Affaire Grégory

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Affaire Grégory
Lettre anonyme par laquelle un « corbeau » revendique le crimeJ'espère que tu mourras de chagrin le chef Ce n'est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils Voilà ma vengeance. pauvre con
Lettre anonyme par laquelle un « corbeau » revendique le crime
J'espère que tu mourras de chagrin le chef Ce n'est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils Voilà ma vengeance. pauvre con

Nature du crime Homicide
Type de crime Non déterminé
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Non déterminée
Nature de l'arme Non déterminée
Type d'arme Non déterminé
Date du crime
Nombre de victimes 1 (Grégory Villemin)
Jugement
Statut Affaire non élucidée
Tribunal Cour d'appel de Nancy
Cour d'appel de Dijon

L'affaire Grégory — ou affaire du petit Grégory — est une affaire criminelle française qui débute le en fin d'après-midi, lorsque Christine Villemin signale la disparition de Grégory Villemin, son fils de quatre ans, du domicile familial situé à Lépanges-sur-Vologne. Le même jour, le corps sans vie de l'enfant est retrouvé dans la soirée à près de sept kilomètres de là, dans la Vologne, une rivière du département des Vosges. Grégory a les pieds, les mains et la tête liés par des cordelettes.

Ce cas est considéré comme exceptionnel dans l'histoire judiciaire française de par sa longévité, son contexte (fortes tensions entre le père de Grégory et certains membres de sa famille, harcèlement de « corbeaux » annonçant puis revendiquant le crime) et le profil de la victime, un petit garçon décrit comme heureux et épanoui et dont le meurtre apparaît comme d'autant plus sordide qu'il semble avoir été commis par des proches. En raison du rôle que les médias (notamment la presse écrite et la radio) ont joué à cette occasion, une grande partie d'entre eux se verront reprocher tant leur traitement feuilletonnesque de l'affaire que leur manque d'objectivité et leur intrusion inadmissible à la fois dans la vie privée des intéressés et dans l'enquête judiciaire.

En plus de trente ans, l'affaire a connu divers rebondissements. Ainsi, en mars 1985, Jean-Marie Villemin tue son cousin germain Bernard Laroche, principal suspect de l'enlèvement de son fils, au moment où les soupçons se portent sur son épouse Christine, qui sera inculpée dans un premier temps avant de bénéficier en 1993 d'un non-lieu pour absence de charges. L'instruction connaît six juges dont Maurice Simon, qui sera victime d'un infarctus puis perdra ses facultés intellectuelles. En juin 2017, grâce notamment aux nouvelles technologies mises en place par la gendarmerie, Claire Barbier, la juge d'instruction chargée de l'affaire, met en examen un grand-oncle et une grand-tante paternels de Grégory Villemin. Il s’en est suivi un nouveau témoignage venant appuyer un message anonyme visant à orienter les soupçons vers Murielle Bolle, laquelle est alors également mise en examen. Peu après, le 11 juillet, le premier juge d'instruction, Jean-Michel Lambert, très critiqué pour sa gestion du dossier, se suicide. Les trois dernières mises en examen sont annulées en mai 2018 pour des erreurs de procédure de la juge d'instruction.

Sommaire

La famille Villemin[modifier | modifier le code]

Grégory Villemin[modifier | modifier le code]

Grégory Gilbert Villemin est né le à Saint-Dié-des-Vosges. C'est le fils de Jean-Marie Villemin, né le à Aumontzey (Vosges), contremaître depuis février 1981 à l'usine spécialisée dans la fabrication de sièges d'automobiles Auto Coussin Industrie (ACI) de La Chapelle-devant-Bruyères, et de Christine Blaise, née le à Petitmont (Meurthe-et-Moselle) et, à l'époque, ouvrière couturière à la Manufacture de confection vosgienne (MCV), à Lépanges-sur-Vologne. S'étant rencontrés en 1976, puis mariés le , ils se sont installés dans un pavillon qu'ils ont fait construire à Lépanges un an après la naissance de Grégory[1].

Le mardi à 21 h 15, le corps sans vie de Grégory est retrouvé dans la Vologne, à Docelles, à 7 km de Lépanges. Il a les pieds, les mains et la tête liés par des cordelettes et son bonnet est rabattu sur son visage.

Les obsèques de l'enfant se déroulent à Lépanges, le samedi , et attirent une foule de près de 700 personnes. Les enquêteurs la sillonnent, afin d'y déceler des comportements suspects. La mise en terre dans le cimetière communal est ponctuée de débordements, notamment en raison de la présence intrusive de photographes et de journalistes qui sont la cible de jets de pierres. Christine Villemin, très affectée, est victime d'un malaise et doit être évacuée du cimetière[2].

Après la mort de Grégory, le couple aura trois autres enfants : Julien en 1985, Émelyne en 1990 et Simon en 1998[3].

En février 2004, le corps de Grégory sera exhumé du cimetière de Lépanges et incinéré à Épinal après une cérémonie strictement privée, selon la volonté de ses parents[4], le couple conservant la moitié des cendres[5].

Arbre généalogique[modifier | modifier le code]

L'arbre généalogique simplifié des familles Villemin, Jacob et Laroche se présente ainsi[6],[7],[8],[9],[10] :

Gaston Irénée Villemin
(1906-1942)
 
Jeanne-Marie Hollard
(1907-1980)
Léon-Antoine Jacob
(1896-1972)
 
Adeline Marie Gaudel
(1902-1975)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Étienne Villemin
(1927-1931)
Albert Villemin
né en 1930 (88 ans)
 
Monique Jacob
née en 1931 (87 ans)
Louisette Jacob
(??)
Thérèse Jacob
(1932-1955)
 
Marcel Laroche
(1922-1982)
Marcel Jacob
né en 1945 (73 ans)
 
Jacqueline Thuriot
née en 1944 (74 ans)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jacky Villemin
(1953-2011)
Michel Villemin
(1955-2010)
 
Ginette Leconte
née en 1955 (63 ans)
Jean-Marie Villemin
né le (59 ans)
 
Christine Blaise
née le (58 ans)
Bernard Laroche
(1955-1985)
 
Marie-Ange Bolle
née le (61 ans)
Murielle Bolle
née le (49 ans)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Grégory Villemin
(1980-1984)
Sébastien Laroche
né en 1980 (38 ans)

Légende : les traits pointillés indiquent et relient en amont les personnes qui n'étaient plus vivantes au moment de l'assassinat.

  •      les protagonistes mis en examen dans cette affaire.
  •      les protagonistes entendus en audition libre comme témoins en 2017.
  •      la personne placée en garde à vue puis remise en liberté en 2017.
  •      mère de la victime, mise en examen puis réhabilitée.
  •      la victime.

Contexte familial[modifier | modifier le code]

Des tensions importantes et d'origines diverses existent au sein de cette famille élargie[11], notamment entre, d'un côté, Albert Villemin, Monique (née Jacob), son épouse, et Jean-Marie Villemin, l'un de leurs fils, et, de l'autre, Marcel Jacob, frère cadet de Monique Villemin, Jacqueline (née Thuriot), son épouse, et Bernard Laroche, leur neveu, ainsi que d'autres personnes[12]. D'une façon un peu caricaturale, qui reflète les préjugés de la presse parisienne, et non sans commettre quelques erreurs, le journaliste François Caviglioli décrit un clan archaïque composé d'une matriarche[13], Monique Jacob, et « d'adultes infantiles. Des paysans pervertis, passés trop vite de la forêt au quart-monde industriel. Murés dans leur silence, durs à la tâche, violents et imprévisibles » aux « secrets enfouis dans la mémoire de la tribu, le souvenir de péchés originels effrayants qui ont un goût d'inceste[note 1] et de mort[15]. […] On ne parlait ni du vieux Gaston, le père d'Albert, qui avait fini par se pendre après avoir battu à mort son fils Étienne avec la complicité de sa femme, une Hollard. Ni du père de la Monique [à savoir Léon Jacob], qui avait fait un enfant à une de ses filles [il s'agit de Louisette Jacob, mentionnée plus haut][13]. »

En juin 1981, les parents de Grégory emménagent dans le pavillon qu'ils viennent de faire construire sur les hauteurs de Lépanges. Cela intervient après la promotion au mérite en février 1981 de Jean-Marie au poste de contremaître au sein de son usine[16], où il avait refusé de reprendre une carte CGT malgré la présence de Roger Jacquel[note 2], délégué au sein de l'entreprise, militant communiste et beau-père de son frère Jacky. Très vite, Jean-Marie et Christine Villemin voient s'abattre sur eux une forte jalousie familiale et sont victimes de harcèlements. En effet, à partir d'août 1981, alors que leur ligne téléphonique n'a été installée que le mois précédent, le couple reçoit, comme d'autres membres de la famille, des appels téléphoniques malveillants réitérés émanant d'un individu mystérieux que les intéressés appellent entre eux « le gars » (voire « le gars à la voix rauque »[18], mais que les observateurs vont vite surnommer le « corbeau », par allusion au célèbre film de Clouzot[16]. D'abord muets, ces appels ne tardent pas à se transformer en menaces verbales auxquelles Jean-Marie Villemin fait face avec sang-froid, afin de déstabiliser le(s) harceleur(s). D'ailleurs lui-même et sa femme reconnaîtront plus tard avoir, eux aussi, cédé à la tentation de jouer les corbeaux pour tenter de démasquer celui ou celle qui les persécutait.

La cible principale reste les grands-parents paternels de Grégory[19], Monique et Albert Villemin, dont le corbeau connaît parfaitement certaines singularités de la vie intime, et qui déposent une plainte en décembre 1982. Une information est ouverte par le procureur de la République, mais la demande de procédure adressée le au juge d'instruction de Saint-Dié est close par une ordonnance de non-lieu, faute d’éléments permettant d’identifier l’auteur des menaces téléphoniques puis écrites. Un soir, une vitre de la maison de Jean-Marie est brisée alors que Christine se trouve à l'intérieur avec Grégory[20]. Les pneus des véhicules appartenant au couple sont crevés sans que l'identité du ou des responsables puisse être établie. Au début des appels, le chef de la brigade de gendarmerie de Corcieux suggère à Jean-Marie Villemin d'appeler au téléphone les personnes qu'il soupçonne, afin d'identifier leurs voix. Il appelle notamment Roger Jacquel, le beau-père de son frère Jacky, à h du matin. Le , à Autocoussin, où il travaille, lors d'une communication de 10 minutes, puis une autre de 30 minutes avec le corbeau, l'anonyme évoque son appel de la nuit « ...et je t'ai reconnu l'autre fois au téléphone à deux heures du matin », laissant penser à Jean-Marie que c'est peut-être Roger Jacquel ou quelqu'un qui essaie de se faire passer pour lui « Arrête de te faire passer pour Roger Jacquel »[note 3][17]. Arrivé au domicile de Roger Jacquel, à Granges-sur-Vologne, il aperçoit, garées devant la maison, deux Renault 4 qu'il prend dans la pénombre pour des estafettes de gendarmerie, ce qui le dissuade de poursuivre[21],[22].

Le est glissée dans les volets du domicile la première[note 4] des quatre lettres anonymes de menaces rédigées à la main par l'un des corbeaux. Deux autres suivront, du vivant de Grégory, les 27 avril et [23]. Huit jours avant le drame, les parents ont obtenu un prêt qui leur a permis l'acquisition à crédit d'un salon de cuir d'une valeur de 25 000 francs[24].

Les faits[modifier | modifier le code]

Le mardi , vers 16 h 55, Christine Villemin, suivant ses habitudes, quitte son travail à Lépanges et récupère Grégory chez sa nourrice, Christine Jacquot, aux HLM du Gai Champ, situé dans ce même village. Selon ses déclarations, de retour au domicile familial, après avoir enfilé à son fils un bonnet en raison du froid car l'enfant veut rester dehors pour jouer un peu dans le jardin sur le tas de graviers d'excavation situé devant la maison, elle se prépare à faire du repassage. Elle met la radio à un volume élevé, de façon à entendre l'émission Les Grosses têtes depuis la pièce où elle repasse du linge et dont elle laisse les volets fermés. Peu après 17 h 20, elle sort pour demander à son fils de rentrer mais ne reçoit aucune réponse. Ne le trouvant pas, elle est prise de panique, se précipite sur son véhicule et part à sa recherche, pensant qu'il a pu vouloir retourner chez sa nourrice ou se rendre chez un ami. En chemin, elle interroge des voisins, qui tous déclarent ne pas avoir vu l'enfant.

La police est alertée de la disparition de Grégory vers 17 h 50. Entre-temps, une quatrième lettre anonyme a été postée pour revendiquer l'assassinat de Grégory[note 5]. Elle sera reçue le lendemain, le cachet de la poste sur le timbre portant l'heure de 17 h 15. Le « corbeau » a aussi appelé Michel Villemin, le frère aîné de Jean-Marie, pour le prévenir du crime (à 17 h 27 ou 17 h 32 selon les reconstitutions). Si le contenu ou même l'existence de l'appel téléphonique à Michel ont pu être mis en doute, il est avéré que c'est lui qui a alerté sa famille vers 17 h 30.

Le corps sans vie du petit garçon est retrouvé quelques heures plus tard, vers 21 h 15, plaqué contre un barrage dans la Vologne, à Docelles, à sept kilomètres en aval de Lépanges, des cordelettes lui liant les mains (sur le ventre), les pieds et le cou. Philippe Jéchoux et Patrick Gless, respectivement pigiste et photographe du quotidien La Liberté de l'Est, assistent au repêchage du corps de Grégory par les pompiers[25]. La photographie prise par Patrick Gless (un pompier encordé tenant dans ses bras l'enfant vêtu d'un anorak bleu, d'un pantalon velours vert foncé et d'un bonnet de laine, rayé de bleu et blanc, rabattu sur son visage)[26] est publiée dans la presse le lendemain et va bouleverser tous ceux qui l'auront sous les yeux.

