Briançonnais

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Briançonnais
Image illustrative de l'article Briançonnais
Briançon et ses environs

Subdivision administrative Provence-Alpes-Côte d'Azur
Subdivision administrative Hautes-Alpes
Villes principales Briançon
Régions naturelles
voisines
Maurienne
Queyras
Embrunais
Champsaur
Oisans
Pays (div. territoriale) Pays du Grand Briançonnais

Le Briançonnais est une région naturelle de France située dans le nord du département des Hautes-Alpes, autour de la ville de Briançon. Il fait partie des Alpes françaises et se situe au nord de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Il est également situé à la frontière avec l'Italie.

Il est composé notamment de la haute vallée de la Durance en amont de Saint Crépin, de la Guisane, de la Vallouise, de la Clarée et de la haute vallée de la Romanche (cette dernière, géographiquement et historiquement située en Oisans, n'est entrée dans le briançonnais administratif qu'au moment de la création des départements français après la Révolution française de 1789).

Géographie[modifier | modifier le code]

Le briançonnais recouvre plusieurs parties des massifs alpins français : massif des Cerces, au nord, massif des Arves au nord-ouest, massif des Écrins, à l'ouest, massif du Queyras et massif d'Escreins[1] à l'est. Il est situé essentiellement en moyenne et haute montagne.

À l'est du briançonnais, se trouve la frontière avec l'Italie, franchissable principalement dans cette région au col de Montgenèvre ; d'autres cols secondaires existent, tels le col de l’Échelle, mais ils sont fermés en hiver.

Les accès principaux à cette région sont la route nationale 94, qui relie Gap à Montgenèvre en passant par Briançon, et la route départementale 1091 (ancienne route nationale 91), qui relie Grenoble (en Isère) à Briançon en passant par le col du Lautaret et Serre-Chevalier.

Un accès routier entre briançonnais et Savoie est possible par le col du Galibier, sauf en hiver, période durant laquelle il est fermé ; celui-ci passe par une route départementale de haute montagne.

La ville de Briançon, placée au croisement de plusieurs vallées, est au cœur de cette région, dont elle est la capitale.

Histoire[modifier | modifier le code]

De la Préhistoire à l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Les Brigiani, peuplades celto-ligures, vivaient dans la contrée, leur nom est à l'origine du nom romain utilisé pour Briançon.

L'arc d'Auguste, à Suse (Italie).
La Gaule narbonnaise (A.H. Dufour, La Gaule sous l'Empire romain, 1846). ; Brigantio est mentionné près de la frontière est.
Les voies romaines dans les Alpes vers le IVe siècle, extrait de la Table de Peutinger.

Dans l'Antiquité, cette région appartient au royaume de Cottius, qui en devient le préfet[2] quand ce territoire est rattaché à l'Empire romain, entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.C.. À la division de celui-ci pour l'intégrer d'une part à la Gaule et de l'autre à l'Italie, la partie du royaume formée du Briançonnais, du val de Suse et de la Maurienne[3] est intégrée à la province romaine impériale des Alpes cottiennes.

Le Briançonnais est traversé par plusieurs voies romaines. Briançon est alors connue sous le nom romain Brigantio, Brigantium. La voie Domitienne est l'un de ces axes : reliant le nord de ce qui est l'Italie actuelle (vallée de Suse, accessible de Turin) au nord de ce qui est l'Espagne actuelle, elle franchit le col de Montgenèvre, passe par Briançon, puis suit la vallée de la Durance vers le sud, traverse Gap, et continue dans la province de la Narbonnaise (France) jusqu'à la limite entre celle-ci et la Tarraconaise (Espagne). La Table de Peutinger mentionne une autre voie romaine qui joint Briançon à Grenoble en passant par le col du Lautaret[4].

À partir de 297, le briançonnais passe dans la province romaine des Alpes Maritimes, dont la capitale est alors Embrun (Hautes-Alpes).

Du Moyen Âge à l'époque moderne[modifier | modifier le code]

Époque carolingienne[modifier | modifier le code]

Les pagi de la Bourgogne viennoise aux VIIIe et IXe siècle.
Pagi à l'époque carolingienne. On trouve sur cette carte Brigantio (Briançon) et le pagus Brigantinus.

Durant l'époque carolingienne, le briançonnais dépend politiquement de la Bourgogne, et du point de vue ecclésiastique, il est attaché à l'évêché de Saint-Jean-de-Maurienne au VIe siècle[5],[6]. Il semble qu'une partie de ce territoire soit restée sous domination de cet évêché jusqu'au VIIIe siècle, voire au XIe siècle[5].

Abbon (v.685-v.739), recteur de Maurienne et de Suse, dont la famille commande les passages alpestres de Suse, Briançon, Embrun, et Gap, devient patrice de Viennoise en 722, puis patrice de Provence. Son testament décrit ses possessions, qui comprennent le Briançonnais (Briantinus). Une partie de ses possessions, dont des biens briançonnais, sera léguée à l'abbaye de la Novalaise ; après l'incendie de cette dernière en 906, une partie des biens de l'abbaye de la Novalaise iront à l'abbaye Saint-Laurent d'Oulx.

