier
1943 1945 Henri Veyrier   Industriel textile
1945 1947 Roger Mercier (1901-1996)   Cafetier
1947 1953 Louis Gillon   Instituteur en retraite
1953 1965 René Drahon    
1965 1976 Roger Mercier (1901-1996)   Cafetier
1976 1977 Raymond Marx   Commerçant (vêtements)
mars 1977 mars 1989 Michel Langloix   Pharmacien
Conseiller général du canton de Bruyères (1979-2011)
mars 1989 mars 2001 Alain Thirion   Industriel
mars 2001 mars 2014 Alain Blangy DVD Inspecteur de l'Éducation nationale
mars 2014 en cours Yves Bonjean DVD Technicien territorial

Finances locales[modifier | modifier le code]

En 2015, les finances communales était constituées ainsi[165] :

  • total des produits de fonctionnement : 2 947 000 , soit 916  par habitant ;
  • total des charges de fonctionnement : 2 682 000 , soit 833  par habitant ;
  • total des ressources d’investissement : 378 000 , soit 117  par habitant ;
  • total des emplois d’investissement : 677 000 , soit 210  par habitant ;
  • endettement : 1 212 000 , soit 377  par habitant.

Avec les taux de fiscalité suivants :

  • taxe d'habitation : 27,85 % ;
  • taxe foncière sur le bâti : 15,39 % ;
  • taxe foncière sur les propriétés non bâties : 27,83 % ;
  • taxe additionnelle à la taxe foncière sur les propriétés non bâties : 38,75 % ;
  • cotisation foncière des entreprises : 20,82 %.

Jumelages[modifier | modifier le code]

La ville de Bruyères est jumelée avec[166] :

Population et société[modifier | modifier le code]

Démographie[modifier | modifier le code]

L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir de 2006, les populations légales des communes sont publiées annuellement par l'Insee. Le recensement repose désormais sur une collecte d'information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d'une période de cinq ans. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations légales des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation[167]. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2006[168].

En 2015, la commune comptait 3 115 habitants[Note 17], en diminution de 4,09 % par rapport à 2010 (Vosges : -2,03 %, France hors Mayotte : +2,44 %).

Évolution de la population  [ modifier ]
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1856
1 9121 9112 1182 1602 3282 3592 3432 4942 367
1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1901
2 3792 4102 4282 8492 8252 6304 2214 4223 550
1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962
3 7244 4503 3632 9083 2663 5493 2693 5143 639
1968 1975 1982 1990 1999 2006 2011 2015 -
3 7673 8523 6793 3683 3623 3153 2043 115-
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[169] puis Insee à partir de 2006[170].)
Histogramme de l'évolution démographique

Enseignement[modifier | modifier le code]

La ville compte deux écoles maternelles et primaires, deux collèges, un public et un privé, et deux lycées, le LEGT public Jean-Lurçat et un lycée privé.

Manifestations culturelles et festivités[modifier | modifier le code]

La musique municipale de Bruyères le 14.07.2015.

Tous les deux ans en juillet, le festival des Epinettes s'installe dans le centre ville de Bruyères et divers lieux alentour. Il célèbre l'instrument local, l'épinette des Vosges, et tous ses cousins (instruments à cordes de type cithare) répartis dans le monde. L'originalité du concept et la convivialité de la programmation draine un public français et étranger plus nombreux à chaque édition.

La ville possède également sa propre musique. La Musique Municipale de Bruyères a été créée en août 1912. Sous la direction successive de Jean Frédric, Jean-Louis Ferrafiat, Céline Virtel et Philippe Gaudel, la formation compte en 2018 près de 35 musiciens sous la baguette de Julien Claudel depuis mai 2018.

Économie[modifier | modifier le code]

Culture locale et patrimoine[modifier | modifier le code]

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

L'église de Bruyères vue de l'Avison.
  • Les ruines de l'ancien château
  • Tour de l'Avison
  • Étangs de Pointhaie
  • L'ancienne synagogue de Bruyères, aujourd'hui musée Henri-Mathieu, construite grâce au financement de Daniel Osiris. Inaugurée en septembre 1903, elle possède une belle et originale façade de grès rose inspirée de l'architecture industrielle[171],[172]. Elle a servi de lieu de culte jusqu'à l'invasion allemande de 1940[173]. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle a été utilisée par l'armée allemande comme dépôt. Vendue, la synagogue est devenue un atelier et s'est beaucoup dégradée. En 1990, la municipalité l'a acquise et une association, l'association Daniel-Osiris qui s'est créée pour aider à sa réhabilitation. En 1993, la générosité d’Henri Mathieu a permis le sauvetage de la synagogue et sa transformation en musée. Le musée Henri-Mathieu, qui organise chaque année depuis 1998 une remarquable exposition d'arts et traditions populaires, fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [174] et aspire à devenir le musée du judaïsme vosgien. On y présente différentes collections comme l'ancienne pharmacie de l'hôpital[175] et quelques œuvres de Jean Lurçat.
  • L'ancienne Halle aux grains, devenue collège puis bureau de poste
  • Le tribunal du bailliage de Bruyères, actuel hôtel de Ville[176] .
  • La place Stanislas datant du XVIIIe siècle
  • L'hôpital construit au XVIIIe siècle grâce au comte de Girecourt, Jean-François Humbert, originaire de cette ville[177] .
  • L'église Notre-Dame-de-l'Assomption

