Alsacien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ou cette section peut contenir un travail inédit ou des déclarations non vérifiées (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).

Vous pouvez aider en ajoutant des références. Voir la page de discussion pour plus de détails.

Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (août 2011).

Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l'article, comment ajouter mes sources ?).

alsacien
Elsässisch
Pays Drapeau de la France France
Région Drapeau de l'Alsace Alsace
Nombre de locuteurs environ 700 000 Transmission inter-générationnelle très minoritaire depuis les années 1980[1].
Typologie SVO
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Statut de langue régionale de France[2]
Codes de langue
ISO 639-3 gsw[3]

L'alsacien (Elsässisch ou Elsàssisch) est la dénomination donnée aux parlers alémaniques et franciques traditionnels d'Alsace[4],[5]. Ces langues régionales sont qualifiées de « dialectes » dans le sens où leur grammaire et leur graphie ne sont pas (originellement) codifiées. La langue normalisée utilisée pour les transcrire est aujourd'hui l'allemand standard. Toutefois, tous ces « dialectes » ont une origine linguistique antérieure — située autour du IVe et du Ve siècle — et commune à celle de l'allemand standard qui n'a, lui, émergé et qu'à partir du XVe siècle[4],[6].

L'alsacien est la deuxième langue autochtone parlée en France (en nombre de locuteurs) après le français si on considère l'occitan comme un ensemble de parlers non homogènes, et la troisième dans l'hypothèse contraire[7]. En 2014, on dénombrait 600 000 locuteurs de l'alsacien (au sens large, c'est-à-dire tous les parlers germaniques rassemblés sous cette appellation) dans la région, sur 1,8 millions d'habitants, soit 43 % de la population interrogée[8]. En fait, l'étude réalisée montre que :

  • 31% déclarent bien savoir parler l’alsacien (les dialectophones)
  • 34% déclarent savoir parler un peu l’alsacien ou le comprendre un peu (les initiés)
  • 35% déclarent ne pas comprendre l’alsacien (les non initiés).

Les transcriptions phonologiques des œuvres littéraires (poésie, théâtre), basées sur le Schriftbild (les conventions orthographiques) du Hochdeutsch, rendent compte de la richesse des variantes dialectales. En « krummes Elsass », Alsace Bossue sont des parlers franciques rhénans appartenant au moyen-allemand, relativement proches des formes parlées en Lorraine et au Palatinat. Dans la région au nord de l'isoglosse û / au frontalier (Wissembourg - Lauterbourg), on parle un continuum francique méridional proche du Palatin, mais rattaché comme les dialectes alémaniques à l'allemand supérieur. Par ailleurs, des espaces de langue romane, patois dits welches et franc-comtois, se retrouvent sur les zones vosgienne et méridionale de l'Alsace. Le Territoire de Belfort « Romandie alsacienne » est un district alsacien séparé après 1871, et rattaché à la Franche-Comté, qui n'a pas retrouvé sa place traditionnelle en marge de la province. Le dialecte alsacien est aussi parlé par quelques centaines de personnes à Castroville, dans le Texas, ville fondée par des personnes originaires de la région de Mulhouse[9].

Différents codes orthographiques sont en usage, chaque écrivain adoptant une orthographe plus ou moins personnelle. L’orthographe utilisée cherche plus à rendre compte précisément des coloris locaux de la langue parlée que d'assurer la compréhension pratique, la langue écrite (allemande ou française) suffisant à cette fonction. La prononciation en particulier varie d’une micro-région linguistique à l’autre, voire d’un village à l’autre. Ainsi, les différences phonologiques et, dans une moindre mesure, morphologiques, entre les parlers du nord au sud de l'Alsace sont importantes. On constate cependant une grande unité dans la syntaxe commune de l'alsacien et la compréhension entre Alsaciens est assurée. L'ensemble des dialectes parlés en Alsace sont relativement proches linguistiquement.

Sommaire

Définition[modifier | modifier le code]

Aire de diffusion des dialectes alémaniques au XIXe et XXe siècles. On notera que l'Alsace bossue et la zone septentrionale autour de Wissembourg ne sont pas comprises.
Cartographie linguistique de l'Alsace en 1910

S'étendant en Alsace, l'alsacien constitue un ensemble de dialectes, essentiellement issus de langues germaniques. Parmi celles-ci, ce sont certaines variantes des langues alémaniques et franciques qui y sont pratiquées. La langue alsacienne n'est pas unifiée et le dialecte pratiqué peut varier d'une commune à l'autre, mais on peut les regrouper en plusieurs familles[10],[11]:

Quelques chiffres[modifier | modifier le code]

En 2014, on dénombrait 600 000 locuteurs (dialectophones) de l'alsacien dans la région sur 1,8 millions d'habitants, soit 43 % de la population interrogée[8]. En fait, l'étude réalisée montre que : 43% des personnes interrogées déclarent bien savoir parler l’alsacien, 33% déclarent savoir parler ou comprendre un peu l’alsacien, et 25% déclarent ne pas le comprendre ou l'utiliser. Cette proportion peut sembler importante, mais elle a largement décliné depuis les années 1990[8].

Année de l'étude 2012 2001 1997 1946 1900
Pourcentage de la population déclarée "dialectophone" 43 % 61 % 63 % 90,8 % 95 %

La diminution du nombre de locuteurs tire son origine de l'utilisation du Français comme langue principale de communication aussi bien dans le milieu professionnel que dans le milieu familial, mais aussi au renouvellement de la population, puisque les mêmes études mettent en évidence une proportion élevée de dialectophones (74 %) dont l'âge est supérieur à 60 ans, tandis que seuls 24 % des 30-44 ans, 12 % des 18-29 ans et 3 % des 3-17 ans se déclarent dialectophones en 2012[8],[12].

Caractéristiques linguistiques[modifier | modifier le code]

Origine de l'alsacien[modifier | modifier le code]

L'alsacien appartient à une famille de parlers distincts, qui ont tous une origine germanique. Ainsi, l'alsacien regroupe des dialectes franciques et alémaniques de ce qu'on appelle aujourd'hui l'allemand. Toutefois, il faut bien noter que le francique d'une part, et l'alémanique d'autre part, furent deux idiomes linguistiques parlés entre le IVe et le Ve siècle de notre ère, à une époque où l'allemand standard n'existait pas encore[6],[13].

Répartition des peuples germaniques au Ier siècle ap. J.-C.
Répartition géographique des Francs et des Alamans au Ve siècle.

Notons tout d'abord que l'Alsace (et plus largement la région Rhénane) a connu de nombreuses autres langues durablement installées, telles que le celtique continental, c'est-à-dire dans ce cas le gaulois, puis sur une partie de son territoire, le gallo-roman. Cependant, à partir du IVe siècle, la région a connu l'arrivée des Alamans sur la plus grande partie de son territoire, mais aussi sur sa frange nord, celle des Francs plus tardive[6]. Ces diverses langues (franciques, alémaniques et le latin) seront utilisées dans la région pendant tout le Moyen Âge.

Les langues germaniques parlées par les Alamans et les Francs descendent toutes du germanique commun (attesté vers 500 av. J.-C.), lequel a donné naissance à un très grand nombre de langues[14] regroupées en différentes branches.

L’alémanique, parlé sur la majeure partie du territoire alsacien et le francique rhénan, parlé dans le nord de l'Alsace (Alsace bossue et région de Wissembourg) appartiennent au groupe du haut-allemand ou allemand supérieur.

L'alémanique parlé en Alsace se subdivise lui-même en bas-alémanique utilisé au centre de l'Alsace, et le haut-alémanique parlé au sud de l'Alsace (Sundgau).

Ainsi, les parlers traditionnels d'Alsace, regroupés sous le terme d'alsacien, regroupent en fait indifféremment des dialectes germaniques issus de deux sous-groupes différents de langues germaniques anciennes : le moyen-allemand pour le francique (Nord de l'Alsace, Moselle) et le haut-allemand pour le reste du territoire, ce dernier se découpant encore en deux sous-familles linguistiques : le bas-alémanique (centre de l'Alsace et sud de l'Alsace) et haut-alémanique (extrême sud de l'Alsace, région du Sundgau).

Caractéristiques phonologiques[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreux traits qui séparent l'alsacien de l'allemand standard, l'allemand littéraire « Schriftdeutsch » ou « Hochdeutsch », on peut citer entre autres l'absence de la diphtongaison, dite bavaroise : « Win ou Wi » pour « Wein », « Hüs » pour « Haus » ; la palatalisation du « u » long et le maintien d'anciennes diphtongues : « güet » pour « gut » (anciennement «guot»); un certain relâchement articulatoire : « sewa » pour « sieben »; le passage de [rs] intervocalique à [rsch] (le nom du village Schnersheim se prononce sur place Schnarsche) etc. Ce sont des caractéristiques conservées d'une forme plus ancestrale, et qu'on retrouve dans le moyen haut allemand, aujourd'hui disparu[15].

Accentuation[modifier | modifier le code]

Dialecte de type germanique, sa tendance est d'accentuer les premières syllabes d'un mot. Cette accentuation n'est pas marquée par la graphie. De manière générale, la première syllabe est accentuée, sauf pour les mots d'origine étrangère. Elle se manifeste par une prolongation appuyée de la voyelle supportée par la syllabe. L'alsacien fait partie des langues germaniques, et il a aussi tendance à agréger les mots pour former de nouveaux mots plus longs. Dans ce cas, l'accentuation se place sur les premières syllabes de chaque mot, comme elle le serait pour les mots individuels. Lorsque les mots ou les verbes sont précédés de préfixes non-accentués (be-, ver-, zer-, miss-, etc.), c'est la première syllabe du radical qui est accentuée.

Exemples (l'accentuation est indiquée par des caractères gras).

Mot français Traduction Accentuation Composition
maison Hüs Hüs -
prendre nàhme nàhme -
accepter annàhme annàhme an + nàhme
entreprise Unternàhme Unternàhme Unter + Nàhme
regarder lüege lüege -
sapin de Noël Tannebaim Tannebaim Tanne + Baim. L'accentuation porte sur les premières syllabes

respectives des deux mots

essayer, tester prowiere prowiere mot d'origine latine, accentuation à la fin
trouver finde finde
se trouver (sich) befinde befinde be + finde. Be- est un préfixe non-accentué, donc l'accentuation porte

sur le radical finde.

Caractéristiques morphologiques[modifier | modifier le code]

Comme l'allemand, l'alsacien possède trois genres: le masculin, le féminin et le neutre, ainsi qu'un pluriel commun à ces trois genres. C'est également un dialecte flexionnel, qui comprend trois cas de déclinaison : le nominatif (Sujet), l'accusatif (COD), le datif (COI) ; contrairement à l'allemand, l'alsacien n'a pas de génitif, il le remplace par une construction employant le datif. On ne compte plus que trois temps, dont deux sont des temps composés: le présent, le prétérit (passé composé; le passé simple a disparu, comme dans l'ensemble des dialectes alémaniques) et le futur (qui est formé, tout comme en allemand et tous les dialectes germaniques, à l'aide d'un auxiliaire) ; et peu de modes : indicatif et subjonctif (qui sert également à former le conditionnel), ainsi que deux voix : active et passive. Il est à remarquer que l'alsacien, comme tous les autres dialectes alémaniques, bon nombre d'autres dialectes et langues, peut utiliser un présent progressif[16] en plus du présent conventionnel.

Évolution lexicale[modifier | modifier le code]

L'appartenance de l'Alsace à la France dès le XVIIe siècle (règnes de Louis XIII et Louis XIV) s'est répercutée sur le plan lexical. Le fait d'être coupé politiquement de la sphère de l'allemand standard a permis la préservation d'un grand nombre d'archaïsmes, inintelligibles de nos jours même au pays de Bade ; d'autre part, le dialecte n'a cessé d'emprunter au français. L'alsacien a aussi été largement enrichi par le parler yiddish, apporté par les populations juives originaires de Pologne et de l'Est de l'Europe.