L'enquête préliminaire[modifier | modifier le code]

Les recherches dans la Vologne étaient consécutives à l'appel téléphonique d'un mystérieux personnage, « le corbeau », qui aurait informé du crime vers 17 h 30 (à 17 h 27 ou 17 h 32 selon les reconstitutions) Michel Villemin, faute, aurait-il dit, de n'avoir pu joindre Albert ou Monique Villemin : « Je te téléphone car cela ne répond pas à côté. Je me suis vengé du chef et j'ai kidnappé son fils. Je l'ai étranglé et je l'ai jeté à la Vologne. Sa mère est en train de le rechercher mais elle ne le trouvera pas. Ma vengeance est faite[27]. » Le lendemain, mercredi 17 octobre 1984, une lettre anonyme adressée à Jean-Marie Villemin revendique le crime : « J'espère que tu mourras de chagrin le chef Ce n'est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils Voilà ma vengeance. pauvre con ». La lettre a été postée à Lépanges, le jour du meurtre, avant la levée de 17 h 15 (d'après l'oblitération). Un « corbeau » à la voix rauque, ou peut-être une femme déguisant sa voix, comme le suggéreront des experts au procès de 1993, harcelait toute la famille Villemin depuis plus de trois ans, et la mort de Grégory est considérée comme la mise à exécution des menaces proférées au cours de ces années[28].

Ce mercredi , le juge d'instruction Jean-Michel Lambert, 32 ans, est saisi pour instruire le dossier, il s'agit de la 180e information judiciaire sur les 229 traitées au cours de l'année 1984 à Épinal[note 6],[29].

Autopsie[modifier | modifier le code]

L'autopsie du corps se déroule le lendemain des faits, le mercredi . Le corps de Grégory ne présente aucune trace de violence apparente. Il n'est pas remarqué d'hématome ou d'ecchymose. L'anorak et le bonnet qu'il porte lorsqu'il est retrouvé inanimé dans la Vologne sont propres et les cordelettes n'ont provoquées aucune égratignure. Il est relevé que sa bouche et ses narines sont couvertes en partie de spume (salive écumeuse), que ses lèvres sont cyanosées et que ses poumons, distendus, présentent des traces d'agonie asphyxique. Cependant ils ne sont remplis que d'une faible quantité d'eau et rien ne permet d'affirmer que celle-ci provient bien de la Vologne. L'estomac contient, de son côté, les résidus de la pomme que Grégory a consommée pour son goûter. Aucune trace d'alcool n'est retrouvée dans le sang, bien que celui-ci ait été prélevé en quantité insuffisante pour établir un bilan toxicologique complet[30]. Aucune trace d'adrénaline, symptomatique de la peur, n'est retrouvée non plus.

Les conclusions de l'autopsie : « [...] la mort de l'enfant Grégory Villemin est directement et exclusivement en rapport avec une submersion vitale à double origine, asphyxique et inhibitrice[29] » ne permettent pas de déterminer si Grégory est mort noyé ailleurs que dans la Vologne avant d'y être jeté — une noyade préalable dans une baignoire a été estimée possible — ou s'il a été jeté vivant dans les eaux de la Vologne, ni s'il a été ligoté avant ou après sa mort[31],[32]. Il a été reproché à cette autopsie d'avoir été un raté médico-légal ayant tout faussé, car incomplète et bâclée. L’ordonnance du juge datée du et adressée aux docteurs Gérard De Ren et Elisabeth Pagel leur indique de « procéder éventuellement à tous prélèvements en vue d’expertises ultérieures »[33] mais le non prélèvement des viscères de l'enfant empêche de savoir si celui-ci avait été drogué au préalable avec une substance quelconque[note 7],[30].

Premières investigations[modifier | modifier le code]

Le premier expert graphologue, le colonel en retraite Antoine Argoud sera nommé par les gendarmes le lendemain de la mort de Grégory, et celui-ci désignera Roger Jacquel, père de Liliane Jacquel et beau-père de Jacky Villemin, comme étant l'auteur des lettres. Ce même mercredi 17 octobre, des traces de pneus et l'empreinte d'une chaussure de femme sont découvertes sur les lieux supposés du crime.

Le jeudi , 140 membres ou proches de la famille Villemin sont soumis à l'« épreuve de la dictée ». Sous le contrôle des gendarmes, ces personnes recopient des pages d'écriture, dont le texte du dernier message du « corbeau ».

Le lundi , un premier portrait-robot d'un homme qui aurait rôdé à côté de la poste de Lépanges le soir du crime est diffusé : 40 ans, 1,80 m, de forte corpulence, portant des lunettes, avec des cheveux châtains mi-longs.

Le mercredi , Christine et Jean-Marie Villemin se constituent partie civile, ce qui leur permet d'accéder au dossier, et désignent comme avocat Henri-René Garaud, un ténor du barreau de Paris, qu'un journaliste d'Europe 1 leur a recommandé et dont ils ignorent que, proche du Front national, il milite, à la tête de l'association Légitime défense, pour le rétablissement de la peine de mort, abolie en 1981.

Le , les gendarmes de Bruyères procèdent à une première reconstitution du crime avec l'aide d'un mannequin. Après avoir effectué plusieurs essais, ils en concluent que l'enfant n'aurait pas été jeté entre Deycimont et Docelles, mais probablement depuis le centre du village de Docelles, à proximité de l'endroit où le corps a été découvert.

Le vendredi , un deuxième portrait-robot est diffusé, après qu'un homme s'étant reconnu sur le premier et s'étant présenté spontanément à la gendarmerie est mis hors de cause. Ce portrait est basé sur le témoignage d'un cafetier de Docelles.

Le lundi , soit six jours après le crime, les gendarmes reçoivent un coup de téléphone du premier témoin spontané qui s'adresse à eux, Marie-Ange Laroche, laquelle, curieusement, les appelle non pas de son domicile mais d'un café. Son insistance à leur communiquer ses doutes sur Jacky Villemin et sa femme Liliane (née Jacquel), puis sur les Hollard, des parents éloignés des Villemin[34], ne manque pas de susciter leur curiosité[note 8]. Ils la convoquent à la gendarmerie et la placent en garde à vue pour vérifier son emploi du temps. C'est après son témoignage maladroit que les gendarmes sont amenés à interroger son mari Bernard Laroche sur son emploi du temps[note 9], et le suspectant, à lui faire passer le test de la dictée, qu'ils adressent aussitôt à l'expert, lequel, dans un premier temps, leur communique le résultat des analyses par téléphone.

Le mardi , des responsables de l'enquête, l'expert en écritures et une graphologue parisienne se réunissent à la gendarmerie de Nancy. L'expert en écritures, qui a commencé ses travaux dans ce dossier (notamment l'étude des dictées), lui laisse à penser que le « corbeau » pourrait être Bernard Laroche mais demande plus de temps pour donner ses conclusions définitives. Malgré cela, Marie-Ange et Bernard Laroche sont arrêtés (lui à son domicile, elle à son travail, à Gérardmer) et placés en garde à vue le mercredi . Mais les gendarmes n'obtiennent aucun aveu. Les deux époux sont libérés le lendemain, jeudi après avoir fourni chacun un alibi pour l'heure du crime (Marie-Ange affirme avoir travaillé de 13 h à 21 h).

Témoignage de Murielle Bolle[modifier | modifier le code]

Lors d'un interrogatoire conduit par les gendarmes de Bruyères le , Murielle Bolle, âgée alors de 15 ans, met en cause son beau-frère Bernard Laroche, chez qui elle habite depuis quelque temps. Contrairement à ses premières déclarations du et du [note 11], elle dit que Bernard et elle sont allés ensemble, « accompagnés du jeune fils de Bernard Laroche, Sébastien, en voiture jusqu'à une maison de Lépanges », identifiée comme étant celle de Jean-Marie et Christine Villemin, devant laquelle Bernard Laroche aurait arrêté sa voiture. Là, il aurait fait monter à l'arrière, à côté de son fils Sébastien, un garçon du même âge, identifié comme étant Grégory, puis aurait redémarré pour aller jusqu'au village proche de Docelles, où il se serait arrêté. Elle affirme l'avoir vu « partir » avec Grégory, puis « revenir seul » peu après[note 12],[41]. Murielle Bolle est alors placée en garde à vue le vendredi à 13 h 30. Ce témoignage, qui minimise sa participation, ne coïncide pas totalement avec les déclarations de Marcelle Claudon et de Claude Colin, puisque ces derniers ne mentionnent pas la présence d'enfants (Sébastien Laroche et Grégory Villemin) dans la voiture de Laroche.

À noter que, du moins dans un premier temps, « le trajet dessiné de la main d’un gendarme et qui avait d’abord été attribué à Murielle pèse très lourd », comme l'écrit Libération en février 1985[42],[note 13].

Murielle réitère ses déclarations le lundi devant le juge d'instruction d'Épinal Jean-Michel Lambert, qui lève la garde à vue de la jeune fille, sans prendre la précaution de l'isoler de son milieu familial, et inculpe aussitôt d'assassinat Bernard Laroche[43], dont le dossier ne contient pas encore le rapport d'autopsie ni les conclusions d'expertises graphologiques. Les médias font leur une avec « l'assassin Laroche » et filment son arrestation en direct. Le Murielle fait volte-face devant le juge d'instruction en revenant à sa première version, soutenant que les gendarmes ont fait pression sur elle[44] et l'ont menacé de l'envoyer en maison de correction[13] : « Ils m'ont traitée de menteuse. Ils ont insisté. Ils m'ont demandé pourquoi c'était lui, Laroche, qui était venu me chercher. Je disais que ce n'était pas vrai. L'un d'eux m'a lancé: « Toi, t'as couché avec Laroche. » J'avais peur. J'ai dit ce qu'ils voulaient. Si je ne signais pas, ils me menaçaient de m'envoyer en maison de correction[37]. ». Témoignage qu'elle refait devant les caméras des journalistes le mercredi 7 novembre 1984 et diffusé notamment au journal d'Antenne 2 du jour : « Mon beau-frère, il est innocent... c'était un piège et j'ai tombé dedans... À h, j'étais dans le car... J'avais peur des gendarmes... ils ont profité que j'étais toute seule... Mon beau-frère, il est innocent... Les gendarmes m'ont dit que Bernard avait dit ça et que si je disais pas ça, ils me mettraient en maison de correction »[24].

À Docelles, place de l'Espine, une ampoule vide et une seringue d'insuline sont par ailleurs retrouvées le vendredi près du local des pompiers, aux abords duquel le corps de Grégory aurait pu être jeté dans la Vologne, ce lieu étant également désigné par Murielle Bolle comme l’endroit où Bernard Laroche serait descendu de voiture avec Grégory (mais ultérieurement on contestera qu'il s'agisse du lieu de la mise à l'eau). Ces éléments matériels peuvent suggérer l'utilisation de ce produit pour provoquer chez l'enfant un coma hypoglycémique avant de le jeter dans la rivière[45].

1984-1985 : Bernard Laroche[modifier | modifier le code]

Bernard Laroche est né le . Il entretient une relation de « frère de lait » avec son cousin germain Michel Villemin, en compagnie duquel il a été élevé après le décès de sa mère, survenu peu après sa naissance. Il a aussi une relation privilégiée avec son oncle maternel Marcel Jacob, qui n'a que dix ans de plus que lui. En septembre 1984, après avoir brigué le poste pendant six ans, il est devenu contremaître au Tissage Ancel à Granges-sur-Vologne, où il travaille ; il est membre de la CGT, dont il est même délégué[46], comme ce cousin, cet oncle et l'épouse de ce dernier, Jacqueline, qui, de leur côté, sont employés à la filature BSF d'Aumontzey, et aussi comme de nombreux membres de la famille élargie Villemin-Jacob. Les débats du procès de 1993 révéleront qu'en 1984, son couple battait de l'aile, ce que Marie-Ange Laroche, malgré ses dénégations, confirmera implicitement dans Les Larmes oubliées de la Vologne.

Le lendemain de son inculpation, le mardi , la famille de Murielle Bolle demande à la presse de passer chez elle, à Laveline-devant-Bruyères, et la jeune fille se rétracte devant micros et caméras et déclare aux journalistes : « Non, j'y étais pas dans la voiture de Bernard, puis j'ai jamais été sur Lépanges et tout ça. Là où le gosse a été noyé, j'y ai jamais été. Je connais pas Lépanges ni Docelles. Bernard, il est innocent, mon beau-frère il est innocent, j'ai jamais été avec mon beau-frère ». De plus, les gendarmes l'auraient menacée de la placer en maison de correction si elle ne témoignait pas contre lui et si « (elle) ne disait pas la vérité »[47]. Les gendarmes de Bruyères considéreront que la jeune fille, fragile et vite dépassée par les événements, a pu subir des pressions familiales pour changer sa version des faits[48] (le capitaine Sesmat évoquera même des déclarations qui ont « l'air d'être récitées »).

Le juge Lambert, rapidement interrogé par les journalistes, déclare qu'il s' « attendait à ces rétractations » qui ne le « surprennent donc pas du tout et ne l'émeuvent pas davantage », et lorsqu'une journaliste lui dit que « cela fragilise quand même considérablement le dossier », il lui répond « Non, car il y a d'autres éléments à côté qui permettent de tenir peu de cas de ces rétractations ».

En effet le juge Lambert pense détenir des éléments à charge contre Bernard Laroche : les conclusions de la première étude graphologique, déposées le auprès de la gendarmerie de Nancy, qui le désignent comme pouvant être le corbeau, et le foulage « LB » apparu au bas de la lettre de revendication du meurtre et correspondant exactement à la signature de Bernard Laroche.

Égarée, cette lettre de revendication du meurtre ne pourra être exploitée que plusieurs années plus tard, quand une copie du rapport comportant des photos de ladite lettre sera retrouvée. Comme, de surcroît, cette pièce maîtresse du dossier a été abîmée lors de la recherche d'empreintes — une poudre noire y a été déversée dans le but de rechercher des empreintes digitales —, les investigations ultérieures seront compromises, notamment la recherche de traces d'ADN.