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

Nés à Bruyères 
Décédés ou inhumés à Bruyères 
Actifs à Bruyères 

Héraldique[modifier | modifier le code]

Blason Blasonnement :
D’azur, à la tour d’argent crénelée, accompagnée au canton dextre d’une maison avec deux panonceaux de même, et au sénestre d’une église avec son clocher, aussi d’argent, en chef trois étoiles d’argent.
Commentaires : Il est écrit dans le Livre de l’Hérauderie que ces armoiries font peut-être allusion à la tour de la Cabée ou aux constructions que le duc Ferry III de Lorraine fit ériger à Bruyères. Les trois étoiles symbolisent les pouvoirs du chef-lieu de prévôté : religieux, militaire et politique.
Blason Blasonnement :
D'azur à la tour d'argent crénelée de trois pièces ouverte, ajourée et maçonnée de sable, adextrée d'une maison à trois panonceaux et sénestrée d'une église, aussi d'argent ; l'une et l'autre, ouvertes, ajourées et maçonnées de sable, le tout surmonté de trois étoiles en fasce d'argent et soutenu des mots Département des Vosges, du même, au franc quartier des villes de troisième classe[180].
Commentaires : Ces armoiries sont celles de Bruyères sous le Premier Empire, avec lettres patentes du 2 novembre 1810[181].
Les premières armes de Bruyères, authentifiées sous Henri II de Lorraine, étaient D'azur, à la montagne surmontée d'une ville entourée de murailles ; au centre, une église et son clocher ; à dextre et à sénestre, des maisons ; en chef, deux étoiles ; le tout d'argent.

