Gruerie

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La gruerie (ou grurie) était un droit royal de percevoir une partie des coupes de bois et une portion des amendes, confiscations, etc. prononcées pour abus et malversations dans les bois sujets au droit de gruerie. Dans le duché de Lorraine avant l'annexion à la France en 1766 ou dans le comté de Bourgogne, le terme désignait en même temps la subdivision territoriale où sont perçus les revenus domaniaux.

La quantité était variable selon les localités. Le droit de gruerie venait de ce qu'à l'origine le roi seul avait le droit d'avoir des bois de haute futaie, et que, lorsqu'il autorisait les particuliers à en avoir, c'était en se réservant la gruerie. Ce droit pouvait être concédé à un officier royal appelé gruyer.

Duché de Lorraine[modifier | modifier le code]

Dans le duché de Lorraine et quelques seigneuries enclavées dans le duché comme à Blâmont, la gruerie est une subdivision du territoire national dans les régions boisées qui est dirigé par un officier assermenté, le gruyer. Une ordonnance du établit dans un premier temps un gruyer général pour tout le duché lorrain, mais mentionne aussi l'existence de gruyers locaux dans le massif vosgien[1] pour la partie la plus montagnarde ou la plus boisée au sud: les grueries de Bruyères, d'Arches, de Passavant et de Darney. Cet office de gruyer local fut créé vers le milieu du XVIe siècle par les ducs lorrains en raison du développement rapide que connut l’industrie du bois à ce moment-là couplée avec les exploitations minières et salicoles d'une part, les verreries et fonderies d'autre part[2] et en particulier le flottage du bois sur sa façade lorraine[3]. Le supérieur hiérarchique de toutes les grueries était le grand gruyer, un haut fonctionnaire au service du souverain ducal[1].

A la fin du XVIe siècle, les villes suivantes sont sièges d'une gruerie même quand elles ne sont pas situées elle-même dans la circonscription administrative qu'elle doivent gérer[1] :

Sur la façade lorraine du massif vosgien, la gruerie se confond parfois avec la prévôté dans ses limites territoriales: Bruyères est à la fois le siège d'une prévôté du bailliage de Vosges et d'une gruerie. Il en est de même pour Arches. Sous le contrôle de la Cour des Comptes de Lorraine et du grand gruyer, les officiers des grueries font deux visites annuelles des forêts de leur juridiction et contrôlent le martelage, les ventes et les délivrances des bois[1]. Il fait fonction de comptable et perçoit les redevances, les péages, les revenus domaniaux. Achats et dépenses sont consignés dans un bilan qui clôt l'exercice annuel sur validation du contrôleur de la gruerie[1]. Les rapports et comptes des grueries vosgiennes sont une source de recherche importante pour les historiens. En dehors du soin des digues, des chaussées, des moulins et des scieries, il faisait partie des attributions de la gruerie la perception des redevances pour les droits de flottage, de « paxon » (vaine pâture), de pêche, d’affouage et le paiement des « sagards » (ouvriers forestiers) et des gardes[2].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cardin Le Bret, Traité de la souveraineté du Roy, .
  • Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural : Les mots du passé, Paris, Fayard, coll. « Les indispensables de l'histoire », , 2e éd. (1re éd. 1997), 1438 p. (ISBN 2-213-63121-2 et 978-2-213-63121-9).
  • Lucien Bély (dir.) et Michel Antoine, Dictionnaire de l'Ancien Régime : Royaume de France XVIe – XVIIIe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », , 4e éd. (1re éd. 1996), xv-1384 p. (ISBN 2-13-047731-3).
  • Pierre Gresser, La gruerie du comté de Bourgogne aux XIVe et XVe siècles, Turnhout, Brepols, coll. « Burgundica » (no 9), (ISBN 2-503-51621-1).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Emmanuel Garnier (préf. Jean-Marc Moriceau), Terre de conquête : La forêt vosgienne sous l'Ancien Régime, Paris, Fayard, , 620 p. (ISBN 221361783X), « Une institution forestière vosgienne: la gruerie », p. 84-105.
  2. a et b A. Dedenon, Histoire du Blâmontois dans les temps modernes, Nancy, Vagner, (notice BnF no FRBNF34100283), partie I, chap. 3 (« Officiers du comté : les Gruyers »), p. 11-12.
  3. Arnaud Vauthier, « Le flottage du bois en Lorraine : Sa réglementation du XIVe au XVIIIe siècle », Le Pays Lorrain, Société d’Histoire de la Lorraine et du Musée lorrain, vol. 82,‎ , p. 15-22.