Ville libre d'Empire

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Les territoires des villes libres et d'Empire en 1648.

Le terme « ville libre d'Empire » (en allemand : Freie Reichsstadt) désigne, improprement, une ville autonome du Saint-Empire romain directement subordonnée à l'empereur et non à un prince d'Empire, grâce à l'immédiateté impériale. Depuis les débuts de l'époque moderne jusqu'à la dissolution de l'Empire en 1806, les représentants des villes immédiates avaient le droit de siéger et de voter à la diète d'Empire, l'assemblée générale des États impériaux.

Ville d'Empire et ville libre[modifier | modifier le code]

Il existait à l'origine une différence entre ville d'Empire (Reichsstadt) et ville libre (Freie Stadt). Ce n'est que dans le premier cas qu'il s'agissait de villes immédiates appartenant au roi des Romains ou à l'empereur, jouissant de libertés et de privilèges en vertu de leur statut. Ils bénéficiaient d'une large autonomie et exerçaient même leur propre juridiction ; de cette façon, ils étaient placées sur un pied d'égalité par rapport aux princes.

Dans le deuxième cas, il s'agissait de villes épiscopales comme Lübeck, Utrecht, Cologne, Augsbourg, Mayence (jusqu'en 1462), Worms, Spire, Strasbourg, Bâle et Ratisbone, qui s'étaient libérées progressivement de l'emprise de leur prince-évêque en tant que seigneur temporel, généralement au prix de luttes s'étendant sur plusieurs générations. Contrairement aux villes d'Empire, ces dernières villes n'étaient pas tenues de contribuer en hommes et en argent aux croisades et autres guerres menées par l'empereur.

À la fin du Moyen-Âge, les droits et obligations des villes libres étaient semblables au statut des villes d'Empire. Par conséquent, les deux types de villes s'étaient plus ou moins confondus ; on parlait alors de « ville libre et d'Empire » (Freie und Reichsstadt), puis de « villes libres d'Empire » .

Évolution historique[modifier | modifier le code]

Les portes médiévales de Rothenburg.

Dès le XIIIe siècle, les premières villes d'Empire acquirent l'immédiateté impériale, souvent après l'extinction de la famille de seigneurs locaux : en 1218 les citoyens de Zurich se sont affranchis de la domination de la maison souabe de Zähringen ; la cité de Schaffhouse fut élevée au rang de ville d'Empire par le roi Sigismond de Luxembourg, après le duc Frédéric IV de Habsbourg est mis au ban en 1415. Le statut est souvent obtenu par de nombreuses petites villes du Sud-Ouest de l'Allemagne comme Memmingen, Kaufbeuren, Ravensbourg, Wangen, Pfullendorf, Buchau, Wimpfen, Bopfingen, Dinkelsbühl, Feuchtwangen, Rothenbourg, Schwäbisch Hall, Weil der Stadt, Windsheim et Annweiler, ainsi que Mulhouse, Colmar, Wissembourg, Haguenau et Sélestat en Alsace. Ces villes s'étaient vues accorder le privilège urbain surtout à l'époque des empereurs de la dynastie des Hohenstaufen, ducs de Souabe, jusqu'à l'époque du Grand Interrègne au milieu du XIIIe siècle. Par la suite, leurs successeurs ne sont plus en mesure de exerçer la suprématie totale sur le pays.

Au cours du Moyen Age tardif, les villes d'Empire régies directement par l'empereur forment une exception politique et juridique dans le sens où l'appartenance aux États impériaux n'est pas liée à une personne mais à une ville en tant qu'ensemble représenté par un conseil. À partir de 1489, elles avaient des représentants à la diète d'Empire (Reichstag) ou ils constituèrent un troisième collège à côté de celui des sept princes-électeurs et celui des autres princes ecclésiastiques et laïques immédiats. Cependant, on voit que toutes n'avaient pas le droit de siéger à la diète car seuls trois quarts des quatre-vingt-six villes d'Empire citées par la matricule de 1521[1] siègent à la diète. Pour les autres, l'appartenance aux états impériaux n'a jamais été octroyée.

Plusieurs villes ont acquis de vastes zones, comme Francfort, Ulm, Schwäbisch Hall, Rothenbourg, Augsbourg, Nuremberg et surtout Berne ; pour un certain nombre, ils ont été mis en gage par l'autorité impériale, tel que Nimègue aux comtes de Gueldre en 1247, la ville de Duisbourg aux comtes de Clèves en 1290, et Egra aux rois de Bohême en 1322. Dans certain cas, le gage entraîne à long terme la perte de l'immédiateté impériale, si le montant garanti ne fut pas remboursé. L'empereur Charles Quint, lors de son élection en 1519, a confirmé la souveraineté des princes sur leur détention du gage. En contrepartie, des ligues des villes, tel que la Décapole, viennent d'être créées pour défendre les droits d'autonomie.

Suite aux traités de Westphalie, la suprématie sur les villes d'Empire en Alsace fut ensaisinée au royaume de France ; la mise en oeuvre de la politique des Réunions comprendra l'occupation des lieux par les troupes françaises en 1681. À la fin du XVIIIe siècle, existaient encore 51 villes d'Empire, dont 45 sont médiatisés par le recès de la diète d’Empire en 1803. Six villes seulement ont conservé le statut : Augsbourg (abolie en 1805), Brême, Francfort (abolie en 1866), Hambourg, Lübeck (abolie en 1937) et Nuremberg (abolie en 1806). Les cantons suisses de Bâle, de Berne, de Lucerne, de Schaffhouse, de Soleure, de Saint-Gall et de Zurich tous remontent aux villes libres d'Empire. Les Länder de Brême et de Hambourg surent conserver leur autonomie jusqu'à nos jours.

Liste des villes libres d'Empire[modifier | modifier le code]

Constitution faisant de Heilbronn une ville libre d'Empire en 1371

Villes libres rattachées à la France[modifier | modifier le code]

La vieille ville de Colmar.

Plusieurs villes libres d'Empire ont été rattachées à la France, perdant ainsi ce statut :

  • Les villes de Metz, Toul et Verdun par le traité de Westphalie en 1648, en même temps que le territoire des Trois-Évêchés (cependant ces villes avaient déjà été intégrées de facto au royaume de France dès 1552)
  • Par la Paix de Nimègue, en 1679 : Besançon, ainsi que les villes alsaciennes de la Décapole :

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Helmut Neuhaus, p.34.

Articles connexes[modifier | modifier le code]