Après l'annulation le par la chambre d'accusation de Nancy d'un certain nombre de pièces du dossier, dont cette expertise, et sans le témoignage de la jeune Murielle Bolle, qui a renouvelé sa rétractation lors d'une confrontation avec Bernard Laroche le vendredi , le dossier reste bien maigre sur le plan judiciaire, comme ne manquent pas de le faire observer l'avocat de Bernard Laroche, Gérard Welzer, du barreau d'Épinal, auquel se joint rapidement Paul Prompt, du barreau de Paris (défense organisée et rémunérée par Benoît Bartherotte, repreneur en 1981 du Tissage Ancel et proche alors du PCF comme de la CGT, même si, pour la gendarmerie de Bruyères, la jalousie de Bernard Laroche pour la réussite sociale et familiale de son cousin constitue un mobile sérieux.

Assassinat de Bernard Laroche[modifier | modifier le code]

Le , le juge Jean-Michel Lambert, contre l'avis du ministère public d'Épinal, lequel ne fera pourtant pas appel de son ordonnance[49], libère Bernard Laroche, qui reprend son travail[50]. Ce jour-là, devant des journalistes, Jean-Marie Villemin annonce son intention de le tuer à la sortie de son travail.

Jean-Marie et Christine Villemin demandent à être reçus par le garde des sceaux Robert Badinter pour réclamer « la vérité » et l'utilisation du détecteur de mensonge. La requête n'aboutit pas en raison du refus du ministre, qui ne veut pas rencontrer les protagonistes d'une affaire en cours.

De son côté, l'épouse de Bernard Laroche, Marie-Ange, réclame pour son mari la protection de la gendarmerie de Bruyères, laquelle, dessaisie de l'enquête le au profit du SRPJ de Nancy, ne peut accéder à sa requête, ce dont le juge d'instruction ne se préoccupe pas.

Le vendredi , vers 13 heures 15, alors que Bernard Laroche rentre avec Marie-Ange et son fils Sébastien dans le garage de son domicile à Aumontzey, Jean-Marie Villemin se dirige vers son cousin et pointe sur lui un fusil de chasse. Bernard déclare à Jean-Marie qu'il « n'a pas tué son gosse » avant de s'écrouler, atteint d'une balle en pleine poitrine[note 14]. Toutefois, l'enquête semble avoir mis en évidence que la jeune femme signait habituellement tous les chèques du ménage, y compris ceux destinés aux achats de son mari. Tout rôle actif de Christine Villemin dans l'assassinat de Bernard Laroche a plus tard été écarté par les enquêteurs, d'autant qu'au moment de cet assassinat, Christine Villemin se trouvait hospitalisée. Jean-Marie Villemin avait fait part de ses intentions meurtrières le au journaliste de Paris Match Jean Ker (qui imputait lui aussi à Laroche l'assassinat de Grégory), et n'avait pas caché son désir de vengeance à d'autres personnes, dont le capitaine Étienne Sesmat, qui avait vainement tenté de le ramener à la raison. L'assassinat de Bernard Laroche par son cousin germain Jean-Marie Villemin intervient quelques jours après le dépôt de premières expertises en écriture qui, en imputant à Christine Villemin la lettre de revendication du crime, faisaient glisser celle-ci du statut de victime vers le statut de principale suspecte. La divulgation de ces expertises semble avoir été l'élément déclencheur du geste de Jean-Marie Villemin à l'encontre de son cousin Bernard Laroche.

Bernard Laroche est enterré au cimetière de Jussarupt le .

La reconstitution du meurtre de Bernard Laroche est organisée le à l'endroit où il a eu lieu (au domicile des époux Laroche), en présence de Jean-Marie Villemin (portant un gilet pare-balles) et conformément à la procédure. Malgré l'absence de grand intérêt pour l'avancée de l'enquête, l'événement est particulièrement médiatisé, la reconstitution ayant lieu en présence de plus d'une centaine de photographes et journalistes, maintenus à légère distance des lieux par une compagnie de gendarmes mobiles.

La veuve de Bernard Laroche, Marie-Ange, obtiendra par la suite la condamnation de l'État pour n'avoir pas empêché la mort annoncée de son mari[52].

En décembre 1985, huit mois après la mort de Bernard Laroche, Marie-Ange donne naissance à son second fils, qui reçoit le prénom de Jean-Bernard.

Non-lieu pour Bernard Laroche[modifier | modifier le code]

Une ordonnance de non-lieu intervient à son égard par ordonnance du 18 avril 1985 en application de l'article 6 du Code de procédure pénale[53]. Ce non-lieu intervient pour des raisons de nature procédurale, en raison du décès de Bernard Laroche qui éteint automatiquement l'action publique initialement mise en mouvement à son encontre.

Officiellement, Bernard Laroche est donc mort inculpé.

Mais le juge Lambert, alors magistrat instructeur en charge du dossier, a toutefois déclaré ultérieurement qu'il s'apprêtait à rendre quelques jours plus tard une ordonnance de non-lieu ayant pour effet de mettre hors de cause Bernard Laroche.

Lors de la clôture de l'instruction en février 1993, puis lors du procès de Jean-Marie Villemin devant la cour d'assises de la Côte d'Or en décembre 1993, et plus récemment lors de la réactivation de l'affaire en juin 2017, la "piste Laroche" est demeurée l'un des éléments les plus débattus par les protagonistes de l'affaire.

Au plan légal, toute nouvelle mise en mouvement de l'action publique visant Bernard Laroche serait irrecevable.

Cependant, l'arrêt de non-lieu prononcé en février 1993 par la cour d'appel de Dijon, qui met radicalement hors de cause Christine Villemin au titre de l'assassinat de son fils Gregory, relève qu'il subsiste néanmoins "des charges très sérieuses pour Bernard Laroche d'avoir enlevé Grégory Villemin" le 16 octobre 1984, en précisant quelques lignes plus loin qu'aucun élément de l'enquête ne permet de lui imputer la mort de l'enfant.

En juin 2017, la thèse privilégiée des enquêteurs de la gendarmerie demeure bâtie sur la participation de Bernard Laroche au rapt, mais suivie du relais par une seconde cellule familiale qui, elle, aurait jeté l'enfant dans la Vologne.


1985 : Christine Villemin[modifier | modifier le code]

Début avril 1985, Christine Villemin se réfugie chez sa grand-mère à Petitmont en Meurthe-et-Moselle.

Le , Jean-Marie est transféré à la prison de Saverne dans le Bas-Rhin pour être plus près d'elle. Une rumeur dans la région de Lépanges laisse entendre que le corbeau et meurtrier pourrait être la mère de Grégory, qui aurait été vue à la poste le jour du drame, selon les témoignages concordants de quatre collègues de travail, à qui elle avait été confrontée le , et devant qui elle avait répondu qu'elles se trompaient et l'avaient vue la veille à cet endroit. Le , le juge Lambert inculpe[note 15] Christine Villemin d'assassinat et la place sous mandat de dépôt. Les éléments à charge sont une nouvelle expertise en écriture la désignant depuis le comme « pouvant être le corbeau »[54], la remise en cause de son emploi le temps du jour du crime par Christine Jacquot, entendue par les policiers le [51],[55], ainsi que des cordelettes identiques à celles ayant servi à ficeler Grégory, qui sont trouvées dans la cave du domicile familial.

Le , Christine Villemin, enceinte de six mois, entame, avec son mari, une grève de la faim pour protester contre son inculpation. Onze jours plus tard, le , la chambre d'accusation de Nancy, sur instruction du procureur, qui a relevé l'insuffisance des motifs de mise en détention provisoire et pointé la faiblesse des charges, prononce son élargissement et sa remise en liberté provisoire. Mais elle confirme dans le même temps l'ordonnance de mise en accusation (laquelle sera annulée ultérieurement par la Cour de cassation), et la place sous contrôle judiciaire. Son cas divise radicalement les acteurs de l'affaire, les uns étant persuadés de son innocence, les autres l'estimant coupable. « On va croire que j'ai manigancé le coup avec Michel et Laroche, alors que j'ai tout perdu ! » s'indigne-t-elle[51].

L'enquête s'accompagne d'une longue série d'incidents regrettables : violations multiples du secret de l'instruction et de la vie privée ; parti-pris de la presse[note 16] (auquel peut être rattaché le texte extravagant de Marguerite Duras, « Sublime, forcément sublime Christine V. ») ; manque de précautions de la part des enquêteurs dans la collecte des indices ; indécision des magistrats ; rivalité exacerbée entre la gendarmerie et le SRPJ ; impéritie et négligences répétées du juge d'instruction[57],[58] ; autopsie stoppée à la demande du capitaine Etienne Sesmat[59] par souci de rendre le corps de l'enfant le plus présentable possible à ses parents[60].

Le , Christine Villemin donne naissance à son fils Julien à la maternité de Lunéville. Après h de confrontation avec le juge Lambert, une nouvelle reconstitution du meurtre de Grégory se déroule à Lépanges le .

En 1985, après un an d'enquête, les parents de Grégory écriront au président de la République François Mitterrand pour faire dessaisir de l'enquête le juge Jean-Michel Lambert dont l'instruction prend fin le [note 17].

En 1985, les parents de Grégory portent plainte contre Murielle Bolle, qui aurait pu prendre une part active à l'enlèvement de Grégory en lui injectant, pour le plonger dans le coma, une dose de l'insuline (Jeanine Bolle, la mère de Murielle, était en effet diabétique, et sa fille était à ses côtés quand l'infirmière qui s'occupait d'elle lui faisait les injections d'insuline réclamées par son état de santé).

Le , la chambre d'accusation de la cour d'appel de Nancy renvoie Christine Villemin devant la cour d'assises des Vosges. L'inculpée se pourvoit en cassation.

Sur le fond, la décision de la cour d'appel de Nancy de renvoyer Christine Villemin aux assises a été très critiquée, les charges alors réunies contre elle se révélant parfois incomplètes et inconsistantes à la seule lecture de la décision. En particulier, aucun élément de l'enquête ne mettait alors en évidence la présence de la jeune femme en dehors de la commune de Lépanges-sur-Vologne (son domicile) à l'heure du crime. Plus généralement, sa participation au crime était alors suggérée non par des éléments matériels positifs mais par des déductions très fragiles, comme le fait d'avoir disposé d'un temps suffisant pour effectuer le trajet entre son domicile et le lieu d'immersion de l'enfant, ou encore par des témoignages très incertains (comme le témoignage de plusieurs collègues de travail ayant prétendu l'avoir vu poster une lettre au bureau de poste peu avant la disparition de l'enfant). Enfin et surtout, aucun mobile du crime n'a pu être mis en évidence à l'encontre de Christine Villemin, l'enquête n'ayant pu révéler aucun comportement suspect à l'égard de son enfant.

Lors du procès devant la cour d'assises en décembre 1993 au titre de l'assassinat de Bernard Laroche, la défense de Jean-Marie Villemin mettra vivement en cause l'insuffisance, voire la partialité de l'enquête initiale qui, en 1985, avait abouti à la mise en accusation de Christine Villemin.

Le renvoi de Christine Villemin devant les assises est aujourd'hui généralement décrit comme l'une des erreurs judiciaires majeures des dernières décennies, même si l'expression "erreur judiciaire" est en partie impropre en l'absence de toute condamnation pénale prononcée à l'encontre de Christine Villemin. Sa médiatisation exceptionnelle soulève également, depuis cette époque, de nombreuses questions sur le rôle de la presse dans le cadre des enquêtes criminelles.


Le dépaysement de l'affaire[modifier | modifier le code]

Le , la Cour de cassation de Paris annule l'arrêt de renvoi du , et confie le dossier à la cour d'appel de Dijon. Celle-ci ordonne un supplément d'information, successivement mené par le juge d'instruction nouvellement nommé et expérimenté, le président de la chambre d'accusation de la cour d'appel de Dijon, Maurice Simon, jusqu'au , date à laquelle il tombe dans le coma, victime d'un infarctus, et souffre d'amnésie à son réveil, ce qui le contraint à abandonner l'affaire[62], puis par son successeur, le président Jean-Paul Martin[63], jusqu'en septembre 1992.

C'est à la suite des insuffisances de l'investigation criminelle de la gendarmerie lors de cette affaire que les pouvoirs publics décident la création de la section technique d'investigation criminelle (STIC), futur Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale[64].

Jean-Marie Villemin est libéré le , après cinq demandes de mise en liberté et 33 mois de détention. Placé sous contrôle judiciaire, il est alors assigné à résidence en Essonne, où le couple s'installe. Il réside à Étampes avec ses trois enfants, Christine travaillant à mi-temps, Jean-Marie à plein temps dans l'immobilier[65]. Le couple se réfugie depuis dans le silence, s'exprimant par l'intermédiaire de ses avocats à chaque rebondissement de l'affaire[66].

1988 : non-lieu pour Murielle Bolle[modifier | modifier le code]

La procédure engagée en 1985 par les parents de Grégory contre Murielle Bolle débouche sur une ordonnance de non-lieu le 25 avril 1988, ordonnance de non-lieu confirmée le 11 octobre suivant, la cour d'appel de Dijon jugeant qu'il est « en l'état impossible » d'inculper la jeune femme, en relevant qu'une « intention criminelle » semblait exclue[67].

Les 21 et , la chambre d'accusation de la cour d'appel de Dijon se prononce sur la culpabilité de Christine Villemin[68].

1993 : non-lieu pour Christine Villemin[modifier | modifier le code]

Le 3 février 1993, Christine Villemin bénéficie d'un non-lieu, décision prise par la cour d'appel de Dijon, qui « dit et juge qu'en l'état il n'y a pas de charges contre elle d'avoir assassiné son fils ».

Habituellement, un non-lieu est rendu pour « absence ou insuffisance de preuves ou d'éléments de preuve ». Ce non-lieu constitue, selon la plupart de ceux qui ont suivi l'affaire (notamment les avocats et les journalistes spécialisés)[69],[70],[71],[72], une réhabilitation judiciaire totale de Christine Villemin[note 18], la justice reconnaissant par la formulation choisie que le dossier d'instruction était vide de charges contre elle.