Le territoire qui deviendra le briançonnais appartient à la Francie médiane à partir de la signature du partage de Verdun en 843, qui divise l'Empire carolingien en trois parties, une pour chacun des fils de Louis le Pieux ; la Francie médiane revient à Lothaire Ier. Par la suite, le territoire passe dans le Saint-Empire romain germanique.

Dans le Dauphiné de Viennois[modifier | modifier le code]

Les parties du territoire sont progressivement intégrées au Dauphiné de Viennois vers la première moitié du XIe siècle ; on sait que Guigues Ier d'Albon (Guigues le Vieux, ancêtre des futurs Dauphins du Viennois) le possède en 1053[7]. À cette époque, l'empereur Conrad rattache le briançonnais à l'archevêché d'Embrun. Les comtes d'Albon, futurs Dauphins de Viennois, ont à Briançon un châtelain en 1063, et un tribunal en 1096[6]. Le briançonnais dépendra aussi, du point de vue ecclésiastique, de la Prévôté de Saint Laurent d'Oulx, fondée aux alentours de 1050. En 1155, le comte d'Albon obtient le privilège impérial de battre monnaie à Césane[6]. Cependant, au XIe siècle, le terme de « Briançonnais » n'est utilisé que pour la châtellenie delphinale de Briançon ; les enquêtes delphinales de 1250 font apparaître que ce mot désigne l'ensemble des vallées entre le col du Lautaret, celui du Montgenèvre et celui d'Izoard (au sud) ; dès 1237, il recouvre les domaines delphinaux précédemment cités ainsi que ceux situés du côté italien des cols ; en 1244, l'exemption de la taille accordée aux habitants de Briançon est d'ailleurs étendue à tout ce territoire[6]. Le briançonnais forme à cette époque un bailliage, sous l'autorité d'un bailli delphinal. Composé à cette époque des vallées de la Clarée, la Guisane, la Gyronde, Bardonnèche, les hautes vallées de la Durance, du Guil, de la Doire Ripaire, du Cluson et de la Varaita, son territoire restera inchangé jusqu'en 1713[6].

Lors de l'enquête pontificale de 1339, faite alors que le dauphin Humbert II de Viennois propose au pape Benoît XII d'acheter ses États du Dauphiné, il est fait mention que le briançonnais comprend cinq mandements[7]. Celui de Vallouise (alors appelée Vallispute en latin) a pour centre le château de Lucerne (disparu par la suite), ne compose qu'une unique paroisse, et compte entre 600 et 650 feux, dont 14 sont à des nobles. Le mandement de Saint-Martin-de-Queyrières, également une unique paroisse, compte 223 feux. Le mandement ou châtellenie de Briançon, composé de 8 paroisses, totalise plus de 1 800 feux (dont 358 à l'intérieur des murailles de Briançon et 128 au-dehors). Un autre mandement est celui du Montgenèvre (dont font partie Val-des-Prés et le Pont-de-Névache, bien que ces deux localités soient dans la paroisse de Briançon). Le mandement du Queyras comptait sept paroisses (correspondant aujourd'hui aux communes du canton d'Aiguilles) et 1118 feux (dont 35 appartenaient à des nobles). Le mandement de Casteldelfino (Chateaudauphin, qui est de nos jours situé en Italie) dépendait du briançonnais et avait un statut particulier. La paroisse de Névache constituait le seul fief du briançonnais[7].

Les premiers canaux du Briançonnais commencent à être construits vers 1335 et 1345, d'autres suivront dans les siècles suivants : certains alimentaient les « gargouilles » de Briançon (rigoles descendant les deux rues principales de la vieille ville) et permettaient notamment la lutte contre les incendies, d'autres servaient et servent encore pour l'irrigation du territoire, etc. Cependant, l'existence de ces canaux a aussi des impacts bénéfiques sur l'écologie globale des paysages[8],[9].

Création des Escartons du briançonnais[modifier | modifier le code]

Article détaillé : République des Escartons.
Le Dauphin Humbert II de Viennois.

Le 29 mai 1343, dans une charte, le dauphin Humbert II crée les Escartons du Briançonnais (qui ne portent pas encore ce nom à l'époque), qui comporte des privilèges particuliers ; certains historiens estiment que les privilèges concernés pouvaient exister avant cette date[6]. La région concernée bénéficiera de ce statut spécial jusqu'à la Révolution française.

« Transport » du Dauphiné au Royaume de France[modifier | modifier le code]

En 1349, le Dauphiné (et donc le briançonnais), est rattaché au Royaume de France et devient alors la province du Dauphiné.

Briançon, place forte défendant la frontière[modifier | modifier le code]

Sous le règne du roi Louis XIV, Vauban améliore et augmente les fortifications de Briançon (enceinte et forts alentours), renforçant le statut de place forte de cette ville défendant l'accès au royaume de France et de Navarre.