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « La Formation de Saint-Dié se distingue nettement par l'aspect très immature des arkoses brun-rouge qui la constituent : absence quasi-totale de structures sédimentaires, très mauvais classement et abondance de matrice silto-argileuse. De plus, cette dernière est souvent plus ou moins remplacée par un ciment dolomitique diffus, qui confère alors à la roche une teinte claire. » in : Durand 2018, p. IIA.
  2. Bruyères, La Bresse, Laval-sur-Vologne, Le Roulier, Rupt-sur-Moselle, Saint-Nabord, Les Voivres. Il y en a en réalité plus si l'on compte les lieux-dits non habités in:Marichal 2015, p. Feignes.
  3. A Avillers, La Bresse, Brouvélieures, Dignonville, Fontenoy-le-Château, Hautmongey, Godoncourt, Lépanges-sur-Vologne in:Marichal 2015, p. Baraques, mais aussi le sommet avant le Donon en Moselle.
  4. Clerjus, Laveline-du-Houx, Plainfaing, Rupt-sur-Moselle, Sapois in:Marichal 2015, p. Roches.
  5. Châtel-sur-Moselle, Épinal (Durival), Fontenoy-le-Château, Mirecourt, Neufchâteau, Rambervillers, Remiremont, Saint-Étienne-lès-Remiremont, Saint-Maurice-sur-Mortagne in:Marichal 2015, p. Capucins.
  6. « Saint Mansuy serait le premier évêque de Toul vers 338. Toul devint ville française en 1559, mais le diocèse resta un des trois diocèses indépendants de Lorraine avec Metz et Verdun. Suffragant de Trèves en Allemagne, jusqu'en 1801. Fortement diminué par la fondation des diocèses de Nancy et Saint-Dié en 1777. - Supprimé en 1801 par son rattachement au diocèse de Nancy, puis à celui de Verdun rétabli en 1822. Mais ce fut Nancy qui releva son titre en 1824 » in :« Eglise catholique, diocèse de Toul », sur data.bnf.fr, .
  7. « L'unique occupation des Juifs en temps de paix était alors, comme encore longtemps après, le trafic du bétail et le brocantage d'une foule d'articles, principalement des métaux précieux, trafic auquel venait se joindre, par une association naturelle et presque forcée, le prêt de l'argent à un taux, dénoncé comme plus ou moins usuraire quand ils le prenaient, bien que les banquiers et commerçants chrétiens ne se fissent pas faute, à l'occasion, d'en demander un semblable. (…) En temps de guerre, les juifs d'Alsace se livraient surtout au trafic des chevaux et les services signalés qu'ils rendirent aux chefs d'armées françaises pour la remonte de leur cavalerie, contribuèrent certainement pour beaucoup à leur concilier la protection des autorités royales, qui d'abord semblent avoir été peu disposées à les tolérer dans la province. » Rodolphe Reuss, 1898, in : Judaïsme d’Alsace-Lorraine, site A.S.I.J.A.
  8. « In the dukedom Lorraine Jews experienced the same arbitrariness of the politics and their fate obviously depended on whether they were useful or not. They were alternatively driven out and called back, definitively expelled by duke René II in 1477 because they were accused to support the enemy (Burgundy). The next official permission for Jews to settle down in Lorraine happened only at the beginning of the 18th century. So wherever we are looking, there was always a gap in the Jewish presence: In Metz from the 13th to the 16th; In Lorraine from the 15th to the 18th ;In Alsace from the 14th to the 16th. », Pascal Curin, site du Judaïsme d’Alsace-Lorraine, A.S.I.J.A.
  9. Définition sur Wiktionaire : 1) Salle où les religieuses se réunissent pour travailler à différents ouvrages. 2) Sorte d’asile ou d’atelier de charité où des jeunes filles se réunissent pour travailler sous la direction de religieuses. ou des pensionnats de jeunes filles.
  10. «Memoriale per fabbricare un nostro piccol et ordinato monasterio »
  11. Joséphine Strauss, Marcel Weill et sa femme, Lucien Weill et sa femme, Eliane Weill, veuve Alfred Simon, Léon Geismar, Madeleine Geismar, Jules Picard.
  12. Les tombes ont été photographiées dans le cadre du projet collaboratif du site généalogique Geneanet et accessibles en ligne sur: « Carré juif du cimetière de Bruyères », .
  13. Sarl capital 3.600.000 frs de l'époque. Indice départemental LOR-I-88 01512, fabrique de bérets, teinturerie, soufroir, code NAF Z3
  14. Indice départemental LOR-I-88 00054, tissage et polissage, code NAF DB17.2.
  15. Il est situé au 8 rue Charlemagne à Bruyères et fut créé le 01/07/1991,. En janvier 2018, cet établissement emploie entre 50 et 99 salariés selon la page FICOCIPA du site societe.com
  16. L’actionnariat familial reste majoritaire à côté des investissements des sociétés EPF Partners, SPEF Développement et Sigefi Private Equity, filiale du groupe Siparex.
  17. Population municipale légale en vigueur au 1er janvier 2018, millésimée 2015, définie dans les limites territoriales en vigueur au 1er janvier 2017, date de référence statistique : 1er janvier 2015.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b J.J. Bonnefont, « Milieu naturel », dans Parisse,, Philipp, Lanher, Demarolle, Tronquart, Choux, L’Hôte, Lorraine, Christine Bonneton, coll. « Encyclopédies Bonneton », (ISBN 2862530158 et 9782862530154), p. 297.
  2. Jacques Estrade et Norbert Lefranc, chap. 4 « Milieu naturel », dans Albert Ronsin, Bernard Houot, Georges Savouret, Alain Litaize, Pascal Joudrier et Jean-Pierre Doyen, Vosges, Paris, Christine Bonneton Editeur, coll. « Encyclopédies régionales », , 428 p. (ISBN 2862530778 et 9782862530772), p. 313-335.