Prononciation de l'alsacien[modifier | modifier le code]

Voyelles[modifier | modifier le code]

Voyelle Voyelle française équivalente prononciation (consensus international) exemple exemple alsacien [prononciation]
a o [ɔ] ou [å] mort, sort, or, gore der Mann (l'homme) [dr mɔn]
å oo (variante longue) [ɔ:] idem, plus long s' Råd (la roue) [s' rɔ:d]
à a [a] salle, barde, salade d'Mànner (les hommes) [d'mann'r]
ä è, ê [ɛ], [ɛ:] être, partre säje (dire) [sɛ:jə]
e a [a] en début et fin de mot dans le Haut-Rhin idem Mànele (petits hommes) [ma:nala]
e a [a] après une voyelle idem miet (fatigué) [mi:at], lüege (regarder) [ly:aga]
e é [e] partout ailleurs (é) pré, été lege (poser) [le:ga]
i é entre [e] et [i] lorsque la voyelle est courte (aucun) der Himmel (le ciel) [dr hemml]
i i [i] lorsque la voyelle est longue île, mille der Rhi (le Rhin) [dr Ri:], der Wi (le vin) [dr vi:]
o o, ô [o] sot, seau, beau der Morge (le matin) [dr mo:rga], solle (devoir, avoir l'obligation de) [sola]
u ou [u] nous, vous, sous d'Wulke (les nuages) [d'vu:lka]
ü u [y] sûr, dur, mur Nüdle (nouilles) [nuudla]
ie iia [i:a] (aucun) Biewele (petit garçon) [bi:avala]
üe uua [y:a] (aucun) der Büe (le garçon) [dr by:a]
ei, ài [ai] ail, aïe Meidele (jeune fille) [maidala]
ai [ɔ:i] boy (anglais) laife (marcher) [loifa]

Consonnes[modifier | modifier le code]

Consonne Consonne française prononciation exemple en français exemple en alsacien [prononciation]
b b, p entre [b] et [p] aucun bliwe (rester) [bliiva]
p p, b assez rare, rencontré dans les mots d'origine latine, entre [b] et [p] passage, pierre prowiere (essayer) [proviiara] (un vrai « p »), passe (aller bien, passer, seoir) [possa / bossa] (entre b et p)
d d, t entre [d] et [t] aucun trinke (boire) [trénka / drénka]
t d, t entre [d] et [t] idem iwertriwe (exagéger) [év'r-triiva]
v f [f] fièvre, filet vergeifre (baver, salir en bavant) [f'r-gaïfra]
f f [f] idem Flàcke (taches) [flaka], fliege (voler dans les airs) [fliiaga]
g gu, g, k entre [g] et [k] toujours comme dans gare geifre (baver) [gaïfra/kaïfra]
h h [h] h aspiré, prononcé en expulsant l'air des poumons der Himmel (le ciel) [d'r hémm'l]
j y [j] yeux, yodler jede (chaque) [yééda]
k k, g entre [k] et [g] aucun kuma (venir) [kouma/gouma]
r r [r] roulé ou non, selon les régions rouille, rouler ràgne (pleuvoir) [rag'na]
s s, ch [s] le plus souvent; [ʃ] devant t, d, p et parfois r savon, si (jamais comme un z) ou chat, chien springe (sauter) [chpré-nga], steh (être debout) [chtéé], sewe (sept) [sééva]
w v [v] wagon, voiture, victoire Wage (voiture) [vooga], Wulke (nuage) [voulka]
x kss [ks] exciter, exfolier Wax (aussi écrit Wachs) (cire) [voks]
z ts [ts] tsé-tsé Zahn (dent) [tsoo'n], Zorn (colère) [tsôrn]
sch ch [ʃ] chat, chien schriwe (écrire) [chriiva]
ch rr [x] comme un r grasseyé semblable au r dans cri, croire noch (encore) [nôrr], Büech (livre) [buuarr]
ch ch [ç] comme le ch du mot chat prononcé avec la langue collée au palais ; particularité retrouvée dans le Bas-Rhin et en allemand Schlüch (tuyau) [chluurr] dans le Haut-Rhin et [chluuch] dans le Bas-Rhin
ch k [k] se prononce [k] lorsqu'il se trouve devant un s Wachs (cire) [vɔks], wachse (grandir, croître, pousser) [vɔksa]
ng ng [ng] se prononce ng comme dans parking. Attention ; le -g final ne s'entend pas, le n est simplement prononcé avec le nez et le fond de la gorge Iewung (iia'vou-ng) (exercice, expérience)

Convention d'écriture[modifier | modifier le code]

« ATTENTION : la graphie utilisée ici est celle employée par Jean-Jacques Brunner[5]. La plupart des ouvrages en alsacien utilisent la graphie "à" pour indiquer le [ɔ] ou [å], et le "a" pour indiquer le [a], c'est-à-dire l'inverse de ce qui est utilisé ici. La raison du choix graphique pour le présent article repose majoritairement sur les arguments de Jean-Jacques Brunner[5]. Il existe deux a en alsacien[5]. Celui que l'on dit naturel (noté a) et qui se prononce [ɔ] ou [å], et l'autre (noté à), qui se prononce comme le a français de avion. Pourquoi noter a une lettre qui ne se prononce pas du tout comme tel ? Pour la raison que les voyelles des mots apparentés en allemand se prononcent [a]. C'est donc premièrement un choix linguistique. Par exemple, le mot roue se traduit en allemand par Rad [raad]. En alsacien, il se prononce différemment : [rood]. C'est encore une fois l'orthographe allemande qui prédomine (utilisation de la voyelle "a"). Le même phénomène est observé pour le e, qui se prononce [a] presque partout dans le Haut-Rhin, à des positions où, normalement, en allemand, ils sont muets, légèrement prononcés, ou entièrement prononcés é ou eu[5]. De plus, les signes diacritiques (accents, etc...) sont normalement utilisés pour marquer des formes fléchies plus rares que les voyelles naturelles. Ainsi, le a naturel ([ɔ] ou [å], le plus courant) est-il écrit ici sans accent, alors que le [a] fléchi est lui écrit à, parce qu'il est plus rare[5]. »

Particularités de la prononciation de l'alsacien[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne les couples b/p, d/t et g/k, il est en usage de privilégier l'orthographe des mots retrouvés en allemand standard. Par exemple, le mot Biewele (petit garçon) [biiavala] pourrait très bien être écrit Piewele. Toutefois, la racine germanique du mot, Bub, est orthographiée avec un B, ce qui a orienté le choix[5] de la graphie.

Différences de prononciation

Il existe parfois des différences de prononciation importantes entre les différents parlers alsaciens le long d'un axe Nord/Sud. La liste suivante compare quelques mots ou verbes rencontrés dans différentes localités. Pour des raisons de simplicité, nous avons séparé les prononciations entre Haut-Rhin (sud) et Bas-Rhin (nord) mais il existe en réalité un continuum. On constate notamment que la consonne g subit un amuïssement phonétique vers le j /y/ et parfois même vers le w /v/. Les variations entre b, w et entre g, j et w sont nombreuses.

Mots français alsacien

(Haut-Rhin)

alsacien

(Bas-Rhin)

alsacien (Sundgau,

extrême sud)

allemand

standard

Anglais
écriture prononciation écriture prononciation écriture prononciation
aimer liewe [li:ava] liewe [li:əvə] liebe [li:aba] lieben to love
aimer bien, apprécier mege [me:ga] meje [me:jə] mege [me:ga] mögen
balayer, nettoyer fàge, fàje [fa:ga] fàje, fäje [fa:ja], [fɛ:jə] fàge [fa:ga] fegen to sweep
la cuisine d' Kuche [ku:xa] d'Küche [ky:ʃə], [ky:çə] d'Chuche [xu:xa] die Küche the kitchen
dire sage, säje [sɔ:ga], [sɛ:jə] säje, sawe [sɛ:jə], [sɔ:və] sage [sɔ:ga] sagen to say
éloignement, notion de disparition

(particule)

ewàg, ewàj [ava:k], [avaj] ewäj [avɛ:j] ewàg [ava:k] hinweg away
être étendu, se trouver lege [le:ga] leje [lɛ:jə] lege [le:ga] liegen to lie
je ich, i [ex], [i:] ich [iʃ], [iç] ich [ex], [i:] ich I
la fièvre s'Fiewer [fi:av'r] s'Fiewer [fi:əv'r], [fi:v'r] s'Fieber [fi:ab'r], [fe:b'r] das Fieber fever
la maison s'Hüs [hy:s] s'Hüs, s'Haus [hy:s], [hau:s] s'Hüs [hy:s] das Haus house
possible, possiblement meglig [me:glik] meglich [me:gliʃ] meglig [me:glik] möglich possibly
regarder lüege [ly:aka] lüeje, löje [ly:ajə], [løːjə] lüege [ly:aka] gucken to look
le Rhin der Rhi [ri:] de Rhin [ri:n] der Rhi [ri:] der Rhein the Rhine
la vie s'Làwe [la:va] s'Lëwe [lɛ:və] s'Làbe [la:ba] das Leben life
le vin der Wi [vi:] de Win [vi:n] der Wi [vi:] der Wein wine
voir sàh, gsàh [sa:], [ksa:] seh, gseh [se:], [kse:] gsàh [ksa:] sehen to see

Prononciation des pronoms personnels.[modifier | modifier le code]

Les pronoms personnels sont très couramment utilisés, et comme vous les rencontrerez souvent, ils sont indiqués dans le tableau ci-dessous avec leur prononciation. Il s'agit des pronoms personnels sujets (c'est-à-dire au cas nominatif) (voir plus loin pour les autres). Ils sont également indiqués ici sous forme tonique, mais ils peuvent avoir des équivalents atones (comme, en français, la différence à l'oral entre "il" et "y").

Pronom personnel

français

Pronom personnel

alsacien

Forme accentuée

(tonique)

Prononciation Forme inaccentuée

(atone)

Prononciation
Je ich [ex], [iʃ], [iç] ou même [i:] i [i:]
Tu [dy:] de [da]
Il er [a:r] 'r [r]
Elle sie, si [sa], [si:a], [si:] se [sa]
Cela es [a:s] 's [s]
Nous mer [me:r] mr [mər]
Vous (pluriel de "tu") ehr [e:r] 're [ra]
Ils sie, si [sa], [si:a], [si:] se [sa]
Elles sie, si [sa], [si:a], [si:] se [sa]

Écriture de l'Alsacien[modifier | modifier le code]

L'alsacien suit les codes graphiques de l'allemand standard. Ainsi, tous les noms communs s'écrivent avec une majuscule, de même que les pronoms personnels de politesse. Par exemple:

le chien : der Hund

la femme : d'Frauj

la maison : s'Hüs

la lune: der Mond

Éléments grammaticaux simples[modifier | modifier le code]

Les verbes[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Le verbe est constitué d'un radical et d'une terminaison infinitive, -e [5],[17]. Par exemple:

Verbe Prononciation Radical Terminaison Traduction
stelle [ʃtella] stell- -e poser verticalement
mache [mɔ:xa] mach- -e faire
làwe [la:va] làw- -e vivre

Lors de la conjugaison, la terminaison infinitive disparaît et est remplacée par des désinences personnelles, c'est-à-dire des terminaisons se référant au sujet du verbe.

Place du verbe dans la phrase.[modifier | modifier le code]

La syntaxe de l'alsacien est relativement proche de celle de l'allemand, et des langues saxonnes en général[17]. Le verbe se place ainsi toujours en seconde position dans une proposition simple[10],[5],[17], selon le modèle: sujet + verbe + objet ou encore objet + verbe + sujet dans certains cas.

Par exemple:

"Il lit un livre" : er lest e Büech ; prononciation : [a:r lɛ:st a by:ax]

"Maintenant, il lit un livre" : Jetze lest er e Büech ; prononciation : [jetza lɛ:st'r a by:ax]

Dans la première phrase, on a une logique sujet + verbe + objet (complément d'objet direct), alors que dans la seconde, on a une logique complément circonstanciel + verbe + sujet + objet, où le sujet est relégué à la troisième position, de sorte que le verbe reste en seconde position.

Les verbes à particules[modifier | modifier le code]

Point plus important, les verbes alsaciens, tout comme les verbes allemands, possèdent souvent des « préverbes »[18], encore appelés particules. À l'infinitif, ils se placent devant le verbe, tandis que fléchis (conjugués), ils s'en séparent, et migrent à la fin de la proposition, en accord avec la logique rétrograde de la langue[10],[17]. Il existe deux types de particules :

  • les particules inséparables, qui s'ajoutent devant le verbe et y sont soudées (un peu comme en français pour les verbes induire, déduire, duire, et conduire où le préfixe correspond à une particule inséparable ajoutée au radical "duire" qui n'a plus aujourd'hui de sens sous forme isolée). Par exemple stelle [ʃtela:](poser, disposer) et bestelle [bɛʃtela:] (commander) ou encore steh [ʃtɛ:] (être debout, se tenir) et versteh [ferʃtɛ:] (comprendre).
  • les particules séparables, très nombreuses, qui sont assemblées devant le verbe lorsqu'il est à l'infinitif, mais qui se déplacent à la fin de la proposition lorsque le verbe est conjugué. Par exemple, les verbes schwimme [ʃvɛma] (nager), ufeschwimme [ufaʃvɛma] (nager vers le haut), geh (aller), awegeh [ɔ:vagɛ:] (aller vers le bas).

Ces particules séparables ou inséparables, même si ce n'est pas toujours le cas, peuvent modifier considérablement le sens du verbe.