Traité d'Utrecht[modifier | modifier le code]

Carte des Gouvernements de Dauphiné et de Provence (avec le Comtat Venaissin), comprenant les bailliages dauphinois. Carte du XVIIIe siècle.

En 1713, le traité d'Utrecht, signé entre la France et la Grande-Bretagne pour mettre fin à la guerre de succession d'Espagne, voit les frontières françaises redéfinies : le val de Suse est cédé au duché de Savoie, en échange de la vallée de l'Ubaye qui devient française[10]. Le Briançonnais est ainsi scindé en deux, perdant son versant tourné vers le Piémont. Cependant, les populations de part et d'autre de la frontière ont longtemps gardé des liens, jusqu'au début du XIXe siècle, voire du XXe siècle pour certains[10]. Il est possible que des tensions existaient déjà auparavant entre les communautés de part et d'autre de la ligne de partage des eaux qui a accueilli la nouvelle frontière[10].

Le Dauphiné faisait partie des territoires du royaume de France soumis au régime de petite gabelle depuis au moins le XIVe siècle : le sel, alors monopole royal, était entreposé dans des greniers et vendu taxé, le régime de petite gabelle permettant le choix du grenier d'achat et de la quantité achetée. Briançon comptait l'un de ces greniers à sel. À partir de 1715, les communautés du Briançonnais deviennent des territoires privilégiés : le sel s'y vend moins cher que dans d'autres endroits ; ce territoire devient alors également un lieu de forte contrebande. Sa situation géographique frontalière favorisait également la contrebande de divers produits[11].

Un recensement de 1730 fait apparaître que le Briançonnais sans le Queyras compte 16 701 habitants[10].

Temps modernes[modifier | modifier le code]

Lors de la création des départements français après la Révolution française de 1789, le département des Hautes-Alpes voit le jour ; le Briançonnais en compose la partie nord. Le canton de La Grave et Villar-d'Arêne, situé dans la Haute-Romanche et séparé de la vallée de la Guisane par le col du Lautaret, choisit d'être rattaché aux Hautes-Alpes ; ce canton devient alors briançonnais.

Article détaillé : Histoire des Hautes-Alpes.

À la fin du XIXe siècle et durant le XXe siècle, le tourisme se développe en briançonnais, en lien notamment avec l'alpinisme, puis avec les sports d'hiver, dont le ski alpin.

Culture et traditions[modifier | modifier le code]

Le bacchu-ber, danse des épées dans le Briançonnais en 1877.

Le bacchu-ber est une danse traditionnelle d’épées d'un quartier de Briançon dont l’origine remonte à plusieurs siècles.

Économie[modifier | modifier le code]

Traditionnellement orienté vers l'agriculture de montagne avec en particulier l'élevage, l'économie du briançonnais est aujourd'hui complétée par le tourisme hivernal et estival avec les stations de Serre Chevalier et Montgenèvre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens Externes[modifier | modifier le code]

Notes références[modifier | modifier le code]

  1. Fernand Blanchet, Étude géologique des Montagnes d’Escreins (Hautes-Alpes et Basses Alpes) Alpes françaises, Paris, Faculté des Sciences de l’Université de Paris, (lire en ligne)
  2. André Chastagnol, « Jean Prieur, La Province romaine des Alpes cottiennes », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations.,‎ , p. 1318-1320 (lire en ligne)
  3. Charles Athanase Walckenaer, Géographie ancienne historique et comparée des Gaules cisalpine et transalpine - tome 2, Paris, Librairie de P. Dufart, (lire en ligne)
  4. extrait de thèse - université Lyon 2, Lyon (lire en ligne)
  5. a et b Henri Onde, « L'occupation humaine en Maurienne et en Tarentaise (suite) », Revue de géographie alpine,‎ , p. 391-436 (lire en ligne)
  6. a, b, c, d, e et f Pierre Vaillant, « Les origines d'une libre confédération de vallées : les habitants des communautés briançonnaises au XIIIe siècle », Bibliothèque de l'école des chartes,‎ , p. 301-348 (lire en ligne)
  7. a, b et c Gérard Giordanengo, Le droit féodal dans les pays de droit écrit. L'exemple de la Provence et du Dauphiné. XIIe-début XIVe siècle, Rome, École française de Rome, , 372 p. (lire en ligne)
  8. « Société Géologique et Minière du Briançonnais », sur sgmb.fr (consulté le 14 juillet 2017)
  9. (en) « EDSB et les canaux », sur www.edsb.fr (consulté le 14 juillet 2017)
  10. a, b, c et d Maurice Crubellier, « Le Briançonnais à la fin de l'Ancien Régime (Notes de géographie historique) », Revue de géographie alpine,‎ , p. 259-299 (lire en ligne)
  11. Anne Montenach, « Conflit, territoire et économie de la frontière : la contrebande dans les Alpes dauphinoises au XVIIIe siècle », Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine, no 104-1,‎ (ISSN 0035-1121, lire en ligne)