L'arrêt de quatre-vingt-treize pages rendu par la cour d'appel de Dijon expose que « l'enquête a été rendue difficile par les insuffisances des investigations initiales, les multiples erreurs de procédure, la rivalité entre la police et la gendarmerie, les querelles des spécialistes, la médiatisation extrême de ce drame mystérieux ». Le tribunal ne manque pas d'invoquer « des charges très sérieuses » contre Bernard Laroche pour l'enlèvement de l'enfant, mais indique qu'il « est impossible d'affirmer que Grégory a été tué par Bernard Laroche »[74].

Procès de Jean-Marie Villemin[modifier | modifier le code]

En novembre 1993, Jean-Marie Villemin est jugé à Dijon, où l'affaire a été dépaysée, pour l'assassinat de Bernard Laroche. Après six semaines d'audience, il est condamné à cinq ans de prison dont un avec sursis. Sa peine étant couverte par la détention préventive, il est libéré deux semaines après l’annonce du verdict.

Lors du procès, l'instruction de Jean-Michel Lambert est vivement critiquée par l'avocat général Jacques Kohn[75]. À en croire Paul Prompt, avocat de Bernard puis de Marie-Ange Laroche, « c'est sur le juge d'instruction seul que la colère publique s'est abattue : celle de l'avocat général, celle du président Ruyssen, celle des journalistes, celle de l'opinion[76]. Pour une certaine hiérarchie judiciaire, comme pour le pouvoir politique de l'époque, focaliser l'attention sur le seul juge Lambert a permis d'atténuer l'échec de l'institution dans cette affaire[77] ». C'est oublier le rôle joué en la circonstance par le journaliste de RTL Jean-Michel Bezzina, le commissaire Jacques Corazzi (du SRPJ de Nancy) et Gérard Welzer, le second avocat de Laroche, lesquels, agissant de concert, ont su convaincre le juge d'instruction en vue de faire inculper Christine Villemin[78].

Les réouvertures de l'enquête[modifier | modifier le code]

Les parents de Grégory demandent, le , par l'intermédiaire de leur avocat Me Thierry Moser, la réouverture de l'enquête afin de procéder à des analyses ADN. Le 2 décembre, Me Paul Lombard, défenseur des grands-parents paternels de l'enfant, s'associe à cette démarche.

2000-2001 : analyses ADN et arrêt de non-lieu[modifier | modifier le code]

Le , le procureur de la République de Dijon, Hélène Magliano ordonne la réouverture de l'enquête. La chambre d'accusation suit les conclusions du procureur général et se réunit le 17 mai afin d'étudier le dossier. L'espoir de connaître la vérité est relancé par l'analyse de l'ADN présent sur un demi-timbre de 2,6 cm sur 1,1 cm qui aurait pu conserver la salive du « corbeau » sur la lettre postée le et adressée aux grands-parents à leur domicile de Bruyères (la lettre de revendication du corbeau du ne peut être analysée, comme l'avait souhaité au départ la procureur de la République de Dijon). Le , la chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dijon rend son arrêt, autorisant la réouverture de l'enquête. Durant l'été 2000, les experts du laboratoire en biologie moléculaire du CHU de Nantes examinent donc le demi-timbre. Ces analyses n'aboutissent pas, le mélange d'ADN se révélant inexploitable, après la comparaison de ces traces avec les prélèvements des 280 personnes inscrites dans le dossier. Le 17 octobre, le rapport scientifique, ordonné en juin, explique que les traces d'ADN « ne sont pas interprétables », « probablement en raison des diverses manipulations de l'enveloppe depuis 1983 et/ou aux conditions de conservation des scellés ». Les conclusions sont énoncées par Me Thierry Moser, avocat des parents, et Me Joël Lagrange, avocat des grands-parents. Le , la chambre d'accusation de la cour d’appel de Dijon, estimant qu'« il n'y a pas lieu de poursuivre quiconque », clôt par un arrêt de non-lieu l’instruction de l’affaire Grégory, ce qui fixe la prescription au .

2002-2004 : condamnations de l'État[modifier | modifier le code]

En mai 2002, la cour d'appel de Versailles condamne l'État à verser 30 489,80 € de dommages-intérêts à Marie-Ange Laroche et 15 244,90 € à Murielle Bolle[79], en réparation d'une « inaptitude à remplir sa mission » et souligne un « manque total dans la maîtrise et dans la conduite de l'enquête et de l'instruction »[80]. Ces critiques s'étendent au supplément d'instruction mené à partir de 1987[81].

Cette condamnation fait suite à une jurisprudence de 1998. Avant cette date, l'État n'était que très difficilement condamné pour ses défaillances en matière de protection préventive des personnes (protection relevant de la police administrative). Les consorts Bolle-Laroche saisissent le Tribunal des conflits, qui rend un arrêt le [52]. La veuve de Bernard Laroche peut alors demander une réparation à l'État du fait de l'absence de protection dont a pâti son conjoint.

L'État est à nouveau condamné par décision de la cour d’appel de Paris, le , à verser 35 000 € d'indemnités pour « faute lourde » à chacun des époux Villemin[80]. Leurs avocats n'ont fait appel que pour le volet concernant l’Agent judiciaire du Trésor public et abandonné leurs poursuites à l'encontre de Jean-Michel Lambert ayant été débouté le par le jugement du Tribunal de grande instance de Paris[33].

Jean-Marie Villemin, qui n'a jamais contesté être l'assassin de Bernard Laroche, dépose une requête en réhabilitation en avril 2005. Le parquet ne fait pas opposition, mais en 2007 la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris rejette la demande de l'intéressé, qui ne se pourvoit pas en cassation[82],[83]. Il bénéficie de la réhabilitation légale le , conformément aux dispositions du Code pénal[84].

2008 : réouverture de l'enquête[modifier | modifier le code]

Le , les avocats de Murielle Bolle demandent la réouverture de l'enquête. Le procureur de la République de Dijon, Hélène Magliano, estimant qu'« il n'y a pas de charge nouvelle pour cette réouverture », rejette la demande le [85].

Le 9 juillet 2008, à la demande des parents de l'enfant, le procureur général de la cour d'appel de Dijon annonce qu'il requiert la réouverture de l'instruction judiciaire concernant l'assassinat du garçonnet pour procéder à de nouveaux tests sur l'ADN, jugé inexploitable en 2000, et qui aurait pu être laissé par le « corbeau » sur un timbre[86]. Le , la cour d'appel de Dijon ordonne la réouverture de l'enquête[87].

2009 : nouvelles analyses ADN[modifier | modifier le code]

Le , l'expertise réalisée par le laboratoire lyonnais Biomnis (ex-Mérieux), a révélé la présence de deux ADN différents sur le courrier adressé par « le corbeau » à Albert Villemin, le grand-père de Grégory, en , soit neuf mois après la découverte du corps, qui sont celles d'un homme et d'une femme et ne sont pas celles des parents de Grégory. Le dossier va être rouvert, et les protagonistes de l'affaire de nouveau entendus[88].

Le , invitée dans l'émission Les Grandes gueules sur la radio RMC, Marie-Ange Laroche affirme qu'elle ne s'opposera pas à l'exhumation du corps de son mari Bernard Laroche à des fins d'analyse ADN, si cela se révélait nécessaire.

Les analyses ADN faites sur la lettre du corbeau envoyée aux Villemin ne donnent pas de résultat. En effet, les traces identifiées ne correspondent à aucun des cent cinquante protagonistes de l'affaire.

Le laboratoire chargé de ces expertises concluait uniquement qu'aucun des profils établis dans le cadre de la présente mission ne ressortait des mélanges présents sur les cordelettes, sur les vêtements et sur les enveloppes, en l'absence de corrélation évidente entre les profils de l'ensemble des personnes étudiées avec les mélanges présents sur les scellés, absence de corrélation imputée à une insuffisance de matériel biologique sur les scellés examinés, une perte de matériel biologique sur les vêtements et cordelettes ayant séjourné dans l'eau et la contamination des scellés, excessivement manipulés par des tiers. Ces scellés n'étaient donc pas exploitables.

2010 : nouvelles investigations[modifier | modifier le code]

La police scientifique décide d'analyser plus minutieusement les appels téléphoniques passés à la famille[89]. Les époux Villemin demandent cependant une nouvelle analyse ADN, demande reportée plusieurs fois par la justice[90],[91].

Le , Jean-Marie Beney, le procureur général de la cour d'appel de Dijon, ordonne que la justice rouvre l'enquête pour « l'analyse du cheveu retrouvé sur le pantalon du petit Grégory », « l'analyse du cœur des cordelettes » ayant servi à l'attacher[92], « la comparaison des enregistrements des voix du corbeau et les voix des différents protagonistes de l'affaire », « la recherche des traces digitales sur les parties collantes des enveloppes » et « la recherche des traces de foulage sur la lettre de revendication du crime »[93].

2012-2013 : nouvelles analyses ADN et autres expertises[modifier | modifier le code]

Le , le procureur général Jean-Marie Beney annonce qu'« il n'a pas été possible d'extraire d'ADN du nœud des cordelettes ». Le cheveu a quant à lui révélé un génome mitochondrial qui n'a pu être mis en relation avec personne[94].

Me Thierry Moser, avocat des époux Villemin, déclare à la presse, le , que l'expertise de la voix du corbeau, conservée sur des cassettes audio aujourd'hui numérisées, sera désormais possible : « Les gendarmes de l'IRCGN, après consultation des techniciens, ont répondu que l'expertise peut être tentée malgré les difficultés de faisabilité »[95], la nouvelle enquête consistant à comparer la voix du corbeau avec les enregistrements réalisés par des journalistes lors de reportages[96].

Le Parisien révèle le que les profils ADN de dix personnes auraient été isolés sur les cordelettes ayant servi à entraver le petit Grégory Villemin. Il resterait maintenant à identifier ces profils en les comparant aux prélèvements génétiques réalisés au cours de l’enquête ainsi qu’au fichier des empreintes génétiques. Une source judiciaire appelle cependant à la prudence : « Durant toutes ces années, ces scellés ont été souvent manipulés. Les traces ADN appartiennent peut-être à un magistrat ou à un enquêteur… ».

Le , le procureur général de la cour d'appel de Dijon, Jean-Marie Beney, annonce que les nouvelles expertises ADN[97] menées sur les vêtements et les cordelettes de Grégory Villemin ne permettent d’identifier l’ADN d'aucun des protagonistes de l’affaire. De même, si l’analyse des enregistrements audio révèle bien les voix d’un homme et d’une femme, elle ne permet pas d’identifier une personne précise[98]. Le procureur ajoute qu'il y a « toujours un espoir dans la mesure où le dossier n'est pas fermé. Mais, d'un point de vue scientifique, l'espoir s'éloigne »[98].

L’innocence de Bernard Laroche sort réaffirmée de ces expertises pour l'avocat de sa famille[98]. Selon Me Thierry Moser, l'un des avocats des parents de la victime[note 19], « les chances de parvenir à la manifestation de la vérité s'éloignent. Pour autant, le combat judiciaire est loin d'être terminé », car « il reste encore des pistes à creuser et des investigations à réaliser »[98]. Selon Me Marie-Christine Chastant-Morand, « tout espoir scientifique n'est pas perdu » et elle ajoute qu'il « n'est pas dit que, parce qu'on n'a pas pu comparer les quatre ADN trouvés sur les vêtements à ceux de toutes les personnes qui ont été prélevées, ça les innocente ou ça les disculpe totalement ». Selon elle, « Christine et Jean-Marie Villemin ont aidé Grégory à s'habiller, la nourrice l'a aussi aidé. Donc on aurait dû retrouver leurs ADN sur les vêtements de Grégory », ce qui ne semble pas être le cas. « Par conséquent, si les ADN de ceux qui ont touché les vêtements n'ont pas été trouvés, l'ADN de l'assassin a pu aussi ne pas être trouvé » conclut Me Chastant-Morand[100].

2017 : nouvelles mises en examen et suicide du juge Lambert[modifier | modifier le code]

L'utilisation par la Gendarmerie nationale du logiciel ANACRIM pour l'analyse criminelle des données de l'affaire ainsi que l'expertise graphologique de 47 pages d'une gendarme experte judiciaire, ancienne responsable de l'unité « comparaison d'écriture de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale », et présidente de la Compagnie des experts de justice en criminalistique, permet à la justice d'émettre une nouvelle hypothèse inédite pour tenter de confondre le ou les corbeaux de la Vologne[101].

Premières gardes à vue depuis 1985[modifier | modifier le code]

Le , plus de 32 ans après les faits, trois personnes en lien avec cette affaire sont mises en garde à vue, dans ce que la presse présente comme un « rebondissement spectaculaire »[102], et deux autres sont entendues comme témoins, leur âge avancé et leur état de santé étant incompatibles avec le régime de la garde à vue[103].

Les gardés à vue sont Marcel Jacob et Jacqueline Jacob, née Thuriot, respectivement 73 et 72 ans[104], grand-oncle et grand-tante paternels de Grégory Villemin (Marcel Jacob est l'un des frères cadets de Monique Villemin), et Ginette Villemin, née Lecomte, épouse de l'oncle de Grégory Michel Villemin († 2010) à l'époque des faits (ils avaient divorcé dans les années 1990). Il s'agit des premières gardes à vue dans l'affaire depuis 1985.

Les personnes auditionnées comme témoins sont Albert et Monique Villemin, née Jacob, grands-parents paternels de Grégory, 86 et 85 ans.

Les trois gardés à vue sont transférés à Dijon[105]. Les qualifications pour lesquelles les personnes arrêtées, citées dans les enquêtes, ont été placées en garde à vue sont les suivantes : « complicité d’assassinat, non-dénonciation de crime, non-assistance à personne en danger et abstention volontaire d’empêcher un crime »[106].

Murielle Bolle a également été convoquée à la gendarmerie de Bruyères et en est ressortie libre après avoir fourni aux gendarmes un prélèvement ADN[107].