Exemples de modification de sens avec différentes particules : exemple du verbe stelle (poser, mettre, disposer)

Verbe Particule Traduction
stelle - poser verticalement, mettre, disposer (sur la table), faire (un diagnostic)
bestelle be- (inséparable) commander (un plat, un colis), réserver (une place)
anstelle an- (séparable) allumer (appareil, dispositif), ouvrir (robinet), poser, placer (spécifiquement), engager (embaucher)
abstelle ab- (séparable) poser (vers le bas), éteindre (appareil), couper (courant, eau), éloigner (un objet)
instelle in- (séparable) installer, mettre, poser (à l'intérieur), régler (un appareil), embaucher, engager, cesser (un paiement)
üsstelle üs- (séparable) exposer, mettre dehors, placer, poster, éteindre (un appareil)
ufstelle uf- (séparable) mettre en place, poser, installer (sur), monter, relever, mettre debout (poser verticalement vers le haut)
vorstelle vor- (séparable) présenter, représenter, signifier

Liste de quelques particules verbales en alsacien[modifier | modifier le code]

Il en existe trois types :

  • Les particules inséparables (reliées en permanence au radical), généralement inaccentuées.
  • Les particules séparables (qui se séparent du verbe lors de la conjugaison), généralement accentuées.
  • Les particules mixtes (qui peuvent parfois se séparer, parfois non, selon le sens du verbe).

Dans tous les cas, l'ajout d'un préfixe (mobile ou non-mobile) peut parfois considérablement changer la signification du radical verbal d'origine.

Les particules non-séparables[modifier | modifier le code]

Il existe tout une série de préfixes non-mobiles (ou non-séparables)[5],[18]

Particule prononciation exemple sens de la particule
be-, b- [be], [b] bestelle (commander), sich bsinne (se souvenir), sich behandle (se comporter), bemerke (noter, dire, remarquer) très utilisé. Permet de former des verbes transitifs à partir de noms communs ou d'autres verbes. C'est un préfixe de construction verbale.
ver- [fər] versteh (comprendre), vergeh (passer, disparaître), verstelle (déplacer), verblinde (aveugler) très utilisé. Marque la fin d'un état, la disparition complète, la péjoration (complète), l'intensification, la transformation, le changement d'état
zer- [tsər] zerbràche (détruire, casser, fracturer) marque la fin d'un processus, la division, la destruction
ent- [entt] entsteh (créer), entnàhme (prélever) marque l'éloignement, l'extraction, la sortie, le début soudain
er- [er] ertrinke (se noyer), erschaffe (élaborer) marque le résultat d'un processus, la disparition, la fin d'une activité ou la mort
miss- missschriwe (mal écrire), ''miss''''làse (lire mal), missverstandnis (incompréhension) marque un sens péjoratif, équivalent du français "mé-" (médire, méconnaître, méfaire, mésuser, etc.).
emp- empfàhle (recommander), empfinde (éprouver, ressentir), empfange (recevoir, accueillir) très rare. Comme en allemand, seuls trois verbes possèdent cette particule inséparable.
Particules mobiles/séparables[modifier | modifier le code]

Il existe aussi des particules mobiles[18], beaucoup plus nombreuses :

Particule prononciation exemples sens de la particule, interprétation
a-, an- [ɔ:], [ɔ:n] anmache (allumer, déclencher), angeh (aborder, résoudre), annàhme (accepter, prendre du poids, adopter une idée), ankumme (entrer, arriver vers un endroit), anschalte (allumer un appareil), antràffe (trouver, rencontrer), anstelle (embaucher, ouvrir un robinet, allumer un appareil) déclenchement d'un processus, début d'une action, déclenchement, ouverture, proximité, accumulation
ab- [ɔp] abmache (enlever, démonter), abgeh (partir), abnàhme (perdre du poids, maigrir), abkumme (s'écarter, s'éloigner, accorder), abschalte (éteindre un appareil), abstelle (descendre qq chose, éteindre ou couper un appareil, éloigner qq chose) diminution, éloignement, arrêt, inversion, notion de descente
bei- [bai] beisteh (soutenir qq'un ou un avis, litt. "se tenir avec, partager un avis") participation, présence
dur-, [dur] durschine (briller à travers qq chose), durlàse (lire en entier), durlaife (marcher, aller à travers, traverser) sens spatial : à travers, passage, mais aussi sens temporel : par-delà, pendant, à travers
i-, in- [i:], [i:n] inschalte (allumer), innàhme (prendre un médicament, rentrer qq chose), inschlofe (s'endormir), instelle (installer) début d'une action, mise en route, entrée dans un état, incorporation, déplacement vers l'intérieur
mit- [met] mitnàhme (emmener, litt. "prendre avec"), mitbringe (emporter, litt. "apporter avec"), mitwirke (participer) participation
no-, nach- [no:], [nax] nokumme (rejoindre, litt. "venir après, en différé"), nolàse (vérifier, relire, litt. "lire après"), nomache (imiter, litt. "faire d'après") notion de "suivre", de "contrôle/vérification" ou "d'imitation"
uf-, of- [uf] uflüege (regarder vers le haut), ufgeh (monter), ufschliesse (ouvrir), ufsüge (aspirer), ufhànge (accrocher, suspendre), ufwache (réveiller), ufkumme (éclater, survenir, litt. "venir brusquement"), ufàsse (manger tout, terminer un repas). mouvement vertical de bas en haut, ouverture, incorporation, contact, début d'une action, effet brusque, achèvement
um- [um] umstelle (changer de place, d'endroit, de position), umgeh (changer de place, bouger), umzoge (déménager), umdràje (tourner), umkehre (tourner, changer de direction) notion de circularisation, notion de changement (de lieu, d'état)
üs- [ys] üsmache (éteindre, fermer, couper), üsschalte (éteindre un appareil), üsstelle (sortir, exposer), üsschliesse (fermer), üsgeh (sortir) disparition, fermeture, achèvement, sortie (d'un endroit, d'une situation, etc.)
vor- [fo:r] vorstelle (présenter une personne), vorbringe (présenter, litt. "emmener devant"), vordringe (avancer), vorgeh (aller/marcher devant, aller en avance), vorha (avoir en prévision, prévoir), vorkumme (se produire), vormache (préparer, montrer comment faire qq chose) notion d'avance dans le temps, d'avancer (positionnel), de préparation, de préparation (équivalent du français pré-).
wàg-, weg- [vak], [vɛk] wegmache (se débarrasser, éliminer, faire disparaître), wegstelle (enlever, déplacer, faire disparaître), wegnàhme (enlever, prendre pour faire de la place) déplacement soudain, changement d'endroit, éloignement d'une position, disparition
züe- [tsy:a] züeschliesse (fermer à clé), züenàhme (ajouter, grossir), züemache (fermer), züenàje (coudre ensemble, recoudre), züewinke (faire signe de la main, saluer), züelüege (regarder précisément, observer, dévisager), züedecke (couvrir, recouvrir, fermer en couvrant) addition, fermeture, vers une direction précise

Exemples :

Stell der vor! "Imagine-toi ça !" (sich vorstelle, se (re)présenter)

Se steht immer uf, wu ehr Vater ins Büro kummt "elle se lève toujours (de sa chaise) lorsque son père entre dans le bureau" (ufsteh, se lever)

Jetze kummt mr ebbis in "Maintenant, il me vient une idée" (inkumme, avoir une idée)

Trotz mim Diet nehm-i an ! "Malgré mon régime, je prends du poids" (annàhme, prendre du poids)

Der Direktor nehmt di Suhn an "Le directeur embauche ton fils" (annàhme, embaucher)

S'fangt an "ça commence" (anfange, commencer, débuter)

Er schaltet der Fàrnlüegappàrat ab "il éteint la télévision" (abschalte, éteindre un appareil)

Dà Mann kehrt Ràchts ab "cet homme tourne à droite) (abkehre, tourner, changer de direction)

Les particules séparables composées[modifier | modifier le code]

Certaines particules séparables sont dites "composées", car elles résultent de la fusion de plusieurs particules. Par exemple, les particules à sens positionnel (telle que uf, ab, unter, an, ab, vor) peuvent devenir directionnelles lorsqu'on les fusionne avec les particules directionnelles hin (mouvement d'éloignement par rapport au locuteur) ou hàr / hër (mouvement vers le locuteur).

ab (éloignement, descente) + hin (mouvement d'éloignement) = nab ou awe (flexion rencontrée surtout dans le Haut-Rhin). Sens : vers le bas. On peut ainsi former un verbe de mouvement (n'importe lequel) et lui ajouter cette particule composée à sens directionnel:

Er geht awe ou encore er geht nab signifie "il descend" ou "il va vers le bas"

Er gheit awe signifie "il tombe (vers le bas)".

Avec hàr, on marque un mouvement vers le locuteur ou le point de référence. La fusion entre hàr et ab donne hërab (Bas-Rhin) ou encore awe (Haut-Rhin).

Der Vogel fliegt hërab ou encore Der Vogel fliegt awe signifie "l'oiseau vole vers le bas / l'oiseau descend en volant" (fliege signifie "voler" tandis que awefliege ou hërabfliege signifie voler vers le bas, descendre en volant).

Les particules composées de hin et hàr/hër sont généralement associées aux verbes de mouvement ou de changement d'état, et indiquent des directions. Elles sont tellement précises qu'elles permettent souvent de ne pas préciser le verbe. Par exemple, au lieu de dire "er isch uf Milhüse ufegange" (il est monté à Mulhouse), on dira volontiers "er isch uf Milhüse ufe" (en omettant le participe passé "gange" du verbe "geh", aller)[19].

Particule composée

(Haut-Rhin)

Particule composée

(Bas-Rhin)

origine (composition) prononciation exemples signification de la particule
ane- nan- hin + an [ɔ:na] anegeh (aller en avant), anefahre (aller en véhicule vers l'avant), anelüege (regarder vers l'avant), aneschwimme (nager vers l'avant) en avant, vers une direction, notion d'éloignement en avant d'un point d'origine
ane- hëran- her + an [ɔ:na] anekumme (venir en avant) notion de déplacement de rapprochement d'un point de référence
awe- nab- hin + ab [ɔ:va] awegeh (aller vers le bas), awefahre (aller en véhicule vers le bas, descendre), awelüege (regarder vers le bas, en contrebas), aweschwimme (nager vers le bas, descendre en nageant) notion de déplacement/direction (éloignement) vers le bas
awe- hërab- her + ab [ɔ:va] awekumme (venir en descendant, descendre) notion de déplacement/direction (rapprochement) vers le bas
dure- dure- hin + dur [du:ra] duregeh (traverser un lieu, une ville), durekumme (venir à travers), dureschwimme (nager à travers) notion de mouvement à travers un espace ou une durée
ewàg- ewaj-, awäj- hin + weg [ava:k], [ava:j], [avɛ:j] ewàggeh (partir, s'éloigner), ewàgbringe (emporter, enlever au loin), ewàgwerfe (jeter au loin, se débarrasser) notion de rétraction, de départ (équivalent de l'Anglais away)
fere- ? ? feregeh (partir en avant), ferelaife (s'éloigner en marchant vers l'avant, le lointain) Vers l'avant, vers une direction, vers le lointain
heime- heime- heim + hin [haima] heimegeh (aller "à la maison", rentrer); heimekumme (venir "à la maison", rentrer), heimefliege (rentrer à la maison en volant), heimefahre (rentrer en véhicule "à la maison"), heimeschwimme (rentrer "à la maison" en nageant), etc. retour au point d'origine (lieu de naissance, maison, etc.), dans la direction de "la maison", du point d'origine (pour les personnes)
ine- nin- hin + in [i:na] inegeh (aller vers l'intérieur, entrer), inefahre (aller en véhicule vers l'intérieur, entrer), inelüege (regarder vers l'intérieur), ineschwimme (nager vers l'intérieur, entrer en nageant) notion de déplacement/direction (éloignement) vers l'intérieur
ine- hërin-, ine- her + in [i:na] inekumme (venir vers l'intérieur, entrer) notion de déplacement/direction (rapprochement) vers l'intérieur
ufe- nuf- hin + uf [ufa] ufegeh (aller vers le haut, monter), ufefahre (aller en véhicule vers le haut, monter), ufelüege (regarder vers le haut), ufeschwimme (nager vers le haut, monter en nageant) notion de déplacement/direction (éloignement) vers le haut
ufe- hëruf- her + uf [ufa] inekumme (venir vers le haut, monter) notion de déplacement/direction (rapprochement) vers le haut
ume- num- hin + um [uma] umelaife (déambuler, traîner, marcher en cercle), umeschwimme (nager en cercle, tourner en nageant) notion de déplacement circulaire, aléatoire vers une direction (rapprochement)
ume- hërum, erum her + um [uma]
untre- nunter- hin + unter [untra] untregeh (aller vers en dessous) notion de déplacement/direction (éloignement) vers le dessous
untre- runter-, untre- her + unter [untra] untrekumme (venir par en dessous) notion de déplacement/direction (rapprochement) vers le dessous
üsse- nüs- hin + üs [ysa] üssegeh (aller vers l'extérieur, sortir), üssefahre (aller en véhicule vers l'extérieur, sortir), üsselüege (regarder vers l'extérieur), üsseschwimme (nager vers l'extérieur, sortir en nageant) notion de déplacement/direction (éloignement) vers l'extérieur
üsse- hërüs-, erüs- her + üs [ysa] üssekumme (venir vers l'extérieur, sortir) notion de déplacement/direction (rapprochement) vers l'extérieur

Exemples:

Morne geh'mr uf Strossburg awe "demain, nous descendons sur Strasbourg" (awegeh, aller vers le bas)

Gang üsse ! "Sors!" (üssegeh, sortir)

Dà fremdartige Mann laift uf der Stross ume "cet homme étrange déambule dans la rue" (umelaife, déambuler, traîner)

D'Rakete stigt ewer der Arde ufe "la fusée s'élève au-dessus de la Terre (vers le haut)" (ufestige, s'élever verticalement vers le haut)

Mer bringe alle dine Sache vum erste Stock awe "nous descendons toutes tes affaires du premier étage" (awebringe, descendre, litt. emmener quelque chose vers le bas)

Les particules mixtes[modifier | modifier le code]

Certaines particules peuvent être tantôt séparables, tantôt inséparables selon le verbe auquel elles sont associées. Elles ne sont pas nombreuses.