  3. a b c d e et f P. Chèvremont et al., Notice géologique rapport final BRGM/RP-56439-FR : Carte géologique harmonisée du département des Vosge (88), BRGM, , 232 p., p. 10, 15, 21, 29, 235-236. .
  4. a et b Marc Durand, « Des cônes de déjection permiens au grand fleuve triasique : Évolution de la sédimentation continentale dans les Vosges du Nordautour de - 250 Ma. », Géologie de Lorraine, Université Nancy I,‎ (lire en ligne).
  5. a et b Serge Occhietti et Emmanuelle Kulinicz, « Terrasses et épandages alluviaux antérieurs au riss/saalien, à la périphérie nord-ouest des Vosges, France », Quaternaire, vol. 20/1,‎ 2009,, p. 95 (DOI 10.4000/ quaternaire.5059, lire en ligne).
  6. Emma Sarango, « SNCF : une pétition pour sauver la ligne entre Epinal et Saint Dié-des-Vosges », France Bleu Sud Lorraine,‎ (lire en ligne).
  7. Collectif rédaction, « Une pétition pour défendre la ligne Épinal-Strasbourg », Vosges Matin,‎ (=https://www.vosgesmatin.fr/edition-de-saint-die/2018/01/29/une-petition-pour-defendre-la-ligne-ferroviaire-epinal-strasbourg).
  8. Le site de hauteur antique sur l'Avison ne serait alors plus le seul témoin du contrôle visuel, il faudrait adjoindre le haut de la colline de Bruyères proprement dite, le flanc du mont attenant à la chapelle de Anges, et d'autres hauteurs voisines. Cette hypothèse renvoie les essartements à la légende médiévale, ou du moins à des aménagements de l'espace avec abandon temporaire et rotation régulière de terres, typique des traditions agraires néolithiques.
  9. André Pégorier (Ingénieur en Chef, géographe), Sylvie Lejeune et Élisabeth Calvarin, Les noms de lieux en France : Glossaire de termes dialectaux, , 3e éd. .
  10. Paul Marichal, « Dictionnaire topographique de la France Comprenant les noms de lieux anciens et modernes », sur CTHS, .
  11. Léon Zéliqzon, Le Dictionnaire des patois romans de la Moselle, t. 1, Saverne, Fuchs, 1922-1924, 718 p., p. 83.
  12. Zéliqzon 1922, p. 74, 80.
  13. Zéliqzon 1922, p. 249.
  14. Zéliqzon 1922, p. 323.
  15. Jean ROTTNER (dir.) et al. (L’inventaire Histoire et Patrimoine en Lorraine), « Architecture rurale de la montagne vosgienne », sur site histoirepatrimoines.lorraine.eu, (consulté le 17 avril 2018).
  16. Collectif VL, « La maison lorraine ne se visite pas encore sur internet », Villages lorrains, Nancy, no 89,‎ , p. 6-8.
  17. a et b Georges Savouret, « Le village vosgien », dans Albert Ronsin,Bernard Houot, Alaint Litaize, Pascal Joudrier, Jacques estrades, Norbert Lefranc, Jean-Piere Doyen, Vosges, Paris, Christine Bonneton Éditeur, (ISBN 2862530778), partie 2, p. 87-131.
  18. Ivan Ferraresso, « L’architecture rurale lorraine du XIVe siècle à la première moitié du XVIe siècle : de l’identification aux marqueurs chronologiques », Revues In Situ, no 9,‎ (ISSN 1630-7305, DOI 10.4000/insitu.3573, lire en ligne).
  19. Coutumes générales du Duché de Lorraine, pour les Bailliages de Nancy, Vosge & Allemagne (Original provenant de Bibliothèque nationale de Naples), Chez Babin, pere & fils, libraires, 315 p.
  20. Claude-Marin Saugrain et Du Moulinet, Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne, et de la Nouvelle France traitant de tout ce qui y a rapport : soit géographie, étymologie, topographie, histoire, gouvernement ecclésiastique, civil, & militaire ; justice, finance, commerce ou curiosité, dans lequel on trouvera, les noms, la situation, et la description de toutes les provinces, fleuves, rivières, villes, bourgs, villages, paroisses & communautez du royaume. Et sur chaque lieu : le nombre des habitans, leurs moeurs, coutumes & négoces particuliers. les archevêchez, évêchez, abbayes, prieurez, chapitres, cures et leur revenu. Les pairies, duchez, principautez, marquisats, comtez, vicomtez, baronies, siries, châtellenies, & autres fiefs considérables. Les gouvernemens, leur étenduë, & leurs officiers. Les conseils royaux, parlemens, chambres des comptes, cours des aydes, présidiaux, bailliages & autres juridictions, avec leurs ressorts. Les forêts, mines, minières, eaux - minérales ; & autres matières intéressantes, Bibliothèque jésuite des Fontaines, Chez Saugrain, , « Bailliages du XVIIIe siècle », p. 997
  21. A.D. Vosges 3DH-3.
  22. a b et c Léopold de Lorraine, duc de Lorraine, Recueil des édits, ordonnances, déclarations traitez et concordats avec différents arrêts de règlements rendus en conséquence tant au conseil d'état et des finances que dans les cours souveraines, vol. 3, Cusson, (lire en ligne), « Edite pour l’hérédité des offices et le rachat de la Paulette », p. 78-90.
  23. Jarry Eugène et Palanque Jean-Remy, « Une nouvelle collection : Histoire des diocèses de France », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 45, no 142,‎ , p. 5-24 (DOI 10.3406/rhef.1959.3239, lire en ligne).
  24. « Titre attribué à l’archevêque placé à la tête d’une province ecclésiastique et ayant autorité sur d’autres diocèses. Le pape confère à l’archevêque métropolitain le pallium, symbole du lien spécial de communion avec le Saint Siège et expression de l’unité, de l’universalité de l’Eglise du Christ. » in : « Métropolitain », sur Eglise catholique de France, Conférence des évêques de France, .
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  181. couleur et symbolique des villes sous le 1er Empire et la Restauration (lettres patentes du 2 novembre 1810) Michel Pastoureau