Le lendemain, , durant la garde à vue, le procureur général près la cour d'appel de Dijon, Jean-Jacques Bosc, fait le point sur l'avancée de l'enquête dans une conférence de presse. Il déclare « les expertises de deux lettres de menaces de 1984 et de 1989 se sont révélées confondantes à l'égard de Jacqueline Jacob, née Thuriot, la grand-tante de Grégory, et de Monique Villemin, née Jacob, belle-sœur de Jacqueline et grand-mère de Grégory » mais, concernant les trois gardés à vue, ils « invoquent le droit au silence »[108]. Leur garde à vue a été prolongée de 24 heures[109]. Le procureur général a expliqué qu'« à ce stade, les investigations corroborées par l’analyse criminelle de la gendarmerie montrent que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime », que les conclusions d'une nouvelle expertise en écriture sur une lettre de 1983 sont « confondantes » pour Jacqueline Jacob, née Thuriot, grand-tante paternelle par alliance de Grégory, et que son emploi du temps le jour de l’assassinat, ainsi que celui de son époux, grand-oncle paternel de Grégory, Marcel Jacob, n’a jamais pu être établi avec certitude[110]. La lettre en question est une lettre rédigée en écriture cursive et datée du 17 mai 1983[111],[112]. Précisant un dernier élément : « Dans les jours précédant le passage à l’acte, des repérages et des surveillances ont été réalisés. Opérés par un homme avec une moustache, quelquefois accompagné d’une femme. L’enquête s’oriente vers la vérification des emplois du temps de tous les protagonistes de l’affaire »[113].

Monique Villemin[modifier | modifier le code]

Une expertise en écriture, menée sur un courrier de menaces visant le juge Simon, magistrat chargé de l'affaire en 1989, implique cette fois Monique Villemin, née Jacob, la grand-mère paternelle du petit garçon, déjà suspectée en 2017 d’avoir rédigé cette lettre de menaces anonyme à l’encontre du juge Simon mais grâce au délai de prescription, elle n'avait pas été mise en examen[114]. Elle avait alors reconnu en être à l'origine, avant de se rétracter[115].

Dans son édition du , Le Journal du dimanche dévoile un nouveau rebondissement dans l'affaire : l'experte graphologue, Christine Navarro, qui emploie le conditionnel, désigne Monique Villemin comme étant l'auteur probable de trois lettres anonymes envoyées dans les années 1980[114]. Elle lui impute notamment une longue lettre de six pages envoyée le et postée depuis la commune de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) au juge Lambert. Son auteur, qui dit s'appeler Corinne, se présente comme une amie de Murielle Bolle mais n'a jamais pu être identifé ; dans une orthographe approximative, elle accuse Murielle de s'être bien trouvée dans la voiture de Bernard Laroche avec son fils Sébastien et Grégory le jour de la disparition de celui-ci. « Corinne » déclare ne plus pouvoir garder le silence et tente d'orienter vers Bernard Laroche les recherches du juge, qui avait inculpé Christine Villemin un mois auparavant[116],[117].

Monique Villemin est un personnage clé de l'affaire[118].

Marcel et Jacqueline Jacob[modifier | modifier le code]

Le , le grand-oncle et la grand-tante paternels de Grégory, Marcel Jacob, frère cadet de Monique Villemin, et Jacqueline Jacob, née Burvelle (ou Burvel), du nom du premier mari de sa mère, Claire Gérard (ce qui n'exclut pas une filiation adultérine), puis adoptée par Raymond Thuriot, son second mari, sont mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort, et placés en détention provisoire. Dans la conférence de presse qu'il donne à ce sujet, le procureur général explique qu'il y avait un couple de corbeaux et que, d'après les expertises d'écriture, certaines des lettres anonymes (Q1, Q2 et peut-être Q3) auraient été rédigées par Jacqueline Jacob. Le terme « le chef » figurant dans la lettre de revendication aurait, quant à lui, été employé en 1982 par Marcel Jacob, ancien délégué du personnel et syndicaliste CGT de la filature Walter (BSF) à Aumontzey[119], lors d'une altercation avec Jean-Marie Villemin[120], au cours de laquelle il aurait apostrophé son neveu en ces termes : « Je ne serre pas la main à un chef. »[121]

Gary Lagardette, avocat de Jacqueline Jacob, dit que sa cliente « est fatiguée et usée par 48 heures de garde à vue et de pressions » et invoque « le droit fondamental de se taire, protégé par la Cour européenne des droits de l'homme », droit qui « doit être strictement appliqué pour éviter tout dérapage ». Stéphane Giuranna, l'avocat de Marcel Jacob, déclare : « On ne sait pas comment est mort Grégory et on met en examen », il est « criminel de jeter en pâture le nom d'un couple » lorsque l'on n'a « aucun élément matériel, rien ». « En vingt ans d'exercice professionnel, je n'ai jamais vu ça de ma vie. Je pense qu'il y a un piège et qu'ils vont nous sortir de nouveaux éléments lundi. Je ne comprends pas ». L'avocat se propose de demander rapidement « la nullité de la mise en examen » de son client, lequel, de son côté, se serait « contenté d'affirmer qu'il ne se rappelait de rien »[122].

Selon les informations recueillies par le Figaro, les gendarmes s'intéressent à l'intimité du couple Marcel et Jacqueline Jacob, car ils se sont quelque temps séparés, mais l'épouse, femme énergique, autoritaire et volontaire en dépit des apparences, est revenue vivre auprès de son mari, confiant à des témoins : « Je n'ai pas le choix, il me tient. »[123].

De son côté, Valérie, leur fille unique, rapporte que son père espionnait avec des jumelles la maison, située en contrebas, d'Albert et Monique Villemin[124]. Elle dresse par ailleurs un portrait « sulfureux » de ses parents, notamment de sa mère, « dominante », dont elle a longtemps ignoré l'état civil d'enfant adoptée, et informe les enquêteurs que le jour de la mort de Grégory, son père lui a téléphoné à plusieurs reprises pour avoir des nouvelles de l'affaire[125].

Jacqueline et Marcel Jacob sont remis en liberté et placés sous contrôle judiciaire[note 20] contre l'avis du parquet général, qui avait requis leur maintien en détention[126],[127],[128].

Le 1er octobre, Le Journal du dimanche publie les résultats d'une nouvelle expertise en écriture, qui désigne de nouveau Jacqueline Jacob, les deux courriers de mars et d'avril 1983, présentant « de nombreuses similitudes et surtout aucune différence significative dans leurs caractéristiques graphiques avec celle de la main de Mme Jacqueline Thuriot épouse Jacob »[129].

Le 27 octobre, la chambre de l'instruction de Dijon refuse d'assouplir le strict contrôle judiciaire de Marcel et Jacqueline Jacob, mis en examen en juin pour l'enlèvement et la séquestration suivis de la mort de leur petit-neveu Grégory en 1984. Brièvement écroués en juin, ils avaient été remis en liberté, avec l'obligation de résider séparément et loin de leur domicile vosgien[130],[131].

Le 17 novembre, devant la juge d'instruction, Jacqueline Jacob, mise en examen en juin avec son époux pour l'enlèvement et la séquestration suivis de la mort de son petit-neveu Grégory en 1984, défend un « alibi inattaquable » selon ses avocats[132].

Le , Marcel Jacob, mis en examen avec son épouse pour le rapt mortel de leur petit-neveu Grégory en 1984, est autorisé à rentrer chez lui un mois après son épouse Jacqueline[133].

Murielle Bolle[modifier | modifier le code]

En même temps que cette nouvelle hypothèse inédite pour tenter de confondre le ou les corbeaux de la Vologne, une nouvelle piste est relancée sur Murielle Bolle par un faux aveu signé en son nom[134],[135].

La fausse piste du registre de l'église de Lépanges[modifier | modifier le code]

Fin mai 2017, la responsable du catéchisme remarque un mot étrange sur le registre situé à l’entrée de l’église de Lépanges dont le texte n'est constitué que d'une phrase : « C’est bien Bernard L. qui a tué Grégory, j’étais avec lui » et qui est signé : « Murielle Bolle, 13 mai 2008 »[136] alors que le cahier n'est en place dans l'église que depuis quelques mois, l'inscription de la page précédente étant bien datée de 2016[137]. Un expert en analyse génétique, saisi par la présidente de la chambre de l'instruction de Dijon, retrouve l'empreinte génétique de Murielle Bolle parmi les six ADN découverts près de la reliure du registre, avant que ce résultat ne soit infirmé mi-juin grâce au nouveau prélèvement de la belle-sœur de Bernard Laroche[note 21],[138].

Se fondant sur les déclarations, prises au sérieux, d'un cousin germain[note 22] de Murielle Bolle, le devant les gendarmes, puis le 27 juin, face à la présidente de la chambre de l'instruction de Dijon Claire Barbier, qui parle d'une réunion de famille improvisée durant laquelle Murielle Bolle, alors âgée de quinze ans, aurait été violentée, insultée et menacée par sa sœur Marie-Ange, son père Lucien et sa mère Jeanine[140],[142],[139]. Cette version est démentie par la suite par la famille de Murielle Bolle[139],[143].

Murielle Bolle est interpellée à son domicile le et placée en garde à vue pour « complicité d’assassinat » et « non-dénonciation de crime » sur le reliquat de sa précédente garde à vue des 2 et , soit vingt-cinq heures maximum[note 23],[144],[145]. Le lendemain elle est mise en examen par la présidente de la chambre de l'instruction de Dijon[note 24] pour « enlèvement de mineur de 15 ans suivi de mort » et incarcérée à titre conservatoire[147]. Le rapport de gendarmerie indique que les éléments du dossier « viennent renforcer l'hypothèse selon laquelle Murielle savait à l'avance que Bernard Laroche viendrait la récupérer à la sortie du collège (le jour du crime). Elle minimise sa participation, pourtant elle a vraisemblablement eu connaissance, même partielle, des intentions de son beau-frère. Elle a donc potentiellement participé à la préparation du crime »[148], voire rédigé la lettre de revendication du 17 octobre (Q4) — qui, selon le dernier expert saisi, Mme Navarro, ne serait ni de la main de Jacqueline Jacob, ni de celle de Bernard Laroche —, sans qu'on puisse connaître ses motivations personnelles dans son éventuelle participation.

Maintenue en détention, et à l’isolement pour sa propre protection, Murielle Bolle commence le 6 juillet une grève de la faim pour faire valoir son innocence, protester contre son placement en détention et surtout réclamer une confrontation avec son cousin accusateur[149]. Elle cesse sa grève de la faim le 10 juillet[150]. Claire Barbier organise le 28 juillet une confrontation entre Murielle Bolle et ce cousin, Patrick F., qui assure que Murielle a été violemment molestée par sa famille, la veille de sa rétractation du  ; de son côté, Murielle Bolle conteste cette version. Marie-Thérèse Lamboley, l’une des sœurs de Murielle Bolle expliquera par la suite ne pas comprendre ce témoignage tardif, alors qu'« il n’était pas là ce jour-là » et que « les seuls cris que les voisins ont pu entendre, ce sont les journalistes qui avaient envahi la cour de chez mes parents, car ils ont pris des cailloux sur leurs tronches… », alors que Murielle était chez elle[151],[152]. La confrontation laisse planer un doute sur la véracité des déclarations du cousin, qui évoque la présence sur les lieux de Paul Prompt, alors que ce dernier indique, dans le livre qu'il a publié sur l'affaire, être arrivé à Épinal le 8 novembre, tandis que sa veuve assure que son époux ne se trouvait pas dans les Vosges le , ce que confirme le permis de communiquer daté du de son confrère Gérard Welzer[153]. Il y a une autre incohérence majeure dans son témoignage lorsqu'il affirme qu’une équipe de télévision était présente lors de la « rouste » et a interviewé Murielle Bolle après qu’elle a été malmenée par sa famille. Or aucune interview de Murielle Bolle n’a été diffusée le 5 ni le 6 novembre[154]. Après avoir dessiné un plan convenable de la maison, malgré quelques inexactitudes[155], le cousin admet devant la juge qui ne s'en laisse pas conter ne plus se souvenir « du jour, le 5 ou le 6[note 25] » novembre 1984, mais persiste et lui dit : « Pensez-vous que je serais assez fou pour inventer une telle connerie si je n’étais pas certain qu’il était là, cet homme ? Il a empêché un lynchage »[156]. Tout en admettant des erreurs dans ses propos du fait de l'arrestation médiatisée de Jacqueline et Marcel Jacob, il se défend de vouloir faire le « buzz » et d'être un « mythomane »[155].

Le 10 juillet, Marie-Ange Laroche adresse une lettre au président de la République Emmanuel Macron pour « dénoncer », selon elle, « les dérives de l'enquête »[157].

Le 4 août, Murielle Bolle est remise en liberté sous contrôle judiciaire[158].

Dans un entretien téléphonique entre l'aide soignante de Jeanine Bolle et Jean-Marie Villemin que celui-ci a entregistré, l'infirmière révélait les confidences que Murielle Bolle lui avait faites sur la tombe de sa mère : elle était bien avec Bernard Laroche le jour de la mort de Grégory mais s'était rétractée parce qu'elle avait « reçu des roustes »[124]. Dans son livre paru en 2018, Gérard Welzer signale que si l'instruction du juge rapporte bien quatre auditions de l'infirmière, aucun procès-verbal n'évoque la scène du cimetière. L'intéressée déclarait d'ailleurs que « Murielle était si fragile qu'on pouvait lui faire dire n'importe quoi » et évoque une conversation lors de l'enterrement de Laroche où l'adolescente aurait simplement répondu : « Je n'ai rien fait. Je n'ai rien vu »[146].

Le , les avocats de Murielle Bolle, déposent une requête visant à faire annuler sa mise en examen pour « enlèvement suivi de mort », assortie d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) touchant aux conditions de sa garde à vue en 1984. La demande de nullité vise notamment « l'absence d'indices graves et concordants qui font qu'il n'y avait pas lieu de la mettre en examen » fin juin, estiment-ils[159].

Suicide du juge Lambert[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jean-Michel Lambert.