Particule prononciation sens lorsqu'elle est inséparable sens lorsqu'elle est séparable
dur- [du:r] action de traverser ou de fouiller notion de traverser (spatial, temporel)
um- [um] contournement, englobement exprime un sens spatial (autour de, changement de direction, de tendance)
ewer- [ev'r] action de survoler, transmettre, attaquer sens spatial : sur, au-dessus-de, par-dessus
unter- [unt'r] actions de parapher (signer), soumettre, réprimer, interrompre, examiner sens directionnel et spatial : vers le bas, sous
weder [wed'r] réalisation, complétion d'une action, application d'une peine renouvellement, répétition (litt. "à nouveau, encore"

Les auxiliaires[modifier | modifier le code]

En plus des verbes, et afin de les conjuguer à différents temps et modes, l'alsacien dispose de 4 auxiliaires[17] :

  • se ou senn (être), pour conjuguer au passé (verbes d'état, verbes de mouvement)
  • ha (avoir), pour conjuguer au passé (tous les autres verbes)
  • düe (faire), pour conjuguer au présent progressif (düe au présent et verbe à l'infinitif) ou pour former le conditionnel (düe au conditionnel et verbe à l'infinitif)
  • wàre (devenir, équivalent de l'anglais will), pour conjuguer au futur (wàre au présent et verbe à l'infinitif), ou pour former le passif (wàre conjugué et verbe au participe passé).
Auxiliaire Prononciation Prononciation

"à la française"

Traduction Utilisé pour
se / senn [se:] [sen] "séé" être Formation du passé. Construction : sujet + se (conjugué) + participé passé du verbe
ha [hɔ:] "hoo" avoir Formation du passé. Construction : sujet + ha (conjugué) + participe passé du verbe
düe (1) [dya] "duua" faire Formation du présent progressif. Construction : sujet + düe (conjugué) + infinitif du verbe
düe (2) [dya] "duua" faire Formation du conditionnel. Construction : sujet + dàt (düe au conditionnel) + infinitif verbe
wàre (1) [va:ra] "vaara" devenir Formation du futur. Construction: sujet + wàre (conjugué) + infinitif verbe
wàre (2) [va:ra] "vaara" devenir Formation du passif. Construction : sujet + wàre (conjugué) + participe passé du verbe

Voici la conjugaison (irrégulière) des auxiliaires au présent simple [10],[17],[20] :

Personne se

(être)

ha

(avoir)

düe

(faire)

wàre (Haut-Rhin)

(devenir)

wëre (Bas-Rhin)

(devenir)

je ich bin [ben] ha(n) [hɔn] düe [dy:a] wer [vɛ:r] wur [vu:r]
tu dü* besch [beʃ] hasch [hɔ:ʃ] düesch [dy:aʃ] wersch [vɛ:rʃ] wursch [vu:rʃ]
il / elle / cela er / se / es esch [eʃ] hat [hɔt] düet [dy:at] werd [vɛ:rt] wur(d) [vurt]
nous mer senn [sen] hàn [ha:n] dien [dy:an] wàre [va:ra] wëre [väre]
vous ehr
ils / elles se
  • (*) Attention, le pronom personnel "dü" est la forme dite tonique. En alsacien, il est la plupart du temps omis, car la terminaison -sch à la fin du verbe est suffisamment informative. Dans le Haut-Rhin, une forme atone - de - existe également, et se prononce [da]. Notez que de est également la forme de l'article défini masculin dans beaucoup de régions, et qu'il ne faut pas le confondre avec le pronom personnel de atone.

Exemples d'utilisation (des auxiliaires) en tant que verbes:

Ich bin e Mann "je suis un homme"

Se esch e Fraj "c'est d'une femme"

Es esch e schens Meidele "c'est une jolie jeune fille"

Mer hàn e Hund "Nous avons un chien"

wersch unheflig "tu deviens impoli"

Er esch fràch "il est effronté" (on peut dire aussi er esch fresch dans le Bas-Rhin)

Se hat e flotter Wage "elle a une jolie voiture"

Exemples d'utilisation en tant qu'auxiliaires:

Er düet si Wage fahre "il est en train de conduire sa voiture" (présent progressif)

Se hat e nejer Hund bikumme "elle a eu un nouveau chien" (passé composé)

Mer hàn das Büech glàse "nous avons lu ce livre" (passé composé)

S'esch e nàtter Kamrad gse "c'était un ami sympathique" (passé composé)

Der Wage wird vum Garagist grepariert "la voiture est réparée par le garagiste (en ce moment)" (voix passive)

Der Wage isch repariert "la voiture est réparée (c'est fait)" (passé composé)

Mi Suhn wird nàchste Màntig kumme "mon fils viendra lundi prochain" (futur)

Mine Schwester dàt nàchster Màntig kumme "Ma sœur viendrait lundi prochain" (conditionnel)

Les temps en alsacien[modifier | modifier le code]

Les verbes peuvent se conjuguer à différents temps et modes[10],[5],[17]. En alsacien, il existe trois temps de l'indicatif :

  • le présent (auquel on peut ajouter un présent « progressif » ou « emphatique »). Il se conjugue en utilisant le radical du verbe, sans terminaison, auquel on ajoute des désinences (-, -sch, -t, -e) ;
  • le passé, qui est un temps composé, qui utilise un auxiliaire (se « être » ou ha « avoir ») ;
  • le futur, également un temps composé, qui utilise un auxiliaire (devenir, wàre ou wëre).

On peut également ajouter plusieurs modes : le conditionnel (deux formes composées) et le subjonctif (deux formes composées).

La phrase simple[modifier | modifier le code]

En temps normal, une phrase simple se construit selon le modèle suivant : sujet + verbe + complément / nom / adjectif[10],[17].

Quoi qu'il advienne, le verbe doit toujours se trouver en seconde position dans la phrase. De ce fait, si la proposition commence par un complément, le sujet sera déplacé après le verbe, de manière à respecter cet axiome[10],[5],[17].

Exemples[21] :

  • Phrase : Il déplace le verre sur la table.
  • Traduction : Er stellt s'Glas uf'm Tisch um.
  • Phrase : Maintenant, il déplace le verre sur la table.
  • Traduction: Jetz stellt er s'Glas uf'm Tisch um [yets chdellt'r s'Glooss ouf'em téch oum]

Dans le second exemple, la présence d'un élément temporel en début de phrase (Jetz) oblige à déplacer le sujet (ici « er ») après le verbe, de manière à ce que ce dernier demeure en deuxième position. Chose importante : lorsque le verbe est composé (affublé d'un préverbe), c'est le radical (ici, stelle, sous forme conjuguée) qui se place en seconde position, la particule (ici, um) migrant à la fin.

Conjugaison des verbes au présent[modifier | modifier le code]

L'alsacien comporte deux présents[17] : le présent simple (celui qu'on trouve en français) et le présent progressif (être en train de faire quelque chose), qui perd progressivement son sens. Le verbe à l'infinitif est composé d'un radical sur lequel est greffée une terminaison de l'infinitif -e. Exemples : stelle /ʃdɛla/ « poser », mache /moːra/ « faire », lése /leːsa/ « lire ». La conjugaison au orésent se sert uniquement du radical auquel la terminaison de l'infinitif est retirée, et remplacée par des désinences personnelles (terminaisons).

Conjugaison au présent simple des verbes réguliers[modifier | modifier le code]

Les pronoms personnels sujets sont les suivants[17] et accompagnés à chaque fois (à droite) des terminaisons (désinences personnelles) nécessaires à la conjugaison du verbe.

Pronoms personnels
Personne Forme tonique Forme atone Forme enclitique Terminaison au présent

(désinences personnelles)

je ich /ex/ i -i -
tu dü /dy:/ de /da/ -de -sch
il / elle / cela er/sie/es 'r / se / 's -r, -se, -s' -t
nous mer /me:r/ mr -mr -e
vous ehr /e:r/ re [ra] -re -e
ils / elles sie /si:/ se /sa/ -se -e

Les pronoms peuvent avoir une forme tonique (accentuée), atone (inaccentuée) ou enclitique (ajoutée à la fin d'un nom ou d'un verbe). Le tableau résume également les terminaisons verbales utilisées au présent avec chacune des personnes.

Comme en allemand du XVIIe siècle et comme en français actuel, la deuxième personne du pluriel (Ehr, terminaison pluriel -e) s'emploie couramment en tant que forme de politesse, en lui ajourant une majuscule à l'écrit (forme rare). Il semblerait que la troisième personne du pluriel (Se, terminaison du pluriel -e) soit aussi, à la mode allemande, employée exceptionnellement, également avec une majuscule. Enfin, une troisième forme de pluriel est possible, lorsque le locuteur s'adresse à une femme ou une jeune femme: comme en Italien, on utilise la 3e personne du pluriel féminin (Se, terminaison du singulier -t).

Le tableau suivant donne la conjugaison de dix verbes avec leurs traductions.

stelle

(poser)

umstelle

(déplacer)

lüege

(regarder)

züelüege

(observer)

mache

(faire)

anmache

(allumer)

ufmache

(ouvrir)

bestelle

(commander)

rede*

(parler)

anriefe*

(appeler)

ich stell stell um lüeg lüeg züe mach mach an mach uf bestell redd rüef an
stellsch stellsch um lüegsch lüegsch züe machsch machsch an machsch uf bestellsch reddsch rüefsch an
er / se / es stellt stellt um lüegt lüegt züe macht macht an macht uf bestellt redd rüeft an
mer stelle stelle um lüege lüege züe mache mache an mache uf bestelle rede riefe an
ehr
se

(*) Le verbes marqués par un astérisque sont irréguliers. Dans le cas de rede, la longueur de la voyelle interne change, puisqu'elle est courte au singulier (redd, reddsch, redd) et longue au pluriel (rede). Pour anriefe, tout comme son cousin sans particule séparable riefe, la voyelle (diphtongue) ie du radical de l'infinitif est fléchie (altérée) au cours de la conjugaison (ie devient üe au singulier et reste ie au pluriel).

Conjugaison au présent simple des verbes irréguliers[modifier | modifier le code]

Voici encore quelques exemples de verbes au présent, très courants, mais dont la conjugaison est irrégulière :

personne steh

(être debout, se tenir)

geh

(aller)

(donner)

versteh

(comprendre)

je ech / ich stand gang geb verstand
tu stehsch gehsch gesch verstehsch
il / elle er / se / es steht geht get versteht
nous mer stehn gehn gàn verstehn
vous ehr
ils / elles se
Particularité -and à la 1re pers.

-n au pluriel

-ang à la 1re pers.

-n au pluriel

b à la 1re pers

n au pluriel

-and à la 1re pers.

-n au pluriel

De manière générale, tous les verbes terminant en -we [-va] sont irréguliers, et sont caractérisés par une alternance b (singulier)/ w (pluriel, infinitif), comme : bliwe (rester), hewe (soulever), làwe (vivre), glaiwe (penser), liewe (aimer). D'autres peuvent avoir d'autres flexions consonantiques, comme le verbe sage (dire), chez qui on assiste à une alternance g/j, elle aussi assez courante en alsacien. Les plus courantes concernent les alternance vocaliques (voyelles, diphtongues) entre üe et ie. Voici leur conjugaison au présent simple:

Verbe bliwe hewe làwe glaiwe liewe schiewe schriwe sage riefe müesse/miesse
Traduction rester soulever vivre croire aimer pousser écrire dire appeler devoir
ich blib heb b glaib lieb schieb schrib sag rüef müess
blibsch hebsch bsch glaibsch liebsch schiebsch schribsch sàjsch rüefsch müesch
er / se / es blibt hebt bt glaibt liebt schiebt schribt sàjt rüeft müess
mer bliwe hewe we glaiwe liewe schiewe schriwe sage riefe miesse
ehr
se

Conjugaison des verbes de modalité (irréguliers)[22][modifier | modifier le code]

Il en existe huit en alsacien. Ils servent à marquer la modalité (savoir, vouloir, devoir, etc.). Ils sont toujours suivis de l'infinitif (sans préposition). Notez qu'en allemand, il n'en existe que sept, mais qu'en alsacien, on y ajoute le verbe droje (oser) qui peut, dans certaines régions, être considéré comme un verbe de modalité, car il fonctionne de la même manière[23].

kenne dàrfe miesse solle mege welle droje wisse
Traduction pouvoir, avoir

la capacité de

avoir le droit,

l'autorisation de

devoir, avoir

l'obligation de

devoir, avoir le

devoir de

aimer, aimer bien vouloir oser savoir
ich ka(n) derf müess soll - will droj weiss
kasch derfsch müesch sollsch - wet drojsch weisch
er/se/es kat derft müess soll - will drojt weisst
mer kenne dàrfe miesse solle - welle droje wisse
ehr
se
Commentaires Début irrégulier,

sur le modèle de

l'auxiliaire ha

conjugaison régulière La diphtongue iepeut être fléchie en üe Conjugaison ré-

gulière

pas de conjugaison

au présent (uniquement

le conditionnel)[22]

Attention, la 2e

personne du singulier est irrégulière

conjugaison

régulière

Le présent progressif (présent emphatique)[modifier | modifier le code]

Le présent progressif se forme à l'aide d'un auxiliaire : düe (faire)

Cette forme peut également servir au débutant à former le présent simple — forme par ailleurs assez enfantine. Elle ne nécessite que de connaître la conjugaison de düe uniquement.

Personne düe (auxiliaire) « faire » Prononciation
je ich düe [du:a]
tu düesch [du:aʃ]
il / elle / cela er / se / es düet [du:at]
nous mer dien [di:an]
vous ehr
ils / elles se

Pour former le présent progressif, il suffit d'ajouter derrière la forme conjuguée de düe, l'infinitif du verbe désiré. Par exemple, avec le verbe stelle.

Personne düe (auxiliaire) « faire » + infinitif Traduction
1re ich düe stelle Je suis en train de poser / Je pose : ich düe stelle
2e düesch stelle Tu es en train de poser / Tu poses : (dü) düesch stelle
3e er/se/es düet stelle Il/Elle/On est en train de poser / Il/Elle pose: er/se/es düet stelle
1re mer dien stelle Nous sommes en train de poser / Nous posons: mer dien stelle
2e ehr Vous êtes en train de poser / Vous posez: ehr dien stelle
3e se Ils/elles sont en train de poser/ Ils/elles posent: se dien stelle

Exemple avec le verbe (à particule) ufmache (ouvrir).

Personne düe (auxiliaire) « faire » + infinitif Traduction
1re ich düe ufmache Je suis en train d'ouvrir / J'ouvre
2e düesch ufmache Tu es en train d'ouvrir / Tu ouvres
3e er/se/es düet ufmache Il/elle/cela est en train d'ouvrir
1re mer dien ufmache Nous sommes en train d'ouvrir / Nous ouvrons
2e ehr Vous êtes en train d'ouvrir / vous ouvrez
3e se Ils/Elles sont en train d'ouvrir / Ils/elles ouvrent

Remarque : ici s'applique bien évidemment la règle de la deuxième position du verbe : düe se place en seconde position et le verbe à l'infinitif se déplace à la fin de la proposition. De manière générale, l'infinitif d'un verbe se trouve toujours à la fin d'une proposition alsacienne[10],[5],[17].

Cet homme est en train d'observer
Dà Mann düet züelüege [da mɔn dy:at tsy:a ly:aka]
(züelüege : observer)

Il est tout à fait possible de former le présent progressif à l'aide d'une périphrase, telle qu'on peut l'entendre dans certaines régions françaises, et qui se rapproche davantage de ce qu'on retrouverait en allemand standart. La construction utilise le présent du verbe être (), et l'infinitif substantivé du verbe après la préposition an (à, sur). Le verbe « manger » se dit àsse (prononcé /'asa/), et son infinitif substantivé est s'Asse (s' étant l'article neutre, et Asse, la forme substantivée, écrite avec une majuscule). La préposition an étant suivie du datif (une déclinaison : le sdevient em), on doit dire an 'em Asse, qui se contracte toujours en am Asse.

Je suis en train de manger : « Ich bin am Asse », littéralement « Je suis à manger ». On n'a besoin, ici que de connaître la conjugaison de (être) et d'y ajouter « am + infinitif substantivé (avec majuscule) ».

Conjuguer au passé : le passé composé[modifier | modifier le code]

En alsacien, il n'existe plus de forme simple du passé (comme en français, "je voyais", "je lisais", "tu vis", "il mangea")[5]. On utilise donc une forme composée, qui utilise un auxiliaire conjugué et le participe passé du verbe[17].

Construction du passé : sujet + auxiliaire (se ou ha) conjugué + participe passé

En français, le participe passé d'un verbe est surtout une affaire de terminaison (aller, allé ; manger, mangé ; voir, vu ; suspendre, suspendu; etc.), mais ce n'est pas seulement le cas en alsacien. Le participe passé d'un verbe alsacien est construit différemment du français. Il nécessite l'utilisation d'un augment (un préfixe) sous la forme d'un g(e)-, d'un radical (dont les voyelles peuvent être modifiées) et d'une terminaison (-t ou -e). Le participe passé peut être régulier (g(e)- + radical + -t), ou irrégulier (g(e)- + radical modifié + -e ou -t). Les participes passés irréguliers concernent les verbes dits forts, les autres, réguliers, étant des verbes faibles.

Les verbes qui possèdent une particule n'ont pas le même comportement selon qu'il s'agit d'une particule séparable ou inséparable. En effet:

  • lorsqu'un verbe est affublé d'une particule inséparable (be-, ver-, zer-, emp-, etc.), il n'accepte pas de préfixe g(e)-.
  • lorsqu'un verbe possède une particule séparable, l'augment g(e)- se place entre la particule et le radical.

Dans le sud du Haut-Rhin, les verbes débutant par p-, b-, d- ou t- ne prennent pas l'augment g(e)-, mais il est possible dans les autres régions, si la voyelle e est prononcée (augment ge- complet).

Voici une liste (non exhaustive) de verbes et de leurs participes passés (réguliers* ou irréguliers**):

Quelques verbes réguliers (faibles) :

Verbe Traduction Participe passé Traduction
stelle poser gstellt posé augment g(e)-
anstelle engager angstellt engagé augment g(e)- entre la particule séparable an et le radical
instelle installer ingstellt installé augment g(e)- entre la particule séparable in et le radical
ufstelle mettre en place ufgstellt mis en place augment g(e)- entre la particule séparable uf et le radical
bestelle commander bestellt commandé pas d'augment g(e)- avec une particule inséparable
liewe aimer gliebt aimé augment g(e)-
lüege regarder glüegt regardé augment g(e)-
mache faire gmacht fait augment g(e)-
bliwe rester (ge)blibt resté augment possible (sous forme de ge-) ou absent si verbe commence par b-, p-, t- ou d-
dànke penser (ge)dànkt pensé augment possible ou absent si verbe commence par d-, t-, p- ou b-

Comparaison des conjugaisons au présent simple et au passé[modifier | modifier le code]

Voici un tableau comparatif des conjugaisons du présent simple, du présent progressif/emphatique et du passé.

Verbe Présent Présent emphatique

ou progressif

Passé
stelle (poser) ich stell

dü stellsch

er / se / es stellt

mer stelle

ehr stelle

se stelle

ich düe stelle

dü düesch stelle

er / se / es düet stelle

mer dien stelle

ehr dien stelle

se dien stelle

ich han gstellt

dü hasch gstellt

er/se/es hat gstellt

mer hàn gstellt

ehr hàn gstellt

se hàn gstellt

mache (faire) ich mach

dü machsch

er / se / es macht

mer mache

ehr mache

se mache

ich düe mache

dü düesch mache

er / se / es düet mache

mer dien mache

ehr dien mache

se dien mache

ich han gmacht

dü hasch gmacht

er/se/es hat gmacht

mer hàn gmacht

ehr hàn gmacht

se hàn gmacht

liewe (aimer) ich lieb

dü liebsch

er / se / es liebt

mer liewe

ehr liewe

se liewe

ich düe liewe

dü düesch liewe

er / se / es düet liewe

mer dien liewe

ehr dien liewe

se dien liewe

ich han gliebt

dü hasch gliebt

er/se/es hat gliebt

mer hàn gliebt

ehr hàn gliebt

se hàn gliebt

Quelques exemples de phrases au passé :

Ich bin uf Milhüse gange.
Je suis allé à Mulhouse
Wu-n-i jung gsé bin.
Lorsque j'étais jeune
Das Màidle hat mit sim Brüeder vu ehrem Hund gsproche
Cette jeune fille a discuté de son chien avec son frère.

Le choix des auxiliaires

Tout verbe d'action, de position et d'état se conjugue au passé avec l'auxiliaire ha (avoir).

On a donc la construction : sujet + ha (conjugué) + complément(s) + participé passé
Les verbes de mouvement, de changement d'état, eux, sont conjugués avec l'auxiliaire sé/sinn (être).
On a la construction : sujet + (conjugué) + complément(s) + participe passé
Elle est allée en haut de cette montagne. » (verbe de mouvement.
Se esch uf dàm Bàrg ufegange
Elle a lu ce livre.
Se hat das Büech glàse.

Quelques verbes "forts" (participe passé irrégulier)[modifier | modifier le code]

Verbe (français) Traduction (alsacien) Participe passé Auxiliaire à utiliser
Aller géh gange
Arriver kumme kumme
boire trinke (ge)trunke ha
boire (picoler) süffe gsoffe ha
couler fliesse gflosse
courir laife gloffe ha
Devenir wàre worre
Dormir schlofe gschlofe ha
écrire schriwe gschréwe ha
fermer schliesse gschlosse ha
geler friere gfrore ha
Lire làse glàse ha
manger (pour les humains) àsse gàsse ha
manger (pour les animaux) fràsse gfràsse ha
mourir stàrwe gstorwe
parler spràche gsproche ha
perdre verliere verlore ha
pousser schiewe gschowe ha
savoir wisse gwisse ha
tirer (avec une arme) schiesse gschosse ha
tirer (un objet), s'installer ziege / zieje (ge)zoge ha
tomber (à la guerre) falle gfalle
trouver finde gfunde ha
voler (en avion) fliege gfloge

Note: les participes passés avec un préfixe ge- entre parenthèses signifie que le ge- n'est pas obligatoire.

Conjuguer au futur (le Futur I).[modifier | modifier le code]

En alsacien, comme en allemand ou en anglais (et les langues germaniques en général), le futur se forme à l'aide d'un auxiliaire[10],[5],[17]. Il s'agit de l'auxiliaire wàre (devenir). Il existe deux futurs, en réalité[5],[17]. Le premier, le Futur I, ou futur simple, décrit une action future (exemple: je lirai le livre). Le Futur II est un "futur dans le passé", et un équivalent de son cousin français, le futur antérieur[17]. Il décrit, quant à lui, une action future décrite dans le passé (j'aurai lu le livre dans six mois). Dans cette partie, nous ne nous attacherons qu'à la description du Futur I (futur simple).

Construction du futur : sujet + wàre (conjugué) + complément + verbe à l'infinitif

Quelques exemples, avec les verbes làse (lire), àsse (manger), drinke (boire), réde (parler) et umstelle (déplacer, verbe à particule séparable "um") :

Pronom làse (lire) àsse(manger) drinke(boire) réde(parler) umstelle(déplacer)
ich (je) wer làse wer àsse wer drinke wer réde wer umstelle
dü (tu) wersch làse wersch àsse wersch drinke wersch réde wersch umstelle
er / se / es

(il/elle/cela)

werd làse werd àsse werd drinke werd réde werd umstelle
mer (nous) wàre làse wàre àsse wàre drinke wàre réde wàre umstelle
ehr (vous)
Se (ils/elles)

Exemples de phrases au futur simple (Futur I) :

Je lirai ce livre : Ich wer das Büech làse
Elle mangera avec ses parents: S'werd mit ehre Eltre àsse

Autres possibilités : Comme en français, il peut aussi simplement suffire d'utiliser des périphrases (qui utilisent le présent et ajoutent des adverbes ou des compléments de temps) indiquant que l'action décrite se situe dans le futur : Morne (demain), am mettwuch (mercredi), dur d'Nocht (pendant la nuit), in drej Monet (dans trois mois), etc[17]...