Le , Jean-Michel Lambert est retrouvé mort à son domicile, avec un sac plastique sur la tête noué à l'aide d'une cravate[160],[161]. L'hypothèse d'un suicide est accréditée par la publication, une semaine plus tard, d'une lettre de trois pages adressée par l'ancien magistrat à un journaliste de L'Est républicain[162] et dans laquelle il évoque les derniers développements de l'affaire du petit Grégory, n'hésitant pas à écrire :

« [...] Ce énième « rebondissement » est infâme. Il repose sur une construction intellectuelle fondée en partie sur un logiciel [allusion à l'utilisation du logiciel Anacrim]. La machine à broyer s’est mise en marche pour détruire ou abîmer la vie de plusieurs innocents, pour répondre au désir de revanche de quelques esprits blessés dans leur orgueil ou dans l’honneur de leur corps. Certains de mes confrères ont emboîté le pas avec une mauvaise foi abominable. [...] Car, dès novembre 1984, j’ai pu démontrer [sic] que si Murielle Bolle n’était pas dans le car de ramassage scolaire, ce n’était pas le mardi 16 octobre mais le mardi 23 octobre, semaine où elle est rentrée chez elle à cause de la grippe. Les preuves sont au dossier (registre du collège et surtout témoignage du chauffeur de car, Monsieur Galmiche, que j’ai piégé après la remise d’un certificat médical, je crois par la mère de Murielle Bolle, et les auditions d’autres collégiennes qui avaient parfois des repères précis mais qui se sont pourtant trompées d’une semaine). [...] »

— Jean-Michel Lambert

Déclarant ne plus avoir la force de se battre, il proclame une nouvelle et dernière fois ses certitudes quant à l'innocence de Bernard Laroche et laisse entendre qu'à ses yeux, la coupable demeure Christine Villemin[163].

Le hasard fait qu'il se donne la mort le jour même où BFM TV divulgue quelques passages le concernant des carnets intimes du juge Maurice Simon[164], lequel écrivait à son sujet sans grande indulgence :

« On reste confondu devant les carences, les irrégularités, les fautes, les dissimulations de preuves ou le désordre intellectuel et peut-être simplement matériel du juge Lambert, je suis en présence de l'erreur judiciaire dans toute son horreur, celle qui peut conduire un innocent ou une innocente à la plus épouvantable condamnation. L'erreur judiciaire, cela existe. Je le sais maintenant[165]. »

— Maurice Simon, 14 septembre 1988

Une décision de la cour d’appel de Dijon souligne elle des irrégularités graves de la part du juge Simon qui a artificiellement réintégré dans le dossier des pièces annulées précédemment[166].

Nouvelles lettres anonymes[modifier | modifier le code]

Le , France Inter révèle le contenu d'une lettre anonyme reçue le 11 août par le procureur général de la cour d'appel de Dijon Jean-Jacques Bosc et faisant référence à des éléments précis de l'enquête, comme le rôle joué par un journaliste après les déclarations de Murielle Bolle en 1984. Menacé de mort par ce nouveau « corbeau », le magistrat verse le courrier au dossier. On apprend aussi que plusieurs autres messages lui ont été adressés depuis la réouverture de l'enquête en juin, mais qu'il s'agit là de la première lettre de menaces. Elle a été tracée au normographe ; on n'indique pas d'où elle a été postée mais, si les analyses dont elle a fait l'objet ont révélé la présence d'un ADN masculin isolé et de 13 mélanges d'ADN masculin et féminin, ceux-ci ne correspondent à aucun des très nombreux profils génétiques déjà recueillis dans l'affaire[167].

Le , huit mois après la relance de l'affaire Grégory, une enquête préliminaire est ouverte pour « menaces de mort sur magistrat ». En effet Jean-Jacques Bosc a reçu au début de janvier 2018 une autre lettre anonyme rédigée, elle aussi, au moyen d’un normographe et présentant des similitudes avec celle qui lui était parvenue en août 2017[168].

Nouvelles expertises inédites en France[modifier | modifier le code]

La juge Claire Barbier fait appel à la société suisse OrphAnalytics pour déterminer l'identité du ou des corbeaux par l'analyse par stylométrie, une technique pour le moins exclusive qui permettrait d’attribuer un texte à un auteur à partir de son étude linguistique[169]. Dans un premier temps, les experts feront des rapprochements entre les quatre lettres anonymes des 5 mars, 27 avril, et pour éclaircir si ces dites lettres ont été rédigées par des personnes différentes afin d'écarter ou confirmer certains soupçons. Puis la stylométrie devra également analyser les principaux appels anonymes reçus afin de déterminer s'ils ont été passés par plusieurs personnes et s'ils peuvent être mis en corrélation avec les lettres[170].

2018 : annulation des mises en examen de 2017[modifier | modifier le code]

Le , Le Parisien révèle, sur son site internet, qu'après les deux époux Jacob, Murielle Bolle va à son tour demander auprès de la cour d'appel de Dijon à rentrer à son domicile[171] dans les Vosges (dont elle est tenue éloignée depuis sa mise en examen). Ses avocats présentent la demande de levée du contrôle judiciaire le 22 janvier, et informent que la réponse de la cour d'appel interviendra le surlendemain après avoir été examinée par la chambre d'instruction de Dijon. C'est effectivement le 24 que l'on apprend que la justice refuse d'autoriser Murielle Bolle à revenir dans les Vosges comme elle le demandait, le parquet général s'étant opposé à tout assouplissement de son contrôle judiciaire[172]. Les avocats de Murielle Bolle minimisent la décision en déclarant qu'elle provient du fait que leur cliente n'a toujours pas été réentendue par la juge d'instruction de Dijon depuis l'été dernier. Selon eux, c'est ce qui avait auparavant empêché les deux époux Jacob de bénéficier d'un allègement de leur contrôle judiciaire. Le , la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon juge que la garde à vue en 1984 de l'adolescente Murielle Bolle n'était pas contraire à la constitution, répondant ainsi à la question prioritaire de constitutionnalité posée par ses avocats[173]. Ceux-ci annoncent qu'ils vont se pourvoir en cassation, mais ils doivent attendre pour cela le [174], jour où les juges de Dijon se pencheront sur la requête en nullité pour sa mise en examen de juin 2017[175].

Les avocats de Murielle Bolle demandent pour la deuxième fois le qu'elle soit autorisée à rentrer chez elle dans les Vosges et le la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon lui permet de rentrer chez elle[176] faisant droit partiellement à la demande de main levée de son contrôle judiciaire[177],[note 26]. Le [178] Me Christophe Ballorin, son avocat dijonnais[179], annonce que sa mise en examen est annulée par un arrêt de la chambre de l’instruction de Dijon[180],[note 27]: « Murielle Bolle est innocente. Sa mise en examen tombe, son contrôle judiciaire également. Murielle Bolle est libre et innocente »[182],[183].

Le même jour[178], les mises en examen des époux Jacob sont annulées dans le même arrêt. De fait les contrôles judiciaires qui pesaient sur eux ont été simultanément levés par les magistrats[180]. Pour Me Frédéric Berna tant sur le fond que sur la forme cette réouverture d'information est faite de manière erratique, son confrère Me Alexandre Bouthier fustige la partialité des enquêteurs dans l'utilisation des procès-verbaux utilisé pour le logiciel ANACRIM et pour Me Stéphane Giuranna, les époux Jacob avaient un alibi en béton pour le jour des faits et celui-ci n'étant pas annulé demande à ne pas tenter de remettre en examen le couple Jacob[184],[185].

Enfin cet arrêt de 23 pages n'annulant pas le non-lieu de Christine Villemin, son avocate Me Marie-Christine Chastand-Morand demande, avec les deux autres avocats des parents de Grégory, Me Thierry Moser et Me François Saint-Pierre, « que la procédure reprenne maintenant son cours sur de bonnes bases »[186].

Les demandes de nullité passées, les conseils de Murielle Bolle ne se satisfont pas de la victoire décisive, mais partielle[187], qu’ils viennent d’obtenir et se sont pourvus en cassation car l'arrêt de la chambre de l'instruction de Dijon n'a pas annulé le procès-verbal de garde à vue de leurs cliente en novembre 1984[188]. Ce pourvoi en cassation pourrait déclencher un nouvel imbroglio juridique selon qu'il suspend ou non l'arrêt de la chambre de l'instruction de Dijon[189]. L’Assemblée plénière de la Cour de cassation dit que tous les procès-verbaux de garde à vue antérieurs à la loi du sont susceptibles d’être contestés dans la mesure où la personne gardée à vue n’a pas bénéficié des garanties procédurales voulues par la Cour européenne des droits de l'homme[note 28] à savoir le droit de se taire et le droit de se faire assister d’un avocat[note 29],[190]. Le procureur général de Dijon Jean-Jacques Bosc « après examen et analyse juridique détaillée de la motivation retenue par la chambre de l'instruction »[191] préfère attendre[note 30],« le moment opportun pour présenter de nouvelles demandes de mises en examen » même si pour lui l'annulation des mises en examen et la levée des contrôles judiciaires des époux Jacob et de Murielle Bolle décidées par la chambre de l'instruction demeurent effectives[193].

Selon Me Jean-Paul Teissonnière la mise en examen et le placement en détention provisoire de Murielle Bolle en juin dernier constituent un « coup de force judiciaire » et dénonce « 33 ans d'échecs, d'errements, de décisions catastrophiques »[194],[195]. Pour L'Obs cette décision marque, en tout cas, un nouveau fiasco dans une affaire qui en compte déjà beaucoup[196]. Libération souligne que ce nouvel épisode, trente ans plus tard, retrouve les mêmes dérapages, les mêmes scénarios, alors même que, de semaine en semaine, les charges s’amenuisent et que les preuves se mettent à manquer, au point que les trois mis en examen soient d’abord remis en liberté, et que les magistrats de la chambre de l’instruction de Dijon annulent leurs mises en examen sans prendre en compte ce que les uns comme les autres endurent[197]. Le colonel (RC) de gendarmerie Dominique Rizet, consultant police-justice pour BFM TV, explique que Claire Barbier, la présidente de la chambre de l’instruction de Dijon, a non seulement mis en examen Murielle Bolle et le couple Jacob sans respecter la collégialité de la décision mais aussi présidé l'audience de la chambre chargée de contrôler la mise en examen qu'elle avait elle-même prononcée, « c'est-à-dire qu'elle s'est auto-contrôlée ! Tout un tas de choses dysfonctionnent encore dans ce dossier… »[198].

Dimanche 9 septembre 2018, invités dans l'émission[note 31] Affaire suivante, Marie-Ange Laroche (qui ne s'est pas exprimée en direct dans la presse depuis 30 ans) et Maître Gérard Welzer expliquent que selon eux, la justice ne cherche pas un coupable mais que Bernard Laroche entre dans la case coupable alors qu'il a été innocenté. Dès le début, les gendarmes ont donné à l'opinion publique ce coupable, demandant aux médias de filmer et photographier son arrestation à son travail, sortant menottes au poignet et encadré par les gendarmes. L'avocat annonce qu'il va faire une demande pour que ne soit plus diffusée cette image qui fait de lui le coupable. Ils rappellent aussi que Jean-Marie Villemin assassine Bernard Laroche le 29 mars soit quatre jours après que le juge lui a dit, le 25 mars, que les experts en écriture sont formels : ce n'est pas Bernard Laroche l'auteur de la lettre de revendication. À ce jour, sept experts auprès la cour de cassation ont mis hors de cause avec certitude Bernard Laroche d'avoir écrit la lettre du 16 octobre 1984. Les experts en voix qui ont écouté les cassettes du corbeau ont tous dit que ce n'était pas Bernard Laroche, et à la majorité que c'était une voix de femme[199]. Le lendemain lundi 10 septembre 2018, le journal Le Parisien publie une interview exclusive de la soeur de Muriel Bolle et veuve de Bernard Laroche.

Le traitement de l'affaire[modifier | modifier le code]

Judiciaire[modifier | modifier le code]

L'affaire met en avant la guerre des polices. L'enquête est menée jusqu'en février 1985 par le capitaine Étienne Sesmat, qui commande la compagnie de gendarmerie départementale d’Épinal et « croit en la culpabilité de Bernard Laroche ». Le juge d'instruction Jean-Michel Lambert, qui prétendra par la suite que les gendarmes l'avaient trahi[note 32],[201], confie l'enquête le au service régional de police judiciaire (SRPJ) de Nancy, dirigé par le commissaire Jacques Corazzi, qui met en cause Christine Villemin[58]. Concernant la gendarmerie, on observe en son sein une rivalité entre services. Par exemple le major Gillet, responsable de la brigade de recherches de la gendarmerie d'Épinal, se montre perplexe sur les investigations de ses collègues de la gendarmerie départementale et confirme son scepticisme au sujet de l'audition de Murielle lors d'un interrogatoire mené par le juge Maurice Simon le  : « Bernard Laroche a été inculpé et l'a été, à mon avis, sur le fondement insensé des déclarations de Murielle Bolle, reçues, vous le savez, par les gendarmes de la brigade de Bruyères et non par nous, brigade de recherches spécialisée. Je pense que cette base d'inculpation de Bernard Laroche n'est pas d'une solidité à toute épreuve, compte tenu de l'âge de Murielle Bolle et de ses facultés intellectuelles à mon avis relativement limitées. »[146]. En 2018, les conseils de Murielle Bolle contestent la « réintroduction dans le dossier d'actes annulés » par le juge Simon, deuxième magistrat instructeur[202].

Médiatico-judiciaire[modifier | modifier le code]

Le procureur Lecomte rédige un rapport sur le comportement de la presse[note 33] qu'il transmet au procureur général de Nancy puis au ministère de la Justice. Le magistrat y dresse la liste des difficultés occasionnées aux enquêteurs par les reporters, qui ont, selon lui, exercé une pression constante sur les gendarmes et entravé leur travail sur le terrain[note 34].