Le conditionnel : subjonctif I et subjonctif II[modifier | modifier le code]

Contrairement au français, qui possède une conjugaison au conditionnel, l'alsacien fait usage - dans la majorité des cas - d'un auxiliaire. Il s'agit de l'auxiliaire düe (faire). Grammaticalement, le conditionnel est formé par le subjonctif (le mode de l'hypothétique dans les langues indo-européennes). Il en existe deux : le subjonctif I (formé à l'aide d'un auxiliaire, cas majoritaire) et le subjonctif II (construction simple, sans auxiliaire, pour une minorité de cas particuliers)[24]. L'un et l'autre peuvent se substituer selon le contexte.

  • Le subjonctif I est utilisé pour marquer une hypothèse, ou un fait peu probable. Il est aussi employé dans le discours indirect, pour relater quelque chose d'hypothétique: "on dit que...", "il paraît que...", "soi-disant..."[17]. Il existe une forme simple (sans auxiliaire) pour les auxiliaires se (être) et ha (avoir), mais tous les autres verbes utilisent une construction de type: sujet + auxiliaire düe (au conditionnel) + infinitif du verbe
  • Le subjonctif II est une forme simple, directement formée avec le verbe (sans auxiliaire). Il est utilisé avec certains verbes seulement : les auxiliaires (se et ha, mais aussi düe) les verbes de modalité (dàrfe, kenne, màchte, miesse, solle, welle), certains verbes dits "forts" (géh, kume, dànke, etc). Pour les autres verbes (majoritaires) pour lesquels cette forme simple n'existe pas, on utilise l'autre forme composée du subjonctif I (avec l'auxiliaire düe).

Dans le Bas-Rhin, le subjonctif II n'existe que pour certains verbes (ha, se, wëre, e et les verbes de modalité), alors que dans le Haut-Rhin, principalement dans la région de Mulhouse-Colmar, il existe d'autres formes simples, qui impliquent notamment les vers géh (aller), kume (venir), dànke (penser), etc. et qui proviennent de formes plus anciennes qui ont survécu jusqu'à aujourd'hui[5],[24].

Nous allons voir, tout d'abord, le cas du subjonctif II, qui est la forme la plus utilisée pour construire le conditionnel en alsacien[17],[24].

Le subjonctif II de l'auxiliaire düe sert à former le conditionnel[modifier | modifier le code]

Pour former le conditionnel, on utilise majoritairement une construction : sujet + auxiliaire düe (au subjonctif II) + infinitif du verbe.

Il s'agit donc d'un subjonctif II.

düe Présent düe subjonctif II Exemple du verbe ufschriwe (noter) Exemple du verbe versteh (comprendre)
ich düe [ty:a] dàt [ta:t] Je noterais : ich dàt ufschriwe Je comprendrais cet homme : ich dàt dà Man versteh
düesch [dy:aʃ] dàtsch [da:tʃ] Tu noterais: dü dàtsch ufschriwe Tu comprendrais cet homme : dü dàtsch dà Man versteh
er/se/es düet [ty:at] dàt [ta:t] Elle noterait : se dàt ufschriwe Il comprendrait cet homme : er dàt dà Man versteh
mer dien [ti:an] dàte [ta:ta] Nous noterions: mer dàte ufschriwe Nous comprendrions cet homme : mer dàte dà Man versteh
ehr dien [ti:an] dàte [ta:ta] Vous noteriez: ehr dàte ufschriwe Vous comprendriez cet homme : ehr dàte dà Man versteh
se dien [ti:an] dàte [ta:ta] Ils noteraient: sedàte ufschriwe Ils comprendraient cet homme : se dàte dà Man versteh

C'est la forme majoritaire de conditionnel (subjonctif II), qui est utilisée pour la très grande majorité des verbes.

Quelques exemples :

Cet homme viendrait avec nous : dà Mann dàt mit uns kume

Il lirait beaucoup de livres : Er dàt vile Biecher làse

S'il mangeait, il viendrait au restaurant : Wenn er dàt àsse, dàt er im Restaurant kume.

Note : la conjonction "si" se traduit "wenn" en alsacien. Le verbe à l'infinitif se place toujours à la fin de la proposition (et l'auxiliaire conjugué en seconde position).

Le subjonctif II pour les verbes de modalité et les verbes "forts".[modifier | modifier le code]

Le subjonctif II "pur" n'est normalement pas formé à l'aide d'un auxiliaire. Vous avez déjà vu l'auxiliaire düe qui peut se conjuguer directement (sous forme simple). En alsacien, quelques verbes peuvent avoir une telle forme "simple". On compte parmi eux les verbes de modalité comme welle (vouloir), solle (devoir, avoir le devoir de), kenne (savoir), mege (aimer bien), etc. et quelques verbes de mouvement comme geh (aller) et kume (venir), ainsi que les auxiliaires se (être), ha (avoir) et, bien entendu, düe (faire). Pour ces verbes, le conditionnel se forme donc de la manière suivante :

ha se geh kume düe welle solle
Présent Subjonctif II Présent Sub. II Présent Sub. II Présent Sub.II Présent Sub. II Présent Sub. II Présent Sub. II
ich ha(n) hàt bin wàr gang gieng kum kàm düe dàt well wott soll sott
hasch hàtsch bisch wàrsch gesch giensch kumsch kàmsch düesch dàtsch wet wottsch sollsch sottsch
er/se/es hat hàt esch wàr geht gieng kummt kàm düet dàt well wott soll(t) sott
mer hàn hàtte senn wàrte* gehn giengte* kumme kàmte* dien dàte welle wotte solle sotte
ehr
se

(*) Pour la forme du pluriel du subjonctif II wàrte, on peut aussi rencontrer wàre. De même, pour giengte et kàmte, on peut trouver respectivement gienge et kàme. Ce sont des variantes locales.

Exemples :

Je viendrais si j'avais une voiture : ich kàm, wenn-i e Wage hàt
Nous lirions si nous avions un livre : mer dàte làse, wenn mer e Büech hàtte
Il viendrait s'il connaissait ton adresse : er kàm wenn er dine Adresse dàt kenne.

Note : Il faut remarquer que, dans les phrases conditionnelles à deux membres, reliés par la conjonction "wenn", les deux verbes sont au conditionnel (contrairement au français). S'il n'existe pas de subjonctif II "pur" pour un verbe, on utilise la forme utilisant l'auxiliaire düe.

Le subjonctif I[modifier | modifier le code]

(à venir)

Récapitulatif[modifier | modifier le code]

Infinitif Présent

(simple de l'indicatif)

Présent "emphatique"

ou "progressif"

Passé

(composé)

Futur simple

(Futur I)

Conditionnel

(composé)

radical + terminaison e sujet + verbe conjugué sujet + düe (conjugué) + infinitif sujet + auxiliaire (ha ou conjugué) + participe passé sujet + auxiliaire (wàre, conjugué) + infinitif sujet + auxiliaire (düe conjugué au conditionnel) + infinitif
stelle (poser) ich stell

dü stellsch

er / se / es stellt

mer stelle

ehr stelle

se stelle

ich düe stelle

dü düesch stelle

er / se / es düet stelle

mer dien stelle

ehr dien stelle

se dien stelle

ich han gstellt

dü hasch gstellt

er/se/es hat gstellt

mer hàn gstellt

ehr hàn gstellt

se hàn gstellt

ich wer mache

dü wersch mache

er / se / es werd mache

mer wàre mache

ehr wàre mache

se wàre mache

ich dàt mache

dü dàtsch mache

er / se / es dàt mache

mer dàte mache

ehr dàte mache

se dàte mache

mache (faire) ich mach

dü machsch

er / se / es macht

mer mache

ehr mache

se mache

ich düe mache

dü düesch mache

er / se / es düet mache

mer dien mache

ehr dien mache

se dien mache

ich han gmacht

dü hasch gmacht

er/se/es hat gmacht

mer hàn gmacht

ehr hàn gmacht

se hàn gmacht

ich wer mache

dü wersch mache

er / se / es werd mache

mer wàre mache

ehr wàre mache

se wàre mache

ich dàt mache

dü dàtsch mache

er / se / es dàt mache

mer dàte mache

ehr dàte mache

se dàte mache

liewe (aimer), verbe à flexion consonantique (b/w) ich lieb

dü liebsch

er / se / es liebt

mer liewe

ehr liewe

se liewe

ich düe liewe

dü düesch liewe

er / se / es düet liewe

mer dien liewe

ehr dien liewe

se dien liewe

ich han gliebt

dü hasch gliebt

er/se/es hat gliebt

mer hàn gliebt

ehr hàn gliebt

se hàn gliebt

ich wer liewe

dü wersch liewe

er / se / es werd liewe

mer wàre liewe

ehr wàre liewe

se wàre liewe

ich dàt liewe

dü dàtsch liewe

er / se / es dàt liewe

mer dàte liewe

ehr dàte liewe

se dàte liewe

anstelle (engager, embaucher), verbe à particule séparable ich stell an

dü stellsch an

er / se / es stellt an

mer stelle an

ehr stelle an

se stelle an

ich düe anstelle

dü düesch anstelle

er / se / es düet anstelle

mer dien anstelle

ehr dien anstelle

se dien anstelle

ich han angstellt

dü hasch angstellt

er/se/es hat angstellt

mer hàn angstellt

ehr hàn angstellt

se hàn angstellt

ich wer anstelle

dü wersch anstelle

er / se / es werd anstelle

mer wàre anstelle

ehr wàre anstelle

se wàre anstelle

ich dàt anstelle

dü dàtsch anstelle

er / se / es dàt anstelle

mer dàte anstelle

ehr dàte anstelle

se dàte anstelle

La déclinaison en alsacien[modifier | modifier le code]

En français , il n'existe plus de déclinaisons, bien qu'il y en ait eu en ancien français[23]. Les seules traces subsistant de cet état de fait sont les "déclinaisons" des pronoms personnels. En effet, remarquez qu'en français, le pronom personnel "je" se "décline" en "me" lorsqu'il est complément d'objet direct (accusatif) ou complément d'objet indirect (datif) (par exemple dans "il me voit" ou "il me parle" respectivement). Le pronom personnel "il", se décline en "le" lorsqu'il est complément d'objet direct (comme dans "je le vois"), et en "lui" lorsqu'il est complément d'objet indirect (comme dans "je lui parle"). Le même genre de déclinaisons existe en alsacien, bien qu'elles soient plus nombreuses et qu'elles s'appliquent aussi aux articles (définis et indéfinis) qui déterminent les noms communs, aux adjectifs, etc.

L'alsacien est, comme l'allemand, une langue flexionnelle[10],[5],[17],[20]. S'il existait quatre cas de déclinaison similaires à ceux de l'allemand standard (nominatif, accusatif, datif et génitif)[5],[17], il n'existe plus aujourd'hui que trois cas (nominatif, accusatif et datif). L'accusatif est surtout utilisé pour la déclinaison des pronoms personnels (ich, dü, er/se/es, mer, ehr, se), et, dans certains localités, pour les articles définis (der, d', s')[17]. Le génitif n'existe plus en tant que cas grammatical, et est remplacé par un datif-génitif. Il est parfois encore rencontré dans certaines expressions idiomatiques[10],[5],[17].

Nominatif : cas du sujet.
Accusatif : cas du complément d'objet direct (COD)
Datif : cas du complément d'objet indirect (COI) et du complément du nom (remplace le génitif). On rencontre le datif également après certaines prépositions telles que mit (avec), e (vers), vor (avant, devant).

La déclinaison de l'article défini[modifier | modifier le code]

Il existe trois articles définis singuliers (un pour chaque genre) et d'un article défini pluriel (commun à tous les genres), en alsacien[10] :

  • l'article défini masculin singulier : der (ou parfois de)
  • l'article défini féminin singulier : d'
  • l'article défini neutre singulier : s'
  • l'article défini pluriel (le même pour tous les genres) : d'

Chaque article peut être décliné (on dit aussi fléchi) selon le cas (nominatif, accusatif, datif).

masculin féminin neutre pluriel
nominatif der d' s' d'
accusatif der/de d' s' d'
datif em der em de

Le livre : S'Büech (neutre)

La table : Der Tisch (masculin)

Le chat : Der Katz (masculin)

L'homme : der Mann

La femme : d'Fraj

Le chien : der Hund

Le livre est sur la table : S'Büech liegt uf em Tisch*
Il voyage toujours avec le livre : Er reist immer mit em Büech**
Elle lui demande (à lui) le livre : Se frogt ehn s'Büech***
L'homme et la femme achètent le chien : Der mann un d'Fraj kaife der Hund

Note : les noms communs (chien, chat, homme, femme, table, etc.) s'écrivent avec une majuscule, selon une convention inspirée de l'allemand

(*) Après la préposition uf (sur), l'article est décliné au datif (il s'agit d'un datif locatif, ou encore appelé datif locatif).

(**) La préposition mit (avec) est toujours suivie du datif (der devient em)

(***) Le verbe "demander" (froge) est suivi de l'accusatif (d'un COD) contrairement au français, où il s'agit d'un COI (datif, demander à quelqu'un). Ici, le pronom (er, "il) devient ehn à l'accusatif (le, en français) (voir plus loin, déclinaison des pronoms personnels).

La déclinaison de l'article indéfini[modifier | modifier le code]

L'article indéfini (un, une, des, en français) est le même pour tous les genres en alsacien : e[10],[5],[17]

Un chat : e Katz

Un arbre : e Baim

Une femme: e Fraj

Un livre : e Büech

Il n'y a pas de forme du pluriel (des, en français)[10],[5].

masculin féminin neutre pluriel
nominatif e e e -
accusatif e e e -
datif (e)me (e)re (e)me -

Exemples :

  • Déclinaison au nominatif: sujet ou après le verbe être ()
C'est un chien : S'esch e Hund
  • Déclinaison à l'accusatif : complément d'objet direct (COD)
Nous demandons à l'homme* : Mer froge der Mann
Elle voit un train : S'seht e Züeg
Vous voyez le soleil : Ehr sehn d'Sunne
  • Déclinaison au datif : complément d'objet indirect
Elle donne de la viande à un chien : S'get Fleisch eme Hund
Elle aide une femme** : s'helft (e)re Fraj
  • Déclinaison au datif après mit (avec):
Il voyage toujours avec un livre : Er reist immer mit'me Büech
Elle marche avec un chien : S'laift mit'me Hund

Notes :

(*) Le verbe demander (froge) est suivi d'un complément d'objet direct en alsacien. Ce n'est pas le cas en français (demander à quelqu'un). On utilise donc l'accusatif.

(**) En alsacien, le verbe "aider" (hàlfe) est suivi du datif (il est suivi d'un complément d'objet indirect, contrairement au français, où il s'agit d'un COD).

Déclinaison des démonstratifs[modifier | modifier le code]

Ils s'accordent en genre, en nombre, et se déclinent selon leur fonction dans la proposition. On peut donner, par exemple, dà (ce, cet, celui-là), jeder (chaque, chacun), mange (maint, plus d'un), well (lequel), etc.

Pronoms démonstratifs: le cas de [modifier | modifier le code]

Le pronom démonstratif (celui-là, ce, cet) s'accorde en genre et en nombre, et se décline selon le cas. Prononciation : (da), die (diia), dàm (dam), dàre (dara), dàne (dana).

Masculin Féminin Neutre Pluriel
Nominatif die das die
Accusatif die das die
Datif dàm dàre dàm dàne

Exemples:

Cet homme : dà Mann
Cette femme : die Fraj
Ce livre : das Büech
Elle a écrit ce livre : S'hat das Büech gschrewe
Je voyage toujours avec ce livre* : Ich reist immer mit dàm Büech
Il voyage toujours avec ces livres* : Er reist immer mit dàne Büech
Nous allons dans cette école** : Mer gehn züe dàre Schüele
Vous voyagez avec ces gens* : Ehr reise mit dàne Litt

(*) La préposition mit (avec) est toujours suivie du datif.

(**) La préposition züe (vers, à) est toujours suivie du datif

Pronom démonstratif : jeder (chaque, chacun, chacune)[modifier | modifier le code]

Masculin Féminin Neutre Pluriel
Nominatif jeder jede jedes jede
Accusatif jeder jede jedes jede
Datif jedem jeder(e) jedem jede

Prononciation : jeder (yéderr), jede (yéda), jedes (yédess), jedem (yédemm).

Chaque femme vient ici : Jede Fraj kummt do.
Chaque livre est passionnant : Jedes Büech esch spannend
Je voyage avec chaque ami : Ich reiss mit jedem Frind

Pronoms interrogatifs[modifier | modifier le code]

Par exemple:

  • Wer (qui ?)
  • Wie / Wi (comment ?)
  • Was (quoi ?)
  • Wu / Wo (où ?), wuhàr (d'où ?), wuhin (vers où ?)
  • Well (quel, lequel ?)

Parmi ces exemples, seul les pronoms interrogatifs wer (qui ?) et well se déclinent.

Masculin Féminin Neutre
Nominatif Wer Wer Wer
Accusatif Wer Wer Wer
Datif Wem Wem Wem
Masculin Féminin Neutre Pluriel
Nominatif well(er) welle well(es) welle
Accusatif well(er) welle well(es) welle
Datif wellem weller wellem welle

Les terminaisons entre parenthèses peuvent être omises dans certaines localités, mais sont normalement grammaticalement requises.

Exemples avec "wer" :

Qui est-elle : Wer esch's ?
Nous dira-t-il qui il est ? Werd er uns sage wer er esch ?
Avec qui vient-elle ? Mit wem kummt se ?
A qui donne-t-il cela ? Wem gett'r das ?Q
Avec quel livre vient-il ? Mit wellem Büech kummt'r ?
Quelle heure est-il ? Welle Zit esch's ?

Les pronoms personnels.[modifier | modifier le code]

En alsacien, il existe 9 pronoms personnels et des pronoms de politesse (voir plus loin). Ces pronoms existent sous deux formes : 1) une forme tonique et 2) une forme atone[5],[17]. La première correspond à une forme complète, emphatique, et la seconde, à une forme altérée, qui peut avoir plusieurs fonctions subtiles que nous n'aborderons pas ici.

  • ich (je): prononcé "ish" (dans la région du Bas-Rhin) ou "irr" (le son "ch" est un son râclé, comme dans l'allemand "ach !" ou comme en français, dans les mots "croire", "prendre"). Première personne du singulier. Il peut, parfois, être sous forme atone, et dans ce cas, il apparaît simplement comme un i.
  • (tu): prononcé "duu" (avec un ü long prononcé comme le français u). Il est parfois sous la forme atone de (prononcé "da"). La terminaison des verbes au présent, dans le cas de la deuxième personne du singulier, est toujours -sch. Comme cette forme est aisément reconnaissable, il est très courant de ne pas utiliser dü/de et de simplement utiliser le verbe conjugué (exemple : au lieu de "dü reddsch" (tu parles), on pourrait dire "de reddsch" ou simplement "reddsch").
  • er / se / es (il/elle/cela): Troisième personne du singulier.
    • Er (prononcer "aar") est utilisé pour les formes masculines (il). Sa forme atone est 'r.
    • Se est le pronom singulier féminin de la troisième personne. Sa prononciation varie selon les localités. Il peut être prononcé "sa", "séé" ou encore "sii". Généralement, la forme atone est prononcée "sa".
    • Es est le pronom neutre de la troisième personne du singulier. Il est prononcé "aass" ou "eess". Sa forme atone est 's.
  • me (on): Pronom personnel indéfini singulier, équivalent du "on" français. Il est prononcé "ma". Dans le Bas-Rhin, notamment à Strasbourg, il existe sous la forme de mer (prononcé "m'r"). Bien que ressemblant au pronom mer (nous), il n'est pas utilisé en alsacien pour dire "nous".
  • mer (nous): prononcé "méér". Première personne du pluriel. Il existe sous forme tonique (mer, prononcé "méér") et sous forme atone mr (prononcé "m'r").
  • ehr (vous): correspond au pluriel de (tu). C'est le "vous" pluriel ou forme de politesse du français.
  • se (ils/elles): troisième personne du pluriel pour toutes les formes (masculin, féminin et neutre : ils/elles).

Tableau récapitulatif :

Pronom

français

Forme

tonique

Forme

atone

Je ich i
Tu de
Il er 'r
Elle se, si se
Cela es 's
On me me
Nous mer mr
Vous ehr 'r
Ils/Elles se, si se

Déclinaison des pronoms personnels (formes toniques et atones)[modifier | modifier le code]

En français , il n'existe plus de déclinaisons, bien qu'il y en ait eu en ancien français[23]. Les seules traces subsistant de cet état de fait sont les "déclinaisons" des pronoms personnels. En effet, remarquez qu'en français, le pronom personnel "je" se "décline" en "me" lorsqu'il est complément d'objet direct (accusatif) ou complément d'objet indirect (datif). Le pronom personnel "il", se décline en "le" lorsqu'il est complément d'objet direct (comme dans "je le vois"), et en "lui" lorsqu'il est complément d'objet indirect (comme dans "je lui parle"). Le même genre de déclinaisons existe en alsacien, bien qu'elles soient plus nombreuses. Chacune des formes existante peut être trouvée sous forme tonique ou sous forme atone. Pour comprendre la différence entre les deux, il suffit de se rappeler qu'en français aussi, il existe des pronoms toniques ou atones (souvenez-vous par exemple des couples "je/moi", "me/à moi", "il/lui", "le/lui", "tu/toi"). On dit, par exemple : Il discute avec moi (et pas "avec je"). Le même type de distinction existe en alsacien, à ceci près que tous les pronoms ont une forme tonique et une forme atone, ainsi que leurs formes déclinées.

Nominatif Accusatif Datif
Pronom

français

Forme

tonique

Forme

atone

Forme

tonique

Forme

atone

Forme

tonique

Forme

atone

Je ich [ex] i mech [me:x] mi mer [me:r] mr
Tu [dy:] de [da] dech [de:x] di der [de:r] dr
Il er [ar] 'r ehn [e:n] 'ne [na] ehm [e:m] 'm
Elle se, si se [ssa] se [se:] se ehr [e:r] 're [ra]
Cela es [as] 's es, ens 's ehm [e:m] 'm
On me [ma] me [ma] - - - -
Nous mer [me:r] mr [m'r] uns [uns] uns uns uns
Vous ehr [e:r] 'r ejch [ɛjəx] ejch ejch ejch [ɛjəx]
Ils/Elles se, si se se, si se ehne àne [a:na]

Notez que les formes atones du nominatif sont très souvent utilisées lorsqu'on utilise une inversion sujet-verbe (lorsque le sujet se retrouve après le verbe) ou encore lorsque le mot suivant commence par une voyelle:

Par exemple:

  • ich dànk (je pense) devient dànk-i (je crois) (mais peut aussi être dànk ich si l'on veut insister sur ich).
  • Jetz kummt er (maintenant, il vient) devient souvent Jetz kummt'r
  • Geht es ? (ça va ?) devient généralement geht's ?
  • Es esch güet ("c'est bon" ou plutôt "ça, c'est bon") devient : s'esch güet (c'est bon)

La forme tonique est généralement utilisée pour insister sur le sujet (y compris pour les formes déclinées).

Par exemple :

  • Es hat mech gfràjt (ça m'a soulagé, moi) devient aussi S'hat mi gfràjt (ça m'a soulagé) (les deux pronoms sont atones).
  • Er hat mer s'Büech glàse (il m'a lu le livre, à moi) : Er hat mr s'Büech glàse (il m'a lu le livre)

Exemples:

Je le vois: ich seh ehn ou ich seh ne
Je la vois : ich seh si ou ich seh se
Je le vois (neutre) : ich seh ens ou ich seh's
Tu lui dis ("lui" = datif de "il") : dü sajsch ehm ou dü sajsch'm ou encore sajsch ehm et sajsch'm
Tu lui dis ("lui" = datif de "elle"): dü sajsch ehr ou dü sajsch're ou encore sajsch ehr et sajsch're
Nous leur donnons : mer genn ehne ou mer genn'àne
Je parle avec lui : ich redd mit ehm ou ich redd mit'm

Le pronom personnel tonique permet d'insister (de mettre l'emphase) sur la personne désignée.

Je lui donne, à lui : ich geb ehm
Je lui donne, à elle : ich geb si
Je lui donne : ich geb ne
Je lui donne : ich geb se
Tu parles : reddsch ou de reddsch
Toi, tu parles: reddsch

Formes de politesse[modifier | modifier le code]

En alsacien, les formes de politesse pour s'adresser à une personne sont variées. Comme en ancien français, la 2e personne du singulier peut être utilisée pour parler à une personne inconnue, toutefois, sous l'influence de l'allemand d'abord, et du français ensuite, la langue utilise également le pronom personnel de la 2e personne du pluriel Se/Si (équivalent du vous français ou du Sie allemand), écrite avec une majuscule. Dans ce cas, évidemment, le verbe se conjugue au pluriel.