L'ancienne journaliste d'Europe 1 Laurence Lacour dans Le Bûcher des innocents (1993), puis Jean-Marie et Christine Villemin dans Le Seize octobre (1994) ont dénoncé la dérive médiatique dont avaient pris l'initiative le fait-diversier Jean-Michel Bezzina (1942-2001) et son épouse Marie-France Lefèvre, lesquels ont, pendant plusieurs années, cherché et partiellement réussi à imposer la thèse de la mère infanticide sur RTL et dans huit autres médias nationaux, dont Le Figaro, France-Soir, Le Parisien libéré et Le Quotidien de Paris, auxquels ils collaboraient simultanément, en partie sous des noms d'emprunt. Une dizaine d'années plus tard, Marie-France Bezzina-Lefèvre n'hésitera pas à poursuivre en justice les époux Villemin, auxquels elle reprochait d'avoir présenté son mari et elle-même comme des « journalistes ayant oublié leur mission d'information dans un but personnel et également dans un but lucratif », mais elle sera déboutée de sa plainte en diffamation[204]. Lorsque l’enquête échoit au SRPJ de Nancy, les accusations contre la mère sont relayées principalement par le réseau de Bezzina, ami du commissaire Corazzi[205], ce que ce dernier a tenté de démentir sans réussir à convaincre : « L'histoire du journaliste qui entraîne tout le monde derrière lui, c'est faux »[206].

Laurence Lacour reconnaît, de son côté, qu'« une histoire d'amour est née » entre elle et le président de la chambre d'accusation de Dijon qui a repris l'affaire à partir de mai 1987, et dit « avoir passé quatre années aux côtés de Maurice Simon. Des moments de grande humanité »[207].

Denis Robert, à l'époque envoyé de Libération, considère avec le recul l'affaire comme « ce qu'il y a de pire dans tous les dysfonctionnements de l'appareil médiatico-judiciaire »[208].

Médiatique[modifier | modifier le code]

Philippe Jéchoux et Patrick Gless, pigiste et photographe au quotidien La Liberté de l'Est, ont assisté au repêchage du corps de Grégory par les pompiers[65]. La photo prise par Patrick Gless d'un pompier encordé tenant dans ses bras l'enfant vêtu d'un anorak bleu, d'un pantalon velours vert foncé et d'un bonnet de laine rayé de bleu et blanc rabattu sur le visage[209], est publiée dans la presse le lendemain. Elle marque l'opinion publique[210] et attire de nombreux journalistes qui, désireux de se révéler plus rapides et perspicaces que leurs concurrents[80], vont accuser successivement les différents protagonistes[note 35]. Le clivage se retrouve aussi dans la concurrence traditionnelle entre médias, tels RTL et Europe 1, ou encore L'Est républicain de Nancy et Le Républicain lorrain, son rival de Metz[17].

Marguerite Duras, dans un article publié le par le quotidien Libération et intitulé « Sublime, forcément sublime Christine V. », présente Christine Villemin comme une mère infanticide tout en la justifiant d’avoir pu commettre un tel geste. Ce texte au ton souvent délirant ne manquera pas de susciter de vives critiques contre l'auteur[211].

Le , Jean-Marie et Christine Villemin sont les invités exceptionnels de Jean-Marie Cavada dans l'émission La Marche du siècle en première partie de soirée sur France 3.

Le tournage en 2005, puis la diffusion entre le 28 et le sur France 3, du téléfilm L'affaire Villemin, sur un scénario de Pascal Bonitzer et Raoul Peck et réalisé par celui-ci, relance la polémique médiatique. Il se fonde notamment sur deux livres consacré à l'affaire : Le Seize octobre de Jean-Marie et Christine Villemin (écrit avec le collaboration de Laurent Beccaria), et Le Bûcher des innocents de Laurence Lacour[note 36], qui observe que l'affaire a suscité chez les journalistes une certaine prise de conscience des écueils possibles dans le traitement des faits divers. La mini-série comporte six épisodes[note 37] de 52 minutes et met en scène les journalistes et enquêteurs divisés en deux camps, l'un s'efforçant de faire porter les soupçons sur Bernard Laroche et l'autre sur Christine Villemin[213].

En 2014, près de 3 000 articles de presse, une cinquantaine de travaux universitaires, un téléfilm et une quinzaine d'ouvrages (récits, romans ou souvenirs de protagonistes) avaient traité de l'affaire[214]. Les époux Villemin ont été constamment harcelés par les journalistes et les photographes à l'époque des faits, et Grégory présenté dans la presse comme l'enfant sacrifié à la terrible jalousie familiale. Les journaux à sensation, précédés par les policiers du SRPJ de Nancy placés sous le commandement de Jacques Corazzi, iront même jusqu'à prêter à Christine Villemin une liaison extra-conjugale avec Bernard Laroche, dont Grégory aurait été le fils adultérin, ce qui n'était en fait nullement le cas[215].

Avec la relance de l'affaire a en 2017, une certaine presse retombe dans ses anciens travers. C'est ainsi que le magazine Le Nouveau Détective se voit condamné pour atteinte à la présomption d'innocence de Marcel Jacob[216].

Sur les réseaux sociaux, des enquêteurs amateurs[note 38] se passionnent pour cette affaire criminelle non résolue[217]. Certains vont jusqu'à contacter les familles de victimes ou obtenir des éléments de l'enquête. L'un d'eux, qui accusait sans répit sur divers forums Christine Villemin d’avoir tué son fils et vilipendait les magistrats ayant rendu le non-lieu dont elle a bénéficié en 1993, a même été condamné en février 2018 par le tribunal correctionnel de Saint-Étienne pour avoir publié en accès public sur Facebook des commentaires orduriers à l’égard du procureur général de Dijon Jean-Jacques Bosc. En effet, à en croire cet internaute, un ancien dessinateur industriel âgé de 62 ans, « la justice ment à l’opinion publique et aux Français »[218].

À Lépanges-sur-Vologne, la tension provoquée par l'affaire demeure importante. Le 24 juillet 2018, le propriétaire de l'ancienne maison des Villemin abat un drone qui survole sa propriété pour le compte de l'entreprise Netflix, cette dernière préparant un documentaire sur l'assassinat de Grégory. L'incident déclenche une enquête de la brigade des transports aériens de Strasbourg [219],[220].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

En 1988, le chanteur Renaud fait allusion à l'affaire en évoquant la Vologne dans la chanson Triviale poursuite issue de l'album Putain de camion[221].

En 1990, Isabelle Aubret chante La Vologne, une chanson dédiée à l'affaire, dans son album Vivre en flèche. Les paroles ont été écrites par Sylvain Lebel et la musique composée par Dominique Pankratoff[222].

Dans une séquence du documentaire parodique belge de Rémy Belvaux C'est arrivé près de chez vous sorti en 1992, le tueur invite les reporters faisant un film à son sujet à boire un Petit Grégory. Chacun remplit son verre d'une « larme de gin » et d'une « rivière de tonic », puis y jette « la p'tite victime » : une olive attachée par une ficelle à un morceau de sucre. Le sucre se dissout alors progressivement dans l'alcool, laissant au bout d'un temps plus ou moins long l'olive remonter à la surface. Le premier chez qui l'olive remonte à la surface a perdu : il doit payer l'addition[223].

Le 27 septembre 1992, Jacques Martin entonne Non lieu sur le plateau de Dimanche Martin, une chanson déplorant l’inefficacité de la justice face à l'affaire et parodiant par la même occasion Mon Vieux, une chanson de Daniel Guichard initialement composée par Michelle Senlis et écrite par Jean Ferrat[224],[225].

Dans son album Le désordre des choses sorti en 2018, le chanteur Alain Chamfort évoque « le visage de Grégory » dans la chanson Tout est pop qui s'intéresse à des figures d'actualité, faisant ainsi référence à la relance de l'affaire en juin 2017 et à la réapparition du visage de Grégory dans les médias.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Monique, grand-mère de Grégory, avait douze frères et sœurs. Parmi eux, Louisette, une simple d'esprit mère d'une fille, Chantal, elle aussi arriérée mentale, née de ses relations sexuelles avec son père Léon, dont elle a partagé le lit jusqu'à la mort de ce dernier[14].
  2. Le syndicaliste CGT ne fait pas mystère de son antipathie pour Jean-Marie, le « traître »[17].
  3. Jean-Marie Villemin était à ce point persuadé que Roger Jacquel ou son gendre Jacky Villemin étaient le corbeau assassin qu'en apprenant la disparition de son fils, il était retourné chez lui prendre sa carabine dans l'intention de régler ses comptes avec eux.
  4. La première lettre est une feuille sans enveloppe.
  5. Un « corbeau » ayant revendiqué le crime comme accomplissement de sa vengeance, cette préméditation d'un homicide permet la qualification du meurtre en assassinat.
  6. Le deuxième poste de juge à Épinal est vacant depuis le , c'est donc le même juge qui doit traiter les dossiers des deux cabinets.
  7. Hypothèse émise suite à la découverte en novembre 1984, près de la supposée scène de crime, d'une seringue et d'un flacon d'insuline.
  8. Marie-Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche, un temps suspecté de l'assassinat du petit Grégory Villemin, a été condamnée à 1 000 € d'amende avec sursis pour avoir diffamé Étienne Sesmat, premier enquêteur sur l'affaire notamment pour avoir reproché au jeune capitaine de gendarmerie de l'avoir accusée auprès de journalistes d'orienter les enquêteurs sur de fausses pistes, ou d'avoir désigné d'autorité un expert en écritures[35].
  9. Bernard Laroche travaille de nuit. Il déclare s'être levé à treize heures le jour du crime, être passé chez son ami Michel Villemin vers quinze heures trente ou seize heures, s'être rendu ensuite chez sa tante Louisette avant d'aller chercher un ami qu'il n'a pas trouvé, puis être revenu chez Louisette, où sa belle-sœur Murielle Bolle, de retour du collège, regardait la télévision.
  10. Les gendarmes écartent les versions des condisciples de Murielle Bolle qui contredisent leur théorie pour incriminer Bernard Laroche tels celui de Nelly Demange qui est catégorique : « J'ai vu Murielle Bolle dans le car scolaire le 16 octobre à 17 h. » et qui se plaint des pression faite sur elle comme son père[37].
  11. À l'époque des faits, Murielle est en classe SES (section d'enseignement spécialisé, alors aussi appelée classe de transition), niveau qui correspond au Cours moyen 1re année (CM1) en cycle normal[36]. Dans un premier temps, Murielle a fourni un alibi à Bernard Laroche : le mardi 16 octobre à 15 h 20, l'heure supposée du crime, elle l'aurait aperçu chez lui à Aumontzey, en compagnie de son fils Sébastien, alors que le car de ramassage scolaire la ramenait à la maison. Puis, devant des témoignages de ses camarades[note 10] et du chauffeur du car, qui ne l'avait pas vue ce jour-là, elle est revenue sur ses déclarations. Elle a même révélé qu'elle avait assisté à l'enlèvement de Grégory, mais que Laroche l'avait forcée à mentir[13]. À l'époque, l'élève du collège Jean Lurçat de Bruyères était hébergée depuis quelque temps chez sa sœur Marie-Ange Laroche, née Bolle, et son beau-frère Bernard Laroche, et les gendarmes avaient souhaité l'entendre pour clarifier l'emploi du temps de ce dernier. « Effectivement, je vous ai menti », mentionne le procès-verbal, qui ne fait pas état de la question des gendarmes à l'origine de cette volte-face[38].
  12. Interrogé dans sa salle à manger en 1987, Lucien Bolle racontait avoir contresigné la déclaration de sa fille mineure sans la relire, car il faisait confiance au gendarme ; il aurait ainsi demandé au capitaine de gendarmerie Sesmat ce que sa fille Murielle avait dit, et ce dernier lui aurait répondu : « Votre fille elle aime bien Bernard, elle a dit que du bien de Bernard »[39]. Selon le commissaire Jacques Corazzi, Lucien Bolle ne savait pas lire[40].
  13. Le dessin reproduisant Lépanges a été tracé par le gendarme Bardot[24].
  14. Cinq jours après l'arrestation du suspect Laroche, tous deux étaient allés acheter le fusil dans une armurerie de Saint-Dié. Comme les autres chèques émis par le ménage, celui qui sert à régler l'achat est signé de la main de la jeune femme[51].
  15. En application de l’article 105 du Code de Procédure Pénale – « Le juge d’instruction chargé d’une information ainsi que les magistrats et officiers de police judiciaire, agissant sur commission rogatoire ne peuvent, dans le dessein de faire échec aux droits de la défense, entendre comme témoins des personnes contre lesquelles il existe des indices graves et concordants de culpabilité. »
  16. De nombreuses rumeurs sans fondement, relayées par des journalistes avides de sensationnel, font d'elle la meurtrière de son enfant non désiré, et la complice, voire la maîtresse, de Bernard Laroche, afin de lui trouver un improbable mobile. Elle aurait découvert son enfant noyé dans sa baignoire et usé du subterfuge invraisemblable de la noyade dans la Vologne, car elle se serait trouvée en situation compromettante avec son amant. De tels scénarios, qualifiés de « romans » par l'enquêteur Étienne Sesmat, ne sont étayés par aucune preuve[56].
  17. Nommé en 1988 juge du siège à Bourg-en-Bresse, Jean-Michel Lambert rejoint en 2003 le tribunal de grande instance du Mans, où il est en poste jusqu'au , date de son départ à la retraite, à l'âge de 62 ans[61].
  18. La commission nationale d'indemnisation a accordé 410.000 francs à Christine Villemin, en réparation de sa détention de onze jours effectuée en juillet 1985[73]
  19. Après les rebondissements de l'affaire en 2017, l'avocat lyonnais Me François Saint-Pierre rejoint la défense des époux Villemin, déjà représentés par Me Thierry Moser et Me Marie-Christine Chastant-Morand, Me Moser faisant valoir dans un communiqué « qu'il est bon et utile que la procédure soit examinée par un œil neuf », et évoquant aussi « un surcroît d'activité » pour la partie civile[99].
  20. La chambre de l'instruction est composée de trois magistrats de la cour d'appel de Dijon. Ces derniers ne sont pas là pour se prononcer sur son éventuelle culpabilité dans l'enlèvement et la mort du petit Grégory. Ils n'examinent pas le fond de l'affaire. Leur rôle est de déterminer si la personne présumée innocente qui se présente devant eux doit rester ou non en détention provisoire, sachant que la liberté est censée être la règle et l'incarcération, l'exception.
  21. Le laboratoire réputé du Pr Doutremepuich a identifié un mélange de six empreintes génétiques, dont celui de Murielle Bolle, déjà recueilli par la justice en 2009. Or, comparé au prélèvement du 14 juin, l'ADN ne correspond pas à celui de Murielle Bolle. Parmi les six ADN identifiés figure celui d'un magistrat de Nancy dont l'ADN avait été prélevé au moment des grandes expertises génétiques du début des années 2000[137].
  22. Ce dernier, dont la mère était la sœur de la mère de Murielle, âgé désormais de 54 ans, a décidé de parler après avoir appris via BFM TV la mise en examen de deux personnes, Marcel et Jacqueline Jacob[139],[140]. Il affirme aussi avoir fait autrefois de la prison « pour de la violence, beaucoup de violence, et un vol avec violence, mais il y a prescription »[141].
  23. Compte tenu des vingt-trois heures de garde à vue déjà effectuées, le délai maximum d’audition sous ce régime reste de quarante-huit heures, même avec une interruption de trente-deux ans.
  24. Pour Gérard Welzer, son avocat, Murielle Bolle aurait dû être mise en examen par les trois magistrats de la cour de Dijon et non par la seule présidente de la chambre de l'instruction de Dijon[146].
  25. Il est impossible que la scène se déroule le 6, car à ce moment-là, Murielle Bolle s’est déjà rétractée et a innocenté son beau-frère.
  26. Elle reste interdite de contact avec la presse et les autres protagonistes.
  27. Depuis fin 2017 l'ancienne présidente Claire Barbier se consacre exclusivement à l'instruction de l'affaire alors que la chambre de l'instruction est présidée par Dominique Brault, magistrat « indépendant, insensible au bruit de la foule, très intransigeant en droit et très bon connaisseur de la procédure pénale » qui outre ses recherches de jurisprudence, a consulté de hauts magistrats pour avoir leur avis sur certains points de procédure afin de justifier son arrêt[181].
  28. Ratifiée par la France en 1974.
  29. La Cour de cassation du 25 octobre 2000 no 00-83.253 rappelle que « les règles édictées par l’article 4 de l’ordonnance du visent à protéger le mineur, non pas en raison de son manque de discernement au jour des faits, mais en raison de sa vulnérabilité supposée au moment de son audition ».
  30. Le parquet disposait d'un délai de cinq jours pour former un pourvoi en cassation pour tenter de faire "casser" l'annulation[192].
  31. Émission en direct pilotée par Philippe Gaudin avec à ses côtés Dominique Rizet.
  32. En 2017 Jean-Michel Lambert regrettait que beaucoup de journalistes recommencent à se faire les porte-micros des gendarmes dans un dossier qui est accablant pour eux[200].
  33. Des journalistes prennent la place des enquêteurs, certains d’entre eux se font passer pour des gendarmes ou placent des micros dans les armoires[203].
  34. Le journaliste Jean Ker se comporte en vrai détective. Il file les témoins, les questionne. Ker appartient à cette race ancienne de reporters, mi-flics, mi-voyous, pour lesquels la fin justifie les moyens. Il est fier de précéder les enquêteurs sur leur terrain[80]. Un pigiste sera condamné par le tribunal correctionnel d'Épinal à six mois de prison avec sursis, 10 000 francs d'amende et 25 000 francs de dommages et intérêts à verser à la famille Bolle pour avoir dissimuler un micro-émetteur dans la chambre de Murielle Bolle[24].
  35. La consigne des rédactions étant : il faut rester sur place jusqu'à l'arrestation de l'assassin. Et, si possible, le chercher soi-même[80].
  36. Alors jeune journaliste à Europe 1, elle était restée quatre ans dans les Vosges pour couvrir l'affaire au moment des faits. Dans son enquête, elle relate en détail le drame et les multiples dérapages des journalistes, enquêteurs et magistrats, et rappelle que l'affaire Grégory a abouti à plusieurs réformes : la création de l'Institut de recherche criminelle au sein de la Gendarmerie nationale et le vote de la première loi sur la présomption d'innocence en janvier 1993[212].
  37. La foudre, La meute, L'engrenage, Dérapage, La traque et L'espoir.
  38. Aux États-Unis, ces communautés sont appelées les « Websleuths (en) ».