Plus particulièrement, il existe une forme de politesse pour s'adresser aux dames, qui, comme en Italien, utilise la 3e personne du singulier Se (elle). Dans ce cas, le verbe se conjugue à la 3e personne du singulier.

Tous ces pronoms de politesse (écrits avec des majuscules) se déclinent exactement de la même manière que leurs équivalents classiques.

La particularité du « fralsacien »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : français d'Alsace.
Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (août 2011).
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [Comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Toutes ces particularités de prononciation du dialecte alsacien[5] ont conduit ses locuteurs à rencontrer un certain nombre de difficultés lors de l'utilisation du français[25]. Tout d'abord, notons qu'avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, la plupart des Alsaciens vivaient de manière très rurale et, même pour les citadins, il était d'usage de parler uniquement alsacien à la maison. L'Alsacien moyen parlait donc relativement mal le français, qu'il devait apprendre à l'école[25]. Un certain nombre de phonèmes ou de consonnes n'existent pas en alsacien et sont retrouvées dans la langue de Molière, ce qui explique que les j ou les v soient "écorchés" en ch et f. De plus, comme nous l'avons expliqué dans la partie sur la prononciation, il n'y a pas de différence entre b et p, d et t, ainsi qu'entre g et k (Bopele, bébé ; Dottel, idiot ; Krieg, guerre), ce qui ne facilite pas la différenciation des sons par un Alsacien. Enfin, l'accentuation germanique (souvent sur la première syllabe) est très différente de celle du français (généralement la dernière ou l'avant-dernière syllabe des mots) et ajoute encore aux différences de prononciation. Encore au XIXe siècle, le ministre Georges Humann provoquait les railleries des journaux anti-dynastiques de Paris. Par exemple, La Revue de Paris, janvier-février 1916 où on peut lire : « Le parti conservateur gagna du terrain. Il avait à sa tête un personnage important, Humann, plusieurs fois ministre des finances [sous Louis-Philippe], et grand ami de Guizot. Les journaux opposants de Paris se moquaient de son accent et racontaient que, comme il disait à la tribune "mes projets sont détruits", la Chambre avait compris "mes brochets sont des truites" »[26]. De telles particularités, ainsi que l'apparente dureté des phonèmes ont conduit de nombreux francophones à se moquer des Alsaciens, sentiment exacerbé durant la seconde guerre mondiale par la ressemblance entre le parler alsacien et le parler allemand[25]. L'association d'idées a très vite été réalisée, et l'accent alsacien associé au nazisme par les uns, au yiddish par les autres…[25] Beaucoup de réfugiés ont souffert de cet amalgame durant la guerre et après la libération[25]. Cette prononciation particulière, ainsi que l'existence d'expressions particulières - nées de la traduction littérale de certaines expressions alsaciennes - ont donné naissance à ce qu'on appelle aujourd'hui le fralsacien, un français coloré d'expressions et de tonalités alsaciennes.

En 1950, on estime à 80% le nombre des Alsaciens capables de parler et de comprendre leur dialecte ; aujourd'hui, cette proportion se situe aux alentours de  45% [8]. La politique française de propagande d'après guerre pour la disparition progressive de l'alsacien y est pour beaucoup[25], puisqu'une répression existait (notamment après 1950), surtout dans les écoles. « C'est chic de parler français » était par exemple lisible un peu partout, au sortir de la guerre[25].

Usage[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, on observe une diminution de l'usage de l'alsacien[8]. C'est dans les centres urbains, que le recul est le plus notable. La Révolution française, période durant laquelle les États allemands étaient dans le camp ennemi, a marqué une véritable rupture dans le rapport à la langue alsacienne[25]. Durant l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne nazie de 1940 à 1945, l'usage de l'alsacien est interdit par l'occupant et très durement réprimé[25]. Au sortir des Premièreet Seconde Guerre mondialesles autorités françaises œuvrent pour que l'usage du dialecte disparaisse au profit du français. Ce type de phénomène n'était pas isolé et a été observé pour d'autre dialectes ailleurs en France et en Europe. Durant cette dernière période, il était entre autres dit qu'« il est chic de parler français »[25]. Si le déclin continue, on peut cependant constater que l'alsacien a tendance à mieux résister que d'autres langues régionales, plus isolées, comme le breton. De fait, c'est la langue régionale française qui a le plus résisté : en 1991, environ 400 000 Alsaciens l'avaient léguée à leurs enfants[8].

Un panneau d'entrée à Mulhouse, en français et en alsacien.
Certaines municipalités encouragent la pratique de l'alsacien en mettant en place une signalisation bilingue.
Inscription sur une fenêtre à Eguisheim :
Dis Hausz sted in Godes Hand - God be war es vor Feyr u(nd Brand)
(« Cette maison se trouve dans les mains de Dieu - Puisse Dieu la protéger du feu et des incendies »)

Le recul brutal de l'alsacien a commencé au cours des années 1970[8],[25]. L'irruption de la télévisiondans la vie familiale est pour beaucoup dans ce recul : il n'existe pas de chaîne en dialecte, à part quelques émissions sur France 3 Alsace. La proportion de dialectophones croît régulièrement avec l’âge. Ainsi, d’après l’étude OLCA/EDinstitut de 2012, sont dialectophones : 74 % des 60 ans et plus ; 54 % des 45-59 ans ; 24 % des 30-44 ans ; 12 % des 18-29 ans ; 3 % des 3-17 ans (issu du déclaratif parent)[8].

Culture alsacienne[modifier | modifier le code]

De grands poètes ont écrit et écrivent en alsacien comme c'est le cas de Claude Vigée et Conrad Winter. Le poète Ehrenfried Stoeber et ses deux fils Auguste Stoeber et Adolphe Stoeber, poètes, dramaturges et folkloristes, ont beaucoup développé le répertoire alsacien. Plus récemment Simone Morgenthaler a longtemps animé la populaire émission Sür un siess (France 3 Alsace), traduit Prévert et écrit des pièces en alsacien. De nombreux artistes s'expriment aujourd'hui en alsacien, contribuant à une culture spécifique, comme Tomi Ungerer, André Weckmann, René Schickelé, Jean Egen, Roger Siffer, Germain Muller, Liselotte Hamm et Jean-Marie Hummel, René Egles, Isabelle Grussenmeyer, Sylvie Reff, Kansas of Elsass, Christophe Voltz, etc.

Expressions, blagues, idiomes[modifier | modifier le code]

L'alsacien peut parfois évoquer des sonorités exotiques. Une plaisanterie classique en Alsace[20] rapporte ce dialogue entre deux soldats alsaciens lors de la campagne de Chine de 1860 :

  • Schang, schint d'Sunn seit schun ? [Cho-ng, chiin't d'Soun sèyt choun ?] (Jean, le soleil est-il déjà levé ?)
  • Jo, Schang, d'Sunn schint schun seit lang ! [Yo, Cho-ng, d'Soun chiin't shoun sèyt lo-ng] (Mais oui, Jean, le soleil est levé depuis longtemps !) ce qui convainquit les autres soldats français que les deux compères parlaient le chinois !

Quelques expressions alsaciennes[modifier | modifier le code]

  • Nùmme d'tote Fisch schwimme mit'm Strom; [nouma d'tôôta féch chvémma métt'em chtrôôm]
    • Seuls les poissons morts nagent avec le courant.
  • S'Wasser laift nit der Bàrg ufe; [s'woss'r loïfft nétt d'r barg ouffa]
    • L'eau ne coule pas vers le sommet.
  • Iewùng macht der Meischter; [iiavou-ng morrt d'r maïcht'r]
    • L'expérience fait le maître.
  • Wenn der Kopf weg esch, hat der Arsch firowe; [venn d'r kôpff vekk éch hott d'r oorch firoova]
    • Quand la tête est partie, le cul est tranquille.
  • Üss're Muk macht er e Elefant; [uss'ra mouk morrt'r a éléfo-nt]
    • D'une mouche il fait un éléphant.
  • Dàs de kerich em dorf blit; [doss deu kérich ém dorf blit]
    • Que l'église reste dans le village, c'est-à-dire, Que la paix reste dans les chaumières.
  • Wenn jeder vor sinre Tere tàt wische, wàr s'ganze Dorf süffer (prononciation : venn yéderr foor sinnra tééra tatt vécha, vaar s'gonnssa dorff suffer)
    • Traduction : Si chacun balayait devant sa porte, le village entier serait propre.

Publications en alsacien[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Livres pour enfants[modifier | modifier le code]

  • E. et M. Sinniger-Wollbrett, s'Zwarichel vom Bàschbarri, ed. Nord-Alsace, 2002. (ISBN 2951754639)

Logiciels[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. olcalsace.org
  2. [1], Insee Chiffres pour l’Alsace • revue n° 12 • décembre 2002
  3. code partagé avec suisse allemand et l'alémanique
  4. a et b « Définition de la langue régionale »
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w et x Jean-Jacques Brunner, L'alsacien sans peine, Assimil, (ISBN 2700520491)
  6. a, b et c « Histoire de la langue »
  7. « Etat des lieux des langues régionales »
  8. a, b, c, d, e, f, g, h et i « Le dialecte en chiffres »
  9. L'alsacien à Castroville(article en anglais)
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Bénédicte Keck et Léon Daul (préf. Pierre Kretz), L'alsacien pour les Nuls, Paris, First-Gründ, , 208 p. (ISBN 978-2-7540-1848-7, présentation en ligne)
  11. « Carte linguistique interactive de l'OLCA »
  12. « Centre de Documentation de l'OLCA »
  13. « De la langue alsacienne : du "Elsasserditsch" au "Oberditsch" »
  14. proto-germanique
  15. moyen haut-allemand
  16. Cf. français populaire: je suis après (en train de) de manger; allemand populaire: ich bin am essen; anglais: I am eating.
  17. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x et y « alsacien/Grammaire/Annexe/Synthèse complète », sur wikiversité (consulté le 16 février 2015)
  18. a, b et c Voir l'article Verbe à particule
  19. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées :52.
  20. a, b et c Ernst Martin und Hans Lienhart, Wörterbuch der elsässischen Mundarten, Straßburg 1899-1907
  21. « LEXILOGOS », sur LEXILOGOS (consulté le 16 février 2015)
  22. a et b « Grammaire alsacienne : Conjugaisons »
  23. a, b et c L'alsacien pour les Nuls, page 29 Erreur de référence : Balise <ref> non valide ; le nom « :3 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents
  24. a, b et c « Grammaire alsacienne : Temps », sur Wikiversité
  25. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Olivier Mirguet et Jacques Frantz, « Peut-on sauver la langue alsacienne? », L'Express,‎ (lire en ligne)
  26. « La revue de Paris (full text) »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Greib, Jean-Michel Niedermeyer, François Schaffner, Prof. Bernard Vogler, Frédéric Hartweg, Histoire de la langue régionale d'Alsace, Salde, 2013 (rééd.2014)
  • Robert Grossmann, Main basse sur ma langue, Éditions La Nuée bleue, 1999
  • Pierre Klein, Comment peut-on être Alsacien? Essai sur l'identité française, préface d'Yves Plasseraud, Postface de Jean-Paul Sorg, SALDE, 2012 (ISBN 9782903850371)
  • Paul Lévy, Causeries sur la langue et la littérature d'Alsace, Salde, 2015, 216 pages, traduction des Plaudereien über die elsässische Sprache und Literatur Marielène Weber, chapitre additionnel Dominique Huck sur l'évolution de la pratique de la langue régionale d'Alsace. (ISBN 9782903850500)
  • Paul Lévy, Histoire linguistique d'Alsace et de Lorraine, éditions Manucius, Houilles, 2004 (rééd., 1re édition 1929).
  • Paul Lévy, Die deutsche Sprache in Frankreich - Band 1: Von den Anfängen bis 1830, Harrassowitz Verlag, 2013, übersetzt aus dem Französischen von Barbara Kaltz, 307 Seiten, * Adolf Paul, dictionnaire comparatif multilingue: français - allemand - alsacien - anglais, éditions Midgard, Strasbourg, 2006. 372 pages
  • Raymond Matzen, Daul Léon, Wie geht's ? Le dialecte à portée de tous, éditions La Nuée bleue, Strasbourg, 1999. 256 pages
  • Raymond Matzen, Daul Léon, Wie steht's ? Lexiques alsacien et français, Variantes dialectales, Grammaire, éditions La Nuée bleue/DNA, Strasbourg, 2000. 175 pages (ISBN 9783447068970)
  • Alphonse Jenny, Doris Richert, Précis pratique de grammaire alsacienne, ISTRA, 1984 (ISBN 2-219-00364-7)
  • Jean Frédéric Hermann, Notices historiques, statistiques et littéraires sur la ville de Strasbourg, tome 2, Strasbourg, 1819, Section XI : « de la langue allemande que l'on parle a Strasbourg ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]