Références[modifier | modifier le code]

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  2. « Aux obsèques, un clan soudé «pour la première fois» », Libération,‎ (lire en ligne).
  3. « Les vérités des parents du petit Grégory », leparisien.fr,‎ (lire en ligne).
  4. « Le petit Grégory a été incinéré », leparisien.fr,‎ (lire en ligne).
  5. « Vingt ans après Grégory, que sont-ils devenus ? », ladepeche.fr,‎ 18 octobre10/2004 (lire en ligne).
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  7. Vincent Vantighem, « Affaire Grégory. Tous les éléments troublants du dossier sur Marcel et Jacqueline Jacob », 20 Minutes,‎ (lire en ligne).
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  12. « Qui sont Marcel et Jacqueline Jacob, mis en examen dans l’affaire Grégory ? », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne).
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  18. Voir Thibaut Solano, La Voix rauque, Paris, Les Arènes, 2018, p. 9.
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  34. Cf. le témoignage de Chantal Hollard rapporté par France Info : « "Ça me travaille encore" : 33 ans après le début de l’affaire Grégory, l’une des premières gardées à vue se souvient », (consulté le 27 juillet 2018).
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  46. Cf. Laurence Lacour, Le Bûcher des innocents, réédition de 2016, Paris, Les Arènes, p. 128 et 317.
  47. Anne-Laure Frémont, « Murielle Bolle, témoin clé dans l'affaire Grégory, a été interpellée », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
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  49. « Quand le juge Lambert était dessaisi de l'affaire Grégory », Le Républicain lorrain,‎ (lire en ligne).
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  75. Voici la diatribe à laquelle le « petit juge » a eu droit : « Il n’est pas possible, ici, de masquer les erreurs commises par le premier magistrat instructeur. Il a accumulé, en quelques jours, et dès le moment de l'autopsie, des erreurs d’ordre technique et juridique trop nombreuses pour qu’il me soit possible d’en dresser l’inventaire. Je ne me sens d'ailleurs aucun goût pour ce genre d'exercice et je veux croire que Monsieur Lambert, mémorable funambule de la pensée, malgré ses pertes de mémoire, malgré son indifférence euphorique, a conscience des catastrophes dont il a été indirectement la cause ». Voir Thierry Moser, « L’avocat des époux Villemin s’insurge contre le livre du juge Lambert », Dalloz Actualité,‎ (lire en ligne).
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  78. On dispose à ce sujet du témoignage de Corazzi lui-même dans son livre Le Secret de la Vologne : l’affaire Grégory vue par la PJ, Haroué, Gérard Louis, , p. 123-124.
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  81. Paul Prompt, L'Affaire Grégory : la justice a-t-elle dit son dernier mot ? : pour la première fois l'avocat de Laroche parle, Paris, Balland, , p. 235-237.
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  209. « Affaire Grégory. Les images et les lieux d'un drame », L'Est républicain,‎ (lire en ligne).
  210. « La fièvre journalistique, telle qu'elle s'est développée ces dernières années, pousse à entrer dans le premier registre. L'information d'abord, dans un traitement de plus en plus nerveux… [...] Il faut lire le récit minutieux de l'affaire Grégory fait par Laurence Lacour, dans Le Bûcher des innocents (éd. Plon), pour comprendre quelle spirale infernale s'est ainsi peu à peu installée », fait observer François Ernenwein dans « L'éthique des journalistes », article coécrit avec Vincent Hugeux, cf. Études, 2004, tome 400 (2), p. 232.
  211. Jean Christaki de Germain, Les Damnés de la presse, Éditions du Rocher, 2014, p. 125. Voir aussi Bernard Gensane, « Les trente ans de l’affaire Grégory », Mediapart. Billets de blog,‎ (lire en ligne). Par ailleurs, Pierre Desproges y a fait référence dans l'un de ses spectacles, où il présentait avec férocité Marguerite Duras comme « l'apologiste sénile des infanticides ruraux ».
  212. Loi no 93-2 du 4 janvier 1993 portant réforme de la procédure pénale.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

  • Matthieu Aron, Les Grandes plaidoiries des ténors du barreau : quand les mots peuvent tout changer, Paris, Mareuil Éd., , 393 p. (ISBN 978-2-37254-044-5, présentation en ligne) [version mise à jour des deux volumes parus respectivement en 2010 et 2013. Contient le texte de la plaidoirie prononcée le 15 décembre 1993 par Thierry Moser lors du procès de J.-M. Villemin].
  • Jean Christaki de Germain, Les Damnés de la presse, Monaco, Éd. du Rocher, , 283 p. (ISBN 978-2-268-07582-2, présentation en ligne).
  • Jacques Corazzi, Le Secret de la Vologne : l'affaire Grégory vue par la PJ, Haroué, Gérard Louis, , 237 p. (ISBN 978-2-914554-29-9) [ouvrage présenté par l'auteur comme un docu-fiction].
  • Serge Garde (préface de Frédéric Pottecher), Affaire Grégory : autopsie d'une enquête, Paris, Messidor, , 285 p. (ISBN 2-209-06291-8)[1].
  • Bernard Groslier et Catherine Tardrew, Grégory : le mystère du corbeau de la Vologne, Paris, Lafon-Carrère, , 313 p. (ISBN 2-86804-125-6) [comporte 32 p. d'illustrations constituées de photographies – dont beaucoup relativement rares – des protagonistes].
  • Laurence Lacour, Le Bûcher des innocents : l'affaire Villemin : coulisses, portraits, preuves, engrenages, correspondances, choses vues, Paris, Plon, , 677 p. (ISBN 2-259-02035-6).
  • Laurence Lacour, Le Bûcher des innocents, Paris, Les Arènes, , 652 p. (ISBN 2-35204-011-6, présentation en ligne) [édition refondue et augmentée de l'ouvrage précédent. Réimpression en 2016].
  • Jean-Michel Lambert, Le Petit juge, Paris, Albin Michel, , 407 p. (ISBN 2-226-02982-6).
  • Jean-Michel Lambert, De combien d'injustices suis-je coupable ?, Paris, Le Cherche Midi, , 216 p. (ISBN 978-2-7491-4025-4, présentation en ligne).
  • Marie-Ange Laroche (avec la collaboration de Pascal Giovannelli), Les Larmes oubliées de la Vologne, Paris, L'Archipel, , 250 p. (ISBN 978-2-8098-0231-3, présentation en ligne) [les confidences de la veuve de Bernard Laroche – mises en forme par un ancien journaliste de l'hebdomadaire France Dimanche – relèvent à certains égards du genre du docu-fiction, comme l'ouvrage de J. Corazzi mentionné plus haut. Par ailleurs, il convient de signaler que l'auteur a fait l'objet, en 2012, d'une condamnation pour diffamation publique envers Étienne Sesmat, le premier enquêteur, lequel avait porté plainte devant le tribunal de grande instance de Paris en raison de passages considérés comme « attentatoires à son honneur et à sa considération »[2]].
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires criminelles : 1969-2009, [s.l.], Lulu.com, , 207 p. (ISBN 978-1-4092-7263-2, présentation en ligne) [p. 46-57 : « L'affaire Grégory Villemin : le corbeau de la Vologne »].
  • Emmanuel Pierrat, Les Grandes énigmes de la justice, Paris, First Éditions, , 282 p. (ISBN 978-2-7540-0705-4).
  • Paul Prompt, L'Affaire Grégory : la justice a-t-elle dit son dernier mot ? Pour la première fois l'avocat de Laroche parle, Paris, Balland, , 280 p. (ISBN 978-2-35315-013-7).
  • Denis Robert, Au cœur de l'affaire Villemin : mémoires d'un rat, Paris, Hugo, , 439 p. (ISBN 2-7556-0112-4).
  • Denis Robert, J'ai tué le fils du chef : affaire Grégory : le roman de la Vologne, 1984-2018, Paris, Hugo, , 424 p. (ISBN 978-2-7556-3640-6, présentation en ligne) [version mise à jour et augmentée de l'ouvrage précédent].
  • Étienne Sesmat, Les Deux affaires Grégory, Paris, Belfond, , 435 p. (ISBN 2-7144-4252-8, présentation en ligne).
  • Thibaut Solano, La Voix rauque, Paris, Les Arènes, , 339 p. (ISBN 978-2-35204-750-6, présentation en ligne).
  • Patricia Tourancheau, Grégory : la machination familiale, Paris, Éd. du Seuil, , 245 p. (ISBN 978-2-02-138957-9, présentation en ligne).
  • Christine Villemin (avec la collaboration de Marianne Orsini), Laissez-moi vous dire, Paris, Carrère, , 237 p. (ISBN 2-86804-280-5).
  • Jean-Marie Villemin et Christine Villemin (avec la collaboration de Laurent Beccaria), Le Seize octobre, Paris, Plon, , 304 p. (ISBN 2-259-18025-6).
  • Gérard Welzer (avec la collaboration de Jean-Louis Antoine), L'Affaire Grégory ou La malédiction de la Vologne : les vérités dérangeantes d'un avocat au cœur du dossier, Paris, L'Archipel, , 257 p. (ISBN 978-2-8098-2369-1, présentation en ligne).

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Émissions radiophoniques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. Ouvrage retiré de la vente en juillet 1990 à la suite d'une plainte déposée par les époux Villemin. Par ailleurs S. Garde, qui avait couvert l'affaire pour L'Humanité-Dimanche, a été condamné par la justice en décembre 1990 à leur verser des dommages et intérêts pour n'avoir pas respecté la présomption d'innocence de Christine Villemin.
  2. Éric Nicolas, « Marie-Ange Laroche condamnée pour diffamation », L’Est républicain,‎ (lire en